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  • Jacques Griffault : Seul le silence - R. J. Ellory - Sonatine éditions, Paris, France - 14/07/2012

2005. Coups de feu au deuxième étage d'un hôtel de New York. "Rien ne s'était produit, car c'était New York, et de telles morts solitaires et insoupçonnées étaient légion, presque indigènes, brièvement remémorées, oubliées sans effort (...) C'était juste une vie, après tout ; ni plus, ni moins". Sauf que Joseph Vaughan, le narrateur, écrivain à succès, vient de tuer le tueur en série, dans l'ombre duquel il vit depuis sa petite enfance.
Le père de Joseph meurt en 1939, âge de 38 ans. "Juste toi et moi à partir de maintenant" murmurera sa mère en fermant la porte pour la nuit. Joseph va à l'école d'Augusta Falls, la petite bourgade de Géorgie où il vit. Il a douze ans. Il aime son institutrice Alexandra Webber. "Mon amour était aussi clair et net que les traits de son visage." Parfois il s'ennuie en classe ; il pense à la guerre dont lui parle sa mère. "Toute Américaine vivant en Géorgie qui a entendu parler d'Adolf Hitler et de la guerre en Europe, est une personne cultivée et intelligente", dira mademoiselle Webber de sa mère. Il lui confie qu'il veut devenir écrivain.
Le vendredi 3 novembre 1939 le corps d'une fillette, Alice Van Horne, est découvert, nu dans un champ tout au bout de la grand-route. Elle avait onze ans. Puis, neuf mois après une autre petite fille est assassinée. Elle avait neuf ans. Malgré les recherches et les opérations communes mises en place par les shérifs locaux le meurtrier demeure introuvable. La mère de Joseph tombe malade. Un voisin, Gunther Kruger, lui apporte chaque jour de la soupe et du chou. Joseph reçoit une lettre de félicitations pour une histoire, "Pitreries", qu'il a adressé, via mademoiselle Webber à un concours organisé par le comité d'évaluation des jeunes auteurs d'Atlanta. La troisième fillette est découverte en juin 1941. Tout comme les deux précédentes elle avait été battue et abandonnée nue. Le FBI s'en mêle. Sans succès. Pour Joseph tout changera le jour où rentrant chez lui il découvrira...
Les assassinats de fillettes se poursuivent. Les jeunes du village décident de protéger toutes les petites filles, d'organiser des surveillances, de rester vigilants. Ils s'intitulent «Les Anges gardiens». "Je me rappelle les Anges gardiens. Un souvenir bienvenu, comme un silence rafraîchissant après un bruit infini". Ils n'empêcheront pas d'autres meurtres.
Joseph à dix-huit ans, il connaît son premier grand amour avec Alexandra Webber. Il l'épousera en juin 1947. Un drame surviendra peu après. Les meurtres continuent. Dix fillettes. Joseph quitte Augusta Falls, part à New York. "Je voulais croire que ma fuite à New York était une catharsis de l'âme, alors qu'elle n'était jamais que ça : une fuite". Il va écrire, commencer une autre vie. "Brooklyn était mon nouveau monde". Mais cette fois encore un nouveau drame va bouleverser sa vie. "C'est alors que mon monde s'est écroulé". Il est inculpé du meurtre de sa maîtresse. "À Noël 52 j'avais perdu mon nom. À la fin janvier j'avais renoncé à mon identité. Un mois plus tard j'avais cessé d'être un être humain". Prison à Auburn. "Quatre murs, un sol de pierre, une couchette d'acier, chaque jour immuable se fondant dans un autre à la couleur et au rythme identiques". Il décide sur les conseils d'un ami "d'écrire tout".
Il achève son texte en novembre 63, trois jours après l'assassinat de John F. Kennedy. Son livre "Une douce foi dans les anges" est publié. Il s'arrache. Un nouveau procès a lieu qui l'innocente. Il est libre après avoir passé plus de treize ans en prison pour un meurtre qu'il n'a pas commis. Il quitte New York pour retourner en Géorgie dix-sept ans après. Pour retrouver l'assassin des petites filles...
Un livre qui se lit d'un trait, passionnant à bien des égards : le suspens constant, les évènements mondiaux en toile de fond d'une histoire d'une éclatante noirceur, une analyse psychologique des personnages très fine, une écriture dense, évocatrice, soucieuse des détails.
Un livre qui enthousiasme les amateurs de thriller mais aussi tous ceux qui aiment des histoires riches, aux rebondissements multiples, et fort bien écrites.
Un livre qui par son intensité, la précision des détails, la volonté d'aller jusqu'au bout, rappelle "De sang froid" de Truman Capote à qui il est dédié.

N.B. : R. J. Ellory est né en 1965. Il a connu l'orphelinat et la prison. Il sera guitariste dans un groupe de rock avant de se tourner vers la photo. "Seul le silence" est son premier roman publié en France.
Bravo à la toute jeune maison d'édition Sonatine de nous proposer un livre d'une telle intensité.


