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.. Le sens de l'orientation

Couverture du livre Le sens de l'orientation

Auteur : Arrigo Lessana

Date de saisie : 19/01/2015

Genre : Romans et nouvelles - français

Editeur : Bourgois, Paris, France

Collection : Littérature française

Prix : 16.00 €

ISBN : 978-2-267-02717-4

GENCOD : 9782267027174

Sorti le : 22/01/2015

  • Le courrier des auteurs : 11/02/2015

1) Qui êtes-vous ? !
Est-ce que j'aimerais le savoir ? Pas vraiment. Une question pleine de questions !
J'ai exercé longtemps le métier de chirurgien du coeur. J'ai écrit un premier livre, L'Aiguille, réflexions autour de mon expérience de chirurgien et de chercheur.
Le Sens de L'Orientation est un roman dont le personnage principal, Ferdinand, est chirurgien du coeur. Il pourrait se trouver en continuité avec le récit que constitue L'Aiguille

2) Quel est le thème central de ce livre ?
Le thème central du livre est contenu dans le titre. Les personnages du roman n'ont pas le sens de l'orientation en ville, en montagne. Ils en manquent surtout dans leur vie amoureuse, où ils semblent en lévitation au-dessus de la faille qui sépare le sentiment amoureux de l'être aimé.
Un lecteur me disait que, pour lui, le thème central du roman, serait la rencontre entre les gens utiles et la flopée de gens inutiles, ou qui se croient inutiles et pour certains, fiers de l'être, qui entourent Ferdinand. Lui-même semblant attiré, voire fasciné, par cette catégorie de gens soit disant inutiles.

3) Qu'aimeriez-vous partager avec vos lecteurs en priorité ?
Ce que j'attends de mes lecteurs ? Je n'avais pas imaginé que j'aurais pu en attendre quelque chose, quand certains lecteurs m'ont surpris en me disant, sur mes personnages en particulier, des choses auxquelles je n'avais pas pensé, Ferdinand qui voulait en finir, elle (lectrice) l'avait vu dès les premières lignes, et cette autre, moqueuse, qui voit Ferdinand tournant le dos à sa femme qui le quitte, s'émouvoir amoureusement pour les vieilles anglaises (motocyclettes)... Plusieurs lecteurs ont aimé Valentin, le psychanalyste, moi aussi je l'aime bien, un peu fada, auto destructeur avec le jeu, ne survivant qu'à travers la perte, mais bon psychanalyste selon moi.

Borgès aurait voulu maintenir le contact avec ses lecteurs, dit-il dans un entretien à la Paris Review. S'étant aperçu qu'il n'avait vendu que trente-sept exemplaires de son livre Histoire de l'éternité, il avait voulu retrouver chacun des acheteurs pour leur présenter ses excuses, mais aussi pour les remercier de ce qu'ils avaient fait. «Si vous pensez à trente-sept personnes - ces personnes sont réelles, je veux dire, chacune d'elle a son visage, sa famille, elle vit dans sa rue. Mais si vous vendez, disons, deux mille exemplaires, c'est comme si vous ne vendiez rien du tout parce que deux mille, c'est trop - l'imagination ne peut les appréhender. Alors que trente-sept personnes - peut-être trente-sept, c'est déjà trop, dix-sept aurait peut-être été mieux, ou même sept - mais trente-sept, c'est encore à la portée de l'imagination.»

4) Avez-vous des rituels d'écrivain ? (Choix du lieu, de l'horaire, d'une musique de fond) ?
Rien de bien défini. J'écris rarement tôt le matin, il faut que je sois saisi par une nécessité, une idée qui me réveille. À Paris, je travaille chez moi, la musique me dérange, la radio aussi, j'ai besoin de silence. Si je voyage, je vais dans les cafés. Là, curieusement, le bruit et la musique me vont bien. Il m'est arrivé aussi d'écrire dans des cafés à Berlin et à Vienne, seul, entouré de conversations que je ne comprenais pas.
J'écris lentement sur des cahiers. Ce que je tape ensuite à l'ordinateur se trouve très différent du premier jet, et n'a souvent rien à voir avec celui-ci.
Je peux rester plusieurs jours sur quelques pages, jusqu'à ce que j'aie l'impression qu'elles sonnent bien, alors, je cherche à avancer. Je corrige beaucoup, et les corrections modifient le sens imperceptiblement, comme si le texte prenait le dessus.

5) Comment vous vient l'inspiration ?
Je préfère laisser parler Faulkner, il disait : «Un écrivain a besoin de trois choses : l'expérience, l'observation et l'imagination», heureusement, il ajoutait : «et deux d'entre elles - parfois même une seule - peuvent compenser l'absence des autres... Je ne sais rien de l'inspiration, parce que je ne sais pas ce que c'est que l'inspiration - j'en ai entendu parler, mais je ne l'ai jamais vue». Il avait raison, l'inspiration sert surtout à se remplir les poumons quand on respire.

6) Comment l'écriture est-elle entrée dans votre vie ? Vous êtes-vous dit enfant ou adolescent «un jour j'écrirai des livres» ?
Adolescent, je me voyais plus tard médecin de campagne, peut-être parce que j'avais fait un séjour en Angleterre chez un vétérinaire. Je l'accompagnais, j'avais gardé un bon souvenir des visites dans les fermes, il soignait les bêtes, les gens aussi, à l'occasion. Je n'ai jamais pensé écrire des livres, jusqu'au jour où j'ai acheté un cahier, j'ai pris du plaisir à écrire sans savoir que ça deviendrait un livre. Pour ça, j'ai reçu d'inoubliables encouragements.

