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.. Les vieux ne pleurent jamais

Couverture du livre Les vieux ne pleurent jamais

Auteur : Céline Curiol

Date de saisie : 21/01/2016

Genre : Romans et nouvelles - français

Editeur : Actes Sud, Arles, France

Collection : Domaine français

Prix : 21.00 €

ISBN : 9782330057909

GENCOD : 9782330057909

Sorti le : 06/01/2016

  • Les présentations des éditeurs : 06/01/2016

À soixante-dix ans, Judith Hogen vit désormais seule. Actrice à la retraite, elle a cessé de fréquenter les scènes artistiques new-yorkaises et se contente de la compagnie de sa voisine, Janet Shebabi, une femme de son âge fantasque et malicieuse.
Trouvant un soir entre les pages d'un roman de Louis-Ferdinand Céline une vieille photographie, Judith est transportée cinquante ans en arrière et soudain submergée de tendresse et de ressentiments. Face à ce visage longtemps aimé, elle se surprend à douter des choix du passé.
C'est ce moment que choisit Janet pour lui proposer de partir, de s'embarquer dans un voyage organisé aussi déroutant que burlesque au cours duquel s'établit entre elles un compagnonnage heureux hors des convenances de l'âge.
De retour à Brooklyn, Judith doit bien admettre que la raisonnable passivité que lui impose la société devient insupportable. Elle décide de repartir en voyage, dans son pays natal, cette France quittée dans les années soixante, là où demeure cet homme, celui de la photo, ce héros.
Céline Curiol convoque ici avec humour les paradoxes de l'âge à travers le mystère de la permanence, de la persistance des liens entre les êtres.
Qu'ils soient amis, frère et soeur ou amants, que reste-t-il de ces attaches qui les construisent, les rassurent ou les abîment ?

Céline Curiol est née en 1975 à Lyon. Son oeuvre est publiée aux éditions Actes Sud. Après avoir vécu une douzaine d'années à l'étranger, principalement à New York, elle réside à Paris.



  • La revue de presse Virginie Bloch-Lainé - Libération du 21 janvier 2016

Dans «Les vieux ne pleurent jamais», l'auteure oppose les caractères de deux femmes octogénaires...
Le passage du temps permet les retrouvailles. Elles sont nombreuses et donnent au roman ses plus belles scènes ; à cette fiction sur la vieillesse, son prix. Par quel événement commencer le récit de sa vie auprès d'une parente perdue de vue depuis longtemps ? «Pour parvenir à remplir n'importe quelle jarre de pierres, de cailloux, de gravier et de sable, un professeur recommande à ses élèves de commencer par y mettre les éléments les plus volumineux puis ceux qui le sont de moins en moins, jusqu'aux plus fins, sous peine de ne pouvoir, en procédant autrement, les y faire tous tenir.» La recette rappelle celle du cake d'amour de Peau d'âne.


  • La revue de presse Bertrand Leclair - Le Monde du 7 janvier 2016

Fort d'une langue vive et souple, qui intègre dans son flux les esquisses de dialogues ou les ­citations de Voyage au bout de la nuit émaillant le récit comme autant de stations, Les vieux ne pleurent jamais fait plus qu'interroger avec une belle empathie ce que signifie être vieux dans un monde voué à la consommation ardente. « A quoi tenais-je  ? », se demande Judith, en bout de course  : à quoi tient-elle qui la tient en vie, cette septuagénaire ordinaire  ? Ou comment cerner d'une manière neuve ce qui nous anime, sous le corset des conventions.


  • La revue de presse Christine Ferniot - Télérama du 6 janvier 2016

Avec Judith pour guide, Céline Curiol cherche l'empreinte des lieux, les fantômes de la mémoire qui soudain réapparaissent, en donnant le vertige. Avec une intelligence aiguë et armée d'une écriture sensuelle, elle glisse de la comédie de moeurs à une gravité presque tragique. Un balancement à l'image de Judith, son personnage, dans le même temps femme somnolente qui ne veut plus être réveillée et fille ardente qui n'a rien oublié de ses passions, ses erreurs et ses audaces...
Bien loin des romans qui ricanent devant le troisième âge, ou feignent de s'en extasier, celui-ci, signé Céline Curiol, accompagne une authentique héroïne dans sa dérive, ses angoisses et ses instants de renaissance.


