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.. Le goût de l'ivresse : boire en France depuis le Moyen Age : Ve-XXIe-siècle

Couverture du livre Le goût de l'ivresse : boire en France depuis le Moyen Age : Ve-XXIe-siècle

Auteur : Matthieu Lecoutre

Date de saisie : 26/06/2017

Genre : Histoire

Editeur : Belin, Paris, France

Collection : Collection Histoire

Prix : 23.50 €

ISBN : 9782701194998

GENCOD : 9782701194998

Sorti le : 05/04/2017

  • Les présentations des éditeurs : 17/05/2017

«Dis-moi ce que tu bois : je te dirai ce que tu es» aurait pu asséner le gastronome Brillat-Savarin. Entre la France du vin et celle de la bière, la piquette et les grands crus, l'eau de rivière et les eaux médicinales, le lait et les jus, le garum antique ou les sodas contemporains, boire est un <-> geste vital qui révèle une culture, signe un rang social, implique un jeu économique. Sur plus de 1500 ans, de la fin de l'Antiquité à aujourd'hui, Matthieu Lecoutre regarde la boisson sous tous les angles pour nous en révéler les fastes comme le quotidien. Avec le lecteur, il sonde les caves du savoir historique en questionnant le goût, la nécessité, la sociabilité, l'excès, la médecine, l'éducation, l'esthétique, le plaisir, le sacré, le profane, la différenciation, la culture populaire, le genre, les normes morales, les orientations politiques, l'industrie agroalimentaire, la publicité, la tradition ou la mondialisation.
Cet ouvrage foisonnant, aussi gouleyant qu'un vin d'été, explore les racines de nos goûts alimentaires. Avec gourmandise et curiosité, il nous conduit à regarder sous un jour nouveau la construction de nos pratiques actuelles, parfois radicalement opposées, du binge drinking à base d'alcool fort au «repas gastronomique» qui associe mets et vins fins.

Professeur agrégé d'histoire, MATTHIEU LECOUTRE est chercheur associé a l'Équipe Alimentation de l'université de Tours François-Rabelais et au Centre Georges Chevrier de l'université de Bourgogne «Savoirs : normes et sensibilités»



  • La revue de presse Jean Chatain - L'Humanité du 22 juin 2017

L'ouvrage de Matthieu Lecoutre prolonge ces recherches successives en en présentant une synthèse relative au domaine spécifique de la boisson. « La thématique alimentaire est aujourd'hui incontournable dans le champ historiographique, aux côtés de l'histoire politique ou religieuse. Ce n'est que justice et logique  : les hommes du passé ont sûrement consacré autant de temps, si ce n'est plus, à penser à se nourrir et à préparer leurs repas, qu'à réfléchir sur leurs choix politiques ou méditer sur le divin... »


  • Les courts extraits de livres : 17/05/2017

Extrait de l'introduction

«La nouvelle se répandit dans Paris...»
(Souvenir d'enfance)

«Dis-moi ce que tu bois : je te dirai ce que tu es», aurait pu écrire le gastronome Brillat-Savarin. Boire est certes une nécessité vitale mais l'on ne boit pas seulement pour se nourrir. On boit aussi pour s'affirmer, pour se différencier, pour partager, pour découvrir, pour le plaisir ou tout simplement par goût. Boire est un geste «bioculturel», qui se situe entre Nature et Culture.
Les buveurs consomment ainsi du sens, voire des symboles en accord avec leurs manières de vivre et de penser : c'est vrai depuis l'époque de la promotion du vin comme sang du Christ par le miracle de la transsubstantiation jusqu'à celle des sodas et des cafés de la mondialisation contemporaine. L'image et l'effet supposés des boissons importent beaucoup aux buveurs. Avant d'être des consommateurs, ils sont des observateurs et des décideurs. Ils font des choix qui s'expliquent à travers le temps, ce qui rend possible l'écriture d'une histoire des boissons et des buveurs en France. Les buveurs goûtent, choisissent, hiérarchisent, normalisent les boissons qui leur sont proposées et sanctionnent finalement en les adoptant ou en les excluant de leurs habitudes alimentaires. Certains produits sont alors davantage valorisés que d'autres. En France, l'alcool ou certains sodas font parfois l'objet d'un véritable culte au point d'être considérés comme des boissons «hyper culturalisées». A contrario, l'eau est historiquement dévalorisée et.ne suscite un consentement majoritaire des Français que depuis quelques décennies.
Au-delà du «statut bio-culturel» ou de la «complexité bio-psycho-socio-anthropologique» (Edgar Morin) du buveur, d'autres déterminants sont à prendre en compte. Boire s'explique aussi par les fondements politiques, économiques, sociétaux et contextuels de la société dans laquelle vivent les consommateurs. Les buveurs sont au coeur d'une tension entre leurs goûts individuels, les possibilités offertes par leurs territoires ou communautés d'appartenance et les réalités du contexte global : point de bière au sens actuel avant l'utilisation systématique du houblon pour aromatiser et conserver, point de rhum avant la découverte de l'Amérique, point de généralisation de l'eau potable avant l'essor scientifique et agroalimentaire des XIXe et XXe siècles, point de «coca-colaïsation» du monde avant le «siècle américain», point de «boissons biologiques» avant l'altermondialisme, point de résurgence de l'identité gastronomique française sans la crise provoquée par une mondialisation à tendance uniformisatrice. En somme, analyser les manières de boire en France, les expliquer, les inclure dans des tendances et les périodiser oblige l'historien à voir large. Cette histoire s'inscrit logiquement dans le cadre des grandes mutations culturelles, économiques, politiques et sociales de la France, de l'Europe, de l'Occident, du monde. '
Plusieurs grilles d'analyse coexistent. Selon Pierre Bourdieu {La distinction, 1979) nos choix s'expliquent par notre «habitus», c'est-à-dire les habitudes apprises au sein de notre catégorie sociale d'origine, en lien avec les ressources disponibles. Les individus seraient alors fortement conditionnés et leur expérience culturelle héritée déterminerait l'appréhension de leur alimentation. L'analyse historique montre au contraire que le concept d'habitus n'est pas totalement opératoire dans le domaine alimentaire. On s'aperçoit au contraire que le buveur est certes déterminé par ses origines mais qu'il dispose d'une marge d'action fondée sur la curiosité, l'ouverture ou la capacité d'initiative dans un cadre historique et marchand évolutif.


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