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Auteur : Jean-Marc Moriceau
Date de saisie : 06/06/2007
Genre : Histoire
Editeur : Fayard, Paris, France
Collection : Histoire
Prix : 30.00 € / 196.79 F
ISBN : 978-2-213-62880-6
GENCOD : 9782213628806
Sorti le : 06/06/2007
Louis Burle - 25/01/08
Jean-Marc Moriceau - 19/10/2007
Jean-Marc Moriceau - 19/10/2007
Le changement de conception de la place de l'homme dans l'univers et le souci revendiqué de défendre la biodiversité ont revalorisé l'image du loup. Avec son retour dans les Alpes, le renversement de perspective crée un fossé au sein de l'opinion publique et accroît les tensions entre les acteurs des espaces pastoraux et les gestionnaires de l'environnement. Dans ce débat souvent passionné, les attaques de loups qui, des siècles durant, l'ont classé parmi les prédateurs les plus nuisibles pour l'homme sont remises en cause. Comme l'agression connotée la plus négativement, celle du loup considéré comme «mangeur d'hommes».
Pour circonscrire les enjeux d'une question si sensible, il importait d'y voir plus clair. De quels témoignages dispose-t-on et quelle en est la validité ? Comment distinguer les attaques d'animaux anthropophages des cas de rage ? Pour quelle évolution chronologique et quelle répartition géographique ? Comment identifier les agresseurs et quelle en fut leur perception culturelle ? Quelles techniques de prédation étaient-elles mises en oeuvre ? Quel fut l'impact démographique et sociologique des attaques ? Quel risque effectif le loup fit-il peser sur l'homme ? Pour répondre à ces questions, l'ouvrage a mobilisé les témoignages et les travaux publiés sur plus de cinq siècles d'observation - de la guerre de Cent Ans à celle de 1914 - et rassemblé un corpus statistique de plus de 3000 actes de décès, de 1580 à 1830.
Aucune synthèse historique n'avait engagé jusqu'ici une enquête aussi large sur l'ensemble du territoire français. Le travail est loin d'être terminé : l'ouvrage convie à élargir la recherche et à envisager les autres aspects du rapport entre le loup et l'homme. Car finalement, au-delà de l'explication donnée à un fait qui ne va plus de soi, l'étude réalisée renseigne davantage sur l'organisation spatiale des activités humaines que sur l'évolution biologique de l'animal. Le loup est un révélateur des choix de société.
Ancien élève de l'Ecole normale supérieure, Jean-Marc Moriceau est professeur d'histoire moderne à l'université de Caen et président de l'Association d'histoire des sociétés rurales. Il est l'auteur des Fermiers de l'Île-de-France, XVe-XVIIIe siècle (Fayard, 1994), d'un Guide sur la terre et les paysans, XVIIe-XVIIIe siècles (Caen, 2000), de Terres mouvantes. Les campagnes françaises du féodalisme à la mondialisation, XIIe-XIXe siècle (Fayard, 2002) et d'une Histoire et géographie de l'élevage français du Moyen Âge à la Révolution (Fayard, 2005). Directeur de la revue Histoire et Sociétés rurales, il anime, avec le géographe Philippe Madeline, le séminaire du Pôle Rural de la Maison de la recherche en sciences humaines de l'université de Caen.
Jadis le loup était honni. En quelques décennies qui ont vu d'abord l'extinction de l'espèce puis son retour dans les Alpes, la simple évocation de l'éventuelle agressivité du loup envers l'homme est devenue suspecte, au nom de la biodiversité. Mais voici que le débat d'actualité sur le retour du prédateur dans notre environnement dispose d'une contribution majeure de Jean-Marc Moriceau. Consignés et analysés, des témoignages, innombrables, dissipent les doutes sur l'effroi semé, du Moyen Age jusqu'en1914, par des loups «anthropophages» ou bien enragés. Les victimes se comptent par milliers !
Extrait de l'introduction :
Une question sensible Le loup contre l'homme
«Le loup, qui depuis la disparition des grands carnivores que connurent nos lointains ancêtres troglodytes était devenu le roi de nos forêts, s'en va lui aussi et bientôt ne sera plus qu'un mauvais souvenir qui ne s'effacera pas de sitôt de l'esprit des populations habitant certaines régions de France, où sa race exécrée, et parfois dangereuse, exerçait jadis ses ravages. Longtemps après que le dernier représentant de cette espèce aura disparu, on parlera l'hiver, devant l'âtre des fermes ou des maisons de villages, d'histoires de loups qu'on sera tenté de qualifier de légendes parce qu'elles seront de plus en plus lointaines.
Il est donc nécessaire de citer quelques-uns des principaux méfaits du loup, drames terribles et vrais, afin que plus tard on ne puisse qualifier de fantaisistes racontars le récit qu'on en fera lorsque le dernier représentant de ce brigand à quatre pattes ne sera plus qu'à l'état de souvenir dans la mémoire des hommes.»
Raymond Rollinat, «Le loup commun. Canis lupus Linné. Quelques-uns de ses méfaits. Sa disparition presque complète en France», Revue d'histoire naturelle, X, 4, avril 1929, p. 105.
Ecrites en 1929, ces lignes sévères d'un célèbre zoologiste, correspondant à la fois du Muséum national d'histoire naturelle et de l'Académie d'agriculture, sont aux antipodes de la vision du loup qui domine aujourd'hui. Elles ne font que traduire le sentiment d'hostilité qui prévalait encore à l'égard de Canis lupus. En quelques décennies, qui ont vu d'abord l'extinction effective de l'espèce en France puis, après un long intervalle, son retour par les Alpes depuis l'Italie en 1992, le regard sur l'animal s'est profondément modifié. La mémoire des relations anciennes entre le loup et l'homme s'est brouillée. Les prédictions de Raymond Rollinat sur la révision générale de notre perception des «méfaits du loup» trouvent désormais un écho certain : par position idéologique, on en arrive effectivement à les qualifier de «fantaisistes racontars».
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