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.. Attachement féroce

Couverture du livre Attachement féroce

Auteur : Vivian Gornick

Traducteur : Laetitia Devaux

Date de saisie : 28/02/2017

Genre : Romans et nouvelles - étranger

Editeur : Rivages, Paris, France

Collection : Littérature étrangère

Prix : 20.00 €

ISBN : 9782743638672

GENCOD : 9782743638672

Sorti le : 01/02/2017

  • Les présentations des éditeurs : 15/02/2017

Une mère, une fille. Elles s'aiment profondément. Se haïssent éperdument. Impossible de vivre ensemble, impossible de se séparer pourtant. De ce lien unique, Vivian Gornick tire un texte bouleversant, qui va bien au-delà du récit intime. Tandis que sa mère et elle arpentent les rues de New York et leurs souvenirs, défilent des personnages, des moments de comédie, des amants, des rêves, des déceptions. Autant de portraits de femmes et de destins inoubliables, recréés par une conteuse à la lucidité tranchante, Vivian, gamine du Bronx devenue écrivain. Attachement féroce est le puissant roman d'une vie. La sienne, la nôtre.

Née en 1935, Vivian Gornick est une véritable icône en Amérique : journaliste au Village Voice, elle est une figure féministe et une critique littéraire respectées. Mais c'est surtout son travail autobiographique qui l'a fait connaître. Sorti en 1987 aux États-Unis, salué par une presse unanime et plébiscité par le public, Attachement féroce est traduit pour la première fois en français.

«C'est l'histoire d'un amour infini, terrible, plein de grâce et de fièvre. Un classique instantané.»
The New York Times



  • La revue de presse Clara Delente - La Croix du 23 février 2017

Supérieure en férocité, supérieure en tendresse, l'auteur se livre à un combat sans relâche contre tout ce qui lui fait obstacle. Par la force des mots, elle se hisse au-dessus du mal-être qui sourd. Lucides, implacables de sincérité, ses mots jettent leur lumière crue sur les sentiments les plus bas ou honteux. Ils sont habités, ardents, écrasants. Ils disent les drames d'une vie en auscultant les variations infimes de l'émotion. Entre leurs éclairs, s'étendent «des kilomètres d'angoisse»...
Vivian Gornick dit avoir mis trente ans à accéder à la lucidité qui parcourt d'un bout à l'autre son oeuvre incandescente. Espérons qu'il ne faudra pas plus de temps aux lecteurs français pour déceler le chef-d'oeuvre qu'abritent ces pages.


  • La revue de presse Raphaëlle Leyris - Le Monde du 16 février 2017

Cinquième Avenue, Lexington, Broadway, 69e Rue... Inlassablement, deux femmes sillonnent New York. On imagine leur pas aussi vif que leur sens de la repartie. Au fil des années, elles passent et repassent par les mêmes artères comme elles arpentent leur histoire, revenant sur des anecdotes qu'un détail, une précision éclairent toujours différemment. Ces deux femmes, ce sont l'auteure, ­Vivian Gornick, et sa génitrice. Avec le récit de leurs déambulations se dessine l'île que forme, à l'image de Manhattan, cette relation fille-mère. Carte du Pas-très-tendre, Attachement féroce est un grand livre gorgé de lucidité sarcastique, dont on s'étonne qu'il ait mis trente ans à nous parvenir - grâces soient donc rendues aux éditions Rivages...
Delancey Street, Abingdon Square, 8e Rue... Quel que soit l'état de leurs relations, Vivian Gornick et sa mère marchent, parlent, se souviennent - «[Ma mère] déteste le présent, tout simplement. Mais dès que le présent se transforme en passé, elle l'adore.» Cependant, elles ne tournent pas en rond, et le livre non plus, construit dans cet aller-retour constant entre intérieur et extérieur, entre hier et aujourd'hui, qui fait naître de fascinants échos entre les scènes. Au tout début du livre, Vivian Gornick écrit : «Nous sommes toutes deux prisonnières d'un étroit tunnel intime, passionné et aliénant.» ­Attachement féroce est une somptueuse manière de se faire la belle.


