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Auteur : Max Monnehay
Date de saisie : 18/09/2012
Genre : Romans et nouvelles - français
Editeur : Seuil, Paris, France
Collection : Cadre rouge
Prix : 17.00 €
ISBN : 978-2-02-107383-6
GENCOD : 9782021073836
Sorti le : 23/08/2012
Après six ans d'absence et son premier roman percutant Corpus Christine, Max Monnehay revient avec Géographie de la bêtise, une fable intelligente aux éditions du Seuil.
C'est l'histoire d'une espèce de village utopique, un lieu rassemblant tous les idiots du village dédaignés et martyrisés. Une idée originale de la jeune auteure Max Monnehay, qui après le fabuleux et sordide Corpus Christine, revient avec cette fable moderne et intelligente aux éditions du Seuil.
Tous les critiques ne semblent pas avoir apprécier ce second roman... Nous oui ! A travers la voix de Bastien, l'un des 72 idiots composant ce havre de paix isolé de l'ostracisme des bien-pensants, Max Monnehay délivre une histoire à la fois drôle et touchante. Du test de Q.I. inversé pour démasquer les imposteurs de la crétinerie qui tentent de s'incruster dans le village à la philosophie de vie de Pierrot, chef des idiots, l'auteur multiplie les idées savoureuses démontrant que l'idiot n'est pas forcément celui que l'on croit. Avec une construction alternant le passé et le présent, cette allégorie sur la différence maintient un suspens tout au long du roman jusqu'à une fin inattendue. Enfin, le ton du narrateur oscillant entre sagesse et colère incarne parfaitement les sentiments suscités par une société qui aime classer les individus de manière définitive dans des cases. Non, vraiment, n'en déplaise à certains, ce second roman de Max Monnehay se révèle un vrai plaisir de lecture, jubilatoire, intéressant, étonnant !
1) Qui êtes-vous ? !
Max Monnehay, écrivain, née à Beauvais, vivant à Paris, auteure de deux romans. Le premier, Corpus Christine, a reçu le prix du premier roman en 2006.
2) Quel est le thème central de ce livre ?
Géographie de la Bêtise traite de l'exclusion, à travers l'aventure folle d'une bande d'imbéciles réunis par un idiot du village. Ainsi voit le jour une communauté d'un nouveau genre, et dans laquelle tous pourront vivre en paix, enfin. Mais ce petit paradis terrestre va très vite faire des envieux...
3) Si vous deviez mettre en avant une phrase de ce livre, laquelle choisiriez-vous ?
«En vérité, peut-être qu'il ne le sait pas encore, mais lorsqu'il raconte cette histoire, tous ces mots qui existent à peine et qu'il utilise malgré tout sont truffés de trucs aussi incroyables que le destin ou la providence, et la route après ça, celle qui mène au village des idiots, elle vous apparaît comme autre chose qu'une simple route. Elle vous apparaît comme un chemin vers Mexico.»
4) Si ce livre était une musique, quelle serait-elle ?
Walk Idiot Walk, de The Hives.
5) Qu'aimeriez-vous partager avec vos lecteurs en priorité ?
Une bonne bouteille de vin.
Lorsque Pierrot décide de créer une communauté d'"imbéciles" dans laquelle lui et ses semblables pourront vivre en paix, sans plus avoir à souffrir d'ostracisme, lorsqu'il fonde, loin de tout, ce "village des idiots", il ignore qu'ils seront si nombreux à le rejoindre. Bastien, le narrateur, fait partie des dizaines d'appelés que Pierrot va réunir, au terme d'un tour de France ébouriffant. Bastien a 22 ans.
Vingt-deux années durant lesquelles sa mère, irascible, violente, lui a quotidiennement martelé que sa valeur n'atteignait pas celle d'un homme ordinaire. Le village lui offre une chance d'avoir enfin une vraie famille, d'obtenir un passeport pour le bonheur. Mais ce bonheur fait des envieux et, bientôt, ce paradis terrestre miniature finit par attirer des hommes et des femmes qui n'ont rien à y faire.
