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.. Minuit au Pera Palace : la naissance d'Istanbul

Couverture du livre Minuit au Pera Palace : la naissance d'Istanbul

Auteur : Charles King

Traducteur : Odile Demange

Date de saisie : 03/02/2016

Genre : Romans et nouvelles - étranger

Editeur : Payot, Paris, France

Collection : Histoire

Prix : 25.00 €

ISBN : 9782228914352

GENCOD : 9782228914352

Sorti le : 06/01/2016

  • Les présentations des éditeurs : 20/04/2016

En 1892, le Pera Palace à Istanbul fut le premier hôtel de luxe destiné aux voyageurs occidentaux montés à bord du mythique Orient-Express. Agatha Christie, John Dos Passos, Ernest Hemingway, Léon Trotski et Joseph Goebbels foulèrent ses sols rutilant de marbre. En plein quartier des ambassades, son hall grouillait de tant d'espions qu'un écriteau leur enjoignait de laisser les places assises aux véritables clients de l'hôtel... Lequel survécut même à l'explosion d'une bombe placée par les services secrets bulgares dans les bagages d'un diplomate britannique. C'est là, entre Orient et Occident que s'écrivit l'Histoire. A la population déjà cosmopolite de la vieille Constantinople, mêlée de Grecs, d'Arméniens, d'Arabes et de Juifs, s'ajouta avec la montée des périls l'afflux de réfugiés venus de tous les coins de l'Europe. Et, tandis que les Russes blancs ouvraient dancings et clubs de jazz où l'alcool coulait à flots, l'Empire ottoman cédait la place à la jeune République turque de Mustafa Kemal. Des temps sombres s'annonçaient...
Un livre foisonnant, d'une grande force narrative, qui dépeint tout un pan de l'histoire du monde à partir de la destinée d'un grand hôtel.

Expert en géopolitique du Moyen-Orient, Charles King est professeur de relations internationales à l'université de Georgetown (Washington, DC). Minuit au Pera Palace, sélectionné aux États-Unis parmi les meilleurs livres de 2014, est son premier ouvrage traduit en français.



  • La revue de presse Marc Semo - Libération du 6 février 2016

Charles King raconte la fin de l'Empire ottoman et l'essor de la Turquie moderne, jusqu'en 1945. Au coeur du tableau, le célèbre Pera Palace...
Construit en 1892 pour accueillir les voyageurs de l'Orient-Express, le Pera Palace hébergea aussi bien Agatha Christie que Hemingway, Trotski partant pour l'exil, Marlene Dietrich, Greta Garbo et d'autres gloires du cinéma. Son histoire se confond avec celle de la naissance de l'Istanbul moderne, sur fond d'effondrement de l'Empire ottoman et d'avènement de la République laïque inspirée du modèle jacobin, créé par Mustafa Kemal. Istanbul est désormais une capitale déchue, rongée par le hüzün, une tristesse mélancolique, mais elle reste le dernier vestige d'une société ottomane multiethnique et multiculturelle qui, dans les années 20 et 30, s'exprime aussi bien par le rebetiko et les tangos nostalgiques de la juive Roza Eskenazi que par l'art de l'oud de l'Arménien Hrant Kenkulian. Pendant la Seconde Guerre mondiale, la Turquie reste neutre et Istanbul devient un foisonnant nid d'espions où se croisent et s'affrontent agents de l'Axe, des Alliés et des Soviétiques.


  • La revue de presse Emmanuel Hecht - L'Express, janvier 2016

Charles King évoque la naissance de l'Istanbul moderne à travers la vie d'un palace. Un grand récit érudit. Les Stambouliotes, frappés dans leur chair par les attentats, écriraient-ils, à l'instar du plus célèbre voyageur de l'Empire ottoman au XVIIe siècle, Evliya Celebi, que leur ville est "si vaste que si mille êtres y trouvent la mort, leur absence ne se ressent pas" ? Pas sûr. Il n'empêche. Cette idée de grouillement, de vie plus forte que la mort, est au coeur de Minuit au Pera Palace, récit foisonnant de la naissance de l'Istanbul moderne...
Des espions en tout genre et des demi-mondaines. Des Grecs, des Arméniens et des juifs anonymes, ballottés par les guerres des Balkans. Des musiciens de jazz et des joueurs de luth. Les portes claquent, l'ascenseur monte et descend, on entre, on sort, on palabre, on complote. On se croirait dans un film d'Ernst Lubitsch...
Le récit est nerveux et le rythme endiablé. Charles King est le professeur idéal, si peu universitaire et tellement bon conteur. Il se permet même des blagues.


