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Téléphone : 04 75 05 15 55

Site Internet : http://librairielescordeliers.hautetfort.com/



Les coups de cœur de ses libraires

Tant qu'il y aura des éditeurs pour fabriquer des livres que l'on a envie d'ouvrir, des livres beaux, au titre énigmatique et sans bandeau racoleur, bref des livres qui se justifient par le seul fait d'exister et d'être là, sous nos yeux, il y aura alors des libraires pour les lire. Voici La scierie, récit anonyme écrit en 1953 qu'une petite maison d'édition genevoise, Héros-Limite, a décidé de rééditer après une première parution en 1975 chez L'âge d'homme. Pierre Gripari en avait fait alors un éloge d'une grande noblesse repris ici en guise d'introduction. Quand on pense que l'auteur de ce récit n'avait absolument aucune intention d'être publié et qu'il n'a, par la suite, plus donné aucun signe de vie littéraire, on reste sans voix...
Le sujet quant à lui est d'une simplicité remarquable. Un jeune homme vient de rater son baccalauréat. Issu d'un milieu bourgeois, rêvant de marine, il décide d'employer comme il le peut le temps qui le sépare de l'appel sous les drapeaux, en s'occupant en premier lieu de sa force : "Je sais que je suis fort. Je vais essayer de travailler avec ma force, mais que faire ?" Dans son pays, les bords de Loire, le travail de la terre est roi. Mais très peu pour lui : "Les paysans me font chier avec leurs plaintes et leurs gros sous qu'ils cachent comme des salauds." C'est réglé, il ne touchera pas à l'agriculture. Quatre jours de recherche "Puis un beau matin j'arrive dans une toute petite scierie..." et commence alors un récit incroyable que je vous laisserai découvrir !
La scierie fait partie de ces textes qui cognent, sans concession, qui disent les choses sans filtre, aussi bien la franche camaraderie que la méchanceté ouvrière. Les patrons n'ont aucun état d'âme et c'est bien fait pour ceux qui travaillent pour eux. Ils le méritent au centuple. A partir de là, pas de quoi revendiquer la semaine de 35 heures. Ni même de 40. La scierie n'est pas un texte sympathique. Il ne fait pas du bien. Il porte trop haut, vu d'ici, la valeur du sacrifice au travail. Mais mince ! Enfin ! Écrire comme ça. Rendre avec autant de justesse cette expérience de forçat, la voracité des machines, ce goût de sciure et d'os coupés (les scies raffolent des doigts !), la beauté du sang sur les copeaux et la folie des hommes forts, cela vous renvoie les nombrils plumitifs de Saint-Germain-des-Prés à des années lumières de ce que peut vraiment un écrivain.
Bienvenus dans La scierie !


Irlande du nord, 1981. Dans un petit commissariat de Carrickfergus plus habitué à traiter les délits de nature politique opposant les catholiques aux protestants, c'est le grand embarras : à quelques jours d'intervalle, deux homosexuels ont été retrouvés assassinés. Un serial killer homophobe - le premier du pays ! - sévirait-il en terre d'Ulster ? Impossible ! Pas de ça chez nous, clament les gradés du coin. Ni des uns, ni des autres d'ailleurs : homos, tueurs en série... ça n'existe pas par ici. Et comme personne ne veut vraiment de cette affaire mineure, c'est Sean Duffy, le nouveau sergent tout juste sorti du moule qui va s'y coller.
Sean Duffy ! Pauvre garçon. Une anomalie dans ce pays ! Pensez donc. Un catholique au service d'une police protestante. Comment est-ce possible ? ! Pas simple tout de même. Résultat ses collègues loyalistes se méfient de lui (comment avoir pleinement confiance un catholique ?) et la population occupée le considère comme un exemple sans équivalent de traîtrise... Il n'a pas fini d'en baver d'autant que très vite, on comprend que cette affaire un peu honteuse implique l'un des deux camps en conflit...
Sur fond de grève de la faim des membres de l'IRA dénonçant leur conditions d'incarcération, ce polar aux accents politiques est avant tout le portrait d'un flic attachant au possible, jusque dans ses tourments les plus troublants qu'il doit se résoudre à régler le plus souvent d'un trait d'humour, au besoin d'un coup de poing.
Pluie, nuages bas, bières et briques de lait explosées sur le pare-brise composent ce polar très efficace.


