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Les coups de cœur de ses libraires

Les parents du jeune Liberty Fish sont des abolitionnistes convaincus. Aussi, quand la guerre de Sécession éclate, c'est tout naturellement, et avec enthousiasme, qu'il s'engage dans les troupes nordistes. Mais le passé de sa mère l'obsède : originaire du Sud mais révolté par l'esclavage, Roxana a quitté toute jeune fille Redemption Hall, la plantation de son père. Les hasards de la guerre emmènent Liberty non loin du berceau de sa famille sudiste. Il ne peut résister à sa curiosité : il déserte et part à la rencontre de ses grands-parents ?

La polka des bâtards, commentaire cocasse et transgressif d'un épisode capital de l'histoire des États-Unis, ressemble à un Autant en emporte le vent revu et corrigé par Terry Gilliam. On y croise toute une armée de personnages baroques : boute-feu hallucinés, songe-creux pathétiques, bateleurs vindicatifs, dentistes Hâbleurs, charlatans philosophes, hérauts de l'abolitionnisme, ou bien héros tragi-comiques d'une guerre qui n'en finit pas de mobiliser les forces vives de l'Amérique en un grand pandémonium à la fois exaltant et absurde. Le mot «bâtard» a plus d'un sens dans le roman : il fait tout d'abord référence au grand-père maternel de Stephen, et à son rêve grotesque de métissage universel. Mais il évoque aussi ce grand creuset américain où s'entassent pêle-mêle - et s'interpénètrent - la grandeur et la bassesse, l'orgueil et la honte, la foi aveugle en un hypothétique avenir et l'attachement viscéral à des traditions désuètes, la Famille avec un F majuscule et la révolte inévitable qu'elle engendre, le bien et le mal, le beau et le laid, le noir et le blanc : à l'un de ses frères d'armes qui s'étonne de trouver des racistes dans les rangs yankees, Liberty rétorque : «C'est ça, l'Amérique. Les péquenots sont répartis équitablement.»

Certes, l'humanisme des abolitionnistes, auquel Liberty reste fidèle de bout en bout, triomphe à la fin. Mais il traîne derrière lui le rouleau compresseur de la modernité, de l'industrialisation sauvage, de la course aveugle au «progrès» inhumain : «Nous sommes devenus des esclaves, monsieur, dit un personnage, les esclaves d'une précipitation extravagante et destructrice pour le corps et pour l'âme.» Comme tous les romans, La polka des bâtards n'impose pas de morale simpliste : il reflète - et avec quel talent, quelle invention stylistique ! - les incohérentes d'un pays capable, aujourd'hui comme hier, du pire comme du meilleur, et dont l'originalité radicale réside justement dans cette contradiction. De retour chez lui, dans le Nord, Liberty se réveille en sursaut au beau milieu d'un cauchemar, «sans savoir où ni même qui il était. Et puis il se rappela. C'est l'Amérique, songea-t-il, et toi, qui que tu sois, tu ne risques rien. C'est l'Amérique, et tout finirait bien.»


Sur Islay, une île du sud-ouest de l'Ecosse où le whisky coule plus abondamment que le vin de messe, le prêtre catholique Ebenezer Krook passe une nuit avec Mary Guthrie, sa jeune paroisienne. Ce pourrait être le début d'un drame passionnel : il n'en est rien, car aussitôt réunis les deux personnages se séparent. Tandis que Krook, épaulé par un journaliste communiste rencontré fortuitement au comptoir entre deux whiskys, Krook quitte les ordres de manière tonitruante et s'installe à Edimbourg où il démarre sans enthousiasme une carrière de libraire. Mary, de son côté, se lance dans les études universitaires et décide de consacrer ses travaux à un certain Thomas Lockhart de Glenmarkie : écrivain extravagant, traducteur de Rabelais, mort des suites d'une hilarité compulsive en apprenant le retour du roi Charles II sur le trône d'Angleterre. Découragée par le manque d'informations à son sujet, Mary décide d'étoffer son mémoire en rencontrant directement les descendants de Lockhart. Accueillie avec réticence par ces derniers, elle est néanmoins autorisée par le maître des lieux à prendre ses quartiers dans la demeure familiale délabrée pour y mener librement ses recherches. Parmi les archives et les personnages fantasques qui peuplent ces murs, Mary ne tarde pas à découvrir l'existence d'un prodigieux meuble, dont les trente-deux tiroirs scellés par un mécanisme aux innombrables combinaisons sont censés receler le trésor de l'ancêtre facétieux : six diamants d'une valeur inestimable demeurés introuvables à sa mort.

