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.. Le voyant

Couverture du livre Le voyant

Auteur : Jérôme Garcin

Date de saisie : 14/03/2015

Genre : Romans et nouvelles - français

Editeur : Gallimard, Paris, France

Collection : Blanche

Prix : 17.50 €

ISBN : 978-2-07-014164-7

GENCOD : 9782070141647

Sorti le : 31/12/2014

  • Le courrier des auteurs : 03/02/2015

1) Qui êtes-vous ? !
Un amoureux, mari d'une comédienne et père de trois enfants, un cavalier qui écrit, et le compagnon invisible du dimanche soir.

2) Quel est le thème central de ce livre ?
C'est, sous forme d'exercice d'admiration, le portrait d'un aveugle visionnaire qui fut résistant, déporté, écrivain et professeur américain de littérature française.

3) Si vous deviez mettre en avant une phrase de ce livre, laquelle choisiriez-vous ?
J'en choisirais deux, écrites par mon héros, Jacques Lusseyran. L'une après l'accident qui l'a rendu aveugle : «Je ne voyais plus avec les yeux de mon corps, je voyais avec les yeux de mon âme» ; et l'autre, dans une lettre adressée à ses parents en avril 1945, depuis le camp de Buchenwald : «J'ai appris ici à aimer la vie».

4) Si ce livre était une musique, quelle serait-elle ?
Qu'importe, pourvu qu'elle fût interprétée par Yehudi Menuhin, que Jacques Lusseyran, son presque contemporain, allait écouter, enfant, à Pleyel et à Gaveau, et dont le violon éclairait sa nuit.

5) Qu'aimeriez-vous partager avec vos lecteurs en priorité ?
Je rêverais de les convertir à ma foi en Lusseyran, leur faire lire son grand texte : «Et la lumière fut», leur faire comprendre combien et pourquoi cet homme, disparu en 1971, à l'âge de 47 ans, est et sera toujours un contemporain capital.

6) Avez-vous des rituels d'écrivain ? (Choix du lieu, de l'horaire, d'une musique de fond) ?
Oui, je n'écris qu'à la campagne, face à un paysage immuable : une colline boisée, sauvage, et de préférence après avoir monté, car les chevaux sont mes alliés substantiels.

7) Comment vous vient l'inspiration ?
Je ne crois pas à l'inspiration, je crois au travail.

8) Comment l'écriture est-elle entrée dans votre vie ? Vous êtes-vous dit enfant ou adolescent «un jour j'écrirai des livres» ?
J'ai su très tôt, après avoir perdu à 6 ans mon frère jumeau et à 17 ans mon père, que j'écrirais un jour. Pour les empêcher de disparaître, pour les prolonger, pour continuer de parler avec eux.

9) Savez-vous à quoi servent les écrivains ? !
A résister à tout ce qui détruit, à retenir la vie et la rendre meilleure, à réconcilier les vivants et les morts.


  • Les présentations des éditeurs : 05/02/2015

«Le visage en sang, Jacques hurle : «Mes yeux ! Où sont mes yeux ?» Il vient de les perdre à jamais. En ce jour d'azur, de lilas et de muguet, il entre dans l'obscurité où seuls, désormais, les parfums, les sons et les formes auront des couleurs.»

Né en 1924, aveugle à huit ans, résistant à dix-sept, membre du mouvement Défense de la France, Jacques Lusseyran est arrêté en 1943 par la Gestapo, incarcéré à Fresnes puis déporté à Buchenwald. Libéré après un an et demi de captivité, il écrit Et la lumière fut et part enseigner la littérature aux États-Unis, où il devient «The Blind Hero of the French Résistance». Il meurt, en 1971, dans un accident de voiture. Il avait quarante-sept ans.

Vingt ans après Pour Jean Prévost (prix Médicis essai 1994), Jérôme Garcin fait le portrait d'un autre écrivain-résistant que la France a négligé et que l'Histoire a oublié.



  • La revue de presse François Busnel - L'Express, mars 2015

Jérôme Garcin offre à ses lecteurs une occasion magnifique de toucher la beauté, d'approcher le mystère de vies fauchées en plein élan...
Les exercices d'admiration sont devenus rares, hélas. On préfère railler, dénigrer, moquer. C'est un trait de l'époque qui n'épargne pas la littérature. La lecture est, précisément, le meilleur remède à cette médiocrité : lire, admirer, s'enthousiasmer, transmettre... Voilà ce que pratique Jérôme Garcin au fil de livres brefs, curieux, peuplés de jeunes morts. Jean Prévost, Hérault de Séchelles, Jean de La Ville de Mirmont... et maintenant Jacques Lusseyran...
Un portrait réussi tient dans le regard que l'écrivain pose sur son modèle. Celui de Jérôme Garcin est enthousiaste, juste, fraternel.


