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Les coups de cœur de ses libraires

Il est fréquent de tomber sur des livres bons, mauvais, passionnants, inintéressants, etc. Alors quand une merveille débarque sans crier gare, il est de notre devoir de libraire de le crier sur tous les toits et de le défendre comme il se doit. C'est donc avec enthousiasme que nous accueillons sur notre table «Coups de coeur» Cocktail Sugar et autres nouvelles de Corée publié aux éditions Zulma.
Le titre déjà nous invite à une douceur que nous retrouvons sans conteste dans le livre. Comme un sucre qui fond lentement dans la bouche, nous goutons la belle plume de ces huit auteurs qui partagent leur histoire tout droit sorti de leur imagination mais qui traduit avec clarté et honnêteté la vie coréenne actuelle.
Certains d'entre vous diront certainement que les nouvelles ne sont pas à leur goût car c'est un style bien particulier. Cependant, nous pouvons vous affirmer que la fin de chacune ne laisse place qu'au désir d'en commencer une autre.
De cette jeune fille qui nous parle de sa mère à travers un couteau de cuisine qui ne l'a jamais quitté, de cette petite fille qui combat la dépression de son père en silence, de cette femme que le temps n'a pas épargné ou de celle qui a bâti sa fortune sur l'avortement, nous retiendrons l'émotion qu'elles nous apportent ; de la joie, de la tristesse, de la surprise, de l'inquiétude... Aucune de ces nouvelles ne laissent indifférent. S'il fallait ne dire qu'un mot pour parler de ce livre, nous dirions : magnifique.


Evan Shepard est un bon à rien passionné de mécanique et de voitures. Marié très jeune à une adolescente follement éprise de lui qu'il a eu la mauvaise idée de mettre enceinte, le héros de Un été à Cold Spring a tôt fait de divorcer et de retourner vivre chez ses parents. Puis, un jour qu'il accompagne son père dans un centre d'ophtalmologie dans le sud de Manhattan, sa voiture tombe en panne, ne leur laissant d'autre choix que de sonner à la première porte venue pour appeler une dépanneuse. A priori bêtement anodin, cet événement va pourtant bouleverser le cours de son existence. La femme qui leur ouvre sa porte et les invite à pénétrer dans son domicile avec tant d'empressement n'est autre qu'une névrosée assoiffée d'amour qui semble bel et bien souffrir d'incontinence verbale. Mère de deux adolescents très solidaires, Rachel et Phil, Gloria Drake règne en maîtresse incontestée sur sa petite maisonnée (elle a divorcé il y a plusieurs années). Avec sa belle gueule, Evan ne manque pas de séduire Rachel, avec qui il finit par se marier avant de s'installer à Cold Spring dans une grande maison humide qu'il partage avec sa belle-famille, non loin du domicile de ses propres parents, manifestement condamné à mener une existence des plus ordinaires indéniablement placée sous le sceau de la désillusion.

On retrouve bien dans ce roman la patte de Richard Yates, qui nous avait déjà conquis avec ses deux romans - La fenêtre panoramique (adapté à l'écran par Sam Mendes en 2008) et Easter Parade - ainsi que son recueil de nouvelles, Onze histoires de solitudes. Les femmes qu'il met en scène sont des personnages complexes, un rien instables, devant lesquels les hommes s'inclinent le plus souvent. Quant à ces derniers, Yates ne manque pas de nous les dépeindre comme des êtres somme toute plutôt décevants qui ne parviennent jamais vraiment à se rendre maîtres de leur destin. Généralement dénués d'ambition, ce sont les victimes idéales du rouleau compresseur américain. Alors qu'ils rêvent de participer à l'effort de guerre - nous sommes en 1942 -, l'armée les réformes à cause de leurs faiblesses physiques. Dans tous les cas, quel que soit leur milieu social, les cellules familiales ont bien souvent volé en éclat et si elles résistent encore, les bouteilles de bourbon, de gin et de sherry ne sont jamais bien loin...

Publié aux États-Unis en 1986, c'est-à-dire six ans avant sa mort, ce dernier roman de Richard Yates retranscrit avec autant de brio que de réalisme l'atmosphère d'une époque - la fin des années 1930 et le début des années 1940 - marquée par la Grande Dépression et la Seconde Guerre mondiale, où les grandes espérances ont assurément cédé la place aux illusions perdues.


