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.. Kannjawou

Couverture du livre Kannjawou

Auteur : Lyonel Trouillot

Date de saisie : 23/02/2016

Genre : Romans et nouvelles - français

Editeur : Actes Sud, Arles, France

Prix : 18.00 €

ISBN : 9782330058753

GENCOD : 9782330058753

Sorti le : 06/01/2016

Dans la rue de l'enterrement, les jeunes rêvent à des jours meilleurs, rêvent de construire un monde nouveau. Mais Haïti est une île occupée, une île toute en contradiction comme les êtres qui la peuplent, une île entre poésie et réalisme, entre espoir et résignation.


Romancier et poète, Lyonel Trouillot raconte l'âme haïtienne sous le signe de la beauté fulgurante des mots. Intellectuel engagé, l'enfant de Port-au-Prince sait que la poésie peut nous sauver, même quand l'adversité est à son comble :
Cinq jeunes gens rêvent d'avenir dans le misérable quartier de la rue de l'Enterrement, proche du grand cimetière. Confrontés à la violence des rapports sociaux, usés par l'occupation militaro-humanitaire (le pays est placé sous contrôle de la communauté internationale) ces personnages ont pour viatique des révolutions fantasmées, les enseignements du «petit professeur» et de sa vaste bibliothèque, ou les injonctions de man Jeanne, farouche gardienne des règles d'humanité élémentaires. Le soir venu, les représentants des ONG aiment à s'encanailler au «Kannjawou», un bar local aussi pittoresque qu'authentique. Pendant ce temps, le peuple est simplement occupé à ne pas mourir...
Dans la culture populaire d'Haïti, le mot kannjawou désigne la fête, le partage. Mais à quelles réjouissances songer quand la souffrance est à ce point accablante ? En convoquant avec éclat sa dimension combative, Lyonel Trouillot met en scène la tragédie d'un pays pris en otage par les inégalités, les jeux de pouvoir et la précarité. Loin de toute rédemption, le poète nous fascine par l'ampleur, le souffle de son inspiration. Trouillot nous apprend le choix du mot juste et rend hommage à l'universalité de la langue française, chère à tous les poètes.


  • Les présentations des éditeurs : 21/01/2016

Cinq jeunes gens à l'orée de l'âge adulte rêvent en vain d'avenir dans le misérable quartier de la rue de l'Enterrement, proche du grand cimetière où même les morts doivent lutter pour se trouver une place. Confrontés à la violence des rapports sociaux et aux dégâts causés par des décennies d'occupation militaro-humanitaire dans leur pays placé sous contrôle de la communauté internationale, ils n'ont pour viatique que le fantasme d'improbables révolutions, les enseignements du "petit professeur" et de sa vaste bibliothèque, ou les injonctions de man Jeanne, farouche gardienne des règles d'humanité élémentaires - règles que bafouent allègrement les nantis et les représentants interchangeables des ONG planétaires. Ces derniers, le soir venu, aiment à s'encanailler au "Kannjawou", un bar local aussi pittoresque qu'authentique aux yeux de visiteurs décomplexés et surentraînés à détourner résolument le regard de l'enfer ordinaire que vit un peuple simplement occupé à ne pas mourir.
Dans la culture populaire d'Haïti, le mot kannjawou désigne, à l'origine, la fête, le partage. Mais à quelles réjouissances songer quand la souffrance, qui fait vieillir trop vite, accule à la résignation jusqu'à détruire la solidarité des communautés premières ? En convoquant avec éclat la dimension combative dont toute son oeuvre porte la trace ardente, Lyonel Trouil-lot met ici en scène la tragédie d'un pays qui, sous la férule d'enjeux qui ne sont pas les siens, pris en otage par les inégalités, les jeux de pouvoir et la précarité, dérive dans sa propre histoire, privé de tout projet collectif rédempteur.

Toute l'oeuvre romanesque de Lyonel Trouillot est publiée chez Actes Sud.
Dernier ouvrage paru : Parabole du failli (2013).



  • La revue de presse Sophie Joubert - L'Humanité du 18 février 2016

À travers le regard de cinq jeunes gens, le romancier haïtien raconte dix ans de présence étrangère dans un pays dévasté...
roche de la poésie, l'écriture de Lyonel Trouillot est dense, épurée, puissante. Les phrases sont soigneusement pesées. On aimerait les retenir toutes. Moins ­lyrique que Parabole du failli ou la Belle Amour humaine, Kannjawou est le roman d'un homme en colère qui interroge l'échec du politique, la place de la ­littérature et des intellectuels en Haïti...
Les livres ne peuvent pas tout, surtout pas chasser les militaires ou éradiquer la misère. Mais certains écrivains ont le pouvoir d'inventer avec les mots un territoire profondément humain, où la fête et la joie sont encore possibles. Lyonel Trouillot est de ceux-là.


  • La revue de presse Gladys Marivat - Le Monde du 11 février 2016

Dans Parabole du failli (Actes Sud, 2013), Lyonel Trouillot écrivait sur l'impuissance du langage, à travers le suicide à Paris d'un ami comédien. Ici, il place à nouveau la parole poétique au coeur de son livre : comment, pourquoi écrire ? Pour faire des détours, penser à autre chose qu'à la survie, bref, pour vivre, répond Kannjawou...
«Tu sais comment on devient un militant ? Faut commencer par être humain. Et un humain, ça parle des autres en s'excusant» : cette phrase, c'est un «vieux» qui la jette à la figure des jeunes du centre. Pour Lyonel Trouillot, elle semble s'appliquer d'abord à l'écrivain.