Une savoureuse comédie sociale dans laquelle se rencontrent trois destins : celui d'Alexis, 31 ans, cinéaste talentueux, ambitieux mais arrogant et narcissique, celui de Sammy, malfrat cinéphile et celui de Clara, 28 ans, directrice commerciale d'une agence de publicité.
Clara et Alexis vivent une relation toute en discontinuité où se succèdent passion, crise, rupture, rabibochage. "Un des charmes de leur vie de couple était la certitude paisible qu'elle s'achèverait par des valises qu'on ferait sans un pleur, par des adieux qu'on ne ferait même pas. Un autre charme, plus fascinant encore, était la certitude moins paisible qu'ils finiraient par se retrouver, piteux, pour reprendre la romance da capo".
Lors de la projection de son film au ciné-club d'une prison Alexis rencontre Sammy, un détenu, qui lui demande avec insistance de tourner un film qui raconterait de façon très exacte sa vie de truand. Sammy a "été élevé dans trois religions : ma nounou était musulmane, ma mère juive, mon père corse. - Corse ? mais ce n'est pas une religion, corse ! - On voit que vous ne l'avez jamais pratiquée"... Il harcèle Alexis qui finit par accepter sans savoir que Sammy a l'amitié très envahissante. Ce qui nous vaudra de grands moments ; entre autres, des discussions insolites sur la littérature entre le cinéaste et le malfrat.
Une comédie allègre et féroce, pleine de rebondissements, racontée avec un humour caustique et ravageur, dans laquelle trois mondes s'entremêlent, ceux du cinéma, de la publicité et du crime.

N.B. : Georges Flipo a écrit un autre roman "Le vertige des auteurs" (Castor Astral), deux recueils de nouvelles "La Diablada" (Prix de la Nouvelle du Scribe ? Lauzerte 2007) et "Qui comme Ulysse" publiés tous les deux chez Anne Carrière ainsi qu'un autre recueil de nouvelles "L'étage de Dieu" (Furet du Nord)


  • Jacques Griffault : Noir océan - Stefan Mani - Gallimard, Paris, France - 14/07/2012

Ames sensibles, s'abstenir. Sujet au mal de mer, passez à la chronique suivante.
Amateurs d'histoires de cargos de 4.000 tonnes pris dans de grosses tempêtes où ça sent le mazout, où le fracas des machines recouvre à peine les hurlements du vent, où les hommes se déchirent dans un huis-clos terrifiant, précipitez-vous. Voici un polar islandais à nul autre pareil.
Ils se sont embarqués en Islande sur le "Per se", un vieux cargo, à destination du Surinam où ils vont charger de la bauxite. Ils sont neuf à bord. Chacun avec ses secrets, ses rancoeurs, ses angoisses, son coeur à la dérive.
Présentation rapide des protagonistes, par ordre de montée à bord : Saeli, jeune papa, très malheureux au jeu, doit pour éponger ses dettes rapporter de la drogue de sa future escale au Surinam ; le Démon, violent et brutal ; le Président Jon, alcoolique et raciste ; puis un groupe de trois : Asi, le cuistot, Johan le Géant et Runar le mécano, qui, avec Saeli, se sont laissés convaincre par le Président Jon que c'était la dernière traversée de ce cargo et que la seule façon d'éviter de se faire mettre au chômage par les «youpins» après cette traversée est de se mutiner en pleine mer ; Guðmundur, le commandant, sait que c'est la der des der, que l'équipage va être licencié ; il appréhende la vie avec sa femme plongée dans une vive déprime depuis la mort de leur fille huit ans auparavant ; Jonas, le commandant en second qui a tué et enterré sa femme quelques heures avant d'embarquer et enfin, le soutier, drogué et inquiétant.
Ajoutez qu'un membre de l'équipage - lequel - «coupera, en pleine mer, toutes les communications. Ambiance. Puis la tempête se lève»
Un formidable thriller en haute mer, violent, original, très bien construit avec un suspens qui ne faiblit jamais. Un livre qui vous hantera longtemps.


  • Jacques Griffault : La mort d'Edgar - Franz Bartelt - Gallimard, Paris, France - 14/07/2012