  • Marylin Anquetil : Les revenants - Laura Kasischke - Bourgois, Paris, France - 26/04/2012

Les revenants de Laure Kasischke est l'un de ces livres qu'il est difficile de reposer quand on l'a commencé.
L'auteur nous fait partager le quotidien d'étudiants dans une université américaine. Il est donc question de collocation, de cours et surtout de sororités. Nous vivons avec ces personnages et le plaisir de les découvrir n'est rien face au mystère qui plane sur eux. Le tableau de ce que sont les sociétés secrètes sur le campus est dressé : bizutages, fêtes, cérémonies ? Pour être populaire, il faut faire des sacrifices et parfois ceux-ci entraînent les sacrifiés sur un chemin sinueux.
Une jeune fille, aimée de tous, est morte dans un accident de voiture et celui que l'on considère comme son meurtrier est le conducteur et petit ami. Non, il n'était pas ivre ou drogué, mais ils sont peu à vouloir le croire. Le pire ne réside pas dans le fait de faire son deuil car voilà que le fantôme de la belle vient le hanter au téléphone ou par écrit. Et il n'est pas le seul à subir ces manifestations ! L'esprit scientifique et logique sont tout d'un coup mis en doute.
Une personne peut avoir la réponse : un professeur qui donne des cours sur la mort et son folklore. À chaque problème, sa solution, mais ces apparitions sont inexplicables. Et si la vérité, bien que terrible, ne relevait pas de la machination ?
C'est encore un livre passionnant que nous offrent les éditions Bourgois. Et si vous avez aimé, n'hésitez pas à lire Le maître des illusions de Donna Tartt paru dans la collection Pocket.


  • David Vincent : La Zonzon - Alain Guyard - Dilettante, Paris, France - 26/04/2012

Belle sensation de la rentrée que ce roman d'Alain Guyard immatriculé au Dilettante, éditeur qui n'a plus à prouver son goût pour les âmes fortes et les têtes dures. La zonzon c'est la prison, ce lieu que ne fréquentent guère les écrivains même lorsqu'ils sont coupables d'atroces plagiats ou d'immondes bouquins. Le héros de ce livre, professeur de philosophie, va s'y retrouver, dans l'inconfortable position d'enseignant, confronté d'un coup à la violence de fréquenter des gens souvent perdus qu'il laisse derrière lui après chaque cours, si on est tenté d'appeler «cours» les moments qu'il passe en leur compagnie à leur faire approcher les difficiles joies de la pensée. Mais si d'aucuns prendraient cela avec un recul qui les sauverait de la tentation de juger ces hommes égarés, notre homme, qui pratique une langue drue, tonique, d'une invention verbale très drôle, va plutôt se laisser séduire par ce nouveau milieu qu'il ne peut s'empêcher d'admirer sans céder à la fascination. Pris dans l'engrenage de petites combines sans interrompre sa maïeutique dont il ne sort pas toujours vainqueur (et ce sont là les meilleures scènes du livre, ces échanges sans affectation entre un homme protégé que tentent l'action et l'argent facile et des voyous qui sont pour certains allés au bout d'eux-mêmes), notre amateur de François Villon franchit la ligne noire au risque de sa peau, pas si dure que ça. On ne trahira pas dans ce bref billet l'intrigue qui se corse au fur et à mesure que notre bonhomme tombe amoureux d'une fatale prof de musique qui franchit elle aussi les barreaux, et se voit mêlé à des deals crapoteux et dangereux, on se contentera de dire que ce n'est pas le meilleur de ce livre qui vire un peu sur la fin en roman d'aventure avec complot, manipulation et le toutim de bibelots qui va avec (et devant lequel on sourit un peu : pensez, le dernier mot est : «Je t'aime»). Non, le charme de l'objet est cette redoutable langue, acérée, pointue, qui se joue des expressions, qui invente, parodie, qui se la joue canaille ou voyou, qui défrise la mythologie taularde sans trop céder au simplisme, sans nous la faire damné de la terre. La zonzon c'est du bo, du bon, du bonnet (car on picole pas mal) et ça réjouit des livres comme ça, ça ne sent pas son parisien in situ. Il vient de recevoir le Prix Georges Brassens, un bel hommage pour un tel manieur de langue.