Slip léopard et Banana Beer Johnny attend son heure. Il se souvient : il se remémore comment il est devenu le roi d'Hollywood après avoir été le petit prince de la jungle ; comment des siestes sur la canopée en compagnie de Kinka "son frère de liane", il s'est retrouvé sur les plus grands tournages, sur des paquebots de rêve ou dans les bassins olympiques à nager finalement à contre courant. De réceptions en réceptions, de cuites en cuites, de lianes en lianes, de la tour Eiffel à l'Empire State Buildind : Johnny devient Johnny Jungle, savant mélange de Tarzan et J. Weissmuller. Dès lors des choix s'imposeront et l'amour aidant il décidera de rester en Amérique à la différence de son vieux pote Kinka, qui, tout singe qu'il est, choisira de retourner d'où il vient :

"Il ne voulait pas être le gorille d'un seul rôle".

Attention cet album est une pure merveille ! Des planches d'anthologie, des couleurs cohérentes et harmonieuses au service d'un texte qui fait mouche et d'un dessin qui n'est pas sans rappeler celui de ce bon vieux Lincoln. Le tout forme un ensemble poétique tout en finesse et dérision. Il est impossible de ne pas s'attendrir devant Johnny, Jane ou Kinka, impossible de ne pas se marrer, de ne pas s'émerveiller, de ne pas s'émouvoir et de ne pas applaudir.

Un deuxième album à paraitre clôturera le tout.


  • François Reynaud : Le tireur - Glendon Swarthout - Gallmeister, Paris, France - 20/02/2013

A lire absolument ! Les derniers jours de John Bernard Books (le bien nommé), alias la gâchette du far West la plus rapide de tous les temps !
Celui qui dénombre plus d'une trentaine de cadavres au compteur est mal en point quand commence le livre. Le Doc, qu'il convoque dans la chambre d'hôtel dans laquelle il s'est réfugié, n'y va pas par quatre chemins au moment de lui annoncer son diagnostique : une tumeur à un endroit très mal placé le condamne irrémédiablement. Il ne lui reste, tout au plus, que quelques semaines à vivre et ce qu'aimerait Books ce serait de les passer le plus calmement du monde dans le confort de cette chambre d'El Paso. Seulement voilà, Books, à sa manière, est une vraie star et très vite son nom à la réputation sulfureuse est sur toutes les lèvres. Telle une trainée de poudre, l'information qu'il loge chez la veuve Rodgers se répand à travers la ville réveillant chez plus d'un colt l'envie un peu lâche de se faire une belle réputation à peu de frais : il ne devrait, en effet, pas être très difficile de faire passer à la postérité une légende aussi affaiblie... Inutile de vous dire qu'il en i ra tout autrement, jusqu'à ce final magistral, comme un dernier western avant le passage dans une autre ère.
Car au-delà du simple western, justement, dont la narration jubilatoire suffirait largement à notre bonheur, Glendon Swarthout évoque aussi, à travers la mort de Books, la fin d'un monde. Nous sommes en 1901 et le XXème siècle impose ses conditions. Voici comment le shérif d'El Paso s'adresse à ce héros d'un temps passé : "ça doit faire longtemps que vous n'avez pas regardé un calendrier. On est en 1901. Les jours anciens sont morts et enterrés et vous ne le savez même pas. Vous pensez que cette ville est juste un endroit comme les autres où faire régner une terreur de tous les enfers. Un enfer, c'en est un. Bien sûr qu'on a encore des saloons, des filles et des tables de jeu, mais on a aussi l'eau courante, le gaz, l'électricité et une salle d'opéra, on aura un tramway électrique d'ici l'année prochaine et on parle même de paver les rues. [...] Où est votre place dans cette marche du progrès ? Nulle part. Votre place est au musée. Pour être plus précis, Books, vous appartenez à une autre époque, complètement révolue." Tout est dit...
La force de ce livre est de savoir toucher le lecteur à travers la peinture d'un homme somme toute infréquentable, mais qui le paraît cependant tellement moins que le siècle qui s'annonce et dont l'emballement médiatique et morbide que suscitera la présence du légendaire cow boy en ville apparait comme un avant goût...
Un vrai coup de coeur facile à lire et terriblement efficace ! ! !


