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.. Faillir être flingué

Couverture du livre Faillir être flingué

Auteur : Céline Minard

Date de saisie : 09/11/2013

Genre : Romans et nouvelles - français

Editeur : Rivages, Paris, France

Prix : 20.00 €

ISBN : 9782743625832

GENCOD : 9782743625832

Sorti le : 21/08/2013

Dans cette vraie fausse parodie de western, Céline Minard, écrivain surdouée, arrive à mêler le méditatif et le jubilatoire.
On y suit multiples itinéraires de figures du grand Ouest qui tous convergent vers une ville tout juste sortie de terre. Et là tout se noue... et se dénoue pour notre plus grand plaisir.


C'est toujours une sensation de retrouver Céline Minard qui bâtit une oeuvre en se moquant des courants et des vagues, et n'hésite pas cette fois-ci à nous projeter en pleine conquête de l'Ouest avec tout ce que cela comporte d'imageries et de clichés qu'elle envoie joyeusement et talentueusement dinguer. C'est un western, comme on n'en écrit quasiment plus, un western qu'aurait traversé toute la littérature du XXe pour lui insuffler une puissance d'évocation tenant plus à la langue qu'aux images réinventées. Au centre du livre Eau-qui-court-sur-la-plaine, une Indienne seule rescapée de son clan qui pratique des guérisons sur des Blancs incrédules et des Indiens méfiants (ou inversement). Elle va rencontrer deux frères, Jeff et Brad, qui font péniblement avancer leur char à boeufs avec leur increvable mais mourante vieille mère, elle croisera Gifford qu'elle sauve de la variole, Bird Boisverd qui veut récupérer son cheval volé, beaucoup de gens au bout du conte qui se bousculent au générique et dont le destin va basculer au coeur de cette Amérique qui s'invente dans la poussière des illusions. C'est riche en bruits, fort en fureur, ça possède un goût que personne d'autre ne sait infuser, c'est la marque d'un écrivain qui confirme livre après livre son importance.


  • Le courrier des auteurs : 12/04/2014

1) Quel est le thème central de ce livre ?
Le partage, l'honneur, la construction de l'identité individuelle contre l'identité familiale et/ou communautaire, et néanmoins, le début d'une société humaine.

2) Si vous deviez mettre en avant une phrase de ce livre, laquelle choisiriez-vous ?
Jeff marchait à grands pas et pensait aux hommes, à ce qui les sépare, à ce qui les relie, aux fusils, et à la curiosité irrépressible des uns pour les autres.

3) Qu'aimeriez-vous partager avec vos lecteurs en priorité ?
Le plaisir. L'aventure, l'étonnement, l'espace.

4) Avez-vous des rituels d'écrivain ? (Choix du lieu, de l'horaire, d'une musique de fond) ?
Non, pas de lieu, pas d'heure, surtout pas de musique. Mais en général, sans que cela soit un rituel, ce n'est pas mauvais quand je peux marcher deux heures le matin, que le silence domine, et qu'il est possible d'écrire en plein air.

5) Comment vous vient l'inspiration ?
À force de concentration et d'écoute de rêverie. En alternant les deux.

6) Comment l'écriture est-elle entrée dans votre vie ? Vous êtes-vous dit enfant ou adolescente «un jour j'écrirai des livres» ?
Petite oui, vers 11 ans, je me suis dit qu'il n'y avait rien de mieux à faire, rien de plus fort, de plus difficile, de plus magique. Je le pense encore.

7) Vous souvenez-vous de vos premiers chocs littéraires (en tant que lectrice) ?
Mis à part les toutes premières histoires entendues, c'est certainement l'Étranger de Camus qui m'a fait cet effet d'art décisif que je n'ai retrouvé que beaucoup plus tard en lisant les Scènes de la vie d'un faune d'Arno Schmidt.

8) Savez-vous à quoi servent les écrivains ? !
Oui. Ils servent à vivre. Littéralement : à respirer, à creuser des espaces au sein de la réalité saturée et pesante, ils permettent le mouvement, le déplacement, la liberté. Comme tous les autres artistes.

