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.. En route vers toi

Couverture du livre En route vers toi

Auteur : Sara Lövestam

Traducteur : Esther Sermage

Date de saisie : 20/03/2017

Genre : Romans et nouvelles - étranger

Editeur : Actes Sud, Arles, France

Prix : 23.80 €

ISBN : 9782330068981

GENCOD : 9782330068981

Sorti le : 05/10/2016

La vie d'Hanna va être bouleversée lorsqu'elle va acquérir quatre objets dans un concours de circonstances plutôt rocambolesques : une paire de bottines, une vieille paire de lunettes rondes, une règle en bois et une broche en argent.
Hanna a une vie monotone, elle a parfois des crises de boulimie et sa mère adore l'humilier. Mais le jour où elle chausse ces bottines au charme suranné, c'est comme si ces dernières étaient douées d'un pouvoir magique capable de lui donner une force de caractère qu'elle ne possède pas d'habitude.
Comme les objets ont l'air assez ancien, Hanna imagine qu'ils ont peut-être appartenu à la même personne. Elle se lance alors dans une chasse au trésor, aidée d'un vieux commissaire priseur, qui la mènera à la découverte de la correspondance entre deux femmes, Signe et Anna.

Le récit fait ainsi voyager le lecteur dans le temps, alternant les chapitres sur Hanna et sur Signe Sivander, une jeune institutrice au siècle dernier. Autant Hanna s'apitoie sur son sort, autant Signe est une jeune femme volontaire. Elle déplore la condition des femmes et se plaint du fait que son homologue masculin soit mieux payée qu'elle... en 1906. Elle s'engage dans le combat pour le droit de vote des femmes et rencontre la belle Anna, qui partage les mêmes opinions politiques. Toutes les deux vont tomber follement amoureuses l'une de l'autre et entretenir une correspondance, que nous lit Hanna, reconstituant ainsi les trahisons et les drames qui ponctuent cette histoire d'amour.
Le point de départ de ce roman peut paraître assez fantaisiste mais Sara Lövestam arrive à faire croire au lecteur que tout est possible. D'ailleurs, la réalité dépasse parfois la fiction. Et au delà des résonnances que ce texte peut avoir avec le présent, En route vers toi est aussi une très belle histoire d'amour.


  • Les présentations des éditeurs : 20/10/2016

Une broche en argent, une paire de lunettes tordue, une vieille règle en bois et des bottines à l'élégance désuète - quatre objets d'un autre temps viennent faire irruption dans la vie désenchantée de Hanna. Ce sont les derniers témoins de la passion clandestine de deux amantes, Signe et Anna, un siècle plus tôt, à la veille du combat pour le droit de vote des femmes en Suède. Intriguée, Hanna remonte obstinément la piste de ces objets qui sont pour elle devenus talismans.
En 1906, dans la petite ville de Tierp, Signe lance un coup de pied dans un arbre. La jeune institutrice s'indigne de la différence salariale entre hommes et femmes, confirmée par la lettre qu'elle vient de recevoir de Stockholm. Lorsque la grande oratrice Brita Löfstedt arrive à Tierp avec l'envoûtante Anna à ses côtés, sa vie bascule. S'impliquant corps et âme auprès des suffragettes suédoises, Signe s'embarque aussi dans une aventure amoureuse dont elle n'aurait jamais pu imaginer la portée.
Les désillusions d'aujourd'hui se heurtent aux passions d'an-tan dans cette fresque romanesque lumineuse. Avec une grande sensibilité et une intelligence critique redoutable, Sara Lövestam nous entraîne dans les méandres d'un amour impossible et une lutte politique qui n'a rien perdu de son actualité.

Née en 1980, Sara Lövestam était professeur de suédois pour les immigrés avant de devenir journaliste et écrivaine à plein temps. Elle écrit notamment une rubrique pour l'important magazine gay QX. Pour son premier roman, Différente (Actes Sud, 2013), elle s'est vu décerner le prix du Swedish Book Championship. Son deuxième roman, Dans les eaux profondes..., est sorti en 2015 chez Actes Sud.



  • La revue de presse Emilie Grangeray - Le Monde du 20 octobre 2016

En route vers toi, de la jeune Suédoise Sara Lövestam, offre en cette rentrée une lecture tout à la fois réjouissante et stimulante...
Minutieusement documenté, ce roman rend compte du chemin long et souvent décourageant de ces femmes, au tournant du XXe siècle. Il montre leur combativité exemplaire et leur détermination nécessaire, à une époque où beaucoup, telle, au Royaume-Uni, la reine Victoria elle-même, s'opposaient publiquement à l'engagement politique du sexe que l'on disait encore «faible». Mais si, à travers un subtil jeu d'écho, il interroge aussi la condition féminine aujourd'hui, En route vers toi est avant tout un sublime roman d'amour. De ces amours que l'on disait clandestines et qui, ici, sont juste remarquables.