J'ai de bonnes nouvelles pour vous ! Celles de Franz Bartelt. Celles et ceux d'entre-vous qui ont lu "Le Bar des habitudes" vont se précipiter sur ce nouveau recueil ; ils savent, en effet, que Franz Bartelt, auteur prolifique excelle dans le texte court.
Neuf nouvelles pleines de verve. Truculent, sarcastique, Franz Bartelt qui a une imagination exubérante mais toujours contrôlée nous entraîne dans des univers étonnants où l'humour, la fantaisie, l'émotion, l'empathie pour ses personnages, alliés à un style remarquable d'inventivité forment un savoureux cocktail.
- Lors de la messe d'enterrement d'Edgar Boadec on joue la musique que le défunt aimait entendre : «La Samba des otaries» - "un peu gai pour l'occasion, de l'avis général" - puis «Le Quadrille des déménageurs trapus», "un morceau sans mélancolie et qui frappait comme une chute dans les escaliers". Le maire, avec l'aide de sa femme institutrice, a concocté un beau discours où l'éternité est comparée à une morne plaine et où le verbe «gésir», d'un emploi si délicat qu'en cas de malheur il est réservé à l'élite du corps enseignant, est largement mis à contribution.
- "Sylvie Nourdier ressemblait à n'importe quelle jeune fille de son âge, sauf qu'elle avait l'air vicieux. Elle attirait le désir des hommes". Alors qu'elle est parfaitement chaste.
- Vincent Harlot, romancier, ne parle que de ce qu'il connaît. Après avoir écrit sur son enfance, puis sur la ville où ses parents s'installèrent après avoir quitté la campagne, enfin sur son mariage ("trois volumes d'une prose conjugale qui émerveilla les chaumières et les immeubles collectifs") il lui vint l'envie d'écrire "un roman érotique, mais sans vulgarité, quelque chose d'assez poétique, d'un peu Renaissance, avec du style et des idées". Et un soir, au repas, il annonça à sa femme ses intentions claires, fermes. «Alice, pour le bien de mon écriture, il faut que tu prennes un amant» Inutile que je continue. Lisez Franz Bartelt !


  • Jacques Griffault : Faux coupable - John Katzenbach - Presses de la Cité, Paris, France - 14/07/2012

Si vous aimez les «thrillers» psychologiques qui font vraiment peur, jetez-vous sur ce bouquin, vous allez trembler de peur et de rage contenue.
Il est beau garçon : un mètre quatre-vingt-deux, d'épais cheveux noirs bouclés, une façon de lever les sourcils et une certaine nonchalance qui lui confèrent un magnétisme certain. Il regrettait parfois de ne pas s'être engagé dans l'armée ou dans la CIA. Espion ou tueur à gages ça lui aurait plu. Ce qu'il aime c'est le danger. "Cruel comme l'enfer et vraiment charmant en même temps" dira de lui son ex-patron garagiste.
Ashley qui s'apprête à entamer un troisième cycle en histoire de l'art et travaille dans un musée ne résiste pas à son charme l'espace d'une nuit, qui, pour elle, devait être sans lendemains. Mais voilà, lui, ce Michael O ?Connell est un amoureux obsessionnel doublé d'un criminel fou et diabolique et d'un génie informatique. Ashley est la femme de sa vie. Ainsi en a-t-il décidé. "Je te l'ai dit. Je t'aime Ashley. Nous sommes faits l'un pour l'autre. Personne ne peut s'interposer entre nous".
Peu importe qu'Ashley lui dise que leur aventure d'une nuit est terminée, qu'elle veuille qu'il la laisse tranquille, qu'elle sorte avec un autre garçon, peu importe que le père d'Ashley lui donne de l'argent qu'il accepte en ricanant, peu importe, il la veut, il l'aura.
Il harcèle Ashley et sa famille. Son père, la cinquantaine, "universitaire de métier et de nature", est soudain accusé de plagiat. Sa mère, Sally, avocate, est soupçonnée d'avoir détourné des fonds qui lui avaient été confiés. L'amie de sa mère, Hope, entraîneuse de football féminin, est suspectée de pratiquer des attouchements sur les jeunes filles qu'elle entraîne. Leur vie, tout comme celle d'Ashley, qui va perdre son boulot, devient un enfer.
Comment des gens «raisonnables» peuvent-ils se débarrasser d'un être tel que Michael O ?Connell qui pense et agit en dehors de toute «normalité», de manière tout à fait inattendue ? Ils vont devoir tenter de comprendre leur adversaire pour anticiper ses actions néfastes et se montrer plus rusés que lui. Voire plus violents.
Un terrifiant thriller par l'auteur de "L'Analyste" (Grand prix de littérature policière 2004).


  • Jacques Griffault : Les chevelues - Benoît Séverac - Tourisme médias éditions, Labège, France - 14/07/2012