9) Quelle place tiennent les librairies dans votre vie ?
Essentielle : ce sont des transmetteurs humains, un fin libraire peut vous faire gagner beaucoup, beaucoup de temps en vous indiquant le livre auquel vous n'auriez pas pensé et qui déclenche à lui tout seul un glissement de terrain mental et vous ouvre une nouvelle brèche.


  • Les présentations des éditeurs : 03/06/2014

Western des origines, véritable épopée fondatrice, tantôt lyrique, dramatique ou burlesque, ce livre est d'abord une vibrante célébration des frontières mouvantes de l'imaginaire.

Un souffle parcourt l'espace inhospitalier des prairies vierges du Far-West, aux abords d'une ville naissante vers laquelle toutes les pistes convergent. C'est celui d'Eau-qui-court-sur-la plaine, une jeune Indienne dont le clan a été décimé, et qui, depuis, exerce ses talents de guérisseuse aussi bien au bénéfice des Blancs que des Indiens.
Elle rencontrera les frères McPherson, Jeff et Brad, traversant les grands espaces avec leur vieille mère mourante dans un chariot brinquebalant tiré par deux boeufs opiniâtres ; Xiao Niu, qui comprend le chant du coyote ; Gifford à demi enterré dans un nid de poussière ; Elie poursuivi par Bird Boisverd dont il a dérobé la monture ; Arcadia Craigs, la musicienne itinérante, qui s'est fait voler son archet par la bande de Quibble.
Et tant d'autres dont les destins singuliers se dévident en une fresque sauvage où le mythe de l'Ouest américain, revisité avec audace et brio, s'offre comme un espace de partage encore poreux, ouvert à tous les trafics, à tous les transits, à toutes les itinérances.

Céline Minard est l'auteur de plusieurs romans, dont Le Dernier Monde (2007), Bastard Battle (2008, mention spéciale du Prix Wepler), Olimpia (2010) et So long Luise (2011).
Tous ses livres ont été salués par la critique pour leur style exigeant et leur virtuosité narrative. Elle est considérée aujourd'hui comme l'une des voix les plus originales de la littérature contemporaine.

Le 40e Prix du Livre Inter a été attribué à Céline Minard pour Faillir être flingué



  • La revue de presse Grégoire Leménager - Le Nouvel Observateur du 5 septembre 2013

Il n'y a pas que les garçons qui aiment jouer aux cow-boys. Il y a aussi Céline Minard. Et parole de garçon, elle se débrouille très bien...
Le western de Céline Minard n'est jamais lassant...
Le roman de Minard expérimente tous les cas de figure, toutes les combinaisons. Ses grands espaces ont beau ressembler à une cour de récréation, ils sont aussi le laboratoire à ciel ouvert d'une civilisation bâtie sur la loi du plus fort, et qui peaufine peu à peu ses règles en invoquant le commerce, le libre-échange, l'esprit d'entreprise. God bless America.


  • La revue de presse Alain Nicolas - L'Humanité du 19 septembre 2013

Après la SF et le roman historique, l'auteure de Bastard Battle reconstruit avec les pièces détachées du genre un western à sa façon, solide et savoureux...
Le secret réside peut-être dans un humour qui évite l'acidité, dans la puissance bienveillante avec laquelle elle fait exister un monde où, sans exclure un massacre ou deux, le meilleur n'est pas forcément le tireur le plus rapide. Et aussi un sens de la construction du personnage où réside, sans doute, tout l'art du conteur. On s'attache ainsi à Eau-qui court-sur-la-plaine, à Sally, la tenancière de saloon, ou à l'invraisemblable Arcadia Craig, dite Arcie, contrebassiste pas si égarée que ça. Résultat  ? Un livre ambitieux et généreux, qu'on lit sans désemparer, avec le sentiment que le plaisir ne se paie pas d'une mise en veilleuse du cerveau. Céline Minard poursuit un chemin qui l'amène aujourd'hui sur les terres d'un large public. Il y a fort à parier qu'il répondra à l'appel