  • Marylin Anquetil : La petite - Michèle Halberstadt - Albin Michel, Paris, France - 26/04/2012

A douze ans, la Petite a décidé de mourir... Sans doute un faible sourire se dessine sur vos lèvres car les enfants ont cette désagréable habitude d'attirer l'attention sur eux en proférant des menaces, en faisant des caprices, en refusant tout ce qui leur est proposé. En revanche, notre jeune protagoniste n'est pas l'une de ces comédiennes qui se voit tout accorder par papa et maman en deux mots et quelques larmes. Elle a pris sa décision et rien ne pourra la faire changer d'avis.
Pourquoi ? demanderez-vous. Qu'est-ce qui peut bien amener une petite fille à vouloir quitter la vie aussi prématurément ? Nous n'avons peut-être pas assez conscience de tous ces maux que subissent les enfants ou encore des mots qu'ils interprètent grossièrement. Elle a essayé pourtant, mais personne ne l'a aidé à vouloir vivre. Son seul réconfort est parti alors pourquoi ne pas le rejoindre ?
C'est dans le silence, ce mutisme qui l'habite depuis si longtemps, qu'elle met son plan à exécution et personne ne voit rien. Injustement mise à l'écart ou élue pour un chantage odieux, sa peine est incommensurable, mais la petite peut encore découvrir que tout le monde a le droit à une seconde chance.
C'est un roman à la fois bouleversant et émouvant que nous offre Michèle Halberstadt qui signe ici son quatrième roman aux éditions Albin Michel. Son personnage est doué d'une réflexion étonnante qui nous fait dire que la petite n'est pas si petite que cela en définitive. Ainsi, aurons-nous peut-être un regard différent sur ces enfants qui ont du mal à se confier...


Manny Ruppert, ex-flic, anciennement marié, mais pas tout à fait ancien toxicomane, ne roule pas sur l'or... Alors, quand on lui propose de se lancer sur une affaire, il ne peut pas vraiment se permettre de refuser ! Surtout que le vieux commanditaire s'est montré plutôt persuasif. Difficile de contester lorsque que l'on se retrouve bloqué entre les pieds d'un déambulateur ! Son idée était que Manny intègre la prison de Saint Quentin en se faisant passer pour un thérapeute, et une fois là-bas vérifier l'identité d'un détenu, un homme qui serait ou qui est véritablement Joseph Mengele, «l'ange de la mort», celui qui hante la mémoire de nombreux juifs dont bientôt celle de Manny.

Avec Anesthésie générale, son dernier roman, Jerry Stahl frappe fort, et ça va faire mal. Par son ton et son histoire le livre fait mal à l'Amérique. Plus noir que déjanté, le nouveau Stahl nous mène aux frontières de la folie, pour explorer cette société ultra-conservatrice américaine sous ses diverses formes. La réapparition de Mengele, ou plutôt sa constante présence est prétexte à révéler le racisme latent de cette société, quasiment institutionnalisé tant les célébrités partageant ses idées sont nombreuses : présentateurs de talk-show, évangélistes, politiciens, ou biologiste. Le mal est et a toujours été présent dans la société américaine... il aurait même inspiré les nazis et la réciproque fonctionne aussi, la récupération de leurs scientifiques à la fin de la guerre le prouve bien.

Un livre provoquant, dérangeant et dénonciateur à la fois, qui nous entraîne dans les abimes de l'univers carcéral, de la société américaine et de l'esprit de l'anti-héros de Stahl, et les uns comme les autres sont d'un noir abyssal. Un livre que l'on pourrait rapprocher de ceux de Hilsenrath.


Il y a toujours quelque risque à s'aventurer dans la vie d'un personnage qui a existé en lui redonnant vie sous forme romanesque. C'est d'autant plus vrai quand il ne s'agit pas d'une célébrité et que les documents sont rares. Mais s'il y a risque, il y a aussi liberté et François Garde qui débute avec Ce qu'il advint du sauvage blanc ne s'est pas privé de celle que lui offrait son personnage, Narcisse Pelletier, mousse vendéen qui vécut une expérience impressionnante au milieu du XIX° siècle, passant près de dix-sept ans dans une tribu aborigène après que son bateau l'eut abandonné sur une plage. Un document existe, réédité il y a une dizaine d'années chez Cosmopole, le récit véridique, comme on dit, intitulé Chez les sauvages (épuisé, mais on annonce une réédition bienvenue). C'est à partir de celui-ci que François Garde a bâti son roman, libre de ses mouvements avec un personnage qui semble plus âgé que dans les faits et donc plus à même de raisonner qu'un adolescent. Oxym ore vivant, son marin silencieux vit l'écartèlement insoutenable de n'être plus chez lui nulle part, au bord du gouffre de sa mémoire qui le menace car penser au passé, c'est le tuer. L'habileté du livre consiste en un va-et-vient entre récit de l'aventure du marin apprivoisé par les aborigènes et dont nous allons suivre les premiers pas, et compte-rendu à une société savante de ce qu'il lui advint quand on l'eut récupéré de la main d'un noble passionné d'ethnologie, le Vicomte de Vallombrun (personnage inventé par l'auteur) qui prend fait et coeur pour le destin poignant de cet homme retiré à la civilisation avant de lui être rendu. On avance donc à tâtons dans la vie du malheureux, Narcisse devenu Amglo à son corps défendant, le premier qui quitte sa dépouille de blanc pour s'ensauvager, le second qui ne sait plus parler, qui reste prostré comme s'il n'attendait plus rien et à qui il va falloir tout réapprendre, y compris les pires côtés de l'homme blanc, ses «mauvais penchants». Sa mémoire paraît se refuser à parler de ce qu'il a subi, comme si la langage signifiait une deuxième mort, c'est donc dans un mouvement alterné que le lecteur découvre sa stupeur, son incrédulité, son inutile colère dans un milieu hostile où son savoir ne sert à rien, et sa redécouverte du monde occidental qui se fait avec une lenteur irréelle.