Aurais-je été Résistant ou bourreau ?
«La question de savoir comment je me serais comporté dans ce monde possible où je suis né trente ans plus tôt ne présente en effet qu'un intérêt limité, sinon parce qu'elle est la meilleure manière à mon sens de réfléchir - à partir de moi-même et non pas dans l'abstrait - sur les modalités de l'engagement.»
Voici un livre formidable de justesse et d'intelligence qui se pose la question que chacun d'entre nous s'est forcément posée un jour : Aurais-je été Résistant ou bourreau ? Non pas pour y répondre vraiment - ce n'est pas ce qui compte, nous dit-il - mais pour s'interroger sur ce qui fait qu'une femme ou un homme, un jour, en des circonstances bien particulières, se lève devant l'inacceptable et fait acte de résistance. Pierre Bayard tente d'approcher au plus près, pour mieux le comprendre, ce moment précis où un quidam refuse de faire ce que l'on attend de lui, ce que la raison ou la sagesse même lui dictent, et met aussitôt sa vie en péril par refus d'un pas de plus dans la compromission.
Professeur de littérature à l'Université Paris 8 et psychanalyste, l'auteur convoque pour éclairer sa réflexion le film de Louis Malle Lacombe Lucien, Romain Gary qui par amour de la France rejoindra De Gaulle à Londres tout comme Daniel Cordier qui deviendra secrétaire de Jean Moulin dans la Résistance pour avoir, paradoxalement, trop lu Maurras et Barrès, les habitants du village du Chambon-sur-Lignon tenants d'une très longue tradition de résistance à l'oppression qui cacheront en leurs murs, et sauveront, près de 5000 enfants juifs, Hans et Sophie Scholl, très jeunes membres du mouvement la Rose Blanche qui paieront de leur vie pour avoir résister à Hitler et ses hommes au coeur même de l'Allemagne nazie ou encore le consul portugais de Bordeaux Sousa Mendes, représentant en 1940 du dictateur portugais Salazar qui va, allant ainsi à l'encontre même des ordres en provenance de Lisbonne et alors que la vie de milliers de citoyens déchus de leur nationalité par les nouvelles lois vichyssoises, distribuer des laisser passer par milliers et sauver autant de vie que possible déclarant plus décidé que jamais, et après trois longues nuits de réflexion et de solitude : «Désormais je donnerai des visas à tous le monde. Il n'y a plus de races, de nationalités, de religions.» Voici donc un texte à découvrir et faire découvrir de toute urgence, tant il passionne le lecteur par la qualité et l'honnêteté de sa démarche tout en lui fournissant l'exemple d'une réflexion in progress parfaitement réjouissante !


A l'enterrement de sa grand-mère, Michaël, chômeur, la petite trentaine, va revoir sa soeur Christine obnubilée par l'argent et la réussite, mais surtout son père qu'il n'a pas croisé depuis l'accident de la route dans lequel il a perdu sa femme et sa mobilité voilà 25 ans. Le fils trouve un homme aigri, fatigué et énervé de tout, notamment de ce que sont devenus ses deux enfants qu'il ne connaît finalement pas.

Quelques jours plus tard, Charles, le père, propose à son fils de l'accompagner pour un dernier tour du monde payé avec l'argent de la vente de la maison familiale. Les deux hommes vont apprendre à se connaître face à l'exotisme et la beauté de paysages aussi variés que sont les souvenirs de Charles qui, 25 ans auparavant, avait déjà accompli ce même voyage avec la mère de ses enfants qui lui manque terriblement. La brute épaisse va peu à peu se dévoiler lors de ce baroud d'honneur plein de tendresse, aux dialogues justes et enrichissants, prétexte à un débat magistral sur le conflit des générations.

Une pure merveille en un seul volume.


  • Olivier Badoy : Côme - Srdjan Valjarevic - Actes Sud, Arles, France - 14/07/2012

Voici une des plus belles surprises de ce début d'année ! Srdjan Valjarevic nous entraîne de Belgrade au bord du lac de Côme d'où l'on revient des souvenirs pleins les yeux.