  • La revue de presse Julie Clarini - Le Monde du 21 janvier 2016

Destination  : Istanbul. Sur les rails de l'Orient Express, évidemment. Pas trop vite, il faut prendre son temps. L'élan de la modernité s'émousse aux abords de cette capitale de l'Empire ottoman. Il faut prendre son temps aussi pour lire Minuit au Pera Palace et profiter de sa densité, mesurer son ambition, s'instruire et rêver. A tous ceux qui se demandent comment renouveler l'écriture de l'histoire, voilà une suggestion  : s'arrêter quelque part, au Pera Palace, par exemple, cet hôtel moderne édifié en 1892 dans le quartier le plus chic de la ville et, comme l'auteur, l'historien américain Charles King, ne plus en bouger, se ­contenter d'observer le monde changer tout autour...
Il serait sans doute trop facile de dire que le livre, à l'intrigue byzantine, relève de l'art de la mosaïque. Mais, dans ces fragments de ville racontés par King, se dessine bel et bien une histoire politique, sociale, artistique, une histoire des mentalités et des idées, dont ne peut que souligner à quel point elle éclaire notre monde contemporain. Il faut lire Minuit au Pera Palace, qu'on aime Istanbul ou que l'on n'y ait jamais mis les pieds. Plus encore


  • Les courts extraits de livres : 20/04/2016

Istanbul est aujourd'hui une ville mondiale, un espace urbain tentaculaire de plus de treize millions d'habitants, plus peuplé que la Grèce, l'Autriche ou la Suède - et, de fait, que les deux tiers des pays du monde. D'anciens villages de pêcheurs sont devenus des banlieues chics, et les faubourgs d'autrefois des centres-villes à part entière, avec des gratte-ciel aux façades de verre qui se dressent au-dessus de nouvelles mosquées et de centres commerciaux flambant neufs. Même lors des fêtes religieuses musulmanes, l'appel à la prière en arabe rivalise avec les paroles turques de la musique pop qui traverse les minces cloisons des cafés-bars. On peut, au cours d'une seule après-midi, visiter le siège universel de la foi orthodoxe grecque, un centre majeur de l'Église apostolique arménienne, le bureau du grand rabbin de Turquie et le mausolée d'un des plus proches compagnons de Mahomet. Cette ville abrite des habitants convaincus que leur identité première est turque, tandis que d'autres se diront peut-être kurdes, alevis, arméniens ou circassiens, l'affirmant aujourd'hui avec plus de liberté et d'assurance qu'à toute autre période de l'histoire récente.
Istanbul a pris son essor en s'éloignant d'un lieu que les visiteurs appelaient souvent Constantinople. La nouvelle ville était le produit d'immigrants aussi bien que d'émigrants - d'hommes et de femmes qui, par choix ou par nécessité, étaient venus à Istanbul ou en étaient partis, de la première génération de Stambouliotes républicains ou de la dernière génération de Constantinopolitains impériaux. Au cours de cette ère d'adieux et de turbulences, ce temps que nous appelons aujourd'hui l'entre-deux-guerres, le Pera Palace ne fut pas le seul lieu où ces gens de passage et ces nouveaux venus entamaient leur réinvention. Cependant, pour des vagues successives de réfugiés, de migrants et d'exilés, le vieil hôtel à plusieurs étages symbolisa la transition entre une ère passée et une ère nouvelle - l'incarnation des liens entre Est et Ouest, entre empire et république, entre nostalgie et expérience, dans le seul lieu sur terre à avoir été l'épicentre du christianisme aussi bien que de l'islam mondial.

Grand hôtel

«Pour ce qui regarde la situation de la ville, on peut dire que la Nature l'a faite pour dominer & commander à toute la terre», écrivait au XVIe siècle Ogier Ghiselin de Busbecq, un diplomate et voyageur flamand. Fondée sous le nom de Byzance, peut-être au VIIe siècle av. J.-C, Istanbul était devenue la Nouvelle Rome lorsque l'empereur romain Constantin le Grand en avait fait sa capitale, en 330 apr. J.-C. En 1453, les musulmans ottomans l'arrachèrent aux mains des descendants politiques de Constantin, les Byzantins. Les turcophones l'appelaient officiellement Kostantiniyye, un nom dérivé du terme grec populaire Konstantinoupolis ou «ville de Constantin». Empruntant les deux premières syllabes aux Grecs, les Juifs locaux la baptisèrent Kushta. Les Arméniens du coin adoptèrent les deux dernières, ce qui donna Bolis, tandis que les Slaves parlaient de Tsarigrad, la «ville de César».
Arriver à Istanbul depuis la mer reste l'une des expériences les plus prodigieuses qui soient - séduisante et romantique, avec la ligne d'horizon tout en pointes de la vieille ville scintillant au-dessus des flots moutonnants et de la cime des arbres. Aucun autre lieu au monde ne peut prétendre occuper un emplacement aussi parfait. Toutefois, une vérité cachée de la ville moderne - celle des boulevards, des galeries marchandes à la parisienne et des tramways, plus que celle des basiliques byzantines et des mosquées ottomanes - est que l'arrivée par la terre a toujours été un peu décevante. Les rues tortueuses, les grandes routes encombrées et les petites collines sur lesquelles s'entassent les immeubles, tout cela se déployant en taches de rouge et de brun à l'image d'un tapis anatolien, ne sont que de médiocres substituts à une découverte depuis le pont d'un bateau. Pour préserver l'enchantement, conseillait un visiteur grandiloquent en 1910, mieux valait tout simplement «ne jamais mettre pied à terre».


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