  • La revue de presse Jean-Claude Lebrun - L'Humanité du 12 février 2015

L'auteur possède un talent certain pour l'écriture biographique. Il y a vingt et un ans, il signait Pour Jean Prévost, qui faisait redécouvrir la belle figure de l'écrivain résistant tué par les nazis sur le plateau du Vercors, le 1er août 1944. Trois livres suivirent, dans la même veine. Il fait aujourd'hui surgir de l'oubli un autre grand résistant, qui avait survécu à la guerre et à la déportation avant de disparaître en 1971 dans un accident de la route  : Jacques Lusseyran, frappé de cécité depuis l'âge de huit ans, dont il compose le bouleversant portrait. Jérôme Garcin ne se limite pas à la restitution d'une vie. Il élargit en effet son récit à de plus vastes horizons, opère des rapprochements, n'hésite pas à se mettre lui-même en scène, faisant montre d'une constante empathie...
L'auteur s'attache ici à une trajectoire exceptionnelle et méconnue.


  • La revue de presse Jean Birnbaum - Le Monde du 5 février 2015

A la vaste grisaille du conformisme, justement, ce texte oppose les intenses couleurs de la liberté. Le Voyant (Gallimard, 192 p., 17,50 €) rend justice à Jacques ­Lusseyran (1924-1971), jeune aveugle qui, sous l'Occupation, garda les yeux grand ouverts au moment où tant d'autres ­détournaient le regard...
Mais c'est sous Vichy que sa manière d'entendre le monde et d'écouter les autres lui aura été la plus précieuse. Polyglotte et nourri de philosophie, le jeune aveugle entre en résistance et orchestre la lutte de ses camarades, auxquels il transmet le désir de faire face, la haine de ceux qui rampent debout.


  • La revue de presse Bernard Pivot - Le Journal du Dimanche du 11 janvier 2015

A 16 ans, Jacques n'a pas hésité. Oui à de Gaulle, non à Pétain. Il est élève du lycée Louis-le-Grand, à Paris. Son refus de la défaite et de la soumission impressionne ses camarades. Des élèves d'Henri-IV les ont rejoints. Le 21 mai 1941, ils sont plusieurs dizaines à se réunir dans l'appartement de ses parents, boulevard de Port-Royal. Ils prêtent serment devant lui. Le 14 juillet 1941, ils sont 180. Ils décident de s'appeler Volontaires de la Liberté. Certains mourront en déportation. Jacques est leur chef. Il est aveugle. Comment expliquer - justifier, c'est impossible - que l'Histoire n'ait pas retenu le nom de Jacques Lusseyran, homme tout bonnement exceptionnel par sa vie et sa force morale ? L'Histoire, sourde et aveugle... Mais plus muette grâce à Jérôme Garcin que tant d'ingratitude a indigné et qui a trouvé le temps, les témoins, les documents et les mots pour tracer le portrait d'un héros oublié...
De ce destin très romanesque, Jérôme Garcin a tiré un livre admirable, cambré, sincère, d'autant plus impressionnant que, fidèle à Jacques Lusseyran, il ne cède pas à l'émotion. L'un et l'autre ont recherché la lumière intérieure. Elle éclaire Le Voyant comme au jour de Pâques.