Les éditions TME qui publient des livres essentiels sur Toulouse et sa région ont lancé depuis un an une nouvelle collection : "noire d'Histoire". Des romans policiers historiques, une façon originale de découvrir le patrimoine et les terroirs de la région. "Les chevelues" est le premier titre publié dans cette nouvelle collection. Et c'est, dans le genre, une réussite. De prime abord assez réticent à m'embarquer dans un polar gaulois, j'ai néanmoins été vite conquis tant par le sujet que par le rythme de ce livre.
Les Romains dominent le monde connu de la lointaine Asie à l'Armorique celtique, du Nil au Danube.
L'empereur Auguste a décidé de faire de Lugdunum Conventarum, au pied de l'actuel St Bertrand de Comminges, une ville qui incarnerait la Pax Romana entre Gaulois et Romains.
Cracius est satisfait : non seulement sa famille est riche et influente à Rome, mais sa beauté, son charisme, ses talents de festoyeur, son imagination, sa force physique ont fait de lui le chef incontesté des jeunes aristocrates romains désabusés de Lugdunum Conventarum. Il vient de quitter Epotsorovida, sa nouvelle et belle conquête gauloise, dans les bras de laquelle il a tenté d'oublier qu'il est loin de Rome et de sa voluptueuse débauche, de son raffinement, de ses fastes. Alors qu'il se délecte au petit matin en rentrant chez lui de l'odeur de la Gauloise encore présente sur ses doigts et sur ses lèvres, il est sauvagement assassiné.
D'autres crimes suivront qui vont remettre en cause le fragile équilibre de la Pax Romana et pourraient occasionner des changements dans la magistrature de la ville. Il est donc essentiel de trouver vite des coupables, sinon les coupables, et de restaurer l'ordre. Hadrainus Tavius, premier magistrat de la ville, pouvait jusque là s'enorgueillir des rapports pacifiques, pas toujours simples, qu'il avait su instaurer avec les gaulois. Son idée de les associer à la gestion de la cité avait permis la «romanisation» de ce bout de terre, blottie contre les Pyrénées. Il charge un centurion, Valerius, d'enquêter sur la mort de Cracius et celles qui ont suivi en lui ordonnant de ne rechercher le coupable ni parmi les riches familles romaines, ni parmi les riches familles gauloises...
Valerius n'a que quelques jours pour mener son enquête avant l'arrivée de la légion romaine dépêchée de Tolosa.
Au-delà de l'enquête aux rebondissements variés menée par Valerius, nous sommes plongés en plein dans la politique locale, les luttes d'influence, les stratégies de maintien et/ou de prise de pouvoir. Tout cela est fort bien décrit, crédible et tout à fait captivant.
Ce livre pittoresque se lit d'une traite.


Ricky Jenks, pianiste de jazz vit à Paris depuis 8 ans. Né dans une famille de noirs américains, soumis dès l'enfance à un conditionnement intensif en vue de se tailler une place au soleil dans l'Amérique blanche, il ne supportait plus de vivre en Amérique. C'est, du moins, ce qu'il répond à ceux qui lui demande pourquoi il a quitté son pays et pourquoi il n'a pas la moindre envie d'y retourner. Quoiqu'il lui arrive, qu'il ait de l'argent ou pas, qu'il soit amoureux ou pas, qu'il soit déprimé ou au sommet de sa forme, il lui suffit d'aller faire un tour dans les rues grouillantes de son quartier, le XVIIIe arrondissement de Paris, pour que tout s'arrange.
De plus lui qui jusqu'à l'âge de trente ans ignorait totalement qu'il pouvait plaire, voit qu'à Paris sa cote auprès des dames ne cesse de grimper.
Comparé à Bud Powell ou Kenny Clarke il n'est qu'un joueur de piano modèle courant et n'a jamais aspiré à une gloire quelconque. En Amérique, Ricky Jenks aurait été estampillé "raté". En France, il est toujours simplement lui-même. Cash Washington, son cousin, est, lui, le symbole même de la réussite du black : après de brillantes études il est un chirurgien orthopédique de premier plan, célèbre et reconnu.
Voici Washington qui débarque subitement à Paris, et dit à Ricky qu'il a besoin de lui, de lui seul alors que toute sa vie Washington n'a jamais eu besoin de personne et surtout pas de Ricky. Et voici Fatima, la femme qu'il aime profondément, douloureusement, alors qu'elle ne l'aime pas, qui lui annonce qu'elle revoit son ancien ami et qu'elle est enceinte. Et voici notre Ricky qui, en rentrant chez lui, glisse dans le sang de Grace Kelly, un travesti. Et pour tout corser voici que l'inspecteur Lamouche le soupçonne de ce meurtre.
Et voilà notre américain à Paris qui menait une vie bien tranquille entraîné dans un roman noir.
Ce qui fait le charme de ce polar, outre l'intrigue habilement construite et conduite avec entrain c'est la description touchante du milieu afro-américain de Paris qui suscite des réflexions sur l'exil, sans oublier le croquis de Montmartre où l'auteur vit depuis quinze ans.


  • Jacques Griffault : L'amant pressé - Olivier Miquel - le Cherche Midi, Paris, France - 14/07/2012