Des malheureux, pour la plupart, qui tentent de s'y faire admettre en jouant les imbéciles. Face à cette menace, Pierrot impose désormais à chaque nouvel arrivant un examen très spécial, un test de QI inversé, diablement efficace, mais que Bastien trafiquera afin que puisse entrer au village et dans sa vie Elisa, une jeune femme dont il est tombé amoureux. Dans la chambre d'hôpital d'où il relate la grandeur et la décadence du village des idiots, Bastien reste obsédé par Elisa et, malgré un corps qui ne répond plus, malgré la douleur et la culpabilité qui le rongent, il fera tout pour la retrouver une ultime fois.
Max Monnehay est née en 1980. Elle est l'auteur d'un premier roman, Corpus Christine (Albin Michel, 2006).
Anti-leçon 1
Le seul critère auquel vous deviez répondre si vous souhaitiez être admis au sein du village des idiots du village, c'était une belle et franche imbécillité.
Sans cela, tout crétin qu'on puisse être, on n'hésitait pas à vous remettre sur la route à grands coups de pied au derrière.
Et autant vous dire qu'on s'en donnait à coeur joie : nos ruades, nourries par deux millénaires de brimades et d'humiliations, tout idiot traînant derrière lui l'histoire souffreteuse de son peuple comme d'autres se coltinent au coeur les cicatrices d'aïeuls crevés bien avant leur naissance, d'ancêtres si lointains que c'en est déconcertant d'avoir à se trimballer leur sempiternelle croix, nos ruades vous soulevaient de terre plus efficacement qu'une tractopelle dernier modèle.
On vous renvoyait là d'où vous veniez, ou ailleurs si le coeur vous en disait, et si la perspective de retrouver votre vie, travail-famille-ennui, vous faisait plus mal au cul que les caresses dont nous enduisions vos petites fesses citadines, plus loin encore, et malin comme devant.
Dès lors vous n'aviez plus qu'à vous éloigner dans le soleil couchant, comme le héros mal chapeauté d'un western de Clint Eastwood, avec en prime, juste au niveau des rondes, une douleur carrément vache.
Quelques minutes avec vous, c'était tout ce dont on avait besoin pour savoir si vous étiez un idiot vrai de vrai ou un simple simulateur. Si étrange que ça puisse paraître, nous, les idiots du village des idiots, possédions une capacité sans pareille pour juger de l'authenticité d'une stupidité. Pour reconnaître les nôtres, on pouvait dire qu'on était vraiment doués.
L'aveugle devine l'aveugle au concert feutré qui accompagne le ballet de ses mains sur toute chose.
Le fou identifie le fou au simple fait qu'il soit le seul à ne pas le tenir pour fou.
Le plus absurde de l'histoire était sans doute que vous ne pouviez que vous sentir furieusement truffe de n'avoir pas même su passer pour un abruti.
Et boitiller dans les dernières lueurs du jour tombant, traînant derrière vous cette encombrante intelligence, cette félonne plus mastoc encore que le cadavre déjà pétrifié de votre existence foireuse, jetant par-dessus votre épaule un ultime regard aux maisonnettes de ce village où vous auriez pu être heureux, paisible tout au moins, au milieu d'une jolie bande d'ahuris, c'était le genre de moment que vous auriez souhaité ne jamais vivre, à choisir.
Enfin, c'était ce que je m'étais laissé dire, alors que du haut de mon perchoir me parvenaient les cris exaltés de cette légion sans pitié, de cette armée qui n'admettait pas ma désertion et scandait mon nom, Bastien, Bastien, avec tant d'ardeur que je finissais systématiquement par rejoindre ses rangs.
Oui, c'était ce que je m'étais laissé dire, un mois, cinq jours et quatorze heures avant que je me jette dans les flammes en me tordant de rire.
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