  • La revue de presse Hubert Artus - Lire, septembre 2013

Après la science-fiction, la fable baroque et la romance fantasy, Céline Minard aborde les contrées plus sauvages du western. Un des plus beaux livres de cette rentrée. Faillir être flingué : c'est d'abord l'un des plus beaux titres de cette rentrée française. C'est ensuite un roman poétique et très singulier, signé d'un auteur dont le style est toujours aussi virtuose, savant, baroque, et à chaque roman toujours aussi surprenant...
Avancer dans cette histoire, c'est envisager la lecture comme une chevauchée symboliste autant que réaliste. Ici, les boeufs tirant chariot comprennent le chant des coyotes. Là, Céline Minard prend le temps d'évoquer le rythme de la nature. Ici donc, le vivant, homme comme animal, est à l'écoute de l'environnement. Faillir être flingué est le roman de genre d'un auteur qui a compris l'Histoire (les Indiens Pawnees contre les Sioux du Dakota; les Blancs contre les Chinois). C'est le livre d'une passionnée de western...
Céline Minard offre ainsi un texte dense, mais fluide, d'un naturalisme et d'une attention aux individus qui lui permettent de placer au même plan, non pas moral mais narratif, la vie et la mort, l'altérité et la vengeance, le côté clair et le côté obscur.


  • La revue de presse Thierry Clermont - Le Figaro du 12 septembre 2013

Faillir être flingué est un roman polyphonique et virtuose sur le destin des pionniers du Nouveau Monde. Avec son sixième roman, Céline Minard frappe un grand coup, en prenant le risque d'exhumer et de renouveler un genre galvaudé et largement passé de mode : le western...
On sent chez l'auteur, sinon de la nostalgie, de l'amour pour ces terres à défricher et pour ces hommes et femmes à l'âme vagabonde, à la recherche d'un nouveau monde et qui s'aventurent dans la vie. Le grand D. H. Thoreau et son Walden n'est pas très loin...
Un nouvel espace littéraire s'ouvre à nous. Plongez-y !


  • La revue de presse Frédérique Roussel - Libération du 5 septembre 2013

Le lecteur s'engouffre dans ce roman sur un chariot tiré par deux boeufs. Sous le tunnel de toile cahotant, une grand-mère se meurt en ne cessant de hurler. Faillir être flingué projette en plein mythe de l'ouest américain. La carriole bringuebalante chemine comme de bien entendu vers un morceau de lande accueillant et fertile. Les deux fils, Brad et Jeffrey, escortent le convoi avec Josh, le petit-fils. Les Indiens s'annoncent vite, sans dégâts. Orage-Grondant a reconnu un grand chef dans l'aïeule mourante et lui organise des funérailles dignes de son rang. Le manichéisme attendu du western s'en trouve vite rompu. Une vieille femme blanche peut incarner un dignitaire indien. Un Blanc peut scalper un Pawnee. C'est posé d'emblée. La littérature peut puiser dans tous les genres et redistribuer les cartes. Se mouler dans les codes et les renverser de la manière la plus naturelle possible...
Céline Minard s'est amusée à repatiner le mythe de la conquête de l'Ouest, utopie du départ à zéro. On s'y abandonne avec plaisir. Faillir être flingué se lit comme un chariot qui prend son temps, puis saute sur un cheval au galop et s'incruste dans le paysage.


  • La revue de presse Raphaëlle Leyris - Le Monde du 5 septembre 2013

Au fil de ce western plein de souffle et d'humour, avec quelques instants d'une sauvage beauté, Céline Minard tient sa monture stylistique. Elle qu'on n'a vu reculer ni devant l'introduction d'ancien français dans sa langue (Bastard Battle), ni devant l'invasion de celle-ci par l'anglais (So long, Luise), simplifie son écriture, la propose claire comme une eau légèrement troublée par quelques gouttes de whisky. Sans que cela l'appauvrisse. Faillir être flingué a quelque chose d'aussi étrangement entraînant qu'un air de western music joué à la contrebasse, tel qu'on peut l'entendre chez Sally. A l'Ouest, on peut toujours trouver du nouveau.


  • La revue de presse François Lestavel - Paris-Match, août 2013

Canyons, attaques d'Indiens, règlements de comptes au saloon et naissance d'une ville, Céline Minard prouve avec son nouveau livre que les Américains n'ont plus le monopole du colt. «C'est un western car j'avais besoin de l'air que l'on retrouve dans ce type d'espace, explique-t-elle. La nature est le lieu commun de tous les personnages qui s'y rencontrent, mais elle est vue par le regard des Blancs qui ne connaissent pas les mots indiens...»...
Un livre à la fois nostalgique et joyeux, qui rappelle aussi bien les premiers Lucky Luke que «Little Big Man»...
Dans le livre, il y a plein de façon de «faillir être flingué», pas seulement les balles qui sifflent mais aussi la maladie, les flingages psychologiques...»