Alors que Mary poursuit sa quête universitaire dans les entrailles du manoir des Glenmarkie, Krook s'immerge progressivement dans son nouvel univers littéraire. Les zones d'ombre de son passé s'entrelacent peu à peu dans les chapitres des grands écrivains, dévoilant page après page le souvenir mal cicatrisé d'un père disparu. Mais en suivant le fil de cette introspection récessive, Krook découvre que son destin est également lié à celui des Glenmarkie.

Quête de soi, recherche des origines, chasse au trésor, Les Maîtres de Glenmarkie entrecroise avec talent les genres et les registres dans une narration polyphonique qui s'avère captivante dès les premières pages. Les personnages somptueusement esquissés, la richesse d'une intrigue dont les multiples rebondissements se teintent parfois d'une coloration policière ou historique, immunisent littéralement le lecteur contre toute forme de déception. On y décèle de surcroît, en palimpseste, un vibrant hommage à la littérature anglo-saxonne dont l'auteur est féru. La silhouette de Dickens, le souffle de Stevenson, l'ombre d'Orwell et de tant d'autres encore, présents ou dissimulés entre les lignes, confèrent à ce roman une résonance littéraire d'une rare finesse. Mais au-delà de son sens inné de l'intertextualité et de sa grande fluidité stylistique, Jean-Pierre Ohl nous offre avant tout une oeuvre particulièrement aboutie, dont la trame narrative parfaitement tissée réjouira les lecteurs les plus avides de sensations romanesques. Avec l'humilité qui le caractérise, il nous invite, l'espace d'un livre, à nous remémorer que la littérature est avant toute chose une affaire de plaisir. En ce sens plus qu'en tout autre, il a parfaitement remporté son pari.


L'ombre d'un doute
Sonia tient une galerie à Paris. Son patron Van Holl lui confie la vente d'un magnifique tableau peint par un petit maître hollandais du XVIIe, et représentant deux musiciennes. Sonia tombe aussitôt sous le charme, mais un curieux soupçon l'assaille simultanément : et si Les musiciennes était un faux ?
Jacques Gélat est un auteur rare, aux deux sens du terme. D'abord, loin d'encombrer les librairies comme certains romanciers stakhanovistes, il publie tous les trois ou quatre ans un petit joyau longuement médité et peaufiné. Ensuite, il creuse un sillon singulier qui l'apparente à la grande tradition française du fantastique et de l'insolite, et le rend de ce fait inclassable dans le contexte de la littérature actuelle. Voici deux raisons suffisantes pour saluer la réédition, chez José Corti, de son premier roman qui avait disparu depuis longtemps de nos étalages.
La fascination de Sonia relève du fameux «syndrome de Stendhal» (d'ailleurs évoqué dans le roman), mais elle se double d'une lancinante inquiétude quant à l'authenticité du tableau. C'est ce doute diabolique qui sert de fil conducteur au roman de Jacques Gélat dont la structure évoque une partie d'échec. Plongée dans «l'univers impitoyable» des collectionneurs, Le plaisir du diable est aussi, et surtout, une réflexion vertigineuse sur l'illusion artistique. La tension savamment orchestrée du récit se résout dans une apothéose digne de Eyes wide shut de Kubrick : un bal masqué où les musiciennes du tableau prennent chair tandis que les personnages «réels» se dissolvent dans les pièges de la fiction.
Comme La couleur inconnue, du même auteur, Le plaisir du diable a toutes les qualités pour devenir un de ces livres dont le culte, réservé tout d'abord à un petit cénacle de dévots, s'élargit peu à peu grâce à ce mystérieux agent littéraire que l'on nomme «bouche-à-oreille»...