Ce qui frappe dans ce roman qui est une réussite, ce n'est pas tant le style qui sent parfois un peu son artifice, mais sa vision d'un homme arraché, reconstruit puis de nouveau défait de son environnement et qui n'a rien pour l'aider, point de culture, point de référence, point de foi ni d'histoire, mais la présence miraculeuse et souvent maladroite d'un apprenti savant qui rêve de système mais se casse le nez sur ce cas qui défie son entendement. Ce qui étonne précisément c'est la démonstration de cette faiblesse de l'homme civilisé qui croit savoir mais se perd dans des conjectures, qui croit en sa supériorité matérielle, intellectuelle et théorique mais doit abdiquer devant le réel, devant le supposé primitif. Ce qui séduit enfin c'est le récit de ce magnifique échec d'un homme généreux dont la famille ne comprend pas l'acharnement à vouloir aider un inconnu à peine reconnaissant : Octave de Vallombrun est un héritier des Lumières mais il marche dans cette part ténébreuse de la Science, incapable de résoudre un mystère quasi-originel, et qui devine qu'il va tout y perdre. La fin du roman éclaire de sa lumière triste un double parcours sans nous livrer de morale, ce qui aurait été dommage pour un livre bâti sur les pouvoirs du silence.


  • David Vincent : Drood - Dan Simmons - Robert Laffont, Paris, France - 25/04/2012

Dan Simmons est plutôt connu comme un auteur de science-fiction, mauvais genre toujours sottement suspect qui l'empêche de gagner des lecteurs plus nombreux.
Hyperion a laissé son empreinte et semblait le condamner à poursuivre dans une voie sans issue vers le futur. Et voici que débarque du XIX° le plus profond cet imposant Drood dont le titre fleure tout de suite son Dickens mystérieux. On peut ne pas avoir lu cet immense auteur (autant le dire tout de go, c'est dommage : pourquoi se priver du plus grand narrateur qu'ait enfanté Albion ?) et se souvenir qu'il est l'auteur du plus célèbre roman inachevé de la littérature, celui auquel des dizaines d'auteurs se sont attaqué, Le mystère d'Edwin Drood, interrompu par la mort de celui qui ne laissa aucun indice pour inventer le dénouement. Objet de fantasmes depuis des décennies, ce roman a trouvé avec Drood un écho pour le moins ahurissant puisque Dan Simmons a choisi non pas de se substituer à l'auteur mais de nous le raconter, en train d'écrire, vu par son ami ennemi le plus intime William Wilkie Collins. Ce pourrait n'être qu'un changement de point de vue, c'est au contraire un complet bouleversement du regard car Mr Collins, que l'on connaît aujourd'hui comme l'inventeur du roman policier avec La Pierre de Lune, était, de notoriété publique, un drogué absolu, dévoré par sa consommation d'opium, qui se croyait poursuivi par un double, victime d'hallucinations (il avouait ne plus se rappeler avoir écrit son plus célèbre roman) et de délires paranoïaques. Lui confier le soin de narrer cinq ans de la vie de celui qu'il nomme, avec une ironie jalouse, l'Inimitable, c'est avancer sur le territoire mouvant des délires et des cauchemars. Collins est un vieil homme lorsqu'il se lance dans ses mémoires secrets qu'il confie à des lecteurs du futur et il avoue que ne l'a pas quitté le souvenir de l'épouvantable aventure vécue vingt ans plus tôt. En 1865 Charles Dickens a été victime d'un épouvantable accident de chemin de fer, précipité dans le vide et ne devant sa survie qu'à un miracle. Malgré une fréquentation assidue des morgues, cimetières et autres lieux ou la mort règne, cet événement est un choc. D'autant que, nous raconte Collins, il a fait la rencontre au milieu des décombres et des mourants d'un étrange personnage, Drood, qui semblait accompagner la grande faucheuse et qu'il est, depuis, poursuivi par cet être apparemment surgi du néant. Fasciné, l'auteur de Pickwick, va s'engager dans une aventure qui le mènera dans les souterrains sordides de Londres pour éclairer ce mystère et nourrir son oeuvre, entraînant dans son sillage Wilkie qui ne parvient plus à faire la différence entre rêve et réalité. Résumer un tel livre tient sans aucun doute de la gageure tant il est fait de dédales, de scènes incroyables, d'interrogations sur la création littéraire, de faux-semblants, tant il est animé par ce souffle qui rappelle le charme puissant des romans victoriens en un temps où la fiction régnait sur les esprits, où la sortie d'un roman pouvait provoquer une émeute, où les lectures d'un écrivain subjuguaient des foules de spectateurs. Dan Simmons se régale à reconstituer cette époque trouble dans un Londres putride qui est mieux qu'un décor. Rarement deux écrivains auront été racontés de telle manière, intimiste et provocante : leur complicité et leur rivalité, leur amitié rongée par le démon de la création, leurs tentations et leurs folies, l'angoisse du succès et la crainte de l'oubli. Riche d'un tel livre, on trouve l'actualité littéraire bien fade et on se découvre une irrésistible envie de lire Dickens, de se précipiter sur Wilkie Collins, si possible confortablement assis sur la tombe froide d'un cimetière accueillant.