Un jeune auteur serbe, dont on ne saura jamais le nom, rempli presque sans y croire un formulaire pour s'adjuger une bourse qui lui ouvrira les portes des villas du domaine Bellagio où il pourra «y écrire tranquillement». Seulement «à l'époque, travailler ou écrire sérieusement ne l'intéresse pas». Ce séjour d'un mois va finalement s'avérer être une délicieuse et douce digression dans la vie d'artiste de ce jeune homme à l'ivresse élégante.

Toujours simple et sincère, nous le suivrons au fil de ses rencontres. Sans préjugés il sera le trait d'union entre deux mondes : celui de la résidence perchée sur la colline Tragédia, et celui des habitués des deux troquets du village en contrebas. Dans ce monde nouveau, entre théorème et football, entre deux verres aussi, il saura nouer des liens solides au grès des regards, des sourires et des gueules de bois.

Peu à peu, ce grand lecteur de Walser et Thomas Bernhard se laissera aller à la promenade, aux pique-niques et aux baisers sur les bords du lac d'où pourtant, il faudra bien partir avec pour tout bagage une bouteille de Whisky et une sérénité folle.

Certains personnages de romans nous accompagnent toute notre vie, celui-ci en fait parti. Sitôt le livre refermé, il vous manque déjà... Une merveille.


  • François Reynaud : Tarifa - Eduardo Iglesias - Rouge inside, Lyon, France - 14/07/2012

On l'appelle L'auberge de l'allemand. Elle est tenue par Max dont le père avait fui l'Allemagne nazie des années plus tôt et était venu s'installer ici, en Espagne pour refaire sa vie. Tarifa est la ville côtière la plus proche du détroit de Gibraltar et, vue du Maroc, elle symbolise la ville de tous les espoirs. La police y règne, la mafia des passeurs aussi. Loin de l'ambiance balnéaire du bord de mer où règnent les kite-surfeurs, ces sportifs nouvelle génération qui allient le surf au cerf-volant, l'auberge de Max est surtout ouverte aux immigrés fraîchement débarqués qui viennent par hasard y trouver un verre de lait chaud, une couverture ou un coin de matelas pour s'y reposer un instant avant de reprendre la route vers le nord et ce long voyage censé les mener vers une vie meilleure. Max ne pose pas de question. Max est l'Auvergnat que chantait Brassens. Son propre père, en son temps, était l'étranger, le malvenu, et certainement que quelqu'un, alors, lui a porté secours. Il n'est pas trop de toute une vie pour rendre cette générosité à l'autre qui à présent en a besoin, et Max s'y applique au mieux.
Mais les bonnes oeuvres de Max embêtent pas mal de monde. Les flics et les mafieux qui ne l'entendent pas de cette oreille. Et quand ceux là s'en mêlent, notre histoire plonge dans un polar au suspens bien léché.
Tarifa est un roman qui devrait séduire les lecteurs adeptes d'intrigues tendues au cordeau tout en nous faisant réfléchir au monde tel qu'il tourne mal et aux réalités humaines que l'on refuse trop souvent de considérer.