  • Les courts extraits de livres : 04/12/2015

Jamais je ne l'avais lu mais ce fut lui, ce soir-là, que ma main heurta. Allongée sur le canapé, je commençais à me laisser gagner par une agréable somnolence post-dînatoire, hypnotisée par l'uniformité beige du plafond que j'examinais depuis un moment, quand j'avais tendu le bras en arrière, pour vérifier si je pouvais encore bouger, et cogné le coin de sa reliure. Le livre était posé sur l'étagère qui jouxtait le canapé et qui contenait toutes mes possessions littéraires, ma modeste part de l'ancienne bibliothèque, propriété adorée d'Herb sur laquelle cette fille, sa fille pardon, avait fait main basse dès la disparition de son cher papa sous prétexte que je n'avais jamais eu pour eux assez de passion. L'énergie de ma vexation était passée dans le remplissage des cartons, toute opposition étant, à ce moment donné, au-dessus de mes forces. Je n'avais conservé qu'une trentaine de bouquins qui avaient été rangés là y étaient restés après qu'Irina était venue récupérer les objets qu'elle jugeait lui revenir de droit. Ensuite, il n'y eut plus que moi pour faire bouger les choses dans la maison. Des mois durant, le livre échappa aux réaménagements que j'opérais petit à petit afin de modifier la géographie d'un lieu qui conditionnait trop d'habitudes communes. Je l'avais oublié bien qu'il ait toujours été là, à une place où il était devenu d'emblée invisible.
Le livre avait dû m'être offert car je n'aurais jamais eu l'idée, moi, d'acheter un roman si épais, non parce que j'aurais été incapable de le lire, mais parce que m'aurait arrêtée la certitude que l'oeuvre d'un tel écrivain était réservée à des lecteurs plus aguerris. Je n'ai rien contre les mots. Pourtant lorsqu'ils cascadent de façon aussi imprévisible, j'ai l'impression d'être étourdie, comme si quelque chose dans mon cerveau se mettait à tournoyer à trop grande vitesse, un peu comme si j'avais bu une liqueur de fruits. Je n'ai rien contre les romans non plus, mais souvent, je leur trouve un goût d'artifice, je perçois le petit bruit de fond de leurs rouages ; on veut me conduire quelque part, à l'aveugle prétendument, mais les décors et les accessoires censés m'aiguiller ont quelque chose d'arbitraire, de falsifié. La table est rouge, il pleut, la femme porte une robe d'été, alors que la table pourrait être bleue, la pluie avoir la texture de la neige et la femme être vêtue d'un manteau noir.
C'est Herb qui avait jugé bon de me donner à lire ce livre qu'il estimait important, lui qui avait passé tant d'années à se gorger de lectures saines et sérieuses au point qu'on ne parvenait plus à savoir quelle spontanéité recelait ce qu'il professait, s'il ressentait encore le frisson de l'imprévu sous ses paroles bien pesées, pensées. C'était là l'un des talents qu'on admirait chez mon érudit mari, savoir se lancer dans des explications savantes sur à peu près n'importe quoi.
A l'envers, je ne parvenais pas à lire son titre. Du bout des doigts, je fis glisser l'ouvrage hors de sa rangée et vis alors, à cause de la lumière qui se reflétait de biais sur le lustré de la couverture, qu'une fine couche de poussière s'y était déposée et je me dis, association d'idées saugrenue, que je commençais à moins penser à Herb, qui n'était du coup peut-être plus tout à fait mon mari, mais seulement mon "ancien" mari, même si le terme semblait simultanément m'en séparer et l'immortaliser. Pour la première fois, j'ouvris le livre et en feuilletai quelques pages avant de revenir au début, prise d'une envie de vérifier cette histoire de première phrase que l'on me rabâchait lors des cours de français au lycée.


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