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Auteur : Philippe Labro
Date de saisie : 13/12/2012
Genre : Biographies, mémoires, correspondances...
Editeur : La Martinière, Paris, France
Prix : 30.00 €
ISBN : 9782732452876
GENCOD : 9782732452876
Sorti le : 11/10/2012
Quand il est arrivé à 18 ans en Amérique, Philippe Labro a découvert un monde en technicolor. Aujourd'hui, il rend hommage à celle qui n'existe plus, en la rendant immortelle... En autant de portraits qu'il y a d'états en Amérique, il parcourt cet univers bigarré évoquant le destin d'hommes politiques, d'artistes et de sportifs. En habile nouvelliste, Philippe Labro révèle les anecdotes marquantes et sibyllines de ces créateurs qui ont marqué l'Histoire. Ils sont connus et pourtant, sous sa plume impétueuse et effrontée, ils apparaissent autres : des mavericks. On fait alors la connaissance de l'épouse paillasson qui finira titan des médias, de l'inventeur du duck walk, ou encore de celui qui charme tellement tremendous qu'il transperce la toile. Avec un sens aigu de l'image et du mot qui fait mouche, Philippe Labro souligne des personnalités fortes, révèle des personnages vulnérables, honore des personnes dignes des plus grands héros de beaux livres. Magistral.
Ce somptueux recueil est l'hommage que Philippe Labro souhaitait depuis longtemps rendre à ses «étoiles américaines».
En 50 portraits qui se lisent comme autant de nouvelles, il fait revivre avec talent ces êtres lumineux aux destins exceptionnels qui, icônes de sa mythologie personnelle, marquèrent son itinéraire d'homme et d'écrivain. Retraçant leurs combats, leurs rêves et leurs drames, il évoque ces personnages qu'il considère comme les plus symboliques de l'Amérique et qu'il eut, pour certains, la chance de rencontrer. Grâce aux sublimes photographies qu'il a ici choisies, il nous fait redécouvrir sous un angle inédit le charisme, le charme et le génie propres à chacun d'eux.
Journaliste, écrivain, cinéaste et parolier, Philippe Labro est l'homme de médias (directeur général des programmes de RTL de 1985 à 2000 ; vice-président de RTL en 1996 ; vice-président de Direct 8 de 2005 à 2012) et l'écrivain talentueux et prolixe que l'on sait - il est notamment l'auteur de 20 livres, parus aux éditions Gallimard, parmi lesquels : Des feux mal éteints (1967), Le Petit Garçon (1990), Quinze ans (1992), La Traversée (1996), Je connais gens de toutes sortes (2002), Tomber sept fois, se relever huit (2003), Franz et Clara (2006), Les Gens (2009), 7500 Signes (2010). Sa passion pour les États-Unis remonte à ses 18 ans, lorsqu'il part étudier en Virginie et en profite pour voyager à travers tout le pays - une expérience marquante et fondatrice de son univers littéraire. «Je n'ai pas eu besoin de demander la permission à qui que ce soit, parce que c'était un instinct, qui reposait sur un désir, une curiosité d'Amérique, que j'avais depuis toujours. Elle venait de mes lectures d'enfance, du cinéma, de la libération de la France.» De ces années de jeunesse sont nés deux romans, L'Étudiant étranger (1986, prix Interallié) et Un été dans l'Ouest (1988, prix Gutenberg).
Pour comprendre un pays, il faut connaître ses légendes. Voilà qui vaut tout particulièrement pour les Etats-Unis d'Amérique, ce pays si neuf et déjà si vieux où règne depuis toujours l'axiome popularisé par John Ford : "Si la légende est plus belle que la réalité, ici, on imprime la légende." Philippe Labro découvrit l'Amérique à 16 ans. Il n'a cessé d'y séjourner, d'y retourner, d'y travailler, sondant l'âme d'une nation à travers ses soubresauts politiques et culturels. Dans un livre parfaitement subjectif et superbement illustré, il raconte ceux qui firent ce pays. Car tout est là : un pays n'existe qu'à travers ses génies. C'est à leur degré d'audace, de créativité, de rébellion que l'on mesure la grandeur d'une nation.
Journaliste, spécialiste de l'homo americanus, portraitiste et homme curieux de ses contemporains, Labro se fait entomologiste d'une espèce si différente de notre modèle européen, mais également chimiste capable de reproduire une civilisation tout entière avec quelques dizaines de modèles. C'est cette arche de Noé que reproduit Mon Amérique, livre à la fois encyclopédique et personnel, qui donne la mesure de l'inégalable usine à fabriquer des stars, des légendes et des symboles qu'est ce pays. Un ouvrage de fond de bibliothèque.
Avant-propos
Nous possédons tous un paysage intérieur, composé de musiques, lectures, personnages et événements, qui nous ont nourris, inspirés, éduqués. Le mien est double : la France, avec les lectures conseillées par mon père, les racines montalbanaises, le mariage d'Apollinaire et Balzac, Kessel et Charles Trenet, L'Armée des Ombres et Léo Ferré.
