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.. L'homme de ma vie

Couverture du livre L'homme de ma vie

Auteur : Yann Queffélec

Date de saisie : 17/11/2015

Genre : Littérature, essais

Editeur : Guérin, Chamonix, France

Collection : Démarches

Prix : 19.50 €

ISBN : 9782352210887

GENCOD : 9782352210887

Sorti le : 01/10/2015

  • Les présentations des éditeurs : 17/02/2016

- Papa ?... Tu ne vas pas y croire, papa.
- Je sais, la femme de ménage m'a prévenu.
- Je viens d'acheter un poisson rouge.
-...
- En fait, papa, c'est moi qui ai le Prix Goncourt cette année.
- J'ai du boulot, p'tit vieux, raccroche.
- C'est pas vrai pour le poisson.
-...
- C'est juste vrai pour le Goncourt.
- La femme de ménage m'a...
-... t'a prévenu, ça va !
Et soudain, j'en ai marre de cette ombre confinée toute grouillante d'acariens à tête de mort, du souffle de papa, du souvenir de maman, je n'ai pas assez de mots pour m'excuser du temps que je lui fais perdre, à mon père, avec tout ça, avec moi, ma vie, au revoir papa, désolé, pardon, merci...
Et ce fut la première et la dernière fois où, sans même raccrocher, pris d'une rage de perdition, je mis en pièces le téléphone encrassé d'une cabine publique comme s'il y allait de ma vie.
Le Goncourt ! J'étais lauréat du Goncourt ! La honte ! Il ne me le pardonnerait jamais...

Dans ce récit drôle et bouleversant, l'auteur des Noces Barbares - Prix Goncourt 1985 - met à nu les secrets et les joies d'une enfance tourmentée. L'écrivain des enfances meurtries joue brillamment sur la gamme des émotions : rire, larmes, et plaisir des retrouvailles avec un temps disparu, celui des pères qu'on craignait et qu'on admirait.

Prix Goncourt 1985 avec Les Noces barbares, Yann Queffélec est l'auteur d'une quinzaine de romans dont Ma première femme (Fayard, 2005), La Dégustation (Fayard, 2005) et L'Amante (Fayard, 2006).



  • La revue de presse Marianne Payot - L'Express, novembre 2015

L'Homme de ma vie, l'un de ses plus beaux livres, assurément...
De ses poèmes à l'âge de 7 ans ("C'est toi, l'auteur de ces torchons ?") à son Goncourt pour son deuxième roman à 36 ans ("Je sais, la femme de ménage m'a prévenu"), Yann ne récoltera qu'incompréhension et maladresses. Et pourtant. En lisant ce délicieux patchwork de souvenirs d'enfance et de vie, on comprend entre les lignes que Queffélec père et fils, tous deux amoureux de la mer et des contrées lointaines, sont complices et semblent liés, quoi qu'en pense "p'tit vieux", par une pudique et belle admiration.


  • La revue de presse Gilles Martin-Chauffier - Paris-Match, novembre 2015

Yann Queffélec ausculte ses relations douloureuses avec son père, Henri. Et a l'art de soigner ses mots...
Du coup, aujourd'hui, il raconte tout. C'est le baiser de Judas. Mais c'est magnifique. Les rigolades de l'enfance, les détresses du jeune homme, la mort de la mère, les traversées du golfe de Gascogne et... Papa. Qui ne pourra pas se plaindre. Peu d'écrivains auront jamais droit à une biographie aussi douce et juste. Même une dissection peut être tendre. Si la valeur d'un père se mesure à celle de son fils, ce livre qui arrache les larmes est un hommage parfait


  • La revue de presse Nathalie Crom - Télérama du 28 octobre 2015

L'auteur des Noces barbares remue le couteau dans la plaie, toujours à vif, laissée par un père peu aimant. C'est un livre qu'il portait en lui comme un chagrin secret. Un livre obligatoire, impératif...
La blessure sourd au fil des pages, elle rampe et se faufile dans les souvenirs d'enfance, d'adolescence, puis de jeunesse qu'égrène Yann Queffélec, avec la vigueur, l'âpre élégance, l'humeur turbulente, la pente drolatique, aussi, qu'on lui connaît. On s'y promène entre le Paris des années 1950-1960 et le Finistère. Evidemment, on y prend la mer, pour voguer bien plus loin encore...
Le chagrin, pourtant, ne leste pas le livre de Yann Queffélec. Au contraire, jusqu'aux ultimes et très belles pages, qu'on oserait presque dire apaisées, il en est le nerf, le ressort entêté. -