  • Jean-Pierre Ohl : La femme de midi - Julia Franck - Flammarion, Paris, France - 14/07/2012

Allemagne, 1944. L'armée rouge vient d'envahir la ville de Stettin. Alice emmène à la gare son fils de sept ans, Peter... et l'abandonne sur le quai. Pour comprendre un geste aussi radical, il faut lire, patiemment et avidement à la fois, les 371 pages de ce roman dont l'écriture se tend peu à peu comme les fils du destin. Revivre l'enfance d'Alice - alias Hélène - entre un père invalide de guerre et une mère dont l'étrange folie affecte la maisonnée entière. S'abandonner avec elle dans la relation trouble, sensuelle, qui l'unit à sa soeur aînée Martha. Puis se perdre dans le Berlin des Années Folles, période de tous les espoirs et de toutes les craintes, où elle connaîtra coup sur coup l'amour et le mariage... mais hélas pas avec le même homme.

La Femme de midi n'est certes pas le premier livre allemand à autopsier le cadavre du nazisme ni à évoquer la Shoah, mais la manière dont il le fait, allusive, dérangeante, insistante, et le style de Julia Franck - puissamment évocateur et pourtant toujours retenu - sont en revanche inédits. Cette traversée du siècle n'a rien d'une fresque pesante. Elle ne perd jamais de vue son sujet : de destin d'une femme qui, bien que ballottée par l'histoire, reste fidèle à elle-même jusque dans ses paradoxes. Musicale sans pathos, subtile sans affection l'écriture de Julia Franck éblouit.

Ce livre exigeant et ambitieux fut un best-seller en Allemagne. Quand on le compare au top ten des ventes en France, on ne peut que faire ce constat : nos voisins d'Outre-Rhin ont meilleur goût que nous...


  • Jean-Pierre Ohl : Imposture. Volume 1 - Benjamin Markovits - Bourgois, Paris, France - 14/07/2012

Le jeune John Polidori accompagne Lord Byron sur le Continent au titre de médecin personnel. De retour à Londres, il a la surprise de voir son conte fantastique, Le vampire, publié anonymement, et aussitôt attribué à Byron. Quand une jeune admiratrice le confond avec le poète, il s'enfonce, au lieu de la détromper, dans un inextricable imbroglio...

De ce roman complexe à l'écriture flamboyante, on retiendra tout d'abord l'atmosphère subtilement évoquée d'une Europe à la fois meurtrie et renaissante, qui se relève à peine de la boucherie napoléonienne pour embrasser le grand rêve romantique. Symbole de cette génération enfiévrée, Polidori se perd dans son admiration pour Byron - lequel des deux est-il le «vrai» vampire ? - comme se dilue, finalement, la notion de paternité littéraire. Marionnette d'une passion, figurant d'une époque troublée, il échoue à devenir, comme disait Dickens «le héros de sa propre vie». Mais au-delà de ce naufrage individuel se pose - et magnifiquement ! - la question de l'imposture suprême : la littérature.


  • Jean-Pierre Ohl : Les boîtes - Istvan Orkény - Cambourakis, Paris, France - 14/07/2012

Gyula Töt est au front. Quoi de plus naturel, pour ses parents, que d'accueillir son supérieur hiérarchique le temps d'une permission ? Dans l'espoir d'améliorer le sort de Gyula, la famille Töt va se mettre en quatre pour favoriser le repos de ce commandant insomniaque, un peu fragile des nerfs, et atteint de quelques bizarres symptômes compulsifs..
Non contents de rendre fous les linguistes et les imprimeurs avec leur langue atypique et leurs escouades de trémas, les Hongrois donnent aussi du fil à retordre aux historiens de la littérature - car comment répertorier des énergumènes du calibre de Dezsö Kosztolányi, Frigyes Karinthy ou Gyula Krúdy, sinon justement dans la catégorie commode des «inclassables» ? L'éditeur d'Istvàn Örkeny tente bien un rapprochement courageux avec Ionesco et Adamov - rapprochement légitime, certes, mais qui est loin de venir à bout de son originalité radicale - et c'est tant mieux ! On peut lire Les boîtes comme une farce antimilitariste d'autant plus grinçante que le pauvre Gyula Töt (le lecteur l'apprend très vite) est mort au champ d'honneur, et que toutes les avanies endurées par sa famille le sont donc en pure perte ; ou bien comme un catalogue de troubles obsessionnels compulsifs particulièrement gratinés ! Car le fameux commandant ne supporte ni le bruit ni les odeurs, passe ses nuits à fabriquer des boîtes en carton, et se croit obligé de franchir d'un bond l'ombre du transformateur du village comme si c'était une tranchée... Nous n'en dirons pas plus du calvaire enduré par le brave pompier Töt, sa femme sa fille : apprenez simplement qu'il se retrouvera avec une lampe de poche allumée dans la bouche et que, même caché sous le lit du curé ou enfermé dans les latrines, il ne pourra échapper à la fureur maniaco-dépressive de l'officier, jusqu'à ce qu'une légitime vengeance...
Petite perle loufoque et drolatique, Les boîtes nous donne l'occasion de rendre hommage au travail d'orfèvre des éditions Cambourakis. En ces temps où tout le monde publie tout et n'importe quoi, du manuel d'informatique au livre-bain, en passant par les mémoires de tel ou tel has been de la chansonnette et le thriller estampillé «meilleur livre de la semaine !» par Michael Connelly ou Dan Brown, quel plaisir de voir des gens qui creusent patiemment - et obstinément - le sillon d'une littérature à nulle autre pareille !


