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Auteur : Stéphane Lebecq | Michel Perrin | Olivier Szerwiniack
Date de saisie : 00/00/0000
Genre : Religion, Spiritualité
Editeur : Université Charles de Gaulle-Lille III, Villeneuve-d'Ascq, France
Prix : 23.00 €
ISBN : 978-2-905637-39-0
GENCOD : 9782905637390
En juillet 2002, les meilleurs spécialistes mondiaux de Bède le Vénérable (c. 670-735) se sont retrouvés à Lille et à Amiens pour dresser un bilan des études relatives à l'oeuvre et à la postérité du grand écolâtre anglo-saxon, et pour ouvrir sur elles de nouvelles perspectives de recherches. Venus de Grande-Bretagne, 'd'Irlande, du Canada, des États-Unis, du Japon, d'Italie, d'Allemagne, de Belgique et de France, ils ont passé trois jours à exposer leurs travaux, à écouter, à échanger, dans une atmosphère à la fois studieuse et confraternelle.
Les organisateurs du colloque sont heureux de publier aujourd'hui les principaux résultats de ces fructueuses journées. Presque toutes les communications qui y ont été faites sont ici réunies, augmentées de quelques contributions originales que leurs auteurs n'avaient pu présenter en juillet 2002. Les unes et les autres ont été regroupées sous cinq titres dans lesquels on retrouvera, à quelques nuances près, le découpage initial du projet : 1) Bède et ses sources ; 2) Bède l'exégète ; 3) Un historien en son milieu ; 4) La postérité de Bède ; 5) Les traductions de Bède.
De cette harmonieuse polyphonie se dégage l'image d'un érudit qui, bien loin de se limiter à celle de l'ascète coupé du monde, rigoureux, voire rigoriste, qui a longtemps été mise en avant, montre un homme engagé, souvent indulgent à l'égard de mouvements ou de tendances ecclésiales peu orthodoxes, et toujours soucieux de réformer l'Église et la société de l'Angleterre de son temps. Pour y parvenir, il est allé puiser ses arguments dans des traditions testamentaires, patristiques et historiographiques dans lesquelles il a opéré un choix souvent original, et qui expliquent aussi bien le caractère unique que la portée universelle de son oeuvre.
Plus caractéristique encore est le passage concernant les tapisseries assemblées (Exode, 26,6), image qui suggère à Bède l'idée d'une Église unifiée, constituée par l'ensernble «des deux peuples ou plutôt de tous les élus du Christ» '". Il importe peu que la première expression soit corrigée par la seconde. Nous ne sommes pas ici en présence de l'un de ces textes spéculatifs où la pensée cherche à dégager le terme juste. Le point significatif est que les deux formules sont conjointement exprimées dans cette phrase. La seconde est conforme à la conception traditionnelle de l'Ecclesia electorum. Mais il n'est pas surprenant que l'autre lui soit venue d'abord sous la plume, témoignant ainsi de ce que le thème des deux peuples est constamment présent dans son esprit depuis le début de son commentaire sur le Tabernacle.
Plus haut, déjà, l'explication des trois branches issues de chaque côté de la tige centrale du chandelier montrait comment ce thème tend à imprégner de façon diffuse son interprétation des objets cultuels. Les trois branches représentent, écrit Bède, les trois ordres (époux, continents, docteurs) de ceux qui «avant et après l'incarnation du Christ... ont fidèlement servi le Seigneur dans l'Église». L'accent porte ici sur la signification des trois branches, c'est à dire sur les trois ordres de fidèles. Cependant, donnée annexe mais bien présente, l'explication de leur déploiement symétrique, qui répartit ces trois ordres «avant et après l'incarnation [...] dans l'Église», situe du même coup, de façon implicite, le peuple-juif à l'intérieur de l'Église.
Pour évoquer la relation des deux peuples, Bède reprend, en les modifiant de façon significative, des formules utilisées par ses prédécesseurs. Ce qui les unit, c'est, dit-il, le même amour pour Dieu, servi avec la même piété et la même charité, même si les sacrements sont différents en raison, comme le disait déjà saint Augustin, de la différence des temps. On trouve d'autres échos augustiniens dans le texte de Bède, en particulier l'idée que, avant et après l'avènement du Christ, les fidèles ne sont pas simplement liés par la même foi, exprimée en termes vagues de reconnaissance du même Dieu, mais par la croyance en la venue du Médiateur, explicitée à travers les principaux articles de foi concernant la vie, la mort et la résurrection de Jésus : «eux», croyaient à ces choses comme devant venir, «nous», nous croyons qu'elles se sont déjà produites.
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