Alors voilà, vous connaissez certainement un de ces étudiants au cerveau bien composé ne jurant que par la prestigieuse école de commerce où il est en train de faire ses gammes. Certain du destin brillant qui l'attend, ce garçon ou cette fille se lancera peut-être dans la création d'entreprise, laquelle bien entendu, lui ouvrira rapidement les portes d'une réussite proprement insolente, lui apportant fortune et gloire. Si ce spécimen traîne de par chez vous, empressez-vous de lui offrir Le Livre blanc de Rafael Horzon, livre ovni d'un allemand né en 1970 et qui, durant les années 90 jusqu'au milieu des années 2000, a multiplié les créations d'entreprises emporté par la force de son génie (ou supposé génie) créatif. Un type un rien frappé dont la plupart des projets seront rapidement marqués par le sceau de l'échec, le précipitant alors dans des abîmes de perplexité insondables avant qu'une autre idée non moins géniale (ou stupide, c'est selon) lui redonne la foi et le remette sur pieds.
Sa plus grande idée - comprendre son plus beau coup : un modèle de bibliothèque unique «d'un genre nouveau, tout en angles droits, inspirées des proportions du corps humain.» Ce meuble sera le seul de Moebel Horzon, sa boutique berlinoise, et il le fabriquera à la chaîne, aidé de quelques amis armés de perceuses. Sinon il entreprendra, en vrac : l'écriture d'une pièce de théâtre, l'exposition d'oeuvres d'artistes japonais n'existant pas, la rédaction du Compendium des savoirs (sorte de condensé de tous les savoirs de l'humanité en un seul livre...), de rencontrer le poète français Frédéric Beigbeder, la création d'une Université des Sciences où l'on apprendra ce qui ne s'apprend pas, un espéranto sans grammaire, la création d'une agence de séparation pour contrer les agences de rencontre puis d'une ligne de vêtements appelée Gelée Royale avec là encore un seul modèle de costume, etc, etc, etc.
Ce livre blanc, publié par les inénarrables éditions Attila, raconte par le menu ce parcours d'un homme qui ratera la plupart de ses entreprises au point de finir par passer pour un artiste performeur d'un genre nouveau. Un performeur ? ! Quelle horreur ! Lui qui déteste l'univers de l'art lequel serait mort avec l'urinoir de Duchamp. On éclate de rire à chaque page, on aime ce type comme on avait aimé le Brave soldat Chveik de Jaroslav Hašek avec lequel il partage une naïveté et une honnêteté déconcertantes, parfois si proche de la stupidité. Cette histoire tout simplement incroyable est bien heureusement réelle, et pour notre plus grand bonheur Rafael Horzon nous l'offre dans ce livre absolument indispensable. Peut-être sa plus belle réussite.


Deux histoires de trahison sur fond de guerre civile espagnole, Requiem pour un paysan espagnol & Le gué est d'abord un douloureux diptyque autour de la question de l'insondable complexité de l'âme humaine.
Dans le premier texte, il s'agit d'un requiem qu'un prêtre doit donner pour un jeune paysan abattu par les phalangistes. Ce jeune homme, il l'a lui-même baptisé puis marié. Avec les années, il est devenu le confident avec lequel il aimait discuter de justice mesurant celle dite «divine» à celle des hommes. Pourtant, il le trahira...
Le second texte, Le gué, se déroule le long d'un cours d'eau aux abords d'un village. Deux soeurs lavent leur linge. Il y a celle qui a perdu son mari, abattu par les franquistes voilà tout juste deux ans, et celle qui est à l'origine de ce malheur et qui, torturée de remords, tente d'en faire l'aveu en ce triste jour anniversaire. Elle aussi a trahi...
Comment deux personnes en viennent à agir de façon criminelle sans l'avoir vraiment désiré - Voilà vraiment ce qui semble interroger Ramon Sender - et le perdre dans un puits de perplexité sans fond. Ces deux textes magnifiques de sécheresse nous affligent par la force du remord qui habitera à tout jamais celui ou celle qui aura péché, soit par excès d'amour divin, soit par jalousie, entraînant la disparition tragique de l'objet de leur affection. Oserait-on dire à Sender, qui a vu sa femme et son frère être exécutés par les franquistes, que ces deux textes ne sont pas sur la guerre civile espagnole mais bien plus généralement sur l'absurde de notre condition humaine ?
Un trésor de la littérature espagnole ressurgi du XXe siècle par les curieuses éditions Attila.


  • François Reynaud : De bons voisins - Ryan David Jahn - Actes Sud, Arles, France - 03/02/2012

New York, le 13 mars 1964. A quatre heures du matin, après son service, une jeune femme rentre chez elle. En bas de son immeuble, tapi dans la pénombre, un homme armé l'attend. Elle va recevoir un nombre incroyable de coups de couteau, appeler au secours en vain et agonir près de trois longues heures dans une mare de sang sans que personne ne vienne l'aider. Pourtant ils seront près d'une quarantaine derrière leurs fenêtres à assister à la scène effroyable, convaincus qu'un autre parmi eux aura déjà appelé la police... Comment ce drame, qui à bouleversé l'Amérique, a-t-il été possible ? C'est la question que se pose Ryan David Jonathan dans ce premier roman d'une noirceur incroyable. Entrecroisant les existences fragiles d'hommes et de femmes suffisamment occupés par leurs propres problèmes avec la narration minutieuse du calvaire de la jeune victime, il brosse le portrait d'une ville la nuit, où règnent violence, corruption, pédophilie et racisme. Une Amérique en guerre au Viet Nam qui s'oublie et s'enfonce dans une fange cérébrale où se noie le quotidien. Restent quelques personnages magnifiques : un fils prisonnier de l'amour qu'il porte à sa mère gravement handicapée, un homme qui découvre son homosexualité en compagnie d'un collègue de travail, un couple qui se dispute après une soirée échangiste... La vie ne manque décidemment pas de distractions qui vous feraient oublier qu'à quelques marches delà, en bas de votre immeuble, votre jeune et jolie voisine rampe dans son sang depuis de longues minutes déjà, espérant atteindre la porte de son appartement avant que son agresseur ne vienne terminer un travail suspendu. Coitus interruptus...

