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Auteur : Goliarda Sapienza
Traducteur : Nathalie Castagné
Date de saisie : 29/10/2012
Genre : Romans et nouvelles - étranger
Editeur : Attila, Le Rayol-Canadel, France
Collection : Lupin
Prix : 17.00 €
ISBN : 978-2-917084-50-2
GENCOD : 9782917084502
Sorti le : 30/08/2012
Moi Jean Gabin constitue l'autobiographie de Goliarda Sapienza, petite Sicilienne des années 30. Enfant, elle se promène au sein d'un monde bigarré, noir, parfois dangereux ou violent, mais sans peur, elle trouve toujours un protecteur. Elle est surtout l'un des nombreux enfants d'un couple engagé et vit au milieu de personnages hors du commun, insoumis, idéalistes, rêveurs mais prêts à tout pour défendre leurs idées, renoncer n'appartient pas à leur vocabulaire : «Tu ne dois jamais te soumettre à personne et moins que quiconque à ton père ou à moi. Si quelque chose ne te convainc pas, rebelle-toi toujours». Alors que le pays se partage entre mafia et fascisme et que l'ambiance est lourde, un vent de liberté semble pourtant souffler sur cette famille, tous ses choix la singularisent : l'éducation (Goliarda ne va pas à l'école, l'école des fascistes !) et la culture, la place de la femme, l'athéisme, l'engagement politique, la défense des plus démunis : «.... seul l'esprit de la lutte est immortel de lui seul jaillit ce que communément nous appelons la vie.». Cette vie souvent âpre, parfois violente, n'est jamais dénuée de tendresse et surtout d'espoir. Forte volonté, détermination l'animent constamment : «... quand tout va de travers... il en sait quelque chose de ce qui va de travers... la vie, si l'on croit à la vie, vient à votre rencontre». Basée sur cet hymne à la vie, à la liberté et aux rêves, la personnalité de Goliarda ne pouvait qu'être forte, lumineuse, animée par un souci de l'autre de tous les instants. L'art de la joie nous avait révélé une femme engagée et libre, Moi Jean Gabin en fournit la genèse.
1) Qui êtes-vous ? !
Une passionnée.
2) Quel est le thème central de ce livre ?
La recherche de sa propre loi de vie.
3) Si vous deviez mettre en avant une phrase de ce livre, laquelle choisiriez-vous ?
"Se tenir toujours accroché au rêve, et défier jusqu'à la mort pour ne pas le perdre".
4) Si ce livre était une musique, quelle serait-elle ?
Une vibrante chanson sicilienne...
5) Qu'aimeriez-vous partager avec vos lecteurs en priorité ?
La joie qui découle de la liberté de Goliarda, dans son être et dans son écriture.
La ville de Catane, en Sicile, au début des années 30. Le fascisme se déploie sur l'île, quand une enfant ressort exaltée d'une salle de cinéma de quartier. Elle a la démarche chaloupée, une cigarette imaginaire au bec et l'oeil terrible. Elle vient de voir le film Pépé le Moko et, emportée par cette incarnation du désir et de l'insoumission, elle n'a désormais plus qu'une idée en tête : être Jean Gabin.
Écrit par l'auteur de L'Art de la joie dans les dernières années de sa vie, à un moment où son oeuvre demeurait méconnue, Moi, Jean Gabin est un étrange roman autobiographique, l'histoire magnifiée d'une enfance dans la Sicile de l'entre-deux-guerres. Pouvant être lu comme un testament philosophique, ce livre des origines se révèle être un des plus beaux textes de Goliarda Sapienza, un éloge à la liberté et aux rêves qui ont précocement nourri sa vie
Goliarda Sapienza (1924-1996) est née à Catane dans une famille anarcho-socialiste. Son père, avocat syndicaliste, fut l'animateur du socialisme sicilien jusqu'à l'avènement du fascisme. Sa mère, Maria Giudice, figure historique de la gauche italienne, dirigea un temps le journal Il grido del popolo (Le Cri du peuple). Tenue à l'écart des écoles, Goliarda reçoit pendant toute son enfance une éducation originale, qui lui donne très tôt accès aux grands textes philosophiques, littéraires et révolutionnaires, mais aussi à la culture populaire de sa ville natale.
Durant la guerre, à seize ans, elle obtient une bourse d'étude et entre à l'Académie d'art dramatique de Rome. C'est le début d'une vie tumultueuse. Elle connaît d'abord, très rapidement, le succès au théâtre, avant de tout abandonner pour se consacrer à l'écriture. S'ensuivent des décennies de recherches et de doutes, d'amours intenses. Son oeuvre, complexe et flamboyante, laisse les éditeurs italiens perplexes et c'est dans l'anonymat que Goliarda Sapienza meurt en 1996.