  • La revue de presse Marc Dugain - Le Figaro du 15 janvier 2015

Jérôme Garcin, maître de la littérature généreuse, poursuit son oeuvre, inlassablement, faite comme il le dit lui-même de livres brefs. Il est ainsi, il craint par de plus amples circonvolutions de faire de l'ombre à ceux qu'il veut louer dans le plus grand désintérêt. Une fois de plus, il nous enchante par cette façon si particulière qu'il a de ressusciter des morts méprisés par la postérité, soit parce que la vie ne leur a pas laissé le temps, soit parce qu'elle n'a pas su reconnaître leur grande valeur humaine et littéraire. Le fils de La Chute de cheval, le frère d'Olivier, l'ami de Jean Prévost et de Jean de la Ville de Mirmont rend cette fois un hommage bouleversant à Jacques Lusseyran...
Le voyant ne verra rien des horreurs du camp de la mort, il les sentira, les entendra et pire encore les imaginera. Il y survivra deux fois. La première à la libération du camp. La seconde au guet-apens de la mémoire, quand, dans la solitude d'une nation renaissante, les souvenirs viennent vous frapper lâchement dans le dos...
La postérité n'avait pas daigné s'appesantir sur cet homme remarquable, rejeté de son vivant des bonnes consciences qui ne lui ont pas pardonné ses frasques. Jérôme Garcin lui rend grâce avec une sincérité pleine de chaleur alliée à une écriture belle et humble pour rendre ce livre exceptionnel.


  • Les courts extraits de livres : 05/02/2015

ET LA LUMIÈRE FUT

1

Rien, pas l'once d'une plainte, pas l'ombre d'un regret, pas trace d'une quelconque amertume, pas la moindre colère, pas non plus de protestation, et jamais de jalousie. Aucun sentiment bas, nulle révolte vaine. Au contraire, une paix avec soi-même, une harmonie avec le monde, une équanimité souterraine, un optimisme ravageur, une vaillance hors norme, une foi d'airain, et même une manière de gratitude pour le destin qui, en le privant de ses yeux, en lui ayant refusé le spectacle de la beauté à l'âge des premiers émerveillements, développa chez lui ce qu'il nommait le regard intérieur. Comme s'il évoquait une industrie secrète, une fabrique cachée, un atelier réservé à lui seul, il répétait que les «vrais yeux travaillent au-dedans de nous» et faisait entrer, dans sa propre caverne, la lumière du feu que Platon plaçait à l'extérieur, et en hauteur. La vérité était en lui-même ; dehors n'était pour lui qu'une illusion - un trompe-l'oeil.
De son handicap, il fit un privilège. Il en tira une fierté qui interdisait la charité et intimidait la compassion. Il y trouva comme un supplément de gravité, lui qui, dans Le Puits ouvert, un roman demeuré inédit, écrivait : «En se penchant sur mon berceau, il y a un cadeau que les bonnes fées ont oublié de me faire, c'est la frivolité.» Il lui arrivait de mépriser ceux qui, s'apitoyant sur son sort, se flattaient d'avoir un regard d'aigle et de tutoyer l'horizon. Toujours, il se moqua des gémissants et des vaniteux. Le mot qu'il détestait le plus et tenait pour un défaut, pour une démission, pour une lâcheté, c'était celui de «banalité». Sa vie brève n'y tomba jamais. Elle fut une exception française.

2

J'ai découvert Jacques Lusseyran avec Et la lumière fut. Je me souviens très bien des émotions contradictoires que j'éprouvai à la lecture de ce témoignage magistral et capital. Le récit de ce héros, qu'aucun romancier n'aurait osé inventer, n'était-il pas trop exemplaire pour être vrai ? Et s'il était vrai, où donc cet homme avait-il trouvé la force surhumaine d'affronter, tête haute, de telles épreuves, de se dépasser sans cesse, de se survivre en rayonnant ? Ce livre, qui illustrait à la perfection le concept de résilience, comment avait-il pu le rédiger sans le voir ? (Mon étonnement vient de ce que je suis de la vieille école. Il m'arrive souvent d'écrire à la main ; j'aime tracer les mots sur des cahiers quadrillés, les remplacer ensuite par d'autres qui attendent dans la marge, biffer, corriger, peaufiner, imposer un rythme secret à ma partition, ajouter des couleurs à mes crayonnés. Je ne suis pas loin de croire que la phrase manuscrite commande la pensée, que le geste précède l'idée, que le stylo impose son style et sa loi. Et je ne commence vraiment à écrire qu'en me relisant, qu'en regardant mon feuillet.) Avait-il lui-même tapé à la machine ou plutôt dicté à une sténo ce que j'avais la faculté de lire, les yeux ouverts, dans un jardin du pays d'Auge traversé par un ruisseau qui sentait l'herbe coupée, la menthe fraîche et l'ail des ours, un jardin qui ouvrait sur des perspectives - massifs anglais de rosiers, de rhododendrons, de lilas, champs chahuteurs de hauts maïs, colline boisée et alanguie - où mon regard se posait, entre deux pages, comme pour s'assurer de son acuité et bien mesurer son empire provisoire ?
(...)


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