7) Vous souvenez-vous de vos premiers chocs littéraires (en tant que lecteur) ?
Chocs littéraires : L'homme qui rit de Victor Hugo. Vie et destin de Vassili Grossman.

8) Savez-vous à quoi servent les écrivains ? !
À quoi sert la littérature ? Entre autres : à dire ce qu'aucune science n'approchera jamais.


  • Les présentations des éditeurs : 11/02/2015

Ferdinand aime la moto, le foot, la montagne.
Bien concentré sur son métier de chirurgien du coeur, il est mal orienté dans sa vie amoureuse. Sa femme le quitte.
Dans un Paris imaginaire, il trace une nouvelle carte du Tendre et rencontre Paola au café de l'Étoile du Nord.
«Comme le jour, qui se lève toujours, Ferdinand vint à penser, ravi, qu'elle viendrait toujours, confondant le toujours d'aujourd'hui avec l'autre, le toujours à venir, dont personne ne sait rien.»
Ferdinand consulte son médecin des âmes, Valentin, qui dilue ses propres émotions dans le jeu.
Une irrésistible ascension semblera tracer son destin dans la neige.
Un récit délicat, ironique, percutant.

Né à Paris de parents italiens, Arrigo Lessana a été chirurgien du coeur pendant plus de trente ans. Il a opéré et enseigné dans bien des parties du monde. En 2010, il a publié un récit, L'Aiguille (Denoël), réflexion sur l'expérience médicale et l'invention, nouée au fil de l'apprentissage quotidien de la vie. En 2012, il a été consultant pour le tournage du film de Marion Laine, A coeur ouvert, avec Juliette Binoche et Edgar Ramirez.



  • La revue de presse Fabienne Pascaud - Télérama du 7 janvier 2015

Avoir ou pas le sens de l'orientation. Se repérer ou pas, dans ce monde déboussolé, où personne n'agit comme il est censé le faire, n'éprouve les sentiments qu'il devrait, ne pense comme il le pourrait...
Ferdinand pourrait être son double, chirurgien cardiaque comme lui, et comme lui amateur passionné de montagne. Tout au long d'un récit cadencé en brefs et vifs chapitres, écrit sur un rythme chaotique, ellip­ses et courts-circuits, tel le coeur qui bat la chamade, on observe d'ailleurs souvent Ferdinand dans ces salles d'opération que l'écrivain connaît à merveille ; et où il nous conte avec un ironique détachement l'insensible vacillement entre vie et mort, le geste du praticien qui sauve ou peut tuer, la fatigue du malade et celle de son chirurgien.


  • Les courts extraits de livres : 11/02/2015

Valentin peut perdre son bel allant

Au sixième étage par un ascenseur à deux places, juste après la porte, un escalier recouvert d'une moquette beige et deux fauteuils en guise de salle d'attente.
Pas mal d'attente. Les patients s'enjambent, assis, debout dans l'escalier pour aller s'allonger sur son divan. Peu de conversations, quelques mots échangés à mi-voix, presque rien, avec le temps, les gens prennent une couleur, velours côtelé, blouson, imper, écharpe, ils meublent l'espace, disparaissent.

Au-delà des fauteuils, le couloir est bordé d'une immense volière. Pas d'oiseau parleur dans cette zone tempérée, mais des mésanges. Elles volent en ondulant et se posent sur des perchoirs de chêne vert et de laurier. Un lierre ajouré les sépare du vitrage ; au-delà, les toits de zinc en vagues gris-bleu, les cheminées, les gouttières et les crêtes, les échelles et les antennes ; plus près, en contrebas, l'étrave d'un immeuble : à la proue, une terrasse verte en forme de poire ventrue dépasse le toit.
Au bout de la coursive la porte s'entrouvre, les gens se croisent à l'étroit, les épaules de profil. Dans la longueur du bureau-cabine, un fauteuil, un divan recouvert d'un kilim, et, posée sur une commode de bois sombre, grande comme deux paumes, la maquette fragile d'une belle goélette à deux mâts. Sous la fenêtre, une table étroite et sa chaise en bois courbé.
Pendant les séances de l'après-midi, il arrive que Ferdinand perçoive le froissement du quotidien ou de la revue de marine que Valentin parcourt distraitement. Les lettres d'imprimerie (les voiles aussi), pense-t-il, défilent devant les yeux de celui-ci comme un paysage passe à travers la fenêtre du train (un train longe la côte) sans déranger la rêverie. D'un geste brusque, Valentin jette le magazine par terre, ça le fatigue, tout ça. Un silence profond s'installe alors derrière la tête de Ferdinand posée sur le kleenex et son traversin dans le prolongement de son corps allongé. Pas un geste, pas un souffle, pas un crissement de soulier ni un frottement sur le cuir râpé du fauteuil.
Plusieurs fois, s'appuyant sur le coude, il s'est retourné pour s'assurer qu'il n'était pas resté seul dans la cabine du bout du couloir avec les gens en train de végéter dans l'escalier. Il lui est arrivé aussi d'être pris d'une inquiétude soudaine : l'autre aurait cessé de respirer et se serait évanoui, assis dans son fauteuil. Ferdinand l'a remarqué, Valentin peut perdre son bel entrain habituel. Saisi d'une sorte d'accablement, pâle, les traits tirés, l'homme semble prendre des années en quelques instants. Ferdinand a osé un jour en partant : «Ça va ?» Et Valentin : «Ça ira» Quelque chose, un événement venu du dedans ou d'ailleurs l'afflige parfois sans prévenir.


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