Elle ne trouve la reconnaissance qu'en 2005 avec le succès en France de la traduction de son roman L'arte della gioia (L'Art de la joie, éd. Viviane Hamy). Depuis, ses livres sont redécouverts en Italie. Les éditions Attila conduisent désormais la publication de ses oeuvres complètes.
La grande liberté de soi-même et de ses propres pensées n'est-elle pas quelque chose de plus douloureux qu'on ne saurait le dire ? " Il aura fallu attendre plus de vingt-cinq ans avant de pouvoir lire cette amère interrogation de Goliarda Sapienza, dans les dernières pages de Moi, Jean Gabin, formidable roman autobiographique écrit au cours des années 1980 mais jamais publié de son vivant...
Dans ce texte très original, l'écrivain, née à Catane, sur la côte est de la Sicile, en 1924, évoque de façon saisissante son enfance et son adolescence extraordinaires, au sein d'une famille qui, dans l'Italie fasciste de l'époque, n'avait probablement pas d'équivalent...
Convaincue d'avoir payé son indépendance d'esprit avec trente ans de mise en marge de la vie littéraire de son pays, elle fait dire à un de ses personnages : " Je n'aurais jamais imaginé, Goliarda, que tout puisse échouer de cette façon... " Toutefois la tristesse et l'amertume ne l'empêchent pas d'éprouver un véritable plaisir à évoquer les souvenirs heureux de son enfance hors du commun. Un plaisir teinté de nostalgie, qui traverse d'un bout à l'autre ce récit surprenant, dont la lecture nous aide à mieux comprendre d'où viennent la force et la sensibilité d'une romancière extraordinaire, découverte trop tard par les lecteurs.
Moi, qui ai appris de Jean Gabin à aimer les femmes, je me trouve maintenant avec la photographie de Margaret Thatcher devant moi - dans le journal, bien entendu, qu'en bonne citoyenne d'après la révolution française j'achète tous les matins - et je commence à penser que quelque chose est allé de travers durant ces trente dernières années de démocratie. Jean Gabin ignorait tout cela, les dames de fer, les femmes policiers, les soldâtes et les culturistes. Ses yeux bleus - ceux de Jean, bien sûr - rêvaient d'une femme qui serait comme un fleuve, un grand fleuve languide et vertigineux s'en allant nourrir la mer de ses eaux limpides. Voilà ce que j'ai appris de lui, et pour moi la femme a toujours été la mer. Entendons-nous, pas une mer dans un élégant cadre doré pour fanatiques du paysage, mais la mer secrète de la vie : aventure magnifique ou désespérée, cercueil et berceau, sibylle muette et sûre réponse, espace immense où mesurer notre courage d'individualistes endurcis, à nous, voleurs du riche et bienfaiteurs du pauvre, d'accord sur une phrase brève et précise : «Toujours en-dehors de tous les pouvoirs établis» ; seuls, mais avec l'orgueil de connaître la rectitude propre aux outsiders.
Seule, déambulant d'un pas court et énergique éclatant de courage altier, j'adaptais mes petits pieds à la démarche pleine d'autosuffisance virile de Jean Gabin, en fixant les yeux ténébreux de ma casbah de lave et la métamorphosant instantanément en l'enchevêtrement, d'une resplendissante clarté, de sa casbah à Lui, l'oeil attentif au mouchard qui toujours, parmi tant de visages sûrs et souriants, pouvait se cacher ou surgir à chaque recoin plus sombre, à chaque basso un peu plus ouvert que les autres.
Mais l'attention permanente au danger, devenue désormais pour moi (depuis que j'allais au Cinéma Mirone) une seconde nature, ne m'empêcha jamais de rêver à la femme de ma vie, qu'un jour je rencontrerais dans des circonstances pleines de magie : elle, fragile, réservée, muette et mystérieuse, peut-être un peu ambiguë, bien sûr, mais pure, fondamentalement pure et transcendante, poursuivie par une brute qui l'embobinerait avec des mirages de vies luxueuses, de villes étincelantes, de colliers et de bracelets de perles, ou qui lui ferait un chantage implacable pour quelque faute ancienne commise par son père ou sa mère, ou son frère ; innocente mais née pour expier. Cela seulement parce que la nature-destin l'avait créée trop belle, trop sensible et parfaite pour la canaille commune qui, envieuse, voulait la posséder et la détruire.
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