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Auteur : Jean-Pierre Ohl
Date de saisie : 08/10/2008
Genre : Romans et nouvelles - français
Editeur : Gallimard, Paris, France
Collection : Blanche
Prix : 20.00 € / 131.19 F
ISBN : 978-2-07-012147-2
GENCOD : 9782070121472
Sorti le : 04/09/2008
Sur Islay, une île du sud-ouest de l'Ecosse où le whisky coule plus abondamment que le vin de messe, le prêtre catholique Ebenezer Krook passe une nuit avec Mary Guthrie, sa jeune paroisienne. Ce pourrait être le début d'un drame passionnel : il n'en est rien, car aussitôt réunis les deux personnages se séparent. Tandis que Krook, épaulé par un journaliste communiste rencontré fortuitement au comptoir entre deux whiskys, Krook quitte les ordres de manière tonitruante et s'installe à Edimbourg où il démarre sans enthousiasme une carrière de libraire. Mary, de son côté, se lance dans les études universitaires et décide de consacrer ses travaux à un certain Thomas Lockhart de Glenmarkie : écrivain extravagant, traducteur de Rabelais, mort des suites d'une hilarité compulsive en apprenant le retour du roi Charles II sur le trône d'Angleterre. Découragée par le manque d'informations à son sujet, Mary décide d'étoffer son mémoire en rencontrant directement les descendants de Lockhart. Accueillie avec réticence par ces derniers, elle est néanmoins autorisée par le maître des lieux à prendre ses quartiers dans la demeure familiale délabrée pour y mener librement ses recherches. Parmi les archives et les personnages fantasques qui peuplent ces murs, Mary ne tarde pas à découvrir l'existence d'un prodigieux meuble, dont les trente-deux tiroirs scellés par un mécanisme aux innombrables combinaisons sont censés receler le trésor de l'ancêtre facétieux : six diamants d'une valeur inestimable demeurés introuvables à sa mort.
Alors que Mary poursuit sa quête universitaire dans les entrailles du manoir des Glenmarkie, Krook s'immerge progressivement dans son nouvel univers littéraire. Les zones d'ombre de son passé s'entrelacent peu à peu dans les chapitres des grands écrivains, dévoilant page après page le souvenir mal cicatrisé d'un père disparu. Mais en suivant le fil de cette introspection récessive, Krook découvre que son destin est également lié à celui des Glenmarkie.
Quête de soi, recherche des origines, chasse au trésor, Les Maîtres de Glenmarkie entrecroise avec talent les genres et les registres dans une narration polyphonique qui s'avère captivante dès les premières pages. Les personnages somptueusement esquissés, la richesse d'une intrigue dont les multiples rebondissements se teintent parfois d'une coloration policière ou historique, immunisent littéralement le lecteur contre toute forme de déception. On y décèle de surcroît, en palimpseste, un vibrant hommage à la littérature anglo-saxonne dont l'auteur est féru. La silhouette de Dickens, le souffle de Stevenson, l'ombre d'Orwell et de tant d'autres encore, présents ou dissimulés entre les lignes, confèrent à ce roman une résonance littéraire d'une rare finesse. Mais au-delà de son sens inné de l'intertextualité et de sa grande fluidité stylistique, Jean-Pierre Ohl nous offre avant tout une oeuvre particulièrement aboutie, dont la trame narrative parfaitement tissée réjouira les lecteurs les plus avides de sensations romanesques. Avec l'humilité qui le caractérise, il nous invite, l'espace d'un livre, à nous remémorer que la littérature est avant toute chose une affaire de plaisir. En ce sens plus qu'en tout autre, il a parfaitement remporté son pari.
Qui sont vraiment les maîtres du manoir de Glenmarkie, cette bâtisse écossaise menaçant ruine, tout droit échappée d'un roman de Stevenson ? Et où est donc passé le trésor de leur ancêtre Thomas Lockhart, un écrivain extravagant mort de rire en 1660 ? Fascinée par le génie de Lockhart, intriguée par l'obscur manège de ses descendants, la jeune Mary Guthrie explore les entrailles du manoir et tâche d'ouvrir les trente-deux tiroirs d'un prodigieux meuble à secrets.
Ebenezer Krook est lui aussi lié aux Lockhart. A Edimbourg, dans la librairie d'un vieil excentrique, il poursuit à l'intérieur de chaque livre l'image de son père disparu.
