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Auteur : Julia Deck
Date de saisie : 05/12/2012
Genre : Romans et nouvelles - français
Editeur : Minuit, Paris, France
Prix : 13.50 €
ISBN : 978-2-7073-2240-1
GENCOD : 9782707322401
Sorti le : 06/09/2012
Viviane Elisabeth Fauville, jeune Parisienne, aborde une période difficile de son existence qui révèlera sa folie ou son instabilité. Le malaise s'installe dès les premiers mots. Elle a accouché il y a peu et son époux vient de la quitter. Seule dans son appartement avec son enfant, elle apparaît quelque peu désemparée, des moments de panique la bousculant périodiquement. Elle est suivie par un psychanalyste et au cours d'une consultation, alors qu'il semble se désintéresser d'elle et ne pas l'aider, sans aucune préméditation et sans véritable volonté, instant de colère, elle le tue avec un couteau de cuisine qu'elle portait dans son sac. Elle rentre chez elle en métro persuadée que son arrestation n'est qu'une question de minutes. Pourtant, après sa convocation, elle ressort libre du commissariat et devient «le jouet des circonstances». Elle suit l'enquête en lisant la presse qui lui apprend que la police s'intéresse à une série de suspects proches du psy tous plus vraisemblables qu'elle. Peut-être déçue par ce manque de reconnaissance, elle part à leur rencontre et la rencontre de son destin. A l'aide d'une construction minutieuse, Julia Deck réussit un portrait d'une femme dérangée certes, qui voit la réalité lui échapper mais une femme multiple qui se métamorphose selon le lieu, l'instant, la personne qui l'accompagne. Mais qu'adviendra-t-il de ce caméléon fou, devra-t-il vivre éternellement seule avec son secret ou la vérité le rattrapera-t-elle ?
Viviane Elisabeth Fauville a assassiné son psychanalyste avec le couteau de cuisine offert par sa mère.
En attendant que la police l'arrête, son errance dans les rues de Paris retrace la désorientation du personnage, tenue dans un équilibre précaire, au bord de la rupture et du ravissement à l'image du lecteur. La confusion et le doute rôdent en permanence autour de cette héroïne durassienne (est-elle folle ? affabule-t-elle ?) qui tente de cerner la vaste question de l'identité, inassignable, de chacun d'entre nous : «est-ce nous qui ne sommes pas celles que nous croyons» nous demande-t-elle en filigrane ?
Un premier roman au charme trouble, dérangeant mais incontestable en cette rentrée !
Viviane Elisabeth Fauville, la belle quarantaine confortable, un bébé tout neuf et qui vient d'être plaquée par son mari. Dans la foulée, perdant tous ses repères, cette bourgeoise tue son psy qui n'a pas su l'aider, avec un couteau de cuisine, cadeau d'un mariage délétère. Un roman intrigant où le lecteur convoqué par le vous et passant du elle au nous, accompagne dans le détail la folie sous-jacente d'une jeune femme en pleine dérive, errant dans la ville entre ombre et lumière, en quête d'elle même à l'identité toute fissurée.
Un excellent premier roman, à l'écriture dense et troublante, un auteur à découvrir et à suivre.
«Le choix des mots» par Jean Pruvost, grand amoureux des mots...
Chère Julia Deck
C'est là, dans le rocking-chair, meuble symbolique, en avant, en arrière, que se balance Viviane - du latin vivere - Élisabeth Fauville, l'héroïne de votre roman qui nous fascine et nous fait balancer aussi au fil des pages : est-elle vous, tu, je... ?.
C'est dans ce rocking-chair qu'elle reçoit un coup de couteau, le premier, moral : celui de son mari trompeur, Julien, patron des gens de voyage, Antoine Hermant. Le balancement continue. «Je me tiens mal sur ma rocking-chair, - au féminin -, ma pensée transie verse à droite, et à gauche», dixit Léon Frappier dans la Maternelle. Justement, le bébé, 12 semaines, il est dans les bras de sa mère, Viviane Élisabeth, 42 ans - souvenons-nous, Élisabeth, une sainte à qui un ange annonça qu'elle enfanterait malgré son âge -, Elisabeth partie depuis des mois, mais toujours dans son rocking-chair. Mal. Rejoindre le psychanalyste ? Après tout, on le paie. On y va, on n'y va pas : balancement du rocking-chair. Tu, vous, je ? On y va. En 1910, c'était le psycho-analyste. «Je suis comme tout le monde... j'ai mon problème.... le jour où il me tracasse, je téléphone au psychanalyste», précise déjà Sartre en 1949 dans la Mort dans l'âme. Il est très gros le problème : puisque juste après l'omelette absorbée sans «penser», la viennoiserie achetée au passage - un mot attesté en 1876, Freud l'Autrichien viennois avait 20 ans -, au bout de la ligne de métro, la ligne, droite ou sinueuse, un mot que vous aimez, c'est la ligne droite d'un couteau de cuisine qui s'enfonce dans les viscères du psychanalyste : elles ont la «mollesse du beurre». Viennoiserie, beurre, et omelette au menu.
