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.. Seul le grenadier

Couverture du livre Seul le grenadier

Auteur : Sinan Antoon

Traducteur : Leyla Mansour

Date de saisie : 30/03/2017

Genre : Romans et nouvelles - étranger

Editeur : Sindbad, Paris, France

Collection : Bibliothèque arabe

Prix : 22.00 €

ISBN : 9782330057954

GENCOD : 9782330057954

Sorti le : 01/02/2017

Jawad vit à Bagdad, sa famille appartient à la communauté chiite. Il a un rêve : devenir sculpteur. Mais sa vocation artistique déplaît à son père, qui exerce une profession très particulière : il lave les morts. Le lavage des morts est un rituel très important dans la religion musulmane. Et le père de Jawad espère que son fils cadet lui succédera. Mais les guerres, les différents drames que vont connaître sa famille vont pousser Jawad loin de la vie qu'il désirait...
Il y a des livres qui sont plus difficiles à défendre que d'autres en librairie. Et je sais qu'en disant certains mots à ma clientèle pour défendre un coup de coeur, ça va être parfois compliqué. Les mots à éviter étant, entre autres : mort, guerre, maladie. Donc, cela part très mal pour ce roman qui parle d'un pays en guerre, l'Irak, et que la mort en est le thème central. Mais je vais rester optimiste. N'oublions pas que lire offre la possibilité d'avoir des fenêtres ouvertes sur des mondes très éloignés du nôtre. Ce roman m'a ainsi permis de connaître ce pays méconnu qu'est l'Irak, en guerre depuis les années quatre-vingt. C'est un pays très lointain mais dont la situation géopolitique provoque des remous dans nos (tranquilles) démocraties. À travers l'histoire de Jawad, l'auteur explique l'évolution politique et confessionnelle de l'Irak.

L'autre point essentiel du livre, c'est que la mort et la vie sont intimement liées. Oui, j'enfonce des portes ouvertes, mais pas tant que ça, quand on voit comment la mort est cachée, désincarnée, dans notre société. Et c'est le grenadier qui symbolise ce lien et qui a une importance capitale dans cette histoire. Le père de Jawad ne jette jamais dans les égouts l'eau qui a servi à purifier les morts. Elle est directement jetée dans la cour où s'élève un grenadier, qui grandit et fleurit au fil des années. L'arbre se nourrit de l'eau des morts. Et Éros suit toujours Thanatos de près. Jawad va vivre deux histoires d'amour «intenses», sortes de respirations dans le gouffre dans lequel le héros est plongé peu à peu, donnant l'occasion à l'auteur d'écrire des scènes d'amour d'une extrême sensualité.

L'histoire de Jawad, ponctuée de déceptions, de renoncements et de drames, est un monologue de tristesse mais c'est aussi une remarquable leçon sur la vie. Alors ne vous privez pas de ce texte.


  • Les présentations des éditeurs : 08/03/2017

Jawad est le fils cadet d'une famille chiite de Bagdad. Son père le prépare à exercer la même profession rituelle que lui, celle de laver et d'ensevelir les morts avant leur enterrement, mais Jawad s'y refuse et rêve de devenir sculpteur. Après avoir fait ses études d'arts plastiques à la fin des années 1980, alors que Saddam Hussein est au faîte de sa puissance, il est cependant enrôlé comme soldat puis se retrouve peintre en bâtiment au service des nouveaux riches. Son père meurt en 2003, les bombes américaines s'abattent sur Bagdad, les corps déchiquetés s'entassent, multipliés par les guerres confessionnelles, et il est de nouveau forcé, dans une douloureuse solitude, de renoncer à ses rêves d'artiste pour poursuivre la carrière de son père.
Dans ce roman chaleureusement salué par la critique après sa parution en arabe (2010), puis en anglais (2013), Sinan Antoon ne se contente pas de restituer l'extrême violence que connaît l'Irak depuis sa longue guerre avec l'Iran (1980-1988). Il explore en fait, et de façon magistrale, le thème de l'imbrication de la vie et de la mort en une entité unique. Le grenadier planté dans le jardinet, et qui se nourrit de l'eau du lavage des morts, en est une saisissante métaphore, et il est le seul à connaître la vérité.

Sinan Antoon est né à Bagdad en 1967. Après des études à l'université de sa ville natale puis à l'université Georgetown de 'Washington, il a obtenu en 2006 un Ph. D de la Harvard University en études arabes et islamiques. Poète, traducteur et romancier, il a publié quatre romans qui l'ont propulsé au premier rang des écrivains irakiens de sa génération. Sa traduction de Mahmoud Darwich en anglais lui a valu le prix de l'American Literary Translators Association.



  • La revue de presse Marianne Meunier - La Croix du 30 mars 2017

En remontant le cours de la triste existence de Jawad, Sinan Antoon montre l'Histoire qui abat un à un les rêves des Irakiens.