Cet amant pressé c'est Napoléon, mais un Napoléon intime, raconté par un témoin qui nous révèle, au jour le jour, la vie privée de cet homme d'exception. Tout y est vrai et c'est follement romanesque. En exergue une phrase de Napoléon : "La vie privée d'un homme est un réflecteur où l'on peut lire et s'instruire fructueusement". L'auteur nous entraîne à la découverte d'un Napoléon qui déploya la même énergie à séduire les femmes qu'à marquer l'Histoire.
"Les femmes lui furent fatales. Elles, et le climat. Leurs caprices eurent raison d'un génie (...) Il fut le mari de deux femmes et l'amant de beaucoup ; le père de trois garçons reconnus par l'histoire. Mais sa véritable maîtresse fut la France". Voilà résumé toute la trame de ce roman passionnant qui se déguste d'un trait, cul sec. Car, de la première ligne à la dernière, on est embarqué dans une prodigieuse histoire.
Rencontrons le petit Nabulio, chétif et mal peigné, à l'école militaire de Brienne, où son accent méridional lui vaut brimades et moqueries. Travailleur acharné, dévoré d'orgueil, durant ses cinq ans de réclusion il ne reçut que deux visites, celle de sa mère puis celle de son père. Mais rentrons dans le vif du sujet et retrouvons-le un soir de novembre - il a 18 ans - sortant du théâtre et abordant l'enceinte du Palais-Royal, où un monde de débauche s'éveille à la tombée du jour. Et là, une rencontre... "C'est ainsi que le jeudi 22 novembre 1787, le lieutenant Buonaparte devint un homme".
Vite il songera à s'établir, et pour ce faire, à un beau mariage. Il jeta son dévolu sur Manesca Pillet, la plus jolie héritière d'Auxonne, mais fut éconduit par son beau-père, un certain Chabert qui refusa d'accorder la main de sa fille à "ce pauvre hère n'ayant pour vivre que sa solde de lieutenant en second". À la suite de quoi Buonaparte écrivit : "L'amour m'ôte la raison. Je ne la retrouverai jamais ; on ne guérit pas de ce mal-là".
Je ne vais rien vous dévoiler de plus - nous n'en sommes qu'à la page 27 - et surtout pas les rencontres et les relations avec Joséphine, Marie Waleska et Marie-Louise. Attendez-vous à des surprises !
Vous l'avez compris ce livre fourmille d'anecdotes qui éclairent d'une tonalité nouvelle la personnalité de Napoléon. Au-delà de la documentation impressionnante - présente mais jamais pesante - ce qui rend ce livre remarquable c'est tout d'abord sa construction : la grande histoire est toujours présente en toile de fond, et l'interaction entre la vie privée et la vie «publique» de Napoléon est tout à fait passionnante et éclairante ; mais c'est aussi la langue, fort belle, qui est celle de l'époque, teintée d'ironie, et qui sonne juste.
Il fallait un sacré culot pour s'attaquer à un personnage tel que Napoléon !
Olivier Miquel a relevé le défi et l'a emporté haut la plume. Ce roman, car c'en est bien un, à la construction subtile et à l'écriture élégante, s'appuyant sur la vérité historique, donne un nouvel éclairage à l'un des plus fascinants et romanesques personnages de l'histoire de France.
À savourer en toutes saisons. Pourquoi pas dès cet été ?

P.S. Vous n'aimez pas les livres ayant trait à l'histoire de France ? C'est un roman ! Vous êtes passionné d'histoire de France ? C'est une biographie romancée dans laquelle tout est vrai ! Vous hésitez encore ?

N.B. Olivier Miquel a publié "Le Vertige de l'ange" (Le cherche midi. 290 p. 18...) un roman ambitieux mais très abouti qui nous entraînait dans le sillage de la mystérieuse Évangelina entre Ibiza, Venise et les îles Pontines, et "Henri Salvador, le rire du destin" (Éditions du moment. 280 p. 19,95...) une biographie très enlevée et passionnante de ce monument de la chanson française - enfin reconnu et célébré à 85 ans, pour ce qu'il était : un crooner - avec, en arrière plan, soixante ans de chansons françaises.


Voici un grand roman sur l'Amérique, prophétique, passionnant.
Première phrase du livre : «Je pourrais tous les tuer». Dernière phrase du premier paragraphe : «Et si, ce soir-là, l'occasion lui était donnée de se débarrasser de tous ces gens, proprement et sans que cela prête à conséquence, il le ferait. Sans pitié ni remords».
C'est Melvin Hutchinson qui pense cela devant une assemblée de cinq cent personnes réunies pour l'honorer. Mais Melvin Hutchinson n'est pas un truand régnant sur la pègre, ni un maffieux présidant une réunion de parrains dans un grand hôtel de Chicago. Non. Il est Attorney General - Ministre de la Justice des États-Unis d'Amérique - et a été, vingt-cinq ans auparavant le premier membre noir du prestigieux club Millenium de Washington alors qu'il venait d'être nommé associé d'un grand cabinet d'avocats.
Avouez que ça commence fort, non ?
Si j'ajoute que Melvin Hutchinson a de bonnes chances d'être nommé Vice-Président pour remplacer le titulaire tombé dans un coma profond et que ce livre est paru en 1996 - publié en 2005 en France - vous comprendrez pourquoi j ?ai utilisé plus haut l'adjectif prophétique.
Melvin a été un étudiant sérieux, motivé. Il a épousé Dorothy, non pas la plus belle mais la plus intelligente femme de sa promotion. Ils auront une fille Abigail qu'ils perdront dans des conditions dramatiques. Comme Attorney General il est devenu l'incarnation de la justice et de l'ordre pour tout le pays. Il lance des croisades contre les fauteurs de mal : "pendez-les haut et court ! " Il se met à boire de plus en plus. Et ses dérapages vont devenir de plus en plus fréquents.
Parmi les autres personnages il y a Emma Person, nièce de Melvin qui n'a jamais eu d'admiration pour son oncle illustre. Elle vit avec Seth, un juif blanc qui collabore à une émission de télévision très populaire dirigée par une femme noire, gigantesque, excentrique, à la recherche de thèmes accrocheurs. Pourquoi pas une exécution capitale diffusée en direct sur les écrans !
Une plongée panoramique dans l'Amérique contemporaine dans laquelle le noir victime du racisme, de la ségrégation, des préjugés les reproduit à l'encontre des blancs et se trouve prisonnier de ses propres contradictions.
La multitude de points de vue, l'écriture tendue qui tient constamment en haleine, l'humour, rendent ce roman de la cruauté, de la désillusion, complexe, puissant, captivant.