Jean-Luc Coatalem a lu l'un des plus mystérieux livres de ces dernières années, l'Atlas des îles abandonnées (Arthaud), et il n'a pu, comme nous, rester insensible au charme puissant de cette collection de lieux où l'humain n'a pas souvent réussi à en imposer aux éléments. Sauf que lui est écrivain et qu'il a du talent, ce qu'il prouve depuis Petite Papouasie, paru il y a vingt-cinq et Zone tropicale édité par Le Dilettante à l'aube de son histoire. Son sang d'encre n'a fait qu'un tour pour imaginer un roman, Le Gouverneur d'Antipodia, dont l'inquiétante beauté ne cesse de surprendre, robinsonnade moderne dont on n'est pas certain de savoir qui est le vendredi, crusoade violente et onirique dont il ne faut pas attendre de belle morale. A Antipodia, il n'est pas habituel de faire de vieux os, cette île de l'extrême sud où pousse une herbe aux vertus psychotropes, où s'ébrouent quelques chèvres en prévision d'un possible naufrage, où flotte le drapeau d'une société qui maintien t sans ferveur une présence humaine, cette île a tout d'un bagne dont on ne s'échappe pas. Pour y survivre il faut y mettre du sien ou n'avoir pas le choix : François Lejodic dit Jodic y purge une auto-condamnation à mort de l'amour, loin de la traitresse qui l'a abandonné, M. Paulmier de Franville y expie une faute diplomatiquement incorrecte quoique sexuellement très enivrante. Tous deux forment une communauté inavouée où le scrabble fait office de lien et où les jours se succèdent au rythme de petites tâches ingrates dans un climat qui ne favorise guère le bronzage, dans l'attente d'un rien qui envahit tout et peut se transformer en folie sans prévenir. Chacun leur tour il nous raconte cette claustration au grand air marin : les grands airs de celui qui se fait appeler Gouverneur, les petites musiques secrètes de Jodic qui s'est inventé une drogue qui le fait planer, des péripéties dérisoires qui encombrent la pensée, des maux anodins qui deviennent terribles, des accrochages qui s'enveniment, un temps qui s'épaissit, un duo qui claudique. Mais comme les îles attirent tels des aimants les naufragés, aussi loin qu'ils soient, un Moïse va débarquer sur ce rivage des tristes sires. L'accueil sera pour le moins antartique. Obsédant Le Gouverneur d'Antipodia l'est, à tout le moins. Rendre aussi prenant un roman où il se dit et se fait si peu n'est pas qu'un tour de force, c'est une réussite littéraire et non un livre glacé qui jouerait la sophistication et la pose. Qu'on n'attende pas pour en faire le tour, le fond et le comble, il le mérite largement.