  • Jean-Pierre Ohl : La partita - Alberto Ongaro - Anacharsis, Toulouse, France - 14/07/2012

Lorsqu'il revient chez lui après un an d'exil, le jeune et riche Francesco Sacredo trouve Venise bien changée... La lagune est prise dans les glaces, et il ne reste plus rien de sa fortune : son père a tout perdu à la table de jeu face à une redoutable comtesse borgne, Mathilde von Wallenstein. Pour tenter de récupérer ses biens, il ne dispose pas d'autre mise que... lui-même. Perdant à nouveau, il s'échappe de la salle de jeu. Mais la comtesse n'est pas du genre à renoncer à ses gains !
Ami et scénariste d'Hugo Pratt, Alberto Ungaro est une sorte d'Alexandre Dumas égaré au XXIe siècle. Son talent de conteur éclate dans un premier chapitre éblouissant - à tous les sens du terme ! - où la Venise de Turner se couvre de glace et de neige comme si Breughel était passé par là. Puis vient une course-poursuite haletante à travers cette pittoresque Italie encore morcelée par les principautés et les duchés rivaux. Si le roman d'aventure classique n'est jamais loin, avec son comptant de chevauchées et de spadassins, La Partita cousine aussi avec la chronique libertine façon Casanova : les jeunes filles croisées par Francesco sont loin d'être les plus laides... et les plus farouches ! Mais toute cette cavalcade d'émotions et de plaisirs se teinte progressivement d'une nuance plus sombre et plus «moderne», car le héros, ainsi impétueux soit-il, n'ignore pas les subtilités du jeu d'échec ; et dans la partie grandeur nature qu'il livre pour sauver sa vie, Francesco tente inlassablement de prévoir le prochain coup de son adversaire. Cela tourne à la paranoïa, à tel point que bientôt le lecteur ne sait plus sur quel pied danser ! Les dernières pages de ce roman ébouriffant en prennent une tournure presque kafkaïenne. Oeuvre ambitieuse, servie par un style brillant et chamarré, La partita conjugue le plaisir immédiat de l'aventure avec celui, plus subtil et peut-être plus sulfureux, de la quête métaphysique.


  • Jean-Pierre Ohl : La montagne de minuit - Jean-Marie Blas de Roblès - Zulma, Honfleur, France - 23/11/2010

Pas facile de reprendre la plume après un chef-d'oeuvre... Là où les tigres sont chez eux, le précédent livre de Jean-Marie Blas de Roblès (Prix Médicis 2008, voir notre site) passera sans nul doute à la postérité comme l'un des plus beaux romans français de ce début de siècle. Sa profondeur, sa profusion, son invention formelle n'ont pas encore dévoilé tous leurs secrets ; comme tous les grands livres, celui-ci commence à peine sa seconde carrière silencieuse, sa lente maturation dans l'esprit des lecteurs, tel le bon vin qui repose ? Mais pour l'auteur lui-même, hanté par ses démons, il n'y a pas de silence, pas de répit qui tienne, et un seul livre compte : le suivant.