Et puis, il y a l'autre : mon Amérique, où j'ai débarqué, «riche de mes seuls yeux tranquilles», à dix-huit ans - ignorant et avide de comprendre. Quand est née l'idée de dresser le portrait de 50 Américains - comme le nombre des États de l'Union - avec une iconographie différente des clichés habituels, j'ai mesuré à quel point étaient nombreux ces hommes et femmes qui avaient composé mon deuxième paysage intime. Il n'a pas été facile de faire le tri. Il m'a fallu procéder à de cruelles impasses et risquer les apostrophes : pourquoi celui-ci, et pas celui-là ? Pourquoi préférer Louis Armstrong à Miles Davis, Hemingway à Dos Passos, Sinatra à Nat King Cole, Jefferson à Benjamin Franklin, Dylan à Springsteen, Edison à Bill Gates, McQueen à Gary Cooper, Jessie Owens à Arthur Ashe ? Pourquoi ignorer certains contemporains : Obama, Steve Jobs, James Ellroy, Spielberg, Hillary... ? Parce que c'est eux, parce que c'est moi.
Par simple subjectivité : une attirance pour un certain type d'hommes ou de femmes. Des créateurs, souvent, presque tous venus de «nulle part», enfants d'immigrés, atypiques. Par souvenir de mes années américaines : les mid-fifties quand j'étais étudiant, les sixties quand j'étais reporter. Parce que j'en ai côtoyé ou observé plus d'un. Et surtout à cause d'un point commun : ce sont des mavericks, ce beau terme qui désigne ceux qui, parmi les mustangs sauvages qui déferlent en troupeaux dans les plaines de l'Ouest, se distinguent de la masse et quittent le groupe pour galoper seuls, le long de la butte. J'entends bien que «mes Américains» constituent une galerie idéalisée de leur propre pays. Trop belle, me dira-t-on. Il y a d'autres Américains, il y a une autre Amérique, dont les travers, les erreurs, les excès, les péchés originaux ou plus récents, ont fait la face négative de ce pays, et ont justifié la critique, le rejet et nourri l'anti-américanisme. Je n'ignore rien de tout cela. Paul Valéry disait que le degré avancé d'une civilisation se mesure au nombre de contradictions qu'elle comporte.
Mes Américains sont des rebelles, des mavericks, des empêcheurs de tourner en rond, des individualités inclassables. Ils ont bousculé l'ordre établi avec courage et inventivité. Leurs noms, pour la plupart, sont très connus, bien au-delà de leurs frontières. J'ai voulu parler d'eux sans nostalgie ni complaisance, avec la franchise et la lucidité de «qui aime bien, châtie bien», et avec la curiosité du romancier. Ils sont tous des romans.
*
Mohamed Ali
1942, Louisville, Kentucky
On avait du mal à croire qu'il n'allait pas en prendre plein la gueule, tellement sa garde était basse, les bras presque ballants, le long de son corps si agile, ce poids lourd qui bougeait sur le ring de boxe comme un poids léger. On eût dit qu'il s'offrait aux coups de l'adversaire : «Allez, vas-y, tape, essaye donc de me toucher.» Mais les fighters, en face de lui, ne parvenaient pas à l'atteindre. Il esquivait, comme un matador autour des cornes du taureau. C'était aussi vif, immédiat, aussi furtif que les passes d'une muleta. Aussi provoquant, dominateur, aussi prompt à frôler le danger et la percussion fatale, avec la grâce de celui qui sait que cela ne lui arrivera pas. Sur le ring, il était éblouissant, fascinant, sans précédent ou presque. Bien avant lui, un autre Noir, au nom magique, Sugar Ray Robinson, avait autant séduit les spécialistes, mais Sugar Ray ne possédait pas toutes les autres qualités du jeune prodige du Kentucky - qui s'appelait d'abord Cassius Clay et décida de se rebaptiser Mohamed Ali. Un coup de hanches, une série accélérée de petits pas, un recul du torse, une vitesse de rotation des jambes, au bout desquelles on découvrait, sur ses chaussures, des petits pompons blancs qui voletaient sans cesse, de façon insolente, on eût dit une figure de ballet. C'était incroyable, ce gamin de dix-huit ans, il était en train de conquérir sa médaille d'or aux Jeux olympiques de Rome, en i960, au début de cette fabuleuse décennie des sixties qui vit surgir tant d'individualités comme lui, tant d'iconoclastes, de Savonarole, ces dix années de folie américaine - Vietnam, hippies, Peace and Love, les Kennedy, Hair et Easy Rider... - et dont il fut l'un des plus beaux emblèmes. C'est en février 1964 qu'il va stupéfier le monde du sport. Entre-temps, et au passage, Cassius
Clay, dès son retour de Rome, a jeté sa médaille d'or au fond du fleuve Ohio, après qu'un restaurant réservé aux Blancs eut refusé de le servir. Geste prémonitoire, annonce de ses rébellions, ses prises de position ; affirmation, surtout, qu'on avait affaire à un boxeur pas comme les autres : il ne se limitait pas à l'exercice de son sport. Il «pensait» ! Rendez-vous compte ! Les Blancs du Kentucky, qui avaient tout misé sur lui, auraient dû méditer ce premier geste et comprendre que leur poulain ne resterait pas longtemps leur prize fighter.
Je reviens au 25 février 1964, à Miami. Ce jour-là, en face de lui, un monstre, apparemment imbattable, le champion du monde des lourds, le monumental et benêt Sonny Liston. Le gros et féroce Sonny qui va être bluffé, étourdi, stupéfié, et archi-dominé par Clay, en quelques rounds.
«QUI N'A PAS D'IMAGINATION N'A PAS D'AILES.»
Mohamed Ali
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