Il est des couvre-chefs qui marquent l'histoire, il en est qui marquent l'actualité, il en est enfin qui impressionnent les jeunes écrivains. Antoine Laurain est sans doute de ceux-là puisque ce quarantenaire déjà auteur de trois romans débarque en janvier chez Flammarion, édité par la fine Minh Tran-Huy dont on apprécie les oeuvres, avec un roman à chapeau et à étages. En scène le fameux galurin du plus coiffé des présidents de la Ve République, ce chapeau à large bord qui protégeait si bien de la pluie l'hôte de l'Elysée qui ne craignait pourtant pas les averses et les trombes d'eau. C'est lui le protagoniste de cette histoire qui ressemble à une ronde schnitzlérienne car l'objet de toutes nos attentions, oublié un soir dans une brasserie, puis récupéré par un quidam va passer, au gré des absences ou des distractions de ses nouveaux propriétaires, d'une tête à l'autre et modifier durablement les existences. Car sait-on assez que le chapeau fait le style et que le style fait l'homme, le destin venant ensuite ? Pour l'un c'est du courage que va diffuser le feutre sacré, pour une autre la noblesse va nimber son visage, pour un troisième c'est carrément un virage idéologique qui s'amorce. Habités par ce fragment de paradis offert par le hasard, ces héros inattendus vont devenir des personnages de roman, quittant leur maigre statut de figurant pour un premier rôle. Mais parce que Laurain est malicieux, il ne réserve à aucun la destinée d'être le seul habitant d'un récit. A peine installé dans l'histoire d'un élu qu'un coup du sort nous le fait quitter avec la crainte frustrante de ne plus jamais le revoir. Rythmé par ces aléas, le roman déroule ses petites musiques tandis qu'au loin tambourinent les royales notes du premier des Français que l'on ne perd jamais de vue, d'autant qu'on l'imagine tête nue, ce qui est fort cruel. Pour finir, malgré tout, l'auteur s'offre un de ces épilogues dont les films ont plutôt le secret, ces raccourcis qui nous ra content en quelques lignes les trajectoires des héros. Sans oublier bien sûr Tonton, flingué à la dernière ligne, mais là c'est déjà la grande Histoire qui prend le relais.

Avec ce rapide roman, enlevé quoique sans style particulier, l'auteur nous offre une comédie parfaite pour entamer une année qui nous demandera sans doute de sortir couverts. Le Chapeau de Mitterrand (notez la majuscule à chapeau) ferait un bon candidat pour le prix Lavinal organisé par la librairie Mollat chaque année, qu'on se le dise...


  • Marylin Anquetil : La belle amour humaine - Lyonel Trouillot - Actes Sud, Arles, France | Leméac, Montréal, Canada - 25/04/2012

La belle amour humaine. En revanche, si c'est ce genre d'aventure, de quête, que vous aimez lire, c'est bien dommage, car le propos de ce livre est complètement différent.
Durant le long trajet en voiture qui amènera la jeune femme à destination, son guide, Thomas, parle inlassablement de son pays et de ses coutumes, de sa vie et des touristes qu'il accompagne. Ceux-ci seront d'ailleurs mis à l'honneur avec des anecdotes aussi drôles et décevantes les unes que les autres. Dans un grand cri de «ras-le-bol», le chauffeur nous racontera ses petites vengeances personnelles comme la fois où il donna des fruits d'importation à une femme qui rêvait de manger ceux qui provenaient de la terre même d'Haïti et qui s'avérèrent être les meilleurs qu'elle ait goutés de toute sa vie.
Habituée de la capitale qui est éclairée de jour comme de nuit et où le bruit est incessant, Anaïse va découvrir une autre manière de vivre, certainement plus primitive mais bien plus bénéfique. À Anse-à-Fôleur il n'y a pas de galeries commerciales, mais on ne laisse pas un proche ou un voisin mourir seul dans un hôpital. Bien au contraire, une fête - où l'on danse, chante et joue - accompagne le défunt jusqu'à sa dernière demeure. C'est dans cet univers à la fois simple et humain que la jeune femme va découvrir le véritable sens du mot solidarité.
Avec humour et passion, Lyonel Trouillot nous lance comme un avertissement, à savoir se demander quelle est la place de l'être humain sur cette Terre et ce qu'il peut y faire avant qu'il ne soit trop tard et que l'égoïsme et/ou l'égocentrisme ne le contrôle. Avec La belle amour humaine, l'auteur de Yanvalou pour Charlie (prix Wepler 2009) remporte encore une belle victoire pour l'humanité.


