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Auteur : Steven Runciman
Date de saisie : 24/09/2012
Genre : Histoire
Editeur : Tallandier, Paris, France
Collection : Texto
Prix : 8.00 €
ISBN : 978-2-84734-427-1
GENCOD : 9782847344271
Sorti le : 22/03/2007
La chute de Constantinople, le 29 mai 1453, est une date capitale dans l'histoire de l'Europe. Elle marque symboliquement le passage du Moyen Age à la Renaissance, et l'implantation durable des Turcs en Europe. Elle représente aussi la lutte acharnée d'une capitale d'empire qui ne voulait pas mourir, une ruine en sursis défendue par un empereur et son peuple contre un adversaire aux forces gigantesques. L'auteur nous fait partager les angoisses des habitants de Constantinople, conscients de leur faiblesse, disposant de peu de moyens, mais galvanisés par l'envoi d'une poignée de renforts européens. En suivant jour après jour les péripéties du siège jusqu'au massacre final, le lecteur finit lui aussi par tomber avec la ville. La rigueur historique de ce grand médiéviste anglais se marie ici avec un excellent talent de conteur.
Le 29 mai 1453, Constantinople, capitale de l'Empire romain d'Orient depuis sa fondation en 330, tombe aux mains des Turcs. Le choc est terrible pour l'Occident chrétien, qui a pourtant négligé de secourir la ville. L'année 1453 a longtemps symbolisé, peut-être de manière excessive, la fin du Moyen Âge et le début des Temps modernes aux yeux des historiens. Elle fut, de fait, décisive pour deux peuples : les Turcs, qui y gagnèrent une capitale et s'établirent durablement sur le sol européen ; les Grecs, qui virent se clore le long chapitre byzantin et dont les humanistes vinrent nourrir l'élan de la Renaissance occidentale. 1453 : année heureuse pour les uns, funeste pour les autres, que raconte Steven Runciman à travers les fiévreux préparatifs du siège, la violence de l'assaut, la résistance dramatique d'une poignée de héros et l'effondrement sans surprise d'une cité depuis longtemps moribonde.
Sir Steven Runciman (1903-2000), professeur à Cambridge, a été l'un des plus grands médiévistes du XXe siècle. Il est l'auteur de nombreux ouvrages de référence sur le monde méditerranéen, dont Le Grand Schisme d'Orient (Les Belles Lettres, 2005) et Histoire des croisades (Tallandier, 2006).
Nouvelle édition revue et augmentée.
MONTÉE DU SULTANAT
Jadis, en ses plus beaux jours, la prospérité de Byzance était liée à la possession de l'Anatolie. L'immense péninsule, que les Anciens appelaient Asie Mineure, avait été à l'époque romaine une des régions les plus peuplées du monde. Le déclin de l'Empire romain, la peste et la malaria puis les invasions perses et arabes du VIIe et du VIIIe siècles, avaient décimé la population. Le calme revint au IXe siècle. Un dispositif de défense bien conçu diminuait le risque de raids ennemis. L'agriculture avait repris et trouvait un marché à Constantinople et dans les villes prospères de la côte. Les riches vallées de l'Ouest regorgeaient d'olives, d'arbres fruitiers et de céréales. Les troupeaux de moutons et de bovins paissaient sur les plateaux ; et partout où l'on pouvait irriguer, s'étendaient de vastes champs de blé. Les empereurs n'aimaient pas la grande propriété terrienne ; ils préféraient que la terre fût exploitée par des communautés villageoises, qui payaient leur tenure en fournissant des soldats à l'armée impériale ou à la milice locale. Le gouvernement central assurait son contrôle par de fréquentes inspections et en réglant le salaire des fonctionnaires provinciaux sur le budget de l'Empire.
La condition de cette prospérité était d'avoir des frontières bien gardées. Là-bas, aux confins de l'Empire, on vivait autrement. La défense était confiée aux barons de la frontière, les akritai, des hommes qui passaient leur temps à faire des raids en territoire ennemi ou à repousser les attaques de leurs adversaires. C'étaient des individus insoumis, indépendants, refusant d'être aux ordres du gouvernement ; ils ne voulaient pas payer d'impôt, et s'attendaient à être récompensés de leurs services. Leurs recrues étaient des aventuriers de toutes sortes, car il n'y avait ni vie sédentaire, ni cohésion raciale dans ces régions sauvages, sauf aux endroits où les Arméniens s'étaient établis et conservaient leurs traditions. L'état de guerre était permanent, que la paix régnât ou non, officiellement, entre les gouvernements byzantin et arabe ; mais les barons n'étaient pas hostiles à leurs rivaux, de l'autre côté de la frontière, qui menaient le même genre de vie. Les seigneurs musulmans de la frontière, étaient peut-être plus fanatiquement attachés à leur foi, mais leur fanatisme n'empêchait pas les liaisons voire même les mariages mixtes. Des deux côtés de la frontière, la religion officielle n'était pas très populaire. Beaucoup d'akritai étaient membres de l'Église arménienne séparée, et la plupart d'entre eux prenaient volontiers les hérétiques sous leur protection, tandis que les hérétiques de l'islam étaient assurés de trouver un refuge auprès des seigneurs musulmans de la frontière.
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