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.. Un agent nommé Parviz

Couverture du livre Un agent nommé Parviz

Auteur : Naïri Nahapétian

Date de saisie : 11/05/2015

Genre : Romans et nouvelles - français

Editeur : Ed. de l'Aube, La Tour-d'Aigue, France

Collection : L'Aube noire

Prix : 16.00 €

ISBN : 9782815911962

GENCOD : 9782815911962

Sorti le : 02/04/2015

  • Le courrier des auteurs : 26/09/2015

1) Qui êtes-vous ? !
Naïri Nahapétian, journaliste et romancière. D'origine arménienne, née en Iran, je vis en France depuis plus de trente ans. Donc je parle, j'écris et je rêve en français. Mais même si le français est ma langue, j'écris des polars qui racontent l'Iran d'aujourd'hui, sans diabolisation ni concession...

2) Quel est le thème central de ce livre ?
Le nucléaire iranien.

3) Si vous deviez mettre en avant une phrase de ce livre, laquelle choisiriez-vous ?
«Kiana ne répondit rien, gênée : de quoi était-elle censée douter ? Du fait que l'homme qui s'adressait à elle était mort ou qu'on lui avait crevé les yeux ? Manifestement ni l'un ni l'autre n'était vrai, songea-t-elle en goûtant son thé.»

4) Si ce livre était une musique, quelle serait-elle ?
Un morceau de guitare classique iranienne bien sûr ! L'un des personnages principaux, Kiana, est musicienne et son instrument est le tar.

5) Qu'aimeriez-vous partager avec vos lecteurs en priorité ?
L'affection que je porte à mes personnages, surtout les Iraniens : Parviz, cet Iranien élégant qui est un agent secret romantique et mystérieux, Kiana, cette musicienne très attachée à son pays qui découvre que son mari est un ingénieur nucléaire... La bombe nucléaire cristallise le malentendu entre l'Iran et l'occident et l'originalité de mon roman est, je pense, de montrer ce conflit larvé des deux points-de-vue.

6) Avez-vous des rituels d'écrivain ? (Choix du lieu, de l'horaire, d'une musique de fond) ?
J'écris le jeudi et vendredi, car je travaille à temps partiel, du lundi au mardi, dans mon journal Alternatives économiques. Généralement, le jeudi matin, chez moi, je ne suis pas très productive : je pense à mes articles, mes collègues, je suis souvent dérangée par des coups de fils. Je souffre beaucoup le jeudi, cherchant vain à retrouver le fil de l'intrigue, la musique des premiers chapitres. Mais petit à petit, je m'extrais de la vie réelle. Et le vendredi, c'est comme si mon roman s'écrivait tout seul.

7) Comment vous vient l'inspiration ?
Le début d'un roman m'est souvent inspiré par quelque chose de ténu, d'intangible. Dans le cas d'Un agent nommé Parviz, j'ai été longuement poursuivi par la première phrase «Je suis mort le 2 novembre 1979, pendu dans ma cellule par des Gardiens de la révolution aux ordres de Khomeyni.» Puis, j'ai vu la scène qui suivait cette phrase : Parviz, un homme séducteur, occidentalisé, est un espion au service de la France. Face à lui, Kiana, une jeune Iranienne voilée, se demande pourquoi il lui raconte tout cela. A ses yeux, Parviz est un traitre. Elle a peur. Que lui veut-il ? Et quel est le lien entre son mari et le programme nucléaire secret de la République islamique ?

8) Comment l'écriture est-elle entrée dans votre vie ? Vous êtes-vous dit enfant ou adolescente «un jour j'écrirai des livres» ?
J'ai toujours voulu écrire. En Iran, quand j'avais sept ans, j'avais rédigé une bande-dessinée avec des personnages qui faisaient un voyage dans l'espace. L'écriture de fiction est une névrose selon moi, un besoin maladif de fuir la réalité.

9) Vous souvenez-vous de vos premiers chocs littéraires (en tant que lectrice) ?
J'ai dévoré tous les Agatha Christie à mon arrivée en France. J'avais neuf ans alors et les livres étaient mon principal refuge. J'ai aussi lu Soljenitsyne, Dostoïevski : peut-être parce que ces auteurs me rapprochaient du pays que j'avais quitté... Et j'ai lu Les Ritals qui m'a fait pleurer, peut-être parce que c'était des histoires d'immigrés...

10) Savez-vous à quoi servent les écrivains ? !
L'écriture pacifie les moeurs, la lecture également. La frontière entre les deux est d'ailleurs extrêmement mince : un auteur passe son temps à lire et à se relire avant d'écrire. Donc je crois sincèrement que les livres nous aident à sublimer leur agressivité. En gros, les écrivains empêchent les hommes de s'entre-tuer !