  • Véronique Durand : Le faire ou mourir - Claire-Lise Marguier - Rouergue, Arles, France - 25/04/2012

A la tombée du soir, à la sortie des cours, Dam est pris à parti par les skateurs, bande de jeunes branchés "qui se la jouent rois du monde" sur leurs planches à roulettes. Comme dans son ancien collège, Dam est le bouc émissaire de la bande qui le roue de coups jusqu'à l'intervention de Samy, jusqu'à cette rencontre qui va bouleverser la vie de Dam à jamais. Samy est de la bande des gothiques, de ceux qui ne jurent que par le noir et l'éclat de leurs percings. Entre Samy, si doux, si tendre et si sûr de lui et Dam, en mal d'amour, va naître une relation intense, passionnée, émouvante, qui va aussi mener à des prises de conscience profondes.
Rarement on aura si bien parlé du mal-être, de la difficulté à se comprendre, à s'accepter dans un monde où l'on semble de pas avoir de place. Le court texte de Claire-Lise Marguier est une pur condensé d'émotion, celle que l'on dit à fleur de peau et que Dam ne parvient pas à exprimer par les mots. Dam ne peut que balbutier des "j'sais pas" tant il ne peut se résoudre à dire ce qu'il sait trop bien : qu'il va mal, qu'il souffre, qu'il voudrait que ses parents manifestent au moins une fois leur amour pour lui. Comme il ne peut pas dire son attirance folle pour Samy, si doux, si tendre, si aimant. Alors, en attendant ces mots qui lui échappent, Dam se fait mal et grave sur son corps des motifs qui l'allègent, le libèrent, "lui offrent un soulagement sur demande".
Le faire ou mourir (premier roman de son auteure) va certainement faire beaucoup parler : parce qu'il y a là un ton, un style, qui respirent l'évidence. Marie-Lise Marguier construit une intrigue resserrée, puissante, qui se dévore d'un trait et offre un final qui n'a pas fini de faire débat, sorte de fin alternative entre violence et douceur, qui semble venir nous rappeler que dans une vie, tout est possible, tout et son contraire. Magnifique, tout simplement.


Le journaliste, biographe (de Diderot, Voltaire et Gide) et critique littéraire Pierre Lepape qui fut également l'auteur en 2003 du Pays de la littérature, Des Serments de Strasbourg à l'enterrement de Sartre, parcourt une nouvelle fois dans cet essai vingt siècles de littérature à travers le choix de 86 récits d'amour. Tel que l'article indéfini du titre le laisse entendre, Une histoire des romans d'amour ne propose pas, malgré le sérieux de l'entreprise, un point de vue universitaire définitif sur cette ambitieuse question. Il révèle que l'évolution du roman sentimental depuis Les Métamorphoses ou l'Âne d'or d'Apulée au IIème siècle à Se perdre d'Annie Ernaux en 2001, tantôt épouse, tantôt trahit l'évolution de la société à l'intime ainsi que son rapport mouvementé avec le genre romanesque. En nous rappelant combien le roman était méprisé pendant des siècles et sa lecture jugée frivole voire dangereuse, Pierre Lepape nous conte que le «roman d'amour» a souffert de clandestinité souvent accompagnée d'un parfum de scandale convenant à merveille avec les passions traversées par leurs personnages. Au XIIe siècle, Tristan et Yseut devient l'archétype du roman d'amour occidental tout en signifiant que le bonheur, fût-il tragique, serait adultérin. Si le code médiéval de l'amour courtois mène encore la danse entre bergers et bergères dans L'Astrée au XVIIème siècle, la fissure du modèle héroïque s'opèrera à partir de La Princesse de Clèves en transformant les artifices du discours amoureux en matière romanesque qui consume et emporte les amants avec une sobriété inédite. En fin connaisseur de l'histoire littéraire et grand lecteur, Pierre Lepape ne se contente pas de commenter les chefs d'oeuvre incontournables mais célèbre des romans inconnus dont certains ont compté dans cette aventure : qui se souvient que nous devons à Robert de Challe la première représentation réaliste de l'amour dans Les Illustres françaises en 1713 ? Sa modernité, incomprise à l'époque, explique en partie qu'il soit tombé dans l'oubli mais ouvre la voie à une conquête sociale et littéraire du roman et du roman d'amour. Cette progression lente et agitée d'interdictions permit également de grands succès publics divulgués sous le manteau, tels L'Histoire du chevalier des Grieux et de Manon Lescaut ou les sulfureuses Liaisons dangereuses. Il faudra attendre qu'une nouvelle sensibilité se déploie hors de nos frontières (Paméla de Samuel Richardson, Orgueil et préjugés de Jane Austen en Angleterre ; Werther de Goethe en Allemagne) pour que se dessinent en France au XIXe s. un ennoblissement des émois du coeur et par là même une légitimation du genre : «romantique» n'est-il pas dérivé du mot «roman» ? La fuite des héros (Don Quichotte au XVIIe s. ou Emma Bovary son célèbre pendant féminin) dans les chimères de leurs lectures offrent une critique acerbe des romans sentimentaux et une vision pessimiste de l'amour soumis au nouvel ordre bourgeois (Flaubert), moral (Anna Karénine) et à la désillusion. Que ce soit chez l'Américaine Carson McCullers (Le coeur est un chasseur solitaire en 1940), incarné par l'inoubliable couple Ariane/Solal de Belle du Seigneur d'Albert Cohen (1968), ou encore mis en lumière au tournant du XXIe siècle par la prose délicate d'Annie Ernaux, l'amour n'a pas fini de révéler son exaltation et ses tourments, de sorte qu'on ne sait plus si la fiction reflète la réalité ou si le roman, bousculé par les découvertes freudiennes, a contribué à forger la nouvelle donne de l'amour. Concurrencé par le cinéma et les nouvelles technologies, la lecture du roman s'est banalisée, devenant un genre populaire et le roman d'amour, miroir de la société, s'est mondialisé. Actuellement taxé de ringard (romans à l'eau-de-rose, romans-photos), ou à l'inverse libéré de tous les tabous à l'image des moeurs (romans pornographiques), le roman a surtout dû innover puisque s'il ne peut plus rien inventer de l'amour, il peut se targuer d'inventer à l'infini des histoires dont nous sommes, depuis deux millénaires, encore épris.