La Montagne de minuit fait moins de deux cents pages et commence sotto voce comme une étude de moeurs lyonnaises... Blas de Roblès aurait-il choisi la concision après la logorrhée, la modestie après la mégalomanie, l'épure après l'extravagance ? Voire. Cette Montagne n'est pas la souris que l'on aurait pu craindre en comparant l'épaisseur des deux opus : on y retrouve, dans les descriptions de la colline de Fourvière ou des splendeurs exotiques du Jokhang, du Potala, ce style à la fois précis et chatoyant qui n'est pas sans évoquer Flaubert, et ce goût pour les dispositifs romanesques en trompe-l'oeil qui, d'un récit simple en apparence, font un mille-feuille intrigant et subtil. Les bégaiements de l'Histoire, de la barbarie nazie à l'occupation chinoise au Tibet, tissent, derrière la narration, une toile de fond inquiétante. Dans un «post-épilogue» borgésien à souhait, l'auteur nous entraîne de l'autre côté de miroir, interrogeant les rapports complexes qu'entretiennent Histoire et fiction. Et si le secret ultime de Bastien Lhermine était justement - qu'il n'y a pas de secret ? Pas d'autre, en tout cas, que celui de la littérature elle-même ?


  • Jean-Pierre Ohl : Indignation - Philip Roth - Gallimard, Paris, France - 14/10/2010

Marcus Messner, un jeune homme sérieux et brillant, s'entend plutôt bien avec son père jusqu'à ce que celui-ci, boucher kasher dans le New Jersey, se persuade subitement qu'il va arriver quelque chose de terrible à son fils. Pour échapper à cette angoissante paranoïa, Marcus s'inscrit au Winesburg College, dans l'Ohio, à des centaines de kilomètres de chez lui. Il y découvre à la fois le sexe, la solitude, et l'étroitesse d'esprit de la classe moyenne blanche et protestante. Nous sommes en 1951 ; la guerre de Corée fait rage. Malheur à celui qui ne se coulera pas dans le moule conformiste du campus, car tout étudiant renvoyé devient aussitôt mobilisable ?

Il en va un peu de Philip Roth comme de Woody Allen : la régularité métronomique de leur production a tendance à faire oublier leur génie, surtout que par-ci par-là un livre ou un film un peu moins réussi que les autres donne du grain à moudre à leurs détracteurs. Mais quand le Balzac de Newark, le Marivaux de Manhattan se surpassent, ils sont inégalables.

Indignation est un chef-d'oeuvre, non pas au sens où il attendrait une sorte de perfection statique, mais au contraire parce qu'il est parcouru de bout en bout d'une énergie tourbillonnante, d ?un dynamisme romanesque qui emportent le lecteur médusé. On épouse la révolte discrète et opiniâtre de Marcus contre tous les pharisaïsmes, juif aussi bien que protestant : à cet égard, les deux entretiens du héros avec le bien-pensant et cauteleux doyen de Winesburg atteignent des sommets. Roth sait comme personne tisser le destin individuel de ses personnages sur la grande trame de fond de l'Histoire. En deux cents pages denses, fulgurantes, il nous émeut, nous interroge, nous déconcerte, et son dénouement, pourtant prévisible dès les premières lignes, nous laisse hagard et pantelant. Tous ceux qui pensaient Philip Roth confit dans ses propres mythes, irrémédiablement rongé par le spectre de la vieillesse, doivent lire cette bouleversante complainte de la jeunesse sacrifiée, cet hymne à l'amour, à la rébellion, et à la clairvoyance.


  • Jean-Pierre Ohl : Indignation - Philip Roth - Gallimard, Paris, France - 14/10/2010
  • Damien Rodriguez : Mon vieux et moi - Pierre Gagnon - Autrement, Paris, France - 09/10/2010

Dans la maison de santé où réside sa tante, notre narrateur, fraichement retraité, rencontre Léo, un vieillard paisible de quatre-vingt-dix-neuf ans auquel il se lie au fil des visites. Aussi, le jour où sa parente décède, notre homme décide, tant par désuétude que par amitié, de prendre en charge Léo à son propre domicile. Un bonheur paisible, ici, chez moi, avec celui que j'aimerai comme mon enfant sans avoir à l'éduquer. La voilà ma retraite. Entre les deux hommes se noue jour après jour une étonnante mais sincère complicité, une affection faite de petits rien, forgée au rythme des gestes du quotidien et des rares paroles teintées de pudeur échangées entre eux.

Les mois s'enchainent mais l'harmonie s'estompe.

Léo perd peu à peu ses facultés, le corps fatigue, l'esprit s'embourbe, et la tendresse vacille face à la lourdeur du fardeau...

