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Zone

Couverture du livre Zone

Auteur : Mathias Enard

Date de saisie : 02/10/2008

Genre : Romans et nouvelles - français

Editeur : Actes Sud, Arles, France

Collection : Domaine français

Prix : 22.80 € / 149.56 F

GENCOD : 9782742777051

Sorti le : 20/08/2008

Une très bonne surprise de cette rentrée littéraire, un récit dense et inattendu, original et étrange avec en prime le souffle des grandes oeuvres.
Dans le train de nuit qui le conduit à Rome où il va régler ses comptes, Yvan Deray, ancien espion et ancien militaire se souvient.
Il se souvient de la zone (le pourtour de la méditerranée) où il a exercé ses activités.
Tout y passe : les innombrables guerres balkaniques, l'Algérie des égorgeurs et des égorgés, les derniers combattants palestiniens, les trahisons et les coups tordus, les emprisonnements, tortures et exécutions sommaires, souvenirs personnels.
Un immense requiem à la mémoire de toutes ces morts inutiles ou glorieuses. Un long travelling, un récit monocorde conduit à coups d'association d'idées qui nous mènent sans rupture d'une personne à une autre, d'une époque à une autre, d'un pays à un autre sans transition.
Pas de paragraphe ni de ponctuation
Avec en arrière plan la lutte éternelle des dieux grecs qui se battent entre eux par humains interposés.
Ici la littérature est au service d'une vision subjective et pénétrante qui semble plus vrai e que la réalité.
Bercé par le roulement du train, hanté par les souvenirs des atrocités dont il a été témoin ou acteur, Yvan Deray (alias Francis Mirkovic) croit s'en libérer en vendant ses informations mais peut-on se débarrasser de soi comme on enlève un pull-over ?
Que peut faire un espion arrivé au bout de sa route si ce n'est disparaître ?
A lire du même auteur "La perfection du tir" publié par Actes Sud - premier roman très abouti.
Dans une "zone" beaucoup plus restreinte le monde vu par un sniper embusqué, terrifiant, machine à tuer pour qui les autres et lui-même ne sont que des pions à détruire, éliminer.


  • Les présentations des éditeurs : 17/09/2008

Trajet, réminiscences, aiguillages, allers-retours dans les arcanes de la colère des Dieux. Zeus, Athéna aux yeux pers et Arès le furieux guident la mémoire du passager de la nuit, fils d'un Français qui a fait la guerre d'Algérie et d'une pianiste d'origine croate. Adolescent doublement imprégné de patriotisme, puis d'extrême-droitisme, il a prolongé son service militaire en sections spéciales et autres commandos, puis s'est fiancé avec la très blanche Marianne. Mais la guerre d'indépendance de Croatie, puis la Bosnie ont fait bouillir le sang qui coulait dans ses veines.
Comme d'autres volontaires - Andrija surtout, dont il porte encore le deuil, et Vlaho le débonnaire qui finira mutilé - il est allé accomplir sa part de carnage, de viols, de cruautés (certaines scènes hantent encore ses insomnies). Saturé de violence, il s'est fait oublier quelque temps dans la mortifère Venise (où Marianne l'a rejoint et bientôt largué d'un féroce coup de pied dans les génitoires). Puis il est rentré en France où il s'est montré peu bavard - avec son père, pourtant, il aurait pu confronter quelques souvenirs d'interrogatoires particuliers - s'est présenté et a échoué aux concours du Quai d'Orsay, est entré dans un Service du Renseignement où il a connu Stéphanie (deuxième amour, deuxième échec), puis s'est vu attribuer une «Zone»...
Mais ce soir (quinze ans après ses premiers faits d'armes) c'est sous une identité d'emprunt que Francis Servain Mirkovic s'installe dans le train Milan-Rome pour ce qui devrait être le dernier voyage de sa carrière professionnelle. Au-dessus de lui, une mallette que par précaution il a menottée à une des barres du filet à bagages. Demain à Rome (où Carol Vojtila n'en finit plus de gésir sur son lit d'agonie) un représentant du Vatican lui donnera trois cents mille euros - l'allusion aux trente deniers de Judas le fait sourire - en échange du trésor patiemment rassemblé dans les marges de son activité d'agent du Renseignement français dans sa Zone (d'abord l'Algérie puis, progressivement, l'ensemble du Proche-Orient). Le contenu de la mallette : des années de missions et d'investigations. Un compendium d'archives, de fiches, de disques informatiques, d'images et de documents concernant des centaines d'individus - commanditaires ou intermédiaires, cerveaux ou exécutants, agitateurs et terroristes de toutes obédiences, marchands d'armes et trafiquants, criminels de guerre en fuite. Les hommes de l'ombre et de l'action - sans guerres, l'Histoire serait pétrifiée, le monde serait mort d'ennui ! - qu'il a côtoyés, d'Alexandrie à Tel Aviv, du Caire à Jérusalem, d'Alger à Gaza ou Beyrouth. Une dernière transaction et il pourra changer de vie, peut-être emménager avec Sashka, une jeune Russe, peintre d'icônes... Mais la nuit risque d'être longue. Le train démarre, Francis Servain Mirkovic allias Yvan Deroy est assis dans le sens contraire de la marche, adossé à son avenir - enfin ! - et les yeux tournés vers le passé qui défile...

Né en 1972, Mathias Enard a étudié le persan et l'arabe et fait de longs séjours au Moyen-Orient.
Il vit à Barcelone. Il a publié deux romans chez Actes Sud : La Perfection du tir (2003) - Prix des cinq continents de la francophonie, 2004- qui paraît en Babel, et Remonter l'Orénoque (2005). Ainsi que, chez Verticales, Bréviaire des artificiers (2007).



