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.. D'argile et de feu

Couverture du livre D'argile et de feu

Auteur : Océane Madelaine

Date de saisie : 22/04/2015

Genre : Romans et nouvelles - français

Editeur : Ed. des Busclats, Paris, France

Prix : 12.00 €

ISBN : 9782361660307

GENCOD : 9782361660307

Sorti le : 07/01/2015

Récompensé par le très beau prix belge Première, ce roman habité, sensible et délicat d'Océane Madelaine est un petit bijou. Après s'être enfermée pendant des années dans une vie froide et morne, Marie prend pedibus le chemin de la garrigue où s'est noué un drame d'enfance. En route, elle va rencontrer une potière, et la magie d'un artisanat, qui vont la révéler à elle même. Écriture sensuelle et évocatrice, presque olfactive, subtilité et congruence des récits alternés qui mettent en scène les deux Marie... un livre enchanteur !


  • Le courrier des auteurs : 14/03/2015

1) Qui êtes-vous ? !
Je suis Océane MADELAINE, céramiste et écrivain. Après des études de Lettres Modernes à Toulouse et à Paris et deux nouvelles nominées au Prix du Jeune Écrivain, je me suis formée à la céramique et ai créé mon propre atelier, tout en continuant à écrire. D'argile et de feu, mon premier roman, s'inspire en partie de l'univers potier que je connais bien, et s'offre comme une réconciliation entre mes deux mondes. Depuis 2011, je vis et travaille dans les Corbières.

2) Quel est le thème central de ce livre ?
D'argile et de feu est le portrait croisé de deux femmes qui portent le même prénom : Marie. Il y a celle qui quitte tout et marche furieusement vers le sud, en cherchant un nouveau sens à donner à sa vie, et il y a celle qui, au 19ème siècle, devint une potière renommée alors que la poterie était affaire d'hommes. Le roman raconte comment Marie la narratrice découvre inopinément les traces de Marie la potière et reconstitue peu à peu son histoire. Et finalement, c'est comme si l'immense force de la potière apaisait et galvanisait peu à peu la narratrice hantée par le souvenir traumatique d'un incendie. Comme si l'éloge de l'argile et du feu venait enfin panser des blessures intimes, et répondre aux questions centrales de ce livre autour de la mémoire et de la présence.

3) Si vous deviez mettre en avant une phrase de ce livre, laquelle choisiriez-vous ?
Ce serait «Je suis un point qui marche», la première phrase du cahier blanc qu'écrit Marie ; c'est en vérité la toute première phrase qui m'est apparue avec netteté, un jour d'été et de rivière, et que j'ai griffonnée à la hâte dans mon journal. L'écriture du livre entier est née de ces mots-là, qui disent à la fois le mouvement et l'entrave, et contiennent déjà tout le récit de Marie, qui peut se lire comme le passage du point vers la ligne, l'horizon.

4) Si ce livre était une musique, quelle serait-elle ?
Sans aucun doute, ce serait la musique de Lhasa, envoûtante, sauvage et douce, ses trois albums indifféremment, La Llorona, The living road, et Lhasa, que j'ai écoutés en boucle durant l'écriture de ce livre.

5) Qu'aimeriez-vous partager avec vos lecteurs en priorité ?
Je voudrais partager l'argile et le feu, bien sûr, et puis cet endroit fascinant que j'espère convoquer par l'écriture, cet endroit entre dedans et dehors, à la croisée de la mémoire, du secret, de l'intime, et de l'appel vers l'extérieur, la forêt, le sauvage, le corps en marche, la sueur. Et tout cela porté par une langue que j'essaie de travailler au plus près, au mot près, pour que les mots soient justes, exacts, tout en restant aussi très ouverts, afin de laisser de la place au lecteur.

6) Avez-vous des rituels d'écrivain ? (Choix du lieu, de l'horaire, d'une musique de fond) ?
Le rituel peut être plus ou moins pauvre. Il se résume souvent au choix du thé et au bol qui le contiendra, qui à eux seuls suffisent à délimiter l'espace d'écriture. Il peut parfois s'agrémenter de musique, d'un beau papier ou d'images, d'une bougie. Si j'ai plaisir à écrire le matin, je me satisfais maintenant de tous les horaires et de n'importe quelle table, pourvu de parvenir à libérer assez de temps pour écrire dans ma journée de céramiste.

7) Comment vous vient l'inspiration ?
Je crois que l'inspiration vient en travaillant la langue comme une matière, patiemment. Au bout d'un moment, ça prend, ça tient, ça existe, à force de vigilance et de tentatives. Bien sûr, l'inspiration vient aussi à force de ne pas écrire, à force d'accumuler du désir d'écrire, qui à un moment donné pourra enfin prendre forme.

