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.. Fra Angelico

Couverture du livre Fra Angelico

Auteur : Timothy Verdon

Traducteur : Anne Guglielmetti

Date de saisie : 23/12/2015

Genre : Art - Peinture

Editeur : Actes Sud, Arles, France | Imprimerie nationale, Paris, France

Prix : 140.00 €

ISBN : 9782330055899

GENCOD : 9782330055899

Sorti le : 07/10/2015

  • Les présentations des éditeurs : 13/10/2015

Guido di Pietro (vers 1400-1455), ou Fra Giovanni dans l'ordre mendiant des dominicains, est connu en France sous le nom de Fra Angelico, et en Italie, sous celui de Beato Angelico. Peintre au «talent rare et parfait», selon Vasari, il participa pleinement à la révolution artistique et culturelle que connut Florence au début du XVe siècle, et répondit à des commandes à Orvieto, Cortone, Padoue et Rome.
Cosme de Médicis lui confia la décoration des salles et des cellules de dominicains du couvent San Marco. Dans un style plus simple que dans ses autres oeuvres, il y développa une narration affranchie des détails matériels et respectueuse du message évangélique, dans laquelle les visages traduisent une sérénité presque joyeuse.
Au style de ses prédécesseurs toscans, Lorenzetti et Martini, qui s'attachaient, eux, à représenter la vie quotidienne, il préféra une peinture plus didactique dans laquelle la lumière et l'éclat des ors n'ont de valeur que spirituelle. Il resta fidèle aux canons du gothique international, mais sut y associer les nouveautés stylistiques et l'esprit des maîtres de la Renaissance florentine, comme son contemporain Uccello, et initia le courant des peintres dits «de la lumière» en recourant aux bleus, aux verts et aux rouges éclatants se détachant sur fond d'or. Son savant traitement des ombres et de la lumière influença les autres «maîtres de la lumière» que furent Filippo Lippi, Piero della Francesca ou Benozzo Gozzoli, son élève.
On doit à Fra Angelico des oeuvres magistrales, notamment des miniatures, des retables, des fresques (couvent San Marco de Florence, chapelle Nicoline au Vatican), le Calvaire et le Couronnement de la Vierge du Musée du Louvre, plusieurs exceptionnelles Annonciations (dont celles du Prado, du musée diocésain de Cortone, du couvent San Marco).
Ce panorama complet de tout l'oeuvre de Fra Angelico est présenté par Timothy Verdon sous un double point de vue : celui de l'éminent historien de l'art et celui du théologien. Son étude comparative n'élude donc rien des textes sacrés, de leur interprétation artistique, du contexte religieux de l'époque, et leur confrontation avec la vie et la démarche créatrice du maître se révèle des plus convaincantes.



  • La revue de presse Robert Maggiori - Libération du 17 décembre 2015

Fra Angelico a commencé a peindre dans les années 1395-1400. C'était un frère dominicain, très pieux, et sa peinture a été souvent comprise dans sa signification et son rayonnement religieux, avant qu'elle ne soit ramenée dans le champ de l'histoire de l'art. Directeur du musée de l'Œuvre de la cathédrale de Florence, à la fois théologien et historien de l'art, Timothy Verdon était bien placé pour donner, en ce magnifique volume, une vue synthétique à la fois des miniatures, des retables, des fresques (couvent San Marco, chapelle Nicoline du Vatican), des diverses Annonciations, du Calvaire ou du Couronnement de la Vierge (Louvre).


  • La revue de presse Emmanuel Hecht - L'Express, décembre 2015

L'historien de l'art Timothy Verdon serre au plus près l'oeuvre de celui qui n'avait d'autre dessein que de "vivre sans cesse plus près du Christ".