N.B. Jake Lamar, noir américain, est arrivé à Paris en 1993 avec l'ambition d'y passer une année entière. Il y vit toujours. Il est l'auteur de "Rendez-vous dans le XVIIIème" (Rivages Thriller. 320 p. 20...) que j'ai vivement recommandé. Après avoir lu ce livre j'ai eu envie de lire tout Jake Lamar et c'est ainsi que j'ai découvert ce formidable "Nous avions un rêve"


  • Jacques Griffault : BW - Lydie Salvayre - Seuil, Paris, France - 14/07/2012

BW craint de perdre la vue. Poussé par une impérieuse nécessité il raconte à Lydie Salvayre ce qu'il a gardé secret durant leurs années de vie commune.
J'avoue que j'abordais ce livre avec une certaine appréhension : le panégyrique d'un éditeur, compagnon de l'auteur ? Bof ! Mais dès la, première page j'ai été happé, embarqué dans cette traversée de la vie de BW.
La forme est originale : c'est BW qui parle, de temps en temps interrompu par l'auteur qui, la nuit, met en forme, compose. La vie de BW est riche. Il ne reste pas en place : "J'ai toujours eu le feu au cul et à l'âme». Il n'a aucun sens de la mesure : "S'il boit, c'est trop. S'il rompt, c'est à jamais. S'il souffre, c'est à mort. S'il aime, c'est corps et âme". Fugues, frasques, voyages, soif de liberté. Mais sa véritable passion c'est la littérature. Il hait la tiédeur, surtout la tiédeur littéraire et enrage de constater que "les grosses structures littéraires sacrifient la qualité (qui est l'avenir de la littérature et sa raison d'être) sur l'autel de la finance (qui est sa raison de crever)". Devant ces moeurs éditoriales qu'il abhorre il décidera de quitter l'édition par "fidélité à l'édition". Mais il lui reste la lecture, le "plaisir pur, inentamée de la lecture". Plaisir qui se retrouve tout au long de ce beau livre, écrit à vif, où des pages superbes sur l'Inde et le Liban, entre autres, côtoient une permanente déclaration d'amour à la littérature.


  • Jacques Griffault : Les Les harmoniques - Marcus Malte - Gallimard, Paris, France - 08/07/2011

Vera Nad, 26 ans. Son corps est retrouvé un matin dans un entrepôt désaffecté. Règlement de comptes entre dealers de drogue, conclut la police. Les coupables sont arrêtés. L'affaire est classée. Pas pour tout le monde...
Pas pour Bob. Un cas, ce Bob. Il conduit un vieux tacot, une 404 qui avait tant roulé qu'elle pouvait tracer sa route n'importe où. Une voiture qu'il aurait acquise juste après l'obtention de son permis, il y a quarante ans. Bob il parle 17 langues ; il a été agrégé de philosophie dans une autre vie. Une passion qu'il avait tenté durant 20 ans de faire partager à quantité de petits cons bornés. "Au final, le dilemme avait été soit de passer tous ces merdeux au lance-flammes, soit d'aller couler le restant de ses jours dans un des nombreux pavillons psychiatriques, annexes de l'Éducation nationale". Il s'est reconverti en chauffeur de taxi. Il charge rarement un client. Il a de petits besoins. Dans sa 404 il y a des monceaux de cassettes, tout ce que le jazz a donné de meilleur depuis trois quarts de siècle. Ce qu'il aime surtout c'est rouler la nuit. Seul ou avec un Black immense qu'on appelle "Mister". Mister joue du piano dans un club "Le dauphin vert". Un club dans la tradition. Il joue avec Pierrot Valentini à la contrebasse et Geoffrey Alexis dit «Timex» à la batterie. C'est le trio de choc du club. Depuis 5 ans.
Mister fonctionne à l'affect et à l'instinct, Bob lui c'est le pragmatisme et la rigueur. Tous les deux, Bob et Mister, vont tenter de savoir ce qui est vraiment arrivé à Vera Nad. Vera Nad, originaire de ce que l'on appelait encore l'ex-Yougoslavie ; Vera Nad qui venait écouter jouer Mister au Dauphin vert; Vera Nad qui consacrait la majeure partie de son temps à suivre des cours d'art dramatique. Des petits rôles. Des maigres cachetons. Des petits boulots : baby-sitting, ménages... Elle était aussi modèle pour artiste peintre. Selon ses agresseurs elle dealait. Elle aurait tenté de les blouser. Elle a été aspergée d'essence puis brûlée vive.
Bob et Mister vont enquêter à leur façon pour connaître la véritable raison de cet assassinat.
Superbe roman noir. Une intrigue resserrée, pleine de fausses pistes et de rebondissements, un style ébouriffant - il faut lire le livre à vitesse réduite pour en savourer toutes les finesses et subtilités malgré l'envie pressante de savoir ce qui va se passer - des personnages originaux très attachants.
Bref un cocktail épicé et jazzy qui va séduire et revigorer tous ses nombreux lecteurs.


