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Les coups de cœur de ses libraires

Autant annoncer tout de suite la couleur : voilà, à mon avis, un roman magistral, long certes, mais qu'on ne peut lâcher. Et pourtant la fin de l'histoire est connue...
Ce roman réunit les protagonistes de l'un des grands crimes staliniens, l'assassinat de Trotski par Ramón Mercader à Mexico en 1940.
Le livre commence par une scène très intense : la mort d'Ana, la compagne d'Ivan, le narrateur, à La Havane, en 2004. Tous deux savent que la fin d'Ana est inéluctable... cancer des os. Lorsque son état s'aggrave Ivan cesse de travailler. La vie entre les quatre murs lézardés de leur appartement est aussi déprimante qu'on peut l'imaginer. Le pire est l'étrange force avec laquelle le corps brisé d'Ana se raccroche à la vie contre la volonté même d'Ana. Un cyclone est annoncé qui évolue avec une insolente arrogance comme s'il prenait le temps de choisir là où il va frapper.
Ivan est écrivain ; il travaille dans un misérable cabinet vétérinaire de La Havane. Après la mort d'Ana il revient sur sa rencontre en 1977 avec un homme mystérieux qui promenait deux lévriers russes sur une plage. Cet homme lui fera des confidences sur Ramón Mercader, l'assassin de Trotski, qu'il semble avoir connu intimement.
Ivan reconstruit les trajectoires de Lev Davidovitch Bronstein dit Trotski et de Ramón Mercader. L'exil de Trotski, sa lutte depuis l'étranger, ses espérances, ses illusions, ses angoisses. L'enthousiasme pour le communisme de Ramón Mercader, happé par la beauté d'une jeune femme Africa, un volcan en éruption qui rugissait en permanence pour clamer son enthousiasme révolutionnaire. Pour elle le camarade Staline est l'incarnation de l'avenir sur terre. Elle déteste Trotski, "le plus sournois des ennemis de la classe ouvrière". La danse, l'alcool, la famille sont des poisons bourgeois pour le cerveau. Ramón lorsqu'il la possède est comblé mais il souffre de violentes crises de jalousie. Le seul engagement d'Africa c'est la Cause ; elle n'est mariée qu'avec la révolution.
Un roman aussi foisonnant est irracontable. Il est habité de nombreux personnages attachants, qu'ils soient réels ou fictionnels. Tel Boukharine, par exemple, "dont la peur (de Staline) est telle qu'il a préféré la certitude de la mort au risque de devoir, jour après jour, faire preuve de courage pour vivre".
Dans une écriture puissante, Leonardo Padura, écrivain cubain connu pour ses romans noirs, nous raconte cette histoire en nous montrant ses conséquences aujourd'hui, à Cuba, pour toute une génération qui vit au quotidien le lent effondrement de l'utopie socialiste.

N.B. Leonarda Padura est né à La Havane en 1955 où il vit encore. Il est romancier, essayiste, journaliste. Il est l'auteur de plusieurs romans noirs, parmi lesquels "Mort d'un Chinois à La Havane" (2001), "Adios Hemingway" (2005) et "Les Brumes du passé" (2006).


  • Jacques Griffault : Entre ciel et terre - Jon Kalman Stefansson - Gallimard, Paris, France - 12/03/2011