On suit Fauville - fauve dans la ville - dans tout Paris, des lignes de rues aux lignes du métro, station par station, à la recherche du crime sans trace, le sien ? Et puis, en épigraphe, Beckett : «je suis ici» et «mes apparitions ailleurs», le balancement déjà, Beckett des éditions de Minuit, qui parle si bien de la folie.
«Lignes de fuite de la fenêtre», voiles et rideaux très présents dans le décor. Le «trou», le «vide», aussi : où est ma mémoire ? Toujours un problème de frontière, de ligne : «Je suis la chose qui divise le monde en deux, d'une part le dehors, de l'autre le dedans», déclare le susdit Beckett dans l'Innommable. Et puis, Viviane qui veut vivre avec sa fille. Comment s'«abstenir» ? C'est-à-dire, étymologiquement, se tenir éloigné. Devant l'«obstacle», du latin ob (devant) stare (se tenir). Obstacle huit fois volontairement asséné en moins d'une page. «Harponner l'obstacle, l'intromettre», dites-vous, Viviane, tu ou je. L'intromission, du latin intromittere, c'est «faire entrer dans». Dans le roman, assurément, on y entre comme dans des viscères, on n'en sort pas. Forcément fasciné, dans le rocking-chair qui ne s'arrête pas davantage. Merci.
Jean Pruvost
Vous êtes Viviane Élisabeth Fauville. Vous avez quarante-deux ans, une enfant, un mari, mais il vient de vous quitter. Et puis hier, vous avez tué votre psychanalyste. Vous auriez sans doute mieux fait de vous abstenir. Heureusement, je suis là pour reprendre la situation en main.
Le tour de force de Julia Deck consiste à installer son lecteur dans la tête de la meurtrière, dont le nom est aussi le titre du livre, Viviane Elisabeth Fauville (Minuit, 160 p., 13,50 €). D'emblée, nous sommes captifs de ses failles, nous entendons les voix qui lui disent des choses banales, mais saturées de paranoïa : "Si l'on avait un tant soit peu cherché à soulager votre mal au lieu de vous y plonger, vous n'en seriez peut-être pas arrivée là"... Là ? A ce point de non-retour dont le récit révèle peu à peu les coordonnées ravageuses : Viviane vient d'accoucher ; et de divorcer ; et de tuer son psy ; en pleine séance ; avec un couteau de marque ; cadeau de mariage ; offert par sa mère.
Avec son premier roman, Julia Deck surprend. Elle surprend par son style limpide et efficace en contraste avec une narration indéterminée. En dépit de la précision administrative du titre, la narratrice éponyme a le pronom flou et demeure indécise entre la première et la troisième personne du singulier, empruntant même quelques fois à Michel Butor le vouvoiement. Un effet déstabilisant et un stratagème efficace pour rendre le trouble d'un esprit...
Elle est la proie, mais aussi le fauve qui erre dans la ville - Fauville - à la recherche de l'identité du criminel : la sienne.
Le premier roman de Julia Deck construit un personnage de femme que seul un crime semble pouvoir structurer. Un récit brillant finement orchestré...
Julia Deck (...) construit une fiction rigoureuse, très maîtrisée. Elle nous donne un texte brillant dont l'abord tout de simplicité n'est qu'un leurre, un récit pathétique où l'humour ne fait que renforcer le sentiment de panique qui saisit le lecteur à l'idée qu'il pourrait bien être lui aussi Viviane Élisabeth Fauville. Faisons une place dans notre bibliothèque pour les prochains livres de Julia Deck.
Avec Viviane Elisabeth Fauville, chronique de l'errance absurde d'une bourgeoise dans Paris, la romancière fait une entrée remarquée sur la scène littéraire. Le discret Jean Echenoz en est fou et ne manque pas une occasion de le dire, les dames du Femina et le jury du prix du Premier Roman l'ont installé sur leurs listes, enfin il vient de surgir dans notre palmarès des meilleures ventes...
Tout va très vite, tout est surréaliste dans l'errance de cette femme dont le souci du détail (elle connaît son Paris par coeur) croît à la mesure de sa folie. Le "vous" alterne avec le "tu", voire le "je", et, bientôt, les certitudes vacillent. Le lecteur, lui-même, ne se serait-il pas fourvoyé ? Julia Deck a, paraît-il, lu Beckett. Et bien lu. Ce premier roman, d'une maîtrise impressionnante, l'atteste. Il n'y a plus qu'à remercier Echenoz.
