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Auteur : Claudie Hunzinger
Date de saisie : 25/11/2012
Genre : Romans et nouvelles - français
Editeur : Grasset, Paris, France
Collection : Roman
Prix : 18.00 €
ISBN : 978-2-246-79872-9
GENCOD : 9782246798729
Sorti le : 29/08/2012
Un couple de libraires contraints de fermer la boutique mais n'ayant plus nulle part où aller, se souvient alors de "la Survivance", cabane perchée dans la montagne qui les avait accueillie quelques années plus tôt. Accompagnés d'une ânesse, d'une chienne et de quelques bouquins, ils deviennent alors ermites, hors du monde, au dessus du monde, et pourtant vivant le monde plus que jamais, dans cette forêt mystérieuse qui les fera voyager au fil des jours, des saisons et des rencontres impromptues.
Un roman qui nous amène à méditer, un livre pour qui cherche à respirer...
"Pendant quinze ans, le lieu [la librairie] avait répandu de la lumière, du rêve, de la fantaisie. J'aurais pu y passer le reste de ma vie.
Sauf que je n'avais pas pris garde au fait que rien, jamais, ne nous appartiens. Ni les chambres qui donnent au soleil, ni les tulipes sauvages aux pétales aigus, jaunes à perte de vue sous les fenêtres, ni même la bouteille d'eau sur la table, aucun des détails de chaque instant dans la vie, rien, rien ne nous appartient. On allait même me les retirer. Et ce n'était pas lié au fait que nous n'avions pas vécu assez prudemment, Sils et moi, et que nous n'avions eu aucun sens de l'argent, ou presque, et qu'il y avait là une défaite pour cause de mauvaise gestion, une sorte de punition que nous infligeait le sens commun. Non. Ce n'était pas dû à ça, mais à une faille fondamentale : nous sommes nés pour ne rien posséder.
Les choses, il faudrait les voir en passant, d'un point de vue de nomade, telles qu'elles sont, elles, simples, indifférentes, énigmatiques, posées là dans leur dialogue avec l'éternité. Elle n'est pas pour nous, leur essence, leur tranquillité."
Un couple de libraires, Sils et Jenny, la soixantaine, met la clef sous la porte pour cause de faillite. Comme ils n'ont plus de toit pour vivre, ils doivent aller s'installer dans une vieille bicoque, La Survivance, en pleine montagne vosgienne, dans le massif du Brézouard.
Jenny raconte donc leur installation, avec leur ânesse Avanie et leur chienne Betty. Même s'ils se sentent décalés dans cette époque, "pas doués pour la vie matérielle" comme Jenny aime à le rappeler, ils doivent faire en sorte de pouvoir survivre au prochain hiver, à près de mille mètres d'altitude... Entre l'élaboration d'un potager, la réparation de la toiture, et la découverte de la faune locale, Jenny et Sils deviennent de vrais robinsons.
Les livres sont omniprésents dans ce roman et aussi la peinture. Jenny parle souvent du retable d'Issenheim, peint par Grünewald au XVIème siècle. Selon la légende, Grünewald allait souvent dans le massif du Bézouard, réputé à l'époque pour ses mines d'argent, afin de collecter des minéraux pour fabriquer ses pigments de couleurs.
Si la perte est le thème central du roman, c'est aussi le récit d'une résistance. Jenny et Sils savent qu'ils sont perdants car ils sont les représentants d'un monde voué à disparaître, mais ils savent aussi qu'ils sont libres... C'est pour cela que l'on referme ce livre avec un énorme sentiment d'espoir.
Vous l'avez compris : La Survivance est un gros de coup de coeur dans cette rentrée littéraire cuvée 2012, tout comme l'a été son précédent roman paru en 2012, Elles vivaient d'espoir.
1) Qui êtes-vous ? !
Une fille qui a choisi de vivre en montagne et de voyager sur place.
2) Quel est le thème central de ce livre ?
Dans une nature violente où ils se sont réfugiés, la lutte pour la vie de deux personnages qui n'ont rien emporté avec eux, sauf l'inutile : leurs livres.
3) Si vous deviez mettre en avant une phrase de ce livre, laquelle choisiriez-vous ?
Mais oui, je nous avais vus. Et j'ai ri de nos coupes de cheveux jumelles, de nos vieux pantalons devenus «de travail», de nos polaires héroïques, de notre air dépenaillé, de nos mains qui faisaient peur rien qu'à les voir. Et aussi de ce quelque chose de décidé, comme un bras d'honneur, ou un ange, qui se tenait amicalement à deux pas de nous.
4) Si ce livre était une musique, quelle serait-elle ?
Celle d'un glassharmonica.
5) Qu'aimeriez-vous partager avec vos lecteurs en priorité ?