  • Les courts extraits de livres : 13/10/2015

VIVRE SANS CESSE PRÈS DU CHRIST

"Qu'il serait magnifique et doux de voir dans le ciel le glorieux visage aimé de Jésus-Christ, qui a plus belle apparence que tous les enfants des hommes ! Je ne dis pas, mon fils, le voir humilié, avili, privé de la beauté dont l'a revêtu en tant qu'homme sa très douce mère [...] non pas frappé [...] flagellé, moqué et crucifié [...], mais vêtu de la robe d'immortalité et couronné de la gloire dont l'a couronné son Père éternel au jour de sa sainte résurrection, autrement dit le jour où la Sainte Église chante «Hec est dies quam fecit dominus exultemus et lettemur inea» : «C'est ici le jour qu'a fait le Seigneur, chantons et réjouissons-nous en ce jour.» Et pense que dans cette vision il y aurait la plénitude dont parle le saint prophète lorsqu'il dit «Satiabor domine cum aparverit grolia tua» : «Seigneur, je serai rassasié quand ta gloire apparaîtra dans mon âme.»" Ce passage tiré du codex rédigé vers 1447 par un laïc florentin, l'orfèvre Marco di Bartolomeo Rustici, est une bonne introduction à l'art de frère Giovanni du couvent San Domenico de Fiesole, dit en français Fra Angelico. Il exprime avec force l'élan mystique auquel tendait sa peinture : un ardent désir de divin, à l'époque largement partagé et vécu comme une expérience de transformation intime, conformément à la Bible et à la liturgie. De fait, la mention du "glorieux visage aimé de Jésus-Christ" fait écho à la Bible en rappelant la réponse de Yahvé à Moïse, lorsque celui-ci lui demanda à contempler sa gloire : "Vous ne pourrez voir mon visage, car nul homme ne me verra sans mourir" (Exode XXXIII, 20), et à la parole du Christ à ses disciples : "Celui qui me voit, voit mon Père" (Jean XIV, 9). En revanche, la référence au verset 24 du psaume CXVII, "Haec est dies quam fecit dominus", renvoie à la liturgie puisqu'il constitue le chant d'ouverture de la messe de Pâques. Quant à la citation du verset 14 du psaume XVI : "Seigneur, je serai rassasié... ", elle explicite la finalité de cette transformation intime, qui est de voir au-dedans de soi la gloire contemplée sur le visage du Christ.
Voilà l'univers intérieur de Fra Angelico et de son public, même s'il y a loin entre le laïc Marco Bartolomeo Rustici, dont la culture religieuse était enthousiaste mais conventionnelle, et Fra Angelico, qui était un maître du sacré. Moine dominicain ordonné prêtre, celui-ci était en effet familier à la fois de la théologie et de la liturgie, outre le saint homme que l'Église a reconnu plus tard. Cela dit, le "public" auquel s'adressait son art comptait aussi des humanistes et des philologues, avec lesquels, du reste, il a probablement été en relation directe. Et pourtant, l'humus, la base commune - que l'on ait été théologien, humaniste ou simple croyant -, était cette tension vers la transcendance que Rustici exprime dans son désir de voir le visage du Christ en gloire. Fra Angelico avait du succès parce qu'il comblait l'ardent souhait de ses contemporains de contempler le Christ ressuscité.
Guido di Piero ou, en religion, frère Jean, né à Vicchio di Mugello, au nord de Florence, connaissait le Sauveur. Un siècle et demi plus tard, Giorgio Vasari écrit à son sujet : "Il dépensa tout son temps au service de Dieu et au bénéfice du monde et de son prochain." Et dans cet "homme simple et de moeurs très saintes", animé "d'une profonde humanité, sobre, menant une vie chaste", "tout humilité et modestie" dans ses paroles et ses actes, l'auteur des Vies voit un modèle pour les ecclésiastiques de son temps. Il rapporte aussi que Fra Angelico "n'aurait jamais touché ses pinceaux sans avoir auparavant récité une prière" et que, "s'il peignait un crucifix, c'était toujours les joues baignées de larmes". Pour clore ce portrait de la vertu incarnée (d'autant plus convenu que son auteur n'était pas habitué à utiliser ce genre de termes), Vasari cite Fra Angelico : "[...] pour s'adonner à son art, il [lui] fallait une vie calme et sans souci, et [il pensait que,] si l'on travaillait pour le Christ, il fallait vivre sans cesse près du Christ."


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