  • Les courts extraits de livres : 06/10/2016

LES LUNETTES

Elles n'avaient rien d'extraordinaire et semblaient n'avoir aucune valeur ou utilité particulières. Les branches de la monture métallique faisaient quasiment tout le tour de l'oreille, selon la mode du début du siècle. L'une était encore droite ; l'autre avait été tordue par le temps et la vie, et sans cesse redressée par des doigts opiniâtres. Ce n'était donc pas un objet précieux ou très bien conservé. Pourtant, le commissaire-priseur, au lieu de le vendre avec les autres biens de la succession, l'avait discrètement empoché. Si, sur le moment, vous lui aviez demandé pourquoi, il vous aurait répondu que ses motivations n'étaient pas plus claires pour lui que pour vous. Peut-être, surtout s'il s'était envoyé un ou deux verres avant, se serait-il laissé aller à vous décrire le sentiment qu'il avait éprouvé quand il avait décidé d'emporter l'objet : cette même joie qu'il avait ressentie lorsqu'il avait résolu de mettre fin à son aventure, toute récente, avec l'opulente caissière du supermarché pour se consacrer à sa femme, laquelle, en plus, était enceinte. Le sentiment de bien faire.
Tout le temps de la vente, les lunettes, logées dans la poche de sa chemise, avaient agréablement titillé son torse peu velu. Elles l'émoustillaient. Il éprouvait la même sensation que le jour où la caissière du supermarché lui avait fait de l'oeil pendant que sa femme rangeait leurs achats dans des sacs. Enfin, non, pas exactement. La sensation des lunettes contre sa peau avait quelque chose de plus pur, comme quand on trouve un authentique Stig Lindberg dans une brocante, qu'on fait semblant de rien et qu'on ne le paie que vingt misérables couronnes. Comme quand on sait à la fois qu'une petite vie grandit dans le ventre de la femme qu'on aime et qu'on est le seul à être au courant. La légère pression des modestes lunettes sur sa poitrine lui donnait du coeur à l'ouvrage. Il faisait tournoyer son marteau avec le même entrain qu'à ses débuts, répétant les formules consacrées dans tous les sens jusqu'à ce que les prix montent en flèche.
- Voici, vous le reconnaîtrez certainement, une rareté ! Une rareté, mesdames et messieurs, une véritable rareté ! scandait-il de sa voix la plus puissante, encouragé par les battements de son coeur contre la monture métallique.
Puis, pendant quinze ans et deux mois, les lunettes dormirent sur un manteau de cheminée. Chaque fois qu'il passait devant elles, il était saisi du même ravissement qu'il avait éprouvé ce jour-là. Des armoires à linge invendables aux coins râpés étaient parties à des milliers de couronnes, des bancs de cuisine repeints, des chaises à trois pieds, et même une vieille broderie faite main sans aucune valeur. Tout s'était vendu en un clin d'oeil. Le commis avait dû trimballer sans interruption lampadaires, transistors et vieux meubles jusqu'aux voitures garées dans le parking de la salle des ventes. Le commis, ou plutôt... : le gamin que la femme du commissaire-priseur avait pondu huit mois après qu'il eut plaqué la caissière. Un gamin qui, d'ailleurs, allait avoir quarante-neuf ans.
De temps en temps, le commissaire-priseur passait ses doigts rêches le long de la discrète monture. Il ressentait alors invariablement l'envie de la glisser à nouveau dans sa poche de poitrine et de filer au volant de sa camionnette, loin, très loin. Cela lui arrivait surtout quand il devait accomplir une mission au nord du pays, c'est-à-dire loin, très loin. Que venaient faire les lunettes là-dedans ? Il n'en savait rien. Peut-être lui rappelaient-elles un voyage entrepris dans le passé : les objets inanimés ont le don de faire ressurgir des souvenirs. Des détails que nous n'avions pas cru retenir, mais qui ont dû jouer un rôle à un moment ou à un autre de notre vie, puisqu'ils ne sont pas passés à la trappe comme toutes les bouillies d'avoine que nous ingurgitons le matin. Voilà à quoi songeait le commissaire-priseur et il reposait les lunettes à leur place, sans pousser pour autant le moindre soupir de regret.
Quinze ans et deux mois plus tard, ce fut le commis qui mit le feu aux poudres.
(...)


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