  • La revue de presse Marianne Payot - L'Express, mars 2017

Sinan Antoon brosse le superbe portrait d'un homme de bien emporté par le maelstrom du Moyen-Orient et lève le voile sur Bagdad. C'est l'histoire d'un destin brisé, celui d'un jeune homme qui voulait devenir sculpteur et qui finit laveur de morts..
Rien de glauque, pourtant, dans ce beau et doux récit porté par la plume aérienne de l'Irakien Sinan Antoon, qui s'exile aux Etats-Unis en 1991, à l'âge de 24 ans, pour échapper à la dictature de Saddam Hussein et aux rigueurs de l'embargo.


  • La revue de presse Marine Landrot - Télérama du 8 mars 2017

Sinan Antoon a réussi le prodige de l'universalité et de l'engagement, en signant un roman d'apprentissage brillant, doublé d'un passionnant récit documentaire sur l'Irak d'aujour­d'hui. A la croisée des chemins, au seuil de l'âge adulte et pétri de rêves adolescents, Jawad est un personnage troublant, insaisissable. Ses rêves récurrents émettent leurs vibrations intenses dans des chapitres fugaces, qui s'évaporent régulièrement pour laisser place au déroulé de son quotidien chaotique. Reporter de la guerre intérieure qui secoue un garçon de 20 ans, Sinan Antoon pose la question du libre arbitre chez tout être humain. Comment faire triompher ses pulsions d'émancipation quand une énergie moutonnière plombe ses moindres mouvements ? L'auteur répond dans le détail d'une vie juvénile qui s'ébroue en tous sens, malgré les ravages de la mort. Son écriture souveraine, palpitante, délicate, traque la vie partout où elle se niche.


  • Les courts extraits de livres : 09/02/2017

Elle dormait nue sur une table d'albâtre, dans un espace découvert, sans toit ni murs. Il n'y avait personne autour de nous et, à perte de vue, rien d'autre que le sable qui s'étendait jusqu'à l'horizon. Des nuages moutonnés dans le ciel, qui se relayaient pour voiler les rayons du soleil, fuyaient pour s'y dissiper. J'étais dévêtu et déchaussé. Tout m'étonnait. Je sentais le sable sous mes pieds ainsi que le vent frais. Je me suis lentement approché de la table pour m'assurer que c'était bien elle. Quand et pourquoi est-elle revenue de l'étranger après toutes ces années ? Sa chevelure noire ramassée sur le côté de la tête lui couvrait la joue droite de quelques mèches ; elle semblait ainsi garder son visage qui n'avait pas changé. Ses sourcils étaient soigneusement épilés. Ses paupières abaissées se terminaient par des cils épais. Son nez veillait sur ses lèvres charnues, teintées de rose comme si elle était encore en vie, ou venait de mourir. Ses mamelons se dressaient sur ses seins en poire; je ne voyais aucune trace de l'intervention. Elle avait les mains croisées sur le nombril, les ongles longs, vernis de la couleur des lèvres, le pubis glabre et les ongles des pieds maquillés de rose, eux aussi. Est-elle morte ou endormie ? J'ai eu peur de la toucher. Je l'ai fixée et j'ai chuchoté son nom : Rim. Elle a souri, sans ouvrir les yeux au début, puis quand elle les a ouverts la noirceur de ses prunelles a souri aussi. Je ne comprenais pas ce qui se passait. Je l'ai interrogée à haute voix :
- Rim, qu'est-ce que tu fais là ?
J'ai failli l'étreindre et l'embrasser, mais elle m'a averti :
- Ne m'embrasse pas. Lave-moi d'abord, pour que nous puissions être ensemble, et après...
- Comment ? Mais tu es encore vivante ! Pourquoi te laver ?
- Lave-moi pour que nous puissions être ensemble. Tu m'as trop manqué !
- Mais tu n'es pas morte !
- Lave-moi, mon amour. Lave-moi pour que nous soyons enfin ensemble.
- Avec quoi ? Il n'y a rien ici.
- Lave-moi, mon amour.
Il a commencé à pleuvoir. Elle a fermé les yeux. J'ai essuyé avec mon index une goutte tombée sur son nez. Elle avait la peau chaude. Elle est donc vivante. Je me suis mis à lui caresser les cheveux. Je la laverai avec la pluie l Elle a souri comme si elle avait deviné ma pensée. J'ai séché une autre goutte, qui perlait sur son sourcil gauche. Il m'a semblé entendre une voiture s'approcher. Je me suis retourné et j'ai vu un Humvee rouler à une vitesse affolante, laissant derrière lui une traînée de poussière. Il a brusquement viré à droite et s'est arrêté à quelques mètres de nous. Les portières se sont ouvertes. (...)


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