  • Jacques Griffault : Une lointaine Arcadie - Jean-Marie Chevrier - Albin Michel, Paris, France - 12/04/2011

Matthieu est libraire de livres anciens sur la Butte-aux-Cailles. Sa femme travaille à la Mairie de Paris. Cassius son chien fidèle meurt. Sa mort vint s'ajouter au contrôle fiscal qu'avait déclenché la vente de la librairie. Sa femme tombe amoureuse d'un homme plus jeune qu'elle de vingt ans et le quitte ex abrupto. Le voilà seul et pauvre comme au début de sa vie.
Il se souvient de l'oncle Gerbault avec son ample costume de velours bronze qui lui servait quasiment de maison par la multitude de ses poches, avec ses chaussures montantes d'un cuir rougeâtre qu'il faisait briller de la crème du lait de ses chèvres. C'était dans la Creuse, à peu de distance de Guéret. C'était là le berceau de sa famille. "À Paris, on disait que l'air y était pur."
Il décide d'aller s'y installer, loin de la civilisation, n'aspirant qu'à s'immerger dans la nature, avec les bêtes pour seule compagnie. Jour après jour il entre en solitude. Il a emporté avec lui "L'Iliade" et "L'Odyssée", "Les Géorgiques" et "Malone meurt" de Beckett. Il lui arrive de s'ennuyer à mourir dans ce coin perdu au bas d'une pente, noyé dans la verdure. "La route n'allait pas plus loin. Pas de traces de passé, pas d'histoire, ni batailles, ni passages de personnages illustres, pas de massacres de partisans, pas d'assassinats crapuleux et sanglants."
Il n'a que peu de nouvelles du monde. Il a encore besoin des autres ; une fois par mois, il va à leur rencontre. Il retire à la poste sa pension de retraite en argent liquide. Parfois le désespoir l'accable. La vanité de son projet lui saute aux yeux. "Il était brusquement devenu un homme âgé dont les forces déclinaient, réfugié dans une maison misérable, au coeur d'un pays terne, dans une nature détruite." Il vit en automate. Il est conduit au renoncement, à l'indifférence. "Il y avait un temps pour souffrir d'être privé des autres, un autre pour guérir."
L'époque est aux randonneurs. Un jour du mois d'août, un couple entre dans sa cour. Pitoyables, le visage poussiéreux, les cheveux collés de sueur, ils lui demandent un verre d'eau et la permission de s'asseoir un peu...
Peut-on vivre en ermite à notre époque ?
Un très beau roman sur le temps qui passe, la liberté, le désir, écrit dans une langue sensible, mélancolique, sensuelle.
Télérama a décerné quatre étoiles, sa côte maximale à cette "lointaine Arcadie" qui a été l'un des dix romans publiés en janvier, février ou mars sélectionnés pour le prix France Culture - Télérama.


  • Jacques Griffault : De bouche à bouches - Chantal Pelletier - Joëlle Losfeld, Paris, France - 12/04/2011

Cyl, son presque jumeau, à la fois son meilleur copain et sa meilleure copine, vient voir la narratrice à l'hôpital à la suite d'un accident de voiture. "Tu es une photographe pleine d'avenir" lui dit-il en savourant des chocolats alors qu'elle doit se contenter des tuyaux qu'elle a plein la bouche.
Une fois rentrée chez elle, son père, fringant, lui prépare des petits plats. Mais vite elle s'aperçoit qu'elle ne ressent rien. "J'avais un trou derrière les lèvres." Elle mange tout ce qu'elle trouve, mâche, avale. "Rien n'arrivait. Ma bouche était morte." Elle a perdu le goût. "Je pensais au Cri de Munch, qui n'est pas un cri mais le silence d'une bouche ouverte." Infirme. Sa bouche est devenue un trou qu'elle emplit. "Bouche morte."
Elle abandonne son métier, son père étouffant et s'enfuit au loin. Inde, Japon, Chine ? Elle arpente les étals, palpe, renifle fruits, légumes, épices. Elle s'initie à la cuisine. Régale les autres. Cette jeune photographe, égocentrée, immature, va éprouver de nouveaux sentiments et se découvrir un appétit de vivre jusque là ignoré.
Un court roman, très enlevé, dans lequel l'auteur, entre autres du "Chant du bouc" et de "Paradis Andalous", qui a dirigé la collection "Exquis d'écrivains", évoque avec sensualité et audace le plaisir des sens.
Un roman sucré et salé, acidulé et pimenté, entre larmes et rires, à déguster sans modération mais avec lenteur pour apprécier l'écriture colorée et savoureuse de Chantal Pelletier.