8) Comment l'écriture est-elle entrée dans votre vie ? Vous êtes-vous dit enfant ou adolescente «un jour j'écrirai des livres» ?
L'écriture est première, primordiale, elle est là très vite dans l'enfance, dans l'ombre d'un grand-père écrivain mort, dans la présence de livres autour de moi, dans une certaine solitude. Je ne me disais pas alors que j'écrirais des livres, mais j'ai écrit, énormément, un journal intime, des récits, des poèmes, j'ai aimé le geste matériel d'écrire, la main crispée sur le papier. C'est plus tard que je comprends mieux ce que signifie vraiment écrire, que ça devient une véritable intention, et que je souhaite adresser cette écriture.

9) Vous souvenez-vous de vos premiers chocs littéraires (en tant que lectrice) ?
Dans l'enfance, j'ai beaucoup lu, à tort et à travers, tous les livres qui passaient à ma portée, beaucoup de romans. Je me souviens surtout de lire dans le rocking-chair, à côté de mes frères et soeurs, et de devenir absolument sourde à ce qui se passait alors dans la cuisine. Je me souviens notamment d'avoir lu et relu Les Misérables en pleurant, et d'avoir appris par coeur Les Yeux d'Elsa d'Aragon. A peine un peu plus tard, j'ai lu Le grand cahier d'Agota Kristof, dont je n'ai pas tout compris, mais qui m'a énormément marqué.
Ensuite c'est un feu d'artifice, qui continue encore et encore, jusqu'à former une espèce de famille qui m'accompagne : Virginia Woolf, Henri Michaux, Marguerite Duras, William Faulkner, Jean Genêt, Henry David Thoreau, Pascal Quignard, René Char, Françoise Lefèvre, Arthur Rimbaud, Robert Antelme, Yves Bonnefoy, Erri De Luca, Serge Pey, Elio Vittorini, Pierre Michon, Michèle Desbordes ou Cesare Pavese... Autant de mondes, autant d'émerveillements, le coeur battant, page après page...

10) Savez-vous à quoi servent les écrivains ? !
Les écrivains travaillent la langue et à travers elle, travaillent le réel, l'ouvrent, l'agrandissent, le creusent, l'interrogent, le dénoncent ou le métamorphosent. Ils sont comme tout artiste les garants de notre condition d'humains qui tentent d'ajouter quelque chose au monde.


  • Les présentations des éditeurs : 14/03/2015

«Durant des années, j'ai été un point de silence et d'immobilité. Mais ce point s'est mis en marche ce matin. Mes pieds commencent à inventer une ligne. C'est une ligne de fuite.»

Ainsi écrit Marie, jeune femme d'aujourd'hui, dans le cahier blanc. Elle y raconte sa déambulation, sa halte, l'adhérence des pieds sur le sol des chemins, sa rencontre par-delà les siècles avec l'autre Marie, Marie Prat la potière, qui savait transformer la terre dans ses mains et la cuire au feu. En ce 19ème siècle où la poterie était affaire d'hommes, elle inventait des pots et les signait avec insolence «fait par moi».

Et c'est comme si la force vitale de Marie la potière consignée dans le cahier rouge, apprivoisait peu à peu Marie la narratrice hantée par un cauchemar d'incendie. Flamme de vie contre flammes de mort.

Océane Madelaine, céramiste et écrivain, manie les mots comme elle tourne ses pièces, avec rigueur, justesse, et la grâce de celle qui cherche la beauté de l'épure.

Elle signe là son premier roman.


  • Les courts extraits de livres : 14/03/2015

Cahier blanc

La fuite

Je suis un point qui marche.
Cela peut paraître étrange mais c'est comme ça. J'appartiens au point parce que durant des années j'ai été contenue, circonscrite, quadrillée. Nom, prénom, date et lieu de naissance, nationalité, adresse, métier, numéro de sécurité sociale : je cochais avec obéissance, j'existais à la croisée de ce qu'on exigeait de moi, j'acquiesçais au brouhaha majoritaire. Il est difficile de dire qui peut en être responsable, et cela ne m'intéresse même pas. Durant des années, j'ai été un point de silence et d'immobilité. Mais ce point s'est mis en marche ce matin. Au milieu de la cour, mes pieds commencent à inventer une ligne que personne n'avait imaginée. Il n'y a que ça à faire. C'est une ligne de fuite.