Les tiroirs cèdent un à un sous les doigts de Mary. Les pages tournent inlassablement entre ceux d'Ebenezer. Mais où est la vérité ? Dans la crypte des Lockhart ? Au fond de Corryvreckan, ce tourbillon gigantesque où Krook faillit périr un jour ? Ou bien dans les livres ?
Peuplé de silhouettes fantasques, de personnages assoiffés de littérature qui rôdent au bord de la folie, Les maîtres de Glenmarkie brasse les époques, les lieux, et s'enroule autour du lecteur comme un tourbillon de papier. Hommage facétieux aux grands romans d'aventures, il pose et résout une singulière équation : un livre + un livre = un homme.
Jean-Pierre Ohl est libraire près de Bordeaux. Après Monsieur Dick ou Le dixième livre, Les maîtres de Glenmarkie est son deuxième roman.
Hommage au roman d'aventure et d'initiation, torrent d'érudition - avec l'élégance d'en éviter le pesant dédain à l'endroit d'un lecteur moins savant -, éloge des livres, grands textes fondateurs ou romans plus marginaux («J'aime les oeuvres mineures, elles sont comme les accords du même nom, elles vous tirent souvent des larmes...»), Les Maîtres de Glenmarkie déroulent leurs chausse-trapes et leurs indices trompeurs à chaque page...
L'ambition foisonnante du romancier est soutenue par une écriture vive, précise, imagée, avec un sens du raccourci qui transforme les sentences les plus réussies en éblouissantes miniatures. Qu'il s'agisse de dresser l'histoire de l'Écosse en cinq lignes à travers les atours de son aristocratie (p. 34) ou de brosser le portrait des divers opposants de Cromwell d'un seul trait de plume, à la manière d'un dessin satirique (p. 227). à tous ceux qui pourraient dire que la littérature ne «sert» à rien pour faire son chemin dans la vie concrète de tous les jours, Jean-Pierre Ohl oppose un démenti brillant et malicieux. Et parfaitement convaincant.
En choisissant de situer son roman dans l'île d'Islay, plus connue des amateurs de single malt pour abriter les célèbres distilleries de Bowmore et Lagavulin, il réveille aussi, pour le plus grand plaisir de ses lecteurs, les fantômes de Walter Scott, et surtout de Stevenson. On s'attend à des histoires de manoirs ruinés, de jumeaux ennemis, de fantômes. Pourquoi pas ? Jean-Pierre Ohl joue le jeu, avec délectation, en évitant soigneusement les pièges évidents de la copie et du pastiche, de l'imitation et du second degré. L'histoire écossaise qu'il nous propose se déploie sur des dimensions multiples, et atteint une complexité parfois vertigineuse...
On aura compris que ce livre, habité par la joie de lire, rend aux livres ce qu'il leur a emprunté : la passion de conter, le plaisir d'emporter son lecteur dans un ailleurs fait d'aventures, d'énigmes, de politique, d'amour. Un monde peut-être trouvé au fond d'un Bowmore ou d'un pessac-léognan, mais où les livres sont des êtres vivants.
Il est certain que le plaisir du lecteur participe de celui que l'écrivain semble avoir pris à écrire. A chaque page des Maîtres de Glenmarkie, on ressent la jubilation de ce libraire qui a franchi le pas pour se faire romancier. Il n'a pas perdu ses réflexes professionnels pour autant. Tout ce livre est plein de clins d'oeil au roman anglo-saxon qu'il parle comme une langue maternelle. Il réussit à passer en contrebande certes du whisky et du meilleur de l'Ecosse, mais aussi quelques caisses de livres de sa bibliothèque d'élection : Charles Dickens et Jack London bien sûr, mais aussi George Orwell, Walter Scott et Horace Walpole, qui donne son nom au tenancier de la librairie où travaille Krook et qui, ignorant superbement les rentrées littéraires, n'accueille dans ses rayonnages que des livres parus depuis plus de cinquante ans. Si l'on se plaît aux inventions de ce magicien d'Ohl, c'est surtout parce qu'il a su dépasser l'exercice de style pour imaginer une authentique aventure, qui est au bout du conte toujours celle d'un lecteur. Nous ne sommes peut-être rien de plus que les livres que nous avons lus ?
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