La désir de partage se mue en accompagnement puis se heurte au malaise de l'impuissance face à un homme qui n'est plus que l'ombre de lui-même. Une crise de conscience s'enracine alors dans l'esprit du narrateur, qui perçoit de surcroit dans le flétrissement de son compagnon, le caractère inéluctable de son propre déclin. Entre tristesse et don de soi, la narration se resserre progressivement autour du crépuscule de ces deux existences.

La brièveté de ce roman n'a d'égale que la subtilité émotionnelle qu'il génère paisiblement, page après page. Avec une rare justesse de ton, oscillant entre humour tendre et cruauté lucide, Pierre Gagnon transcende le simple débat social pour nous livrer une magnifique fable sur l'humanité.


Au coeur du maelström éditorial de nos rentrées littéraires se dissimulent parfois d'authentiques chefs d'oeuvres. Tapis dans l'ombre des jacassements médiatiques, ils patientent avec noblesse à la recherche d'une âme soeur. Certains d'entre eux reviennent de loin, ils ont flirté avec l'oubli, fatigués d'espérer cette chimérique rencontre, ils ont failli capituler, ils se pensaient maudits.

Mais même les sortilèges les plus néfastes n'ont eu raison des Jardins statuaires. Manuscrits égarés, incidents de fabrications, incendie d'entrepôts, le somptueux roman de Jacques Abeille aura chèrement gagné sa place sur nos tables, afin de gouter, enfin, au succès qu'il mérite amplement. Rêverie poétique, quête initiatique, roman d'aventure, conte philosophique, ou encore récit de voyage, cette oeuvre magistrale échappe à toute classification, et ce pour le plus grand bonheur d'un lectorat avide de cette littérature de l'imaginaire, dont la force immersive nous transporte avec délectation.

Sur les traces d'un voyageur, le récit nous fait pénétrer dès les premières lignes au coeur d'une étrange et incertaine contrée. Aux pieds des routes larges et austères s'étendent de vastes domaines protégés par des murailles, derrière lesquelles les hommes vivent en communautés, se consacrant exclusivement à la culture des statues. Convié par l'un de ces étranges jardiniers à découvrir les secrets de leur subtil et fascinant travail, le regard de notre homme s'émerveille instantanément. De la germination fragile au déracinement final de ces imprévisibles sculptures, il s'immerge avec délectation dans cet univers où minéral et végétal s'entrelacent harmonieusement dans une même rêverie. Pénétré par sa découverte, le voyageur entame la rédaction d'un ouvrage consacré au savoir faire de ces artistes-botanistes, mais également à leurs nombreuses coutumes, leur complexe organisation sociale ainsi qu'aux nébuleuses légendes qui semblent émailler leur pays. Mais sa plume enthousiaste vacillera bientôt face à la découverte des versants sombres de leur civilisation ?

Récit magnétique aux multiples facettes, l'oeuvre de Jacques Abeille s'offre avant tout comme une expérience romanesque sans précédant, déjouant admirablement tous les artifices narratifs pour se créer une identité propre. Servi par une écriture somptueuse, dont l'élégance syntaxique n'est pas sans rappeler celle d'un Julien Gracq, Les jardins statuaires recèlent une incroyable puissance onirique dont l'ampleur pénétrante s'affirme dès les premières pages.

Une symphonie stylistique, un envoutement littéraire à découvrir de toute urgence.


  • Cédric Lascombe : Antoine et Isabelle - Vincent Borel - Sabine Wespieser éditeur, Paris, France - 21/09/2010

Lors de leur rencontre en 1925 à Barcelone, Antoine et Isabelle, grands-parents de l'auteur, ne sont encore qu'Antonio et Isabel, lui, venant d'un village des bords de l'Ebre, elle, fuyant la misère de son Andalousie natale. Ils jettent toute leur fougueuse jeunesse dans l'espoir d'une humanité plus juste, pour une république espagnole, combat mené avec d'autres qui aboutira à une parenthèse enchantée qui ne durera que peu de temps avant que n'éclate la guerre, césure brutale pour tous les républicains.

En parallèle, nous suivons le destin d'une riche famille industrielle lyonnaise, les Gillet. Pour cette famille de joyeux reconvertis dans la chimie, l'embrasement de l'Europe est plutôt une bonne affaire, la grande Guerre de 1914 leur a apportée fortune avec le gaz moutarde ancêtre du Zyklon B et la guerre civile espagnole mettra à mal toutes les velléités socialistes qui commencent à poindre dans les quartiers populaires des grandes villes.