Je garde mon prénom et mon âge, c'est tout. Le reste je le laisse à Pierre, à la ville du nord, à qui veut. Je m'appelle Marie, j'ai bientôt trente ans, un corps tout en longueur, une couronne épaisse de cheveux blonds, les bras blêmes d'avoir différé le soleil, et je marche cap au sud, poussant par devers moi les vieilles mémoires, une brûlure de dix-huit hectares et toute ma colère, vivace comme chiendent. Il doit y avoir quelque part des falaises blanchies de sel, de l'écume vive, des champs que griffent la vigne ou l'olivier, et je les trouverai certainement. Le temps de la torpeur est révolu, voilà ce que je clame face au matin de la ville du nord, et la cour de l'immeuble ne peut qu'acquiescer dans sa grisaille.

J'avais pensé prendre l'avion ou le train mais lorsque j'ai quitté la cour, il était clair soudain que je ne pouvais m'en aller qu'avec mes pieds, puisque j'étais dépossédée de tout le reste, mais je me tenais debout, enfin. Alors je soutiens que je saurai flairer le sud, sans ces cartes routières que je n'ai jamais été fichue de comprendre. Dans l'enfance d'il y a presque mille ans je n'ai connu que lui, gobant tout l'horizon, désignant la seule direction possible au-delà des montagnes.

Au début je ne sais pas marcher. À pas furtifs me déplace sur le trottoir comme dans un corridor, soucieuse de prendre le moins de place possible, m'excusant à chaque carrefour. Mais marcher ! Peu à peu cela revient. Les pieds poussent, insistent, entraînent dans leur sillage les genoux, les bras ballonnants et les cuisses arquées autour du pubis, s'ancrent dans l'asphalte, s'y écrasent et s'y déplient pour déclencher le rebond, tandis que je regarde avec étonnement les traces qu'ils laissent dans la poussière des rues. J'énumère : cheville, talon, orteils, et à chaque pas c'est une bascule, un engrenage et un miracle qui m'emportent avec souplesse. Je suis capable de ça : tout quitter avec mes pieds pour seuls complices.


  • L’amour des livres, avec Bonnelecture.fr : 14/03/2015

Quelle place tiennent les livres dans votre vie ?
Pour moi, lire c'est vivre.


  • L’amour des livres, avec Bonnelecture.fr : 14/03/2015

Quelle place tiennent les livres dans votre vie ?
Des livres il y en a partout, dans la chambre, la cuisine, l'atelier, la bibliothèque, le grenier. Ils sont parfois maculés d'argile, parfois cornés une page sur deux, parfois lisses et comme neufs. Ils s'empilent sur la table en bois de la cuisine et la rendent encore plus belle. J'aime la place matérielle qu'ils prennent dans ma vie, et j'aime tous les espaces encore plus immenses, follement essentiels et absolument irremplaçables qu'ils ouvrent en moi et au-delà de moi. En eux je peux glaner, m'enfouir, disparaître, recommencer. Les livres sont là, comme des piliers, des fenêtres, et je n'ai qu'à rouvrir au hasard un livre de Virginia Woolf, d'Erri de Luca ou d'Yves Bonnefoy pour m'en assurer, une fois de plus, et forte de ça, pouvoir retourner vers l'atelier et l'argile, légère et ancrée.


  • Le mot préféré de l'auteur, avec LesMotsDesLivres.com : 14/03/2015

«Visage» par Océane Madelaine
J'y pense et y repense, et c'est toujours ce mot-là qui jaillit, absolument. C'est un mot dense, qui est saturé d'autres mots et qui pourtant les nie aussi, les refuse, les renvoie à leur maladresse de mots. On n'écrit pas un visage, on n'écrit pas le visage, et on ne fait que ça, d'une certaine manière. Inlassablement comme un peintre on y revient, avec d'autres mots, pour scruter ce mot de «visage», on s'approche, on s'éloigne. On raconte le carmin des lèvres, le volcan des peaux, la salive, la morve, la faim, l'éblouissement, les larmes, le sang, tout cela contenu en un seul mot encore, toute la vie et toute la mort encore j'y reviens, et je pense à Lévinas, et je pense à Antelme, au visage singulier qui dit toute l'espèce humaine et son éloge dans la pisse et la boue ; et oui je scrute ce mot comme je pourrais le faire justement d'un visage, c'est profond insondable concret et abstrait tout à la fois, et alors les mots vont essayer de faire leur travail de mots en cernant l'indicible, oui, «visage» dans ma bouche entre paysage et sauvage, mot de caresse et de refus, mot qui arrête et contient l'écriture, mot immense, déployé ou recroquevillé, mot mystère toujours renouvelé dans l'amour de la langue.


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