Abondamment chroniqué dans la presse, déjà en lice pour le Prix Femina étranger, difficile de faire l'impasse sur Une femme fuyant l'annonce. Mais entre tous ces romans sérieux et imposants - à la fois par leur taille et leurs ambitions -, faut-il en privilégier certains plus que d'autres ? Alors que les choses soient claires, si vous hésitez encore, il est plus que temps de mettre vos doutes de côtés pour vous lancer à corps perdu dans la lecture de l'époustouflant dernier roman de David Grossman.

Mère de deux enfants désormais en âge de voter mais pas seulement, actuellement séparée de son mari, Ora vient d'apprendre une nouvelle bien contrariante. Alors qu'elle s'apprêtait à passer une semaine en tête à tête avec Ofer, son deuxième fils, pour fêter la fin de son service militaire obligatoire de trois ans, voici que celui-ci lui annonce qu'il vient de signer pour une mission spéciale d'un mois et que non, ça ne peut pas attendre qu'ils reviennent de leur petit périple dans les montagnes galiléennes. C'est donc dans un état d'agitation extrême qu'elle l'accompagne au point de ralliement, conduite par Sami, son vieux chauffeur de taxi arabe pour qui cette course se transforme rapidement en un moment de torture et de solitude intense. Tandis qu'elle tente de digérer le coup, elle se laisse peu à peu envahir par un pressentiment angoissant : elle est persuadée qu'un funeste trio sonnera d'un jour à l'autre à sa porte pour lui annoncer une mauvaise nouvelle. Rapidement, e lle se rend compte que rester bien sagement chez elle en attendant cette visite est tout simplement au-delà de ses forces. C'est ainsi qu'elle se livre à une belle illustration de ce que les psychologues appellent une «conduite magique». Elle déserte son domicile et coupe tout contact avec le monde extérieur, convaincue que s'il n'y a personne pour ouvrir la porte, le message ne peut être délivré et que grâce à ce subterfuge, elle réussit à prolonger la vie de son fils. Embarquant dans sa fuite insensée un ami de longue date qu'elle avait perdu de vue ces dernières années, elle trouve refuge dans le nord du pays. Conjurant dans un même élan silence et immobilisme, elle décrit par le menu ce qu'a été la vie de sa famille à cet homme qui traîne lui aussi ses propres traumatismes.

Portrait d'une famille pas comme les autres sur fond de conflit israélo-palestinien, fruit de la plume d'une personnalité culturelle connue pour son engagement en faveur du processus de paix, au même titre qu'Amos Oz Roman, Une femme fuyant l'annonce s'impose comme un roman ambitieux et passionnant qui mérite décidément tout le bien que l'on en dit...


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