  • La revue de presse François Busnel - L'Express du 1er octobre 2008

C'est un roman-fleuve. Et, comme un fleuve, il est impétueux, long, large, débordant, hypnotisant. Zone est le Styx de la littérature contemporaine. C'est-à-dire, pour faire simple, l'un des meilleurs livres de cette rentrée littéraire. Le plus ambitieux. Le plus exigeant. Le plus incontournable...
On tourne les pages comme s'il s'agissait d'un grand thriller. Enard, lancé à la recherche des racines du terrorisme contemporain, rappelle que tout homme a le choix et que nulle fatalité ne plane sur ce siècle, le xxie, qui, grâce à lui, débute littérairement en beauté. Zone est un roman ébouriffant. Il faut le lire !


  • La revue de presse Gilles Heuré - Télérama du 17 septembre 2008

Quitter Zone ? Sur le marchepied, le lecteur peut hésiter, reprendre courage et ­finalement demeurer dans ce train littéraire, qui l'emportera dans un voyage dont il ressortira les nerfs à vif, anéanti, mais persuadé qu'il a lu un livre qu'il n'oubliera pas...
Plus qu'un roman, Zone est un spectacle tragique : sur scène, les choeurs antiques pleurent l'horreur du monde, et dans les gradins, à moins que ce ne soit du haut de l'Olympe, les dieux, grands manipulateurs, se régalent des passions humaines. Mathias Enard, aède intraitable aux méchantes ruses, a composé une Iliade contemporaine aux scènes terrifiantes, où l'on peine parfois à reprendre haleine. Mais de Cervantès à Hemingway, de Conrad à Malaparte, auteurs souvent cités à comparaître dans ce texte saisissant, qui a dit que la littérature avait vocation à distraire ?


  • La revue de presse Alain Nicolas - L'Humanité du 11 septembre 2008

L'inscription de la guerre, depuis les origines, dans ce monde méditerranéen, balkanique et centre européen, où «Beyrouth et Barcelone se touchent par pliage sur l'axe Rome-Berlin», c'est le propos de l'imposante entreprise de Mathias Énard. La géographie et l'histoire tissent un espace immémorial où l'homme éprouve sa puissance et sa faiblesse...
Mais le narrateur, qui a fui sa propre culpabilité en prenant le masque de ce spectateur-acteur si particulier qu'est l'«officier de renseignement», veut en finir, «changer de vie, changer de corps», dit-il lui-même. Ulysse contemporain, il fait son retour, vers ce centre possible du monde, Rome, vers la dernière femme, Sashka, peintre d'icônes. Son viatique : une liste de criminels de guerre contenue dans la mallette. Des noms recueillis dans son travail sur la «Zone grise, celle des ombres et des manipulations», des noms qui «dégoulinent» sur sa mémoire, et forment ce récit obsessionnel, celui de notre époque et de celles qui l'ont précédée. C'est toute une civilisation qui «dégouline» sur nous. On en oublie la performance d'écriture. On est emporté dans ce train qui va vers la fin du monde, et cette méditation sur la violence et sa possible fin devient la nôtre, et fait de cette lecture un moment inoubliable.


  • La revue de presse Robert Solé - Le Monde du 12 septembre 2008

Le roman de Mathias Enard est découpé en vingt-quatre chapitres : vingt-quatre, comme les chants de l'Iliade... "J'ai voulu faire une épopée contemporaine", explique de sa voix douce cet arabisant de 35 ans, au physique de lutteur, qui fait irruption dans la rentrée littéraire avec une petite bombe d'un demi-millier de pages...
Au début, on est dérouté, mais on se laisse vite prendre par ce verbe foisonnant, car Mathias Enard raconte une multitude d'histoires sordides ou poignantes, par petits bouts, et les raconte bien...
Certes, l'histoire est tragique, mais l'Europe, le Proche-Orient, l'Afrique du Nord ne seraient-ils qu'une immense boucherie permanente ? "L'histoire est un conte de bêtes féroces, un livre avec des loups à chaque page", écrit Mathias Enard. Son narrateur, en tout cas, se considère comme "un monstre d'égoïsme et de solitude". Avant d'arriver à destination, il a un sursaut : "Je n'ai plus besoin des deniers du Vatican, je vais tout balancer dans l'eau." Le fera-t-il ? L'auteur a voulu lui laisser une dernière chance. On referme le livre, un peu sonné, mais en regrettant presque d'être arrivé.


  • La revue de presse Grégoire Leménager - Le Nouvel Observateur du 4 septembre 2008

500 pages hallucinées et une seule phrase pour toutes les guerres qui ont ensanglanté l'Europe et le bassin méditerranéen. Impressionnant...
Le moins qu'on puisse dire est que l'auteur de «Zone» a choisi sa focale, pour donner à l'obsession mémorielle de l'Occident sa forme la plus percutante. Remarquablement documenté, il tient le cap des premiers mots («tout est plus difficile à l'âge d'homme») jusqu'aux derniers («une dernière clope avant la fin du monde»). Son livre n'est pas un roman, c'est un train fantôme, peuplé de crimes contre l'humanité, de viols et d'écrivains aux pulsions violentes (Burroughs, Lowry, Joyce...). Malaparte ferait presque figure de collectionneur d'histoires drôles, dans cet effrayant convoi «dont le rythme vous ouvre l'âme plus sûrement qu'un scalpel» et qui peut dérailler à tout moment, bifurquant ici vers le massacre des moines de Tibéhirine dans «l'enfer algérien», et là vers la liquidation de tel ghetto juif, «l'agonie de Vukovar», ou les conditions du génocide arménien. Un cauchemar, alors ? Sans doute, mais de première classe.


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