Voilà un roman noir magistral ! Une perle à ne pas rater ! Quelque chose entre Short Cuts, le film de Robert Altman, pour la construction et Hubert Selby Jr ou Truman Capote pour le talent de plume.


Voici un témoignage historique incroyable retrouvé par hasard en 1995 dans une bouquinerie par le documentariste italien Angelo Caperna. Il est extrait des carnets intimes de Ranuccio Bianchi Bandinelli, éminent professeur d'archéologie et d'art antique. En 1938, âgé de 38 ans, il est contraint par les autorités administratives italiennes d'accompagner le temps d'une semaine Mussolini et Hitler à travers les musées de Florence et de Rome, afin de commenter pour eux les chefs-d'oeuvre picturaux et architecturaux qui leur sont présentés. Une semaine étonnante dans la vie de ce professeur, antifasciste silencieux, qui se présente comme "un homme ordinaire dans un temps de prétendus surhommes". De toile en toile, de salle en salle, interlocuteur privilégié, il observe sans aucune fascination ces deux uniformes et leurs cliques respectives dans tout le grotesque de leur importance. Rentré chez lui, il note aussitôt ses impressions à vif. D'une plume féroce il rend l'ignorance crasse du Duce que dispute une crainte enfantine de ne pas être à la hauteur en la matière de son camarade le führer, lequel s'échauffe et papillonne devant le moindre nu féminin sans réellement prêter attention aux qualités artistiques de l'oeuvre qui lui est présentée. "Contrairement à

Mussolini qui traversait les salles sans regarder ou s'approcher d'une oeuvre pour lire l'étiquette, Hitler aimait réellement les fausses qualités artistiques qu'il repérait, il en concevait de l'émotion. Comme un coiffeur à l'opéra quand le ténor pousse son aigu." Ce qui stupéfait le lecteur dans ce document, c'est l'impression d'être réellement aux côtés de deux des plus grands dictateurs de l'Histoire, de partager leur table le temps d'un déjeuner coude contre coude avec Goebbels, Himmler face à vous qui vous tend le sel en se moquant cruellement de la gourmandise du gros Goering "resté au pays pour garder la boutique". Et au milieu d'eux, être seul. Là sans y être vraiment, sans être impressionné le moins du monde par ces barbares. Simplement curieux de pouvoir observer à portée de lame ces deux criminels qui, face à quelques unes des plus grandes créations artistiques occidentales de tous les temps, s'apprêtent à mettre en oeuvre, dans un coin bien gardé de leur cerveau, la plus grande entreprise de destruction humaine jamais exécutée.

Un texte d'une très grande finesse d'analyse et d'une incroyable humanité à lire absolument.


Connaissez-vous Blue Gap ? Une vingtaine d'habitations au coeur d'une réserve Navajo de l'Arizona. C'est là que Louise a trouvé l'amour. Il s'appelle Scott, est indien et ne porte que des chemises à carreaux.

Le voyage que le narrateur, père de la jeune femme, s'apprête donc à faire en terre indienne pour retrouver sa fille et rencontrer Ben et Lauren, les parents de Scott, sera surtout pour lui un voyage sur les sentiers tortueux de la mémoire. Celle, bien sûr, des premiers habitants de ce continent dit nouveau, massacrés et déportés par les pionniers, à présents parqués dans des réserves éloignées, trompant, mais à peine, la misère de leur condition dans des entreprises commerciales sans âme. Mais aussi celle de sa mère, qui s'enfuit comme le temps passe. Et les médecins qui lui font comprendre qu'elle n'en reviendra pas. Alzheimer.

