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.. Un membre permanent de la famille

Couverture du livre Un membre permanent de la famille

Auteur : Russell Banks

Traducteur : Pierre Furlan

Date de saisie : 08/04/2015

Genre : Romans et nouvelles - étranger

Editeur : Actes Sud, Arles, France

Collection : Lettres anglo-américaines

Prix : 22.00 €

ISBN : 978-2-330-03890-8

GENCOD : 9782330038908

Sorti le : 07/01/2015

A travers une douzaine de nouvelles, Russel Banks s'interroge sur ce qui fonde l'unité d'une famille ou d'un couple, explorant ces moments où tout semble basculer et nous entraîner vers un autre destin.


  • Les présentations des éditeurs : 22/01/2015

LE POINT DE VUE DES ÉDITEURS

Un mari humilié qui rôde dans la maison de son ex-femme, un serveur déprimé qui invente à une inconnue une vie qui n'est pas la sienne pour la sauver d'un hypothétique désespoir, des hommes et des femmes qui, pour transcender leur existence ordinaire, mentent ou affabulent à l'envi, sous le soleil de Miami ou sous des cieux plus sombres...
Dans ces douze nouvelles d'une extraordinaire intensité et peuplées de personnages cheminant sur le fil du rasoir, Russell Banks, convoquant les angoisses et les tensions où s'abîment les fragiles relations que l'être humain tente d'entretenir avec ses semblables, transmue magistralement le réel et le quotidien en authentiques paraboles métaphysiques.

Né en 1940, Russell Banks est sans conteste l'un des écrivains majeurs de sa génération. Son oeuvre, traduite dans une vingtaine de langues et publiée en France par Actes Sud, a obtenu de nombreuses distinctions internationales. Il vit dans l'État de New York.



  • La revue de presse Muriel Steinmetz - L'Humanité du 2 avril 2015

C'est dans un genre qu'il affectionne, la nouvelle, que Russell Banks explore avec lucidité et tendresse 
les poches de misère matérielle et spirituelle des retraités et des petites gens de son pays...
On voit que, dans ces courts récits, l'amertume du constat est de rigueur. Aucun de ces antihéros n'est cependant dépourvu du « lait de l'humaine tendresse », comme dirait Balzac. De subites infortunes s'invitent souvent sans crier gare dans des vies déjà sinistrées. On peut ainsi trouver des surprises au coin de chaque histoire, dans laquelle l'humour est manié à fleurets mouchetés. Sous le glacis du tragique, presque chaque nouvelle contient un symbole facétieux ou rageur...
On a donc affaire à une vision en coupe de certains recoins des États-Unis. Quelle que soit la dureté de la situation envisagée, Russell Banks ne tombe jamais dans l'excès de noirceur car il laisse toujours percer un regard tendre sur cette humanité en état de tristesse infinie. C'est sans doute la marque de la littérature la plus authentique, qui n'hésite pas à considérer la cruauté du réel, mais sans jamais la porter à l'excès de la caricature.


  • La revue de presse Florence Noiville - Le Monde du 5 mars 2015

De Russell Banks, on connaît la tendresse pour ceux qu'il appelle les dropouts, tous les exclus, les parias, les marginaux du monde contemporain. Ceux que, d'Affliction à La Réserve et d'American Darling à Lointain souvenir de la peau (Actes Sud), on retrouve dans presque tous ses livres. Le Banks intime nous est moins familier. Surtout lorsqu'il apparaît, comme ici, dans une forme qu'il n'avait plus pratiquée depuis près de quinze ans : la nouvelle...
Il est subtil et touchant, ce récit où Sarge, l'animal trait d'union, qui symbolise la permanence de la vie, finit en «cadavre rigidifié», les yeux «aveugles, secs et opaques, la langue grise pendant de la bouche ouverte comme si on l'avait interrompu au milieu d'un bâillement». Le tour de force de Banks, c'est que, en parlant du chien, il parle de lui, du rapport père-filles, du non-dit, de la rancune, de la douleur des séparations, de l'âge qui vient, de la solitude de l'écrivain, des désillusions. Le tout de façon faussement factuelle, comme si c'était des blancs et des silences que ­surgissait l'émotion. Cette même maîtrise stylistique qui serre la gorge et force l'émotion, on la retrouve dans la plupart des onze autres nouvelles qui composent ce recueil - et qui ont presque toutes pour décor le nord de l'Etat