  • Les présentations des éditeurs : 26/09/2015

Parviz est un être mystérieux. Les Iraniens le disent mort ; lui se plaît à raconter les circonstances dans lesquelles des hommes aux ordres de Khomeyni l'ont assassiné. Il travaillait alors pour la CIA, mais vend désormais son savoir-faire aux services secrets français. C'est ainsi que Kiana se retrouve à écouter sa confession dans un pavillon impersonnel de banlieue parisienne : il semblerait que son mari, Nasser, un scientifique iranien, ait des choses à cacher. Peu après, Florence Nakash, jeune recrue de la DGSE, est chargée d'une nouvelle enquête : son ami Parviz, celui-là même que l'on disait mort en 1979, a disparu... Un roman subtil et efficace qui nous entraîne au coeur des secrets nucléaires iraniens et des manipulations des services secrets occidentaux pour ralentir l'avènement d'une «bombe islamique».

Naïri Nahapétian a déjà publié plusieurs ouvrages, dont deux polars aux éditions Liana Levi - Qui a tué l'ayatollah Kanuni ? et Dernier refrain à Ispahan -, traduits en plusieurs langues et repris en Points-Policier.

Naïri Nahapétian est née en 1970 dans une famille arménienne à Téhéran, ville qu'elle a quittée après la révolution islamique sans pouvoir y retourner durant quinze ans. Journaliste, elle a fait depuis de nombreux reportages en Iran.


  • Les courts extraits de livres : 26/09/2015

Je suis mort le 2 novembre 1979

«Je suis mort le 2 novembre 1979, pendu dans ma cellule par des Gardiens de la révolution aux ordres de Khomeyni. Quelques jours auparavant, j'avais fait une courte apparition à la télévision officielle afin de confesser mes crimes : j'étais un agent de la CIA à la tête d'un complot visant à renverser la République islamique. Mes «complices» ont été exécutés peu après. Du moins, c'est ce que me répétaient mes bourreaux chaque fois qu'ils m'arrachaient un nom. Vous n'étiez pas née alors, mais ceux de ma génération se souviennent que les interrogatoires ont été longs, douloureux, et la nouvelle selon laquelle on m'avait crevé les yeux a fait le tour de Téhéran. Rumeur macabre, servant tant à réjouir mes ennemis qu'à semer la terreur parmi les opposants...»
Sur ces mots, Parviz s'interrompit et fixa son invitée de son regard clair, avant de lui tendre un verre transparent cerclé d'un filet d'or. Il n'était pas grand, mais svelte, élégant, et s'exprimait en français comme s'il était né dans ce pays.
«Vous ne me croyez pas ?» reprit-il en faisant tourner son verre à thé entre ses doigts.
Kiana ne répondit rien, gênée : de quoi était-elle censée douter ? Du fait que l'homme qui s'adressait à elle était mort, ou qu'on lui avait crevé les yeux ? Manifestement ni l'un ni l'autre n'était vrai, songea-t-elle en goûtant son thé.
Puis elle le sucra avant de le porter une nouvelle fois à ses lèvres.
«Je vois bien que vous ne me croyez pas, prononça Parviz comme pour lui-même. Et je commets peut-être une erreur en vous parlant à coeur ouvert... Ne le prenez pas mal ! Je ne dis pas cela pour vous blesser. J'ai évité mes compatriotes pendant si longtemps que j'en oublie nos codes habituels de politesse. Ceux qui m'ont sauvé ne pensaient pas que je pourrais vivre à Paris sans être repéré par les Iraniens. Ils m'ont même proposé de changer de visage, comme dans un vieux film d'espionnage. Puisque je tenais tant à regagner la ville où tout avait commencé, il fallait éviter à tout prix qu'on me reconnaisse...»
Changer de visage ? La ville où tout avait commencé ? Mais que signifiait ce charabia ? s'énerva Kiana intérieurement. Et pourquoi son mari tardait-il à arriver, la laissant seule avec cet étranger ? Ce retard inexpliqué ne lui ressemblait pas.
«... Car tout a commencé à Paris. Plus précisément, dans un café du Quartier Latin où la CIA m'a approché alors que j'étais le leader d'une organisation marxiste d'étudiants iraniens en exil. Il faisait beau ce jour-là. Paris reprenait vie après de longs mois d'hiver, au ciel pesant.
C'était en avril ou mai 1974, à moins qu'il ne s'agisse de 1975, je ne me souviens plus très bien...»
Et Parviz se leva, faisant mine de chercher dans sa mémoire tout en observant le jardin par la porte-fenêtre.


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