  • La revue de presse Nathalie Crom - Télérama du 21 août 2013

Si courent bel et bien, en filigrane des pages du roman de Céline Minard, les grandes thématiques du western traditionnel ou moderne - la confrontation entre nature et civilisation, le face-à-face entre l'Indien et l'homme blanc, la violence des colons -, il serait erroné pourtant de voir, dans cette fresque, une parodie du genre. Faillir être flingué est un western tout court, un vrai. Un grand roman saisissant de maîtrise, mais aussi souvent époustouflant de beauté, dans lequel le mouvement narratif savamment mené, la truculence des scènes triviales, l'humour des dialogues s'inscrivent sur une toile de fond éminemment contemplative - un songe qui prend source dans les admirables descriptions de l'espace, des éléments, des paysages, des traces qu'y impriment le passage des animaux et les hommes.


  • Les courts extraits de livres : 12/04/2014

Le chariot n'en finissait plus d'avancer. La grand-mère à l'arrière criait de toutes ses forces contre la terre et les cahots, contre l'air qui remplissait encore ses poumons.
Quand elle ne dormait pas profondément, insensible au monde, sourde, aveugle et enfin muette, elle criait furieusement dans le tunnel de toile qu'elle avait désigné comme son «premier cercueil» en s'y asseyant, au début du voyage.
Depuis des semaines, elle ne s'alimentait plus que d'une bouillie de blé. Une bouillie de plus en plus claire et liquide, confectionnée à partir de sa réserve personnelle. Tirée du seul sac qu'elle avait exigé de prendre pour elle et qu'elle avait jalousement gardé sous sa tête en guise d'oreiller. Bien que son blé se soit rapidement gâté, elle avait refusé toute autre nourriture, hormis les petits poissons que prenait la gamine quand la piste longeait une rivière. Les moisissures ne l'avaient jamais empêchée de manger. Sa mère, qu'elle appelait maintenant à grands cris dans son délire de très vieille femme, sa mère qui connaissait les plantes en recommandait la consommation à certaines périodes de l'année. Les moisissures du seigle ou du blé. Début de l'été, fin de l'automne. Le savoir qu'elle laissait échapper par bribes se mêlait à des souvenirs du village qu'elle avait quitté plus de sept décennies avant de s'asseoir puis de s'allonger dans le chariot du dernier exil.
Quand la route lui en laissait le loisir, la gamine s'installait sous la toile et regardait passer le pays, le dos calé contre la paroi de toile mobile, la main posée sur les pieds de la vieille sous la couverture. Elle l'écoutait crier vers sa mère morte depuis cinquante ans, dans cette langue qu'elle commençait seulement à comprendre, crier pour lui demander la permission d'entrer enfin dans le royaume.
Depuis des semaines, depuis que le chariot avait pénétré dans les plaines, les deux fils et le petit-fils de la vieille femme subissaient son régime de silences et de gueulements alternés. Brad, l'aîné, le supportait patiemment, comme un des éléments de l'adversité ou un mystère de la nature. Il ne recevait pas autrement les averses de grêle et les orages brefs qui les étrillaient de temps à autre. Comme il avait supporté les leçons et les quelques raclées cuisantes qu'elle avait jugé bon de lui administrer autrefois. Comme il avait soustrait de ses mains le pain quotidien jusqu'à ce qu'il soit en mesure de le récolter et de le boulanger lui-même ou de le gagner. Son fils, à lui, Josh prenait de son côté une forte avance à pied ou à cheval à chaque fois que les cris recommençaient mais Brad ne s'en étonnait pas. Il ne lui serait pas venu à l'esprit d'en juger. Comme il ne jugeait pas le fait que la gamine qu'ils avaient trouvée accroupie au pied d'un grand pin, à des miles de leur destination et de leur point de départ, se soit si simplement accommodée à leur vie.
Les choses, les gens et les événements arrivaient comme il était lui-même arrivé au monde et il lui fallait les accueillir.


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