  • Les courts extraits de livres : 15/02/2017

J'ai huit ans. Ma mère et moi sortons de chez nous au premier étage. Devant la porte ouverte de l'appartement voisin, Mrs Drucker fume une cigarette. Ma mère ferme à clef et lui lance : «Qu'est-ce que vous fabriquez ici ?» Mrs Drucker désigne son logement en rejetant la tête en arrière. «Il veut me baiser. Je lui ai dit d'aller prendre une douche avant de me toucher.» Je sais qu'«il» est son mari. «Il», c'est toujours le mari. «Pourquoi ? Il est si sale ?» demande ma mère. «Moi, je le trouve sale», répond Mrs Drucker. «Drucker, vous êtes une putain», lance ma mère. Mrs Drucker hausse une épaule. «Peut-être, mais j'ai pas le droit de prendre le métro», rétorque-t-elle. Dans le Bronx, «prendre le métro» était un euphémisme pour «travailler».

J'ai habité dans cet appartement entre l'âge de six et vingt et un ans. L'immeuble avait beau compter vingt logements, quatre par étage, je ne me rappelle que de femmes. Je n'ai presque aucun souvenir d'hommes. Pourtant, ils étaient partout - maris, pères ou frères - mais je ne me souviens que des femmes. Toutes vulgaires comme Mrs Drucker ou féroces comme ma mère. Quand elles parlaient, on avait l'impression qu'elles ne savaient ni qui elles étaient, ni quel pacte elles avaient conclu avec la vie. En revanche, elles se comportaient la plupart du temps comme si elles le savaient pertinemment. Futées, versatiles, illettrées, on les aurait crues issues des romans du naturaliste Théodore Dreiser. Il pouvait s'écouler plusieurs années de calme apparent, puis tout à coup, surgissait une éruption d'affolement et de violence. Au passage, deux ou trois vies étaient écorchées (voire détruites), et le tumulte s'apaisait. À nouveau : un calme morose, une torpeur érotique, la banalité ordinaire du déni quotidien. Et moi, la fille qui grandissait en leur sein, je me construisais à leur image, je les inhalais comme du chloroforme versé sur un tissu que l'on m'aurait plaqué sur le visage. J'ai mis trente ans à comprendre combien je les comprenais.

Ma mère et moi marchons dans la rue. Je lui demande si elle se souvient des femmes dans cet immeuble du Bronx. «Bien sûr», me répond-elle. Je lui explique que, selon moi, c'est la tension sexuelle qui les rendait folles. «Absolument, dit-elle sans ralentir le pas. Tu te souviens de Drucker ? Elle disait que si elle n'avait pas pu fumer une cigarette pendant que son mari la baisait, elle se serait jetée par la fenêtre. Et Zimmerman, qui occupait l'appartement de l'autre côté ? Elle s'était mariée à l'âge de seize ans, elle détestait son mari, elle disait toujours que s'il mourait au boulot (il était ouvrier dans le bâtiment), ce serait une mitsvah.» Ma mère s'arrête et baisse le ton, effrayée par ses propres souvenirs. «En général, il la prenait de force. Il l'attrapait en plein milieu du salon et il la traînait jusqu'au lit.» Pendant quelques instants, elle a les yeux dans le vague. Puis elle ajoute : «Ces Européens. C'étaient des bêtes. Des bêtes, tout simplement.» Elle se remet en route. «Un jour, Mr Zimmerman s'est retrouvé à la porte. Il a dû sonner chez nous. Il avait du mal à me regarder. Il m'a demandé s'il pouvait passer par l'escalier de secours. Je n'ai pas dit un mot. Il a traversé le salon et il a escaladé la fenêtre.» Ma mère éclate de rire. «Cet escalier de secours, qu'est-ce qu'il a pu servir. Tu te souviens de Cessa, à l'étage du dessus ? Oh non, c'est impossible, elle n'est restée qu'un an après notre arrivée, ensuite, ça a été les Russes. Cessa et moi, on était très proches. C'est étrange, quand j'y repense. Nous, les femmes, on se connaissait à peine, on n'adressait presque jamais la parole à certaines. Pourtant, on vivait les unes au-dessus des autres, on passait sans cesse d'un appartement à l'autre. Tout se savait en un rien de temps. Au bout de quelques mois dans l'immeuble, toutes les femmes devenaient... intimes.


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