  • Les courts extraits de livres : 17/02/2016

Avant-propos

Au tournant du siècle dernier, j'eus envie d'écrire un bouquin sur Henri Queffélec, l'auteur de mes jours disparu le 13 janvier 1992. Un hommage ? Oui et non. Un portrait-robot mêlant père et fils sur fond de brouhaha familial pas toujours de bon aloi. Je dus renoncer après quelques paragraphes à hue et à dia. Comme disait Gertrude Stein : si je possédais le sirop, il refusait de couler. De plus, j'ignorais quel était mon héros : «mon père» ou «papa» ? Incapable de choisir entre les deux sosies, craignant le syndrome de Buridan, je renvoyai cette écriture à d'autres calendes. On n'est jamais déçu, avec l'écriture. Quand elle a faim, elle ne cesse de vous mordiller comme un chiot rageur, de japper sur la page : écris-moi ! écris-moi ! Repoussez-la, elle va faire un tour et revient avec un appétit redoublé. Elle est revenue ces jours-ci, pour ne rien vous cacher, elle s'en fiche désormais qu'on l'appelle «mon père» ou «papa». C'est juste qu'elle n'en peut plus d'avoir faim. C'est elle ou moi.

1

Kodak

Mon père, un Finistérien pure souche, était grand, blond, les yeux bleus, des mains d'archange. Il parlait français, grec, latin, breton... Breton non, d'ailleurs, il en souffrit toute sa vie. Il avait grandi à Brest dans un gynécée de plein-vent, quatre étages où ne vivaient pas moins de huit femmes à sa dévotion : sa mère, deux grands-mères et cinq soeurs dont la grâce atypique divisa toujours l'opinion. De chez eux, par-dessus la rade, on devinait l'horizon, les îles du Ponant, Molène. Il y avait aussi Jean, le frère cadet, un vrai beau gosse de série B, celui-là, futur officier de marine. Tous portaient le deuil de Joseph Queffélec le Grand - le capitaine d'artillerie coloniale et chef de tribu Joseph Queffélec tombé à Verdun en injuriant les Boches.
Où retrouver son père, l'homme de sa vie, quand on a de lui seulement trois souvenirs ? Nulle part. On se console en marchant vers Dieu, vers l'Ouest, droit devant.
Chemin faisant, papa croisa la fée des grèves et ne jugea pas antagonistes la tentation des sens et la foi. Plus tard il épousa maman. Sa soeur Jeanne, philosophe de haut niveau, créature au nez proéminent, désapprouva cette union. De rage, elle tapa du pied en s'écriant : «Loulou !» (Un dieu celtique, probablement, d'elle seule connue.) Pour elle, il ne faisait aucun doute que son frère aurait dû : soit être ordonné prêtre, soit l'épouser elle et non cette usurpatrice d'Yvonne, une étrangère à la famille Queffélec, fort jolie qui plus est. Par la suite, Jeanne s'incrusta dans un célibat sans retour et tint pour sujette à caution toute parole émanant de sa belle-soeur. De temps à autre, elle envoyait à son frère un mandat télégraphique, sorte d'allocation familiale. Pas rancunière, avec ça !

Voici une branche généalogique de l'arbre Queffélec Henri. Beaucoup de rameaux noirs avec du bleu consolateur entre les rameaux.
Chevalier Budoc-Efflam Queffélec de Kerkaradec (treizième siècle. Si ce n'est qu'il fut sans doute un compagnon de Marco Polo, cité dans le Devisement des Mondes, on ne sait rien de lui.)
Joseph Queffélec (1869-1916), épouse Henriette Guyader (1878-1947). Ils engendrèrent Marie, Germaine, Renée, Jeanne, Thérèse, Henri, Jean, soit la bagatelle de sept bouches à nourrir. (À se demander combien de bouches auraient attendu leur becquée au 33, place du Château, si la guerre n'avait contraint le sémillant Joseph à d'autres devoirs, tout aussi prenants et virils.)
(...)


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