  • La revue de presse Alexis Brocas - Le Magazine Littéraire, février 2015

Sans jamais se départir d'une réelle humanité, Banks met en pièces le rêve américain. Tantôt mordant, tantôt compatissant, son dernier recueil de nouvelles est à l'image des chiens qui le traversent...
Ces nouvelles témoignent de la façon dont l'écrivain évoque les plus modestes : avec des moyens de narration apparemment simples, en réalité extrêmement sophistiqués. Il est de coutume d'expliquer cela par la biographie : si ce romancier mondialement célébré parle si bien de l'Amérique déshéritée, c'est qu'il en vient. Et, certes, nombre de ses livres témoignent de sa connaissance des marges économiques...
Mais le regard que Banks porte sur ses personnages - ni condescendant ni angélique mais fraternel - découle plutôt de ses qualités d'observateur, voire de ses qualités humaines, plutôt que de sa familiarité avec le sujet.


  • La revue de presse Bruno Corty - Le Figaro du 29 janvier 2015

Dans Un membre permanent de la famille, sixième recueil de nouvelles de l'écrivain américain, douze personnages arrivent au point de rupture. Un régal !...
Banks est retors. Ses histoires apparemment banales sont remplies de pièges, de faux-semblants. Il ne faut pas plaindre la femme qui vient de perdre son mari sur un court de tennis de Floride. Pas plus qu'il ne faut écouter les conseils d'un barman, d'une vendeuse de voitures d'occasion ou d'une journaliste de télévision. Vous risqueriez de vous retrouver dans de très sales draps ! La nouvelle la plus poignante met en scène un homme et une femme qui ont failli avoir une liaison, un soir, des années plus tôt, et se retrouvent, par hasard, encombrés de leurs regrets. Tout au long du volume, Banks joue avec nos nerfs et ceux de ses personnages. Et c'est un vrai régal !


  • La revue de presse François Busnel - L'Express, janvier 2015

Les nouvelles de Russell Banks ? Un grand reportage sur les classes moyennes, Un recueil de nouvelles est forcément inégal. Mais chez Russell Banks, s'il y a des hauts, les bas sont rares. Russell Banks possède l'art de raconter un destin en quelques traits. Il suggère sans jamais appuyer. Et sous sa plume, c'est une vie, souvent fracassée, qui apparaît dans sa complexité. Son grand sujet, c'est la survie. Ou, plus exactement, la façon dont les hommes et les femmes exercent ce métier banal : vivre, aujourd'hui, confronté aux difficultés économiques, politiques, raciales...
Que c'est bouleversant, ce que la littérature peut nous dire de la société !


  • La revue de presse François Lestavel - Paris-Match, janvier 2015

Le romancier américain Russel Banks publie un magnifique recueil de nouvelles, sensibles et grinçantes. Un ancien marine contraint de se lancer dans des braquages pour survivre, une veuve joyeuse qui revit en Floride après la mort de son mari, une femme noire piégée sur le parking d'un concessionnaire de voitures, passant la nuit sous la menace effrayante d'un molosse  : en douze nouvelles et autant de pépites, Russell Banks nous livre sa vision d'une humanité un peu calamiteuse, fragile et déboussolée, malheureuse en couple ou indifférente au sort des autres.


  • La revue de presse Laëtitia Favro - Le Journal du Dimanche du 4 janvier 2015

Russell Banks, l'auteur américain des Beaux Lendemains, revient avec douze nouvelles qui sont autant de pépites...
Si les admirateurs de l'écrivain américain loueront les scènes mythiques des Beaux Lendemains, d'American Darling ou de Lointain Souvenir de la peau, les douze pépites réunies dans Un membre permanent de la famille témoignent plus qu'éloquemment de l'adresse de l'auteur à portraiturer les différentes classes de la société américaine, avec une tendresse particulière pour les marginaux, les inadaptés, les accidentés de la vie qui ont eu le malheur de s'engager un jour sur le mauvais chemin...
Rien n'est plus difficile que de se confronter à la complexité du sensible et du sentiment humain quand il manque à la plume l'acuité nécessaire, qualité qui a depuis longtemps érigé Russell Banks comme l'un des plus grands peintres de la vie moderne de ces dernières décennies.