Le sentiment d'une perte, celle de la civilisation du livre et de la diversité du monde, mêlé à un élan batailleur pour ce qui reste, et à de la curiosité pour ce qui vient.
Jenny et Sils sont contraints par la dureté des temps de rendre les clefs de leur librairie et de leur domicile. Ils vont chercher refuge dans une maison perdue, en ruines, perchée dans la montagne. Avec leurs cartons de livres, une ânesse et une chienne, il leur faut s'acclimater à cette nouvelle existence : survivre aux intempéries, tels des Robinson Crusoé du XXIème siècle exclus de la société matérialiste. Dans cet âpre combat, la redécouverte des corps, l'apprentissage de l'isolement et la puissance de la littérature leur feront-ils découvrir une nouvelle manière d'être au monde ?
Claudie Hunzinger vit en montagne. Elle est artiste et écrivain. Elle a fabriqué des livres en foin, écrit des pages d'herbe, édifié des bibliothèques en cendres ; elle a publié chez Grasset son premier roman, Elles vivaient d'espoir (2010).
Victime d'une faillite, un couple de libraires s'isole dans une cabane vosgienne baptisée "La Survivance". Claudie Hunzinger signe un texte élégiaque sur la nature et les sentiments retrouvés...
En 2010, Claudie Hunzinger, artiste plasticienne, avait écrit son premier roman, Elles vivaient d'espoir (réédité chez J'ai lu). On retrouve dans ce texte incarné son attention poétique à l'égard de la nature, sa passion pour la littérature, son regard détaché sur un monde matérialiste qui ne l'intéresse pas. Elle nous offre une belle leçon de vie mais aussi une sorte de bibliothèque idéale : celle que nous pourrions emporter sur une île déserte ou dans une masure perdue du côté des forêts vosgiennes. Ainsi, nous serions prêts à notre tour pour les intempéries et la solitude glacée.
"Que peuvent les livres ? Où est leur puissance ?" demandent Jenny et Sils. Et Sils de répondre : "Les livres sont nos armes. Ni des médocs ni de l'opium, non : des armes." Nos deux libraires sont ici confrontés à ce terrifiant dilemme : l'écriture ou la vie. Au coeur des périls, alors que leur jeunesse semble loin derrière eux, ils découvriront une version inédite de la joie. Ce roman est une fable poignante, un vibrant éloge du livre et de la lecture. Indispensable, en des temps où tout n'est qu'immédiateté, rentabilité, vitesse.
Avanie savait que nous avions perdu : ses longues oreilles captaient au loin les présages. Dès la nuit tombée, elle nous attendait, mélancolique, de tout son pelage gris.
Il fallait rendre les clés le 1er mai au matin et nous n'avions nulle part où aller. Deux semaines avant l'expulsion, Sils et moi, en compagnie de Betty, nous cherchions encore, mais tout loyer était devenu hors de nos prix. Au retour, nous tombions dans le grand canapé rouge de la librairie, incrédules, consternés. On dirait que c'est le printemps, a dit Sils, un soir, avec un petit rire ironique, celui qu'on prend devant un piège pour le déjouer.
C'était un soir de printemps en avance, d'une réalité à vous faire frissonner, si bien que, durant cet incroyable mois d'avril, quelque chose semblait nous être donné et en même temps retiré. Je n'en ai gardé qu'une seule impression : funèbre. Comme de Sils et moi d'ailleurs. Nous avions déjà l'air à la rue, défraîchis, défaits - avec distance néanmoins.
Nous, oui.
Betty, non.
Au bout d'une journée d'errements, elle était la seule de nous trois à être bien. Pas même besoin de se laver, elle, toujours de beaux cheveux, toujours de jolies robes, disait Sils.
Betty était une petite chienne blonde aux yeux noirs soulignés de khôl. Ses babines aussi étaient noires, d'un noir plus sexy que n'importe quel rouge à lèvres, et le blond de son pelage, platine et vaporeux. Elle avait une sorte de grâce d'une féminité absolue qu'elle conservait quand la vie réelle devenait pour nous trop déplaisante, et c'était peut-être le message que ce berger des Pyrénées était chargé de nous transmettre.
La porte-fenêtre était ouverte sur la nuit.
Sils, à demi couché sur la table, la tête posée sur son bras, grommelait, quel merdier ! quel merdier !
Quelle place tiennent les livres dans votre vie ?
D'abord leur place est autour de moi. Ils me protègent du froid, du vent et de la bêtise. Ce sont mes remparts. Ensuite, leur place est en moi. On m'a nourrie de lecture depuis enfant si bien que j'ai des os en poésie. Enfin, leur place est hors de moi. Ils m'ont appris à partir, à déchiffrer le monde.
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