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Auteur : Stephen Orr
Traducteur : Karine Reignier-Guerre
Date de saisie : 20/09/2012
Genre : Romans et nouvelles - étranger
Editeur : Presses de la Cité, Paris, France
Collection : Romans domaine étranger
Prix : 22.50 €
ISBN : 978-2-258-08683-8
GENCOD : 9782258086838
Sorti le : 16/08/2012
Un très beau texte. Un roman qui parle d'amitié, d'amour et de la difficulté de continuer à vivre après une disparition, un drame. Un portrait de l'Australie des années 1960.
Henry est un petit garçon solitaire de neuf ans. Son pied bot l'empêche de partager les jeux des enfants de son âge. il s'amuse cependant avec ses petits voisins et ses parents partagent eux aussi leur amitié avec leurs parents. Le jour de la fête nationale, Jennie lui propose de les accompagner à la plage. Henry refuse ; les trois enfants vont disparaitre La rue, le quartier, puis la ville entière ont participé aux recherches avec le père d'Henry policier de la ville. Ils ne les retrouveront jamais.
1) Qui êtes-vous ? !
Je suis Karine Reignier-Guerre, l'heureuse traductrice de ce livre. Non seulement c'est un des plus beaux romans qu'il m'ait été donné de traduire en presque vingt ans de métier, mais il m'a aussi permis de quitter Paris et de m'envoler pour l'Australie chaque matin pendant plusieurs mois, à peine assise à ma table de travail... Une vraie plongée aux antipodes, sans les inconvénients du décalage horaire !
2) Quel est le thème central de ce livre ?
Basé sur des faits réels (la disparition restée inexpliquée de trois enfants dans l'Australie des années 1960), il s'attache à décrire la manière dont un drame bouleverse la vie d'une famille et d'une petite communauté. Mais il nous parle aussi de l'enfance, du temps qui passe, de la force de l'amitié et de l'amour... et de l'Australie, bien sûr !
3) Si vous deviez mettre en avant une phrase de ce livre, laquelle choisiriez-vous ?
«La vie continue, envers et contre tout. Et ce qui compte, finalement, ce n'est pas ce dont elle nous a privés, mais ce qu'elle nous a offert.»
4) Si ce livre était une musique, quelle serait-elle ?
Un air de banjo échappé d'une fenêtre un soir d'été. Ou un tube d'Elvis.
5) Qu'aimeriez-vous partager avec vos lecteurs en priorité ?
La grâce de ce roman qui aborde des thèmes difficiles avec beaucoup de subtilité, et le regard plein de tendresse que porte l'auteur sur les habitants d'un quartier populaire d'Adelaïde dans les années 1960.
Quand des enfants disparaissent, qu'advient-il de ceux qui restent ?
A neuf ans, Henry est un garçon solitaire ; son pied bot l'empêche de partager les jeux des enfants de son âge. Cet été-là, comme à son habitude, il reste dans sa chambre, lit beaucoup et ne fréquente que sa jeune voisine, Janice. Le jour de la fête nationale, elle lui propose de l'accompagner à la plage avec son frère et sa soeur. Henry, complexé, refuse. Les quatre enfants ne se reverront jamais.
Un roman qui parle d'amitié, d'amour et de la difficulté de continuer à vivre après un drame. Inspiré d'un fait divers jamais résolu qui continue de hanter toute une population, Le temps n'efface rien dresse un portrait doux-amer de l'Australie des années 1960.
Stephen Orr vit à Adélaïde, en Australie, où il enseigne la littérature et l'écriture. Le temps n'efface rien, son troisième livre, le premier publié en France, romance la tragique disparition des enfants Beaumont.
Les rues de Croydon sont longues, baignées de lumière tout au long des longs samedis après-midi ; elles sont imprégnées d'odeurs de jasmin et d'herbe fraîchement coupée, traversées de courants d'air sec chargés d'effluves mêlés - compost trop mûr et troisième course du jour à l'hippodrome de Cheltenham. Le samedi, ça sent les amandes caramélisées et les déjections des poulets de M. Hessian, empilées au fond de son jardin. Ça ressemble à la fin du monde ou, du moins, à son hibernation prolongée, partagée entre demi-sommeil, cache-théières à crocheter et rubriques nécrologiques à relire dans l'Advertiser. Ça bruisse et ça résonne : les enfants font claquer leurs bâtons le long des barrières de tôle ondulée, un type rit si fort qu'il se met à tousser, puis quelqu'un appelle Jack à venir se faire couper les cheveux.
Les rues de Croydon sont larges. Brûlantes et craquelées. Commençant à Thomas Street (où je réside), elles rétrécissent en allant vers l'ouest et les usines de Kilkenny. On dirait des colonnes vertébrales reliées à des côtes nommées Ellen Street et Croydon Avenue. Des colonnes bien droites, rendues plus longues et plus droites encore par les fils électriques qui pendent lourdement de pylône en pylône comme des guirlandes lumineuses sur des sapins trop décorés.
Quand j'avais cinq ans, je croyais qu'il fallait une heure pour parcourir Harriet Street (en fait, le trajet ne prend que dix minutes). J'aimais croire que le monde s'arrêtait là, au bout de la rue, et qu'on basculait dans le vide en voulant continuer. Je me représentais ce monde sur de grandes cartes, peintes à l'encre ocre et dorée sur du papier vélin, ornées de marins happés par des dragons et de portraits de Mme Brooks, l'institutrice des petits. Je savais que je me racontais des histoires, bien sûr. D'abord, parce que papa avait un globe terrestre et qu'il passait des heures à me montrer où se trouvaient les pyramides et les îles grecques. Et surtout, comment Dieu aurait-il pu caser à Croydon le monde entier, avec ses plages, ses usines de voitures et ses vacances en Nouvelle-Zélande ?
J'habite Thomas Street depuis ma naissance - au numéro 7 de la rue, face à la maison des Pedavoli (Gino, Rosa et leur arbre de vie), entre le pavillon de Kazz et Ron Houseman d'un côté, et celui des Riley, au 7A, de l'autre. Tous sont morts ou partis depuis longtemps, me laissant seul dans la demeure que j'occupe depuis cinquante-quatre ans. Cinquante-quatre années à fouler la moquette rouge en laine berbère que mes parents ont posée dans le couloir, dissimulant ainsi un plancher qui n'a pas vu le jour depuis 1956 et qui craque toujours au même endroit chaque fois que je vais aux toilettes ou me préparer un thé.
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