Cette histoire porte désormais un nom : «Viviane Elisabeth Fauville». Le nom d'une quadragénaire bourgeoise en déroute, qui un soir enfonce un couteau de cuisine dans l'estomac de son psychanalyste...
Dans le paysage littéraire actuel, son roman détonne : il ne fait pas 800 pages et il n'est pas consacré à une célébrité. Il est une pure fiction, ce qui ne veut pas dire que l'exercice est vain. Bien au contraire : Viviane Elisabeth Fauville est le nom qu'il faudra donner à la dépression cauchemardesque qui saisit la bourgeoisie depuis que ses certitudes s'écroulent, alors que tout l'intérêt d'être bourgeois est justement de pouvoir compter sur des certitudes solides...
Le lacanisme, le couple, l'argent : Julia Deck prend tous les éléments du mélodrame parisien et les dynamite avec une minutie presque comique. Seule Viviane Elisabeth Fauville reste debout dans ce champ de ruines, perdue dans un brouillard médicamenteux mais protégée par sa folie.
Les éditions de Minuit publient peu de premiers romans, et toujours à bon escient...
Née en 1974 à Paris, Julia Deck impressionne d'entrée de jeu avec le portrait d'une femme multiple, complexe, qui perd pied et cherche à se raccrocher à la réalité. Une Viviane Elisabeth Fauville capable de mentir, de se faire passer pour une infirmière, ou d'en venir aux mains. Il faut la suivre dans les rues de Paris, à travers un roman littéraire, cinématographique et entêtant qui réserve bien des surprises et promet un bel avenir à son auteur.
La romancière Julia Deck mène ce récit de manière aussi sidérante que son personnage. Elle a fait de Viviane ou Élisabeth (celle-ci donne tantôt l'un, tantôt l'autre prénom) une femme trouble et attachante à la fois - on a envie de lui tenir la main, de lui dire «mais arrête donc». Par son jeu d'écriture, Deck ajoute au trouble : sa narratrice décrit sa trajectoire qui la conduit d'une rue à l'autre de Paris en usant le plus souvent de «vous», parfois du «tu», plus rarement du «je». Un roman admirable par l'écriture et l'invention d'un personnage.
L'enfant a douze semaines, et son souffle vous berce au rythme calme et régulier d'un métronome. Vous êtes assises toutes les deux dans un rocking-chair au milieu d'une pièce entièrement vide. Les cartons empilés par les déménageurs bordent le mur de droite. Trois d'entre eux, au-dessus de la pile, ont été ouverts pour extraire les objets de première nécessité, les ustensiles de cuisine, les objets de toilette, quelques vêtements et les affaires du bébé qui sont plus nombreuses que les vôtres. La fenêtre n'a pas de rideau. Elle semble clouée au mur comme une esquisse, une pure étude de perspective, où les rails et les caténaires échappés de la gare de l'Est figureraient les lignes de fuite.
Vous n'êtes pas tout à fait sûre, mais il vous semble que, quatre ou cinq heures plus tôt, vous avez fait quelque chose que vous n'auriez pas dû. Vous tâchez de vous remémorer l'enchaînement de vos gestes, d'en reconstituer le fil, mais chaque fois que vous en tenez un, au lieu d'attirer mécaniquement le souvenir du suivant, il retombe à plat dans le trou qu'est devenue votre mémoire.
À vrai dire, vous n'êtes même plus certaine d'être retournée, tout à l'heure, dans cet autre appartement que vous fréquentez en secret depuis des années. Les contours et les masses, les couleurs et le style se fondent au loin. Cet homme qui vous y recevait, a-t-il seulement existé ? Et puis, si vous aviez quelque chose à vous reprocher, vous ne seriez pas ici à ne rien faire. Vous tourneriez en rond, épluchant le bord de vos ongles, et la culpabilité paralyserait vos capacités de décision. Or, de cela, point. Malgré le flou qui règne sur vos souvenirs, vous vous sentez très libre.
Vos hanches s'immobilisent, cessant d'imprimer au rocking-chair leur mouvement. Vous portez le bébé dans la chambre contiguë. Cette pièce est un peu plus aménagée. De part et d'autre de la fenêtre se trouvent un lit simple, couverture bien tendue sous le drap retroussé, et le berceau. L'enfant proteste à peine lorsque vous l'allongez sur le dos et replonge dans le sommeil. Vous jetez un oeil autour de vous, redressez les piles de vêtements qui cachent un coffre en bois sous la fenêtre, lissez la robe suspendue à l'avant d'un portant métallique qui contient aussi tous vos manteaux, vos pantalons pour l'hiver. Les pulls s'entassent sur la grille au-dessus de la tringle, les escarpins et les bottes patientent par paires entre les roulettes.
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