Mars, mois blanc de neige. Barður et le gamin s'éloignent du "Village de pêcheurs, notre commencement et notre fin, le centre de ce monde. Et ce centre du monde est dérisoire et fier". Ils avancent à vive allure, pour arriver avant les ténèbres aux baraquements des pêcheurs. "D'un côté, la mer, de l'autre des montagnes vertigineuses comme le ciel : voilà toute notre histoire".
Nous sommes en Islande au début du siècle denier. Voilà deux semaines qu'ils ne sont pas sortis en mer à cause d'une tempête hurlante qui a effacé tout paysage, brouillé les directions, le ciel, l'horizon et gommé jusqu'au temps lui-même. Tout en marchant Barður pense à Sigríður, à sa longue chevelure noire, "à son rire et ses remarques qui, bien souvent, influent sur le cours de l'existence" ; le gamin lui pense qu'il veut accomplir quelque chose dans cette vie, parcourir le monde, "atteindre l'essentiel, quel qu'il soit". Arrivé au baraquement Barður vide son sac : trois journaux, du café, du sucre candi, du pain de seigle, de la brioche, deux livres de la bibliothèque du vieux capitaine aveugle "Niels Juul, le plus grand héros des mers du Danemark et Le Paradis perdu de Milton".
Ils sortent la barque à six rames. Il va falloir ramer profond, le vent est trop faible pour gonfler les voiles. À trois heures du matin, lorsque Benedikt souffle dans sa trompette, donnant ainsi le signal du départ, soixante barques s'élancent. Ils vont passer quatre heures à ramer avec constance pour arriver sur le lieu de pêche. Une sortie de douze heures. Avant le prochain repos.
Une fois sur le lieu de pêche la longue attente commence pour que le poisson morde, deux heures "au fond d'un cercueil ouvert sur la mer". Il gèle, le vent forcit. Les hommes revêtent leur vareuse. Sauf Barður qui, trop occupé à mémoriser les vers du Paradis perdu, a oublié de prendre sa vareuse. La pêche est bonne mais une tempête se prépare. Le froid s'empare de Barður et ne le lâche plus ?
La seconde partie du roman se passe à terre. Là où les femmes de pécheurs vivent dans l'attente du retour des barques. Le gamin va rapporter le livre de Barður au capitaine aveugle et tenter de retrouver la force et l'envie de continuer à vivre.
Un des plus beaux romans que j'ai lu depuis longtemps. Une écriture splendide, envoûtante. Une révélation.
Hommage vibrant au traducteur, Éric Boury.
Jón Kalman Stefánsson, né à Reykjavik en 1963, est poète, romancier et traducteur. Entre ciel et terre est son premier roman traduit en français.


Lucy, adolescente dépressive, suit le cours d'histoire des États-Unis dispensé par George Orson, un nouvel enseignant qui a une forte présence : vêtements noirs, yeux verts, une façon de regarder les gens bien en face et de sourire aux élèves comme s'ils faisaient tous ensemble quelque chose d'interdit.
Quelques jours après que Lucy ait obtenu son diplôme d'études secondaires, ils quittent la ville, tous les deux, en pleine nuit dans la superbe Maserati de George Olson. Personne ne sait qu'ils s'en vont, personne ne sait où ils vont.
Lucy est majeure, 19 ans, ses parents sont morts et elle n'a pas de véritable ami. Elle a une soeur aînée, mais elles n'ont jamais été proches. Elle a des tantes, des oncles, de cousins avec lesquels elle parle rarement.
Quant à George Olson Lucy ne lui connaît aucune famille.
Ils s'installent dans la maison où les parents de George Orson avaient vécu. Près d'un lac asséché. Rien de très romantique. «Le temps que l'agitation retombe un peu» lui dit George. «Sois patiente, fais-moi confiance».

Le frère jumeau de Miles, Hayden, a disparu depuis plus de dix ans. Miles, 31 ans, avait décidé de renoncer à le rechercher. Il était temps de laisser tomber. De vivre sa propre vie. Mais voilà qu'il reçoit une lettre de son frère et décide de partir pour aller au bout du Canada, là où la lettre a été postée, à Inuvik, une ville sur laquelle son frère Hayden avait beaucoup écrit, persuadé qu'elle était l'emplacement d'importantes ruines archéologiques. Il obtient de son employeuse, tout d'abord réticente, trois semaines de "temps pour lui" et part à la recherche de son jumeau, schizophrène, qui a un sens pratique exceptionnel pour brouiller les pistes, changer d'identité et apparaître aux yeux des gens comme une personne éminemment normal. Et même qui présente bien.

«On est en route pour l'hôpital», dit le père de Ryan. Sur le siège, entre son père et lui, il y a sa main sectionnée qui repose dans une glacière.
Ryan a appris sur le tard que