Les rats sont entrés dans Paris ; la grève des éboueurs dure depuis plusieurs mois. Kubitschek vit dans un bel appartement. Ses enfants participent à des manifs. Il recueille Olga, une jeune femme sans boulot, sans domicile. L'emmène à son cercle de jeu assez huppé en la présentant comme sa femme. Commence à jouer. Joue la date de naissance de la jeune femme. Le 22. Gagne mais le club se fait braquer. Les malfrats emportent tout l'argent et les bijoux des membres. Même le faux collier d'Olga. Kubitschek résiste, ne donne pas sa montre. Le braqueur trépigne, menace, lui fiche le canon de l'arme sur la tempe. «Fais pas l'con !» gueule celui qui semble être le chef de bande. Kubitschek reconnaît cette voix ; c'est celle de Georges, l'aîné des deux frères Canetti. Le braqueur frappe Kubitschek, le jette à terre, lui flanque des coups de pied. Les malfrats s'en vont.
Kubitschek est suspecté d'être à l'origine du coup par le commissaire Boniface. «Ils ont piqué les montres de tout le monde sauf la tienne». Kubitschek propose au commissaire un accord : «Je sais qui a fait le coup. Je veux être libre de mes mouvements et je veux m'occuper moi-même de cet enfoiré. Je le bute et ensuite vous m'arrêtez. Deux coups gagnants. En échange vous me dites où je peux trouver ce braqueur.» Commence alors une formidable partie de poker menteur entre Kubitschek et Boniface, car Boniface a des rapports avec les malfrats.
"Tu sais quoi, Kubitschek ? T'as beau porter le smoking pour faire croire que t'appartiens au beau monde, t'es qu'un rat, chez les rats (...) Tu veux faire la guerre à un autre rat et vous allez vous battre à mort partout, dans les égouts, dans les ordures, dans le moindre trou de cette putain de ville qu'est devenue une immense décharge, vous allez vous entre-tuer et il n'y aura aucun survivant, ni dans le camp des perdants, ni dans le camp des gagnants."
Roman noir de chez noir, à l'écriture rapide et nerveuse, aux dialogues acérés. Un polar qui se déguste cul sec.


Un récit qui se lit comme un roman. Maxim Leo, journaliste allemand, raconte l'histoire étonnante de sa famille, liée à celle de l'Allemagne de l'Est.
Gerhard, son grand-père maternel, a été un héros avant même d'être un adulte. "À dix-neuf ans, il s'est battu dans la Résistance française, la SS l'a torturé, des partisans l'ont libéré." Très vite il prend fait et cause pour la construction de la RDA, cet État dans lequel "tout était censé aller vers le mieux." Pour lui tous ceux qui ne croient pas en la RDA "louvoient avec la politique". Sa fille, Anne, est dans la droite ligne de son père ; elle a l'impression de vivre un rêve lorsque, âgée de 17 ans, elle obtient une dérogation pour entrer au Parti. "Elle est désormais sûre qu'elle n'aura plus de chagrins d'amour, ni autres problèmes ridicules. Parce qu'elle sera bientôt une camarade." Pour elle, comme pour son père, le Parti c'est la vérité absolue, la sagesse absolue. Anne a 19 ans en 1966. Elle entre comme stagiaire au Berliner Zeitung. Elle va découvrir la liste des sujets à ne pas aborder, les mensonges de la presse en 68 lors de l'invasion de la Tchécoslovaquie. El le va s'apercevoir qu'à l'université on contrôle même la pureté de la pensée. Et pourtant elle reste fondamentalement fidèle à la Cause ; ses objections ne portent que sur la forme. Elle tombe amoureuse de Wolf, un artiste qui se sent mal en RDA et n'est pas inscrit au Parti... La première rencontre entre Wolf et Gerhard se déroulera dans un climat glacial. Entre Anne et Wolf, amour et querelles iront de pair.
Difficile pour Leo qui écrit cette histoire familiale de comprendre, d'admettre que sa mère, "femme intelligente et réservée, porte encore le deuil de la RDA, vingt ans après la chute du mur de Berlin."
Un livre d'histoire contemporaine tout à fait passionnant et éclairant, écrit dans une langue alerte. Les lecteurs à qui je propose ce livre, tout d'abord réticents, reviennent enthousiastes et l'offrent à leurs amis.
Tout comme "L'Homme qui aimait les chiens" de Leonardo Padura, ce livre décrit, entre autres, ce qui reste pour beaucoup une énigme : comment des personnes intelligentes, douées de jugement, ont-elles pu renoncer à tout sens critique et considérer que le Parti était détenteur de la vérité absolu et donc que toute objection, même mineure, était une déviance intolérable ?


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