  • La revue de presse Marianne Payot - L'Express, février 2016

ONG en pays conquis, opposants intolérants... L'écrivain haïtien Lyonel Trouillot continue d'écrire pour crier sa révolte et faire bouger les lignes...
Agitateur, l'écrivain haïtien de 59 ans l'est à sa manière, avec ses fameux ateliers d'écriture du jeudi soir, son style envoûtant et ses romans sans faux-semblant. Le flamboyant Kannjawou est à ce titre l'un des plus audacieux.


  • La revue de presse Valérie Marin La Meslée - Le Point, février 2016

Et si on allait voir un peu à quoi rêve (ou ne peut pas rêver) la jeunesse haïtienne en lisant le dernier roman de Lyonel Trouillot ? Dans Kannjawou, l'écrivain éclaire en profondeur le paysage que l'actualité met sous ses feux : le refus de l'ingérence étrangère paralysante, le désir de reprise en main de son destin par le peuple haïtien, et autres mouvements de fond qui courent aujourd'hui dans les rues de la capitale, Port-au-Prince...
Ce roman aurait pu porter un autre titre : «Le Milieu du vent», extrait d'une de ces phrases qu'un écrivain de sa trempe sait porter loin dans le coeur des lecteurs : «L'amour, c'est ça aussi. Aller voir le milieu du vent.» Et au milieu du vent, force incontrôlable, marchent les enfants. C'est dire que, tout en radiographiant le paysage dévasté qui l'entoure, Trouillot ne perd pas le fil de La Belle Amour humaine, titre d'un précédent roman emprunté au voeu de son aîné, le romancier haïtien Jacques Stéphen Alexis, prononcé en 1957 : «Aimons et ayons confiance un peu plus en l'homme de partout, c'est-à-dire en nous-mêmes, et que cela se traduise dans nos actes comme dans nos oeuvres.»


  • La revue de presse Corinne Renou-Nativel - La Croix du 20 janvier 2016

L'écrivain haïtien Lyonel Trouillot séduit avec la chronique souriante et désenchantée d'un quartier défavorisé d'une capitale, où cohabitent vivants et morts...
Avec sa verve habituelle, dans une langue généreuse qui coule à flots, Lyonel Trouillot décrit le petit univers du Grand Cimetière, la bande des cinq qui s'effiloche au fil des pages et la capitale scindée en deux mondes. Il mêle la description pittoresque à une réalité cruelle, concilie regard poétique et vision politique, ajoute à son humour mélancolique une grosse pincée de désespoir.


  • Les courts extraits de livres : 05/12/2015

"C'est en suivant ses lignes de faille, quand on préfère aux choses l'apparence des choses, qu'on se trompe d'itinéraire et devient le clown de soi-même." J'ignore où man Jeanne s'en va chercher des phrases comme ça. S'il faut croire ce qu'elle raconte, elle n'a connu dans son enfance que la peau grise du syllabaire* et un livre de calcul mental s'arrêtant à la règle de trois. Peut-être les adages contiennent-ils quelque vérité, l'âge amène parfois la raison. Et il est de vieilles dames qui, sans avoir rien lu, peuvent se mettre aux heures graves à parler comme un livre.
Assis sur le bord du trottoir, devant la maison de man Jeanne, c'est l'un de nos sujets favoris, avec le petit professeur : les âges et les itinéraires. Pourquoi vas-tu ici et pas là ? Qui en toi est le maître du chemin que tu suis ? Toute marche conduit-elle quelque part ? Popol, mon frère, dit que j'ai fait mes premiers pas à un an. Il y a donc vingt-trois ans que je marche. Je sais exactement le nombre de pas entre le bord du trottoir devant la maison de man Jeanne et l'entrée principale du grand cimetière, entre le grand cimetière et la faculté de linguistique, entre la faculté de linguistique et la succursale de la banque commerciale où des militaires étrangers en uniforme entrent parfois avec leurs armes, entre la succursale de la banque commerciale et mon bord de trottoir. Je sais aussi que, depuis l'enfance, tous mes pas me ramènent au bord du trottoir, devant la maison de man Jeanne. Mon lieu de méditation où, sentinelle des pas perdus, je passe mon temps à cogiter sur la logique des parcours. Sentinelle des pas perdus. C'est le petit professeur qui m'appelle ainsi. Pourtant il est comme moi, avec trente ans de plus. Ou je suis comme lui, avec trente ans de moins. Sentinelles des pas perdus. Sans pouvoir rien y changer, nous passons beaucoup de temps à deviser sur les itinéraires. Et le soir, nous nous posons des questions qui restent sans réponses. Quel chemin de misère et de nécessité a emprunté un garçon né dans un village du Sri Lanka ou dans un bidonville de Montevideo pour se retrouver ici, dans une île de la Caraïbe, à tirer sur des étudiants, détrousser les paysannes, obéir aux ordres d'un commandant qui ne parle pas forcément la même langue que lui ? Quel usage est fait de la part de sa solde qu'il envoie dans son pays à une mère ou une épouse ? Son premier viol, l'a-t-il commis dans son village natal, sur une amie d'enfance ou une petite cousine ? Ou est-ce une habitude venue avec l'éloignement, l'inconfort des baraques en pays inconnu ? A-t-il été entraîné par ses pairs ? Quand on se meurt d'ennui et qu'on possède des armes, la violence peut servir de passe-temps collectif. Et cet énième adolescent, retrouvé mort à côté de la base militaire où sont consignés les soldats nés au Sri Lanka, à Montevideo, ou ailleurs dans le vaste monde, quel besoin de caresses ou d'argent, ou peut-être de voyage, l'a poussé dans les bras de ses violeurs ? (...)


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