Ce parallèle peut être envisagé de façon verticale, là où Antonio et Isabel grâce à leur appétit de connaissances et leurs lectures vont s'arracher à leur condition misérable, les Gillet, bien que prospérant économiquement, vont sombrer dans une errance morale.

Ce récit nous replonge dans un genre tombé en désuétude, la chronique familiale. Le classicisme de l'écriture, les descriptions parfois baroques, notamment celle de l'insurrection de Barcelone, rendent ce texte rafraîchissant, exotique et délicieusement anachronique. Courant sur un siècle, cette fresque réussit grâce aux portraits de ces deux familles aux antipodes à rendre juste et intelligible cette période. Vincent Borel rend en quelque sorte justice à tous les humiliés, les réprouvés, l'honneur et la fierté n'est parfois pas là où nous l'attendons.

Réserver : Antoine et Isabelle


Où j'ai laissé mon âme, c'est par ce doux euphémisme que le capitaine Degorce évoque le conflit algérien. Lui et son camarade le lieutenant Andréani sont nés de la même guerre, l'Indochine, ont été prisonniers, affamés, brutalisés par les Viet Mihns. Degorce, l'aîné, le résistant déporté, sera le modèle, le mentor d'Andréani. Des liens indéfectibles naîtront de cette défaite et de cette captivité. Mais, en ce mois de mars 1957, derrière les volets clos d'une belle villa algéroise, ce sont eux les bourreaux, les tortionnaires.

Le récit recueille les tourments de ces deux soldats trois jours durant, de l'arrestation à la mort d'Hadj Nacer, dit Tahar, chef de l'ALN. Les mêmes actes de tortures réunissent les deux protagonistes mais, ils adoptent deux postures, là où Andréani y voit un mal nécessaire, exécutant sans scrupules les ordres en parfait soldat, Degorce est tiraillé et cherche une absolution biblique, et tissera des liens de respect et de fraternité avec Tahar figure centrale de ce trio. Tahar apparaît comme la seule âme en paix dans ce chaos, ce délitement humain.

Jérôme Ferrari fait parti de cette génération d'auteurs qui depuis peu s'emparent de cette page noire de l'histoire, mais Où j'ai laissé mon âme est avant tout une profonde réflexion sur cette frontière ténue entre bien et mal, portée par une langue tour à tour emportée lors du récit du lieutenant Andréani, et toute en nuances et contritions lorsque Degorce s'exprime. La grande réussite de ce roman saisissant tient certainement dans le portrait de ces hommes vainqueurs mais irrémédiablement vaincus.


  • Jean-Pierre Ohl : Bélard et Loïse - Jean Guerreschi - Gallimard, Paris, France - 18/09/2010

On croyait avoir tout lu sur les amours trans-générationnels et les idylles entre vieux professeur et jeune étudiante... C'était compter sans le talent très personnel de Jean Guerreschi, qui joue avec le stéréotype - ou se joue de lui, comme on voudra. L'originalité de Bélard et Loïse repose sur deux atouts principaux : d'abord, l'éternel face-à-face entre le tendron (Loïse) et le barbon (Bélard) devient ici triangulaire. Le discret personnage de Pièra pourrait bien être le personnage central du roman ; elle vit son désir par procuration (un peu comme le lecteur lui-même ?), tissant entre les deux autres une toile de messages codés. Et nous touchons là au véritable sujet du roman, à sa force intrigante : le désir n'est rien sans le langage. Il est révélé, cristallisé, dirigé par les mots. Ce «touché !» et ce «coulé !» par exemple, empruntés au vocabulaire d'un jeu innocent, veut sonner le tocsin d'une guerre à la fois tendre et impitoyable, celle des corps et des âmes.

A l'arrière-plan de cette bataille, une fac de province, ses grandeurs, ses petitesses : on a rarement aussi bien décrit, dans la littérature française en tout cas, ce mélange d'effervescence intellectuelle, de cabotinage et de psychodrame qu'on appelle un cours. Puis, brusquement, le décor change. L'action se dénoue en partie dans le New York du 11 septembre 2001, où Jean Guerreschi retrouve l'Histoire, cette Fiction majuscule qui lui a déjà inspiré tant de belles pages. Ample comme une fresque, précis comme une leçon d'anatomie du désir, Bélard et Loïse est sans doute l'un des points culminants de son oeuvre.


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