Marchant sur les traces des ancêtres de Scott, suivant par la pensée celles de ses propres parents, paysans des terres grasses du grand ouest, l'auteur de ce texte sensible, touche ce qui en chacun de nous se trouve de plus fragile et pudique : le sentiment d'appartenance filiale.

Patrice Robin fuit l'éloquence, ne brusque pas la langue. Ne brode pas de ces phrases chargées de style et de poésie. Ses mots font le bruit du papier qui brûle. Et vous laissent bouleversé.


  • François Reynaud : Polina - Bastien Vivès - KSTR, Paris, France - 02/05/2011

De quoi est faite une vie ? De choix, de paris, de changements de direction, de rencontres et d'erreurs. Polina sera danseuse, et toute petite déjà, son avenir semble tracé. D'autant que la gamine, bourrée de talent, est très vite remarquée par des professeurs parmi les plus réputés. Mais où exercer son génie de la danse quand autour de soi, les sollicitations se multiplient ? Dans le monde de la danse classique avec l'impressionnant professeur Bojinski ou dans celui de la danse contemporaine avec Mme Litvosky, dénicheuse de talents hors pair ? Polina va devoir faire sa route toute seule, assumer ses choix au risque de passer à côté d'une très grande carrière. Mais qu'est-ce qu'une vie réussie, après tout ? Une vie sans regrets est-elle possible ? Et ce danseur aux cheveux bruns, qui la regarde depuis le début de la saison, n'est-ce pas plutôt vers lui qu'elle doit aller, de sauts de biche en entrechats... ?

Avec Polina et après les superbes Le goût du chlore et Amitié étroite, Bastien Vivès nous éblouit de nouveau par l'insolence de son génie graphique associée à une sensibilité et une intelligence des coeurs incroyables. Nul ne rend mieux le mouvement des corps que lui. Nul ne saisit avec autant de classe les silences éloquents où tout se décide sans que rien ne se passe. Voici Polina, voici un chef d'oeuvre !


  • Olivier Badoy : Bande-son - Bertrand de La Peine - Minuit, Paris, France - 15/02/2011

Bertrand de La Peine avec Bande-son signe un deuxième roman précis et cohérent d'où émergent, comme dans le précédent, quête de soi, art, passé trouble et lieux emblématiques.

Sven Langhens a quitté le Danemark avec pinceaux, compagne et chevalet pour aller chercher au plus près la lumière arlésienne chère à Van Gogh. Très vite la Provence s'impose comme une évidence, comme une nécessité aussi, au risque de voir Gerda repartir vers le pays natal. Perdu dans une ancienne magnanerie, l'artiste va peu à peu délaisser la peinture pour capturer les sons que la nature nous cache et révéler ainsi ce qui ne s'entend pas. De sa première présentation à la fête votive du village, au prestige des plus grands musées, le succès et le renom lui tombe vite dessus sans crier gare et Sven commence à se précipiter. La rupture nécessaire viendra d'un vol assourdissant d'ULM l'obligeant à rejoindre Paris et délaisser pour un temps son projet d'exposition à l'abbaye de Montdragon, futur au lieu du son contemporain.
Dans leur appartement où il a l'habitude de retrouver Gerda, à défaut d'amour la rupture se prolonge par de multiple Post-it sur lesquels elle lui annonce qu'elle ne viendra plus. Derrière les quelques cartons qu'elle a laissés, une vieille malle de famille inviolée depuis des lustres protège une des roses des sables ayant inspirée Paul Klee, ami de son grand-père peintre, et un Traité des «singstein», le chant des pierres, écrit par un certain M. Rudolf Erich Raspe, auteur des premières aventures du Baron de Münchhausen. La coïncidence est trop belle, il décide de partir presque aussitôt en Irlande dans la demeure où a résidé Raspe, génie fantasque et controversé, qui a légué à sa descendance une amusante folie douce. Une fois là-bas, le lieu s'avère unique et Sven se lance dans un jeu de pistes qui le conduira à découvrir «le portrait d'un homme qui se fuit, d'un homme qui cherche à se mentir reniant son passé de savant reconnu».
Finalement Sven ne trouvera qu'un miroir, mais quel miroir : un de ceux qui font chanter «les veines de cristal», qui s'approprient le silence afin de révéler ce que nous sommes.
Une belle confirmation.


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