  • La revue de presse Nathalie Crom - Télérama du 13 janvier 2015

Des instantanés de vie de la classe moyenne américaine, au plus près des hommes, de leurs rêves et de leur désarroi. Admirable de maîtrise...
De quoi est-il question, dans ces instantanés de vie comme captés en direct, avec une empathie et une pénétration qui défient la science psychologique ? De l'humain, sans masque, presque sans peau, les nerfs et le coeur à vif - l'humain vulnérable et blessé. D'hommes et de femmes immergés dans ce banal métier de vivre dont nul ne connaît les règles, nul n'appréhende l'âpreté avant de s'y trouver confronté, et nul ne sort indemne. Rien de tragique pourtant...


  • Les courts extraits de livres : 22/01/2015

ANCIEN MARINE

Après être resté éveillé une heure dans son lit, Connie finit par repousser les couvertures et se lever. Il fait encore nuit. Pieds nus, il frissonne dans son boxer et son tee-shirt. Il ressent une légère gueule de bois - une bière de trop la veille, au 20 Main. D'un geste sec il allume la lampe de chevet puis il remonte le thermostat de treize à dix-huit degrés. La chaudière pousse un soupir rageur, la soufflerie démarre et une odeur de pétrole se répand dans tout le mobile home. Connie tapote son sonotone pour bien le placer dans son oreille et jette un coup d'oeil par la fenêtre de la chambre. La neige tombe sur le gazon, sous le pâle faisceau d'un réverbère. C'est la deuxième semaine d'avril, il devrait pleuvoir, mais Connie est content de voir qu'il neige. Il sort du tiroir de la table de chevet son pistolet de service, un Colt de calibre 11,43, vérifie qu'il est bien chargé et le pose sur la commode.
Il se rase, s'habille, part en ville dans son pick-up, et quand il arrive, neuf centimètres de neige lourde et humide se sont accumulés sur le sol. Les déneigeuses municipales et les camions de salage sont déjà sortis. Les baies vitrées du restaurant M & M sont si embuées que depuis la rue on ne parvient pas à distinguer la demi-douzaine d'hommes et les deux femmes qui, à l'intérieur, prennent leur petit-déjeuner et échangent à mi-voix des bribes de conversation.
Connie préfère s'asseoir tout seul au fond de la salle où il se met à lire les pages sport du Press-Republican de Plattsburgh. Les autres clients de ce restaurant, il les connaît tous personnellement depuis presque toujours. Ils vont tous se rendre au travail. Lui, non. Il se désigne comme le Retraité, bien qu'il n'ait jamais pris officiellement de retraite d'aucune sorte et que personne d'autre ne l'appelle ainsi. Il y a huit mois, Ray Piaggi l'a libéré de ses attaches avec son entreprise de ventes aux enchères, la Ray's Auction House. Libéré de ses attaches. Comme s'il était un ballon gonflé à l'hélium au bout d'une ficelle, raconte-t-il. Et il ajoute parfois qu'on peut voir que l'économie va mal quand même les commissaires-priseurs commencent à réduire leurs effectifs, laissant ainsi entendre que ce n'est pas sa faute s'il est sans emploi, s'il en est réduit aux bons alimentaires et à l'assistance médicale, s'il vivote d'aide sociale et d'indemnités de chômage en passe de s'arrêter bientôt. C'est la faute de l'économie. Et la faute de ces mecs, quels qu'ils soient, censés s'en occuper.
Connie a déjà commandé son petit-déjeuner habituel - oeufs brouillés, rondelles de saucisse, muffin anglais grillé et café - lorsque Jack, son fils aîné, passe la porte. Jack salue de la tête, sourit aux clients comme s'il se présentait aux élections, donne une petite tape sur l'épaule de Vivian, la serveuse. Puis il enlève son lourd blouson aviateur gris et son chapeau d'hiver d'officier de police avant de les suspendre à une patère à côté du blouson Carhartt et de la cagoule en polaire vert forêt de son père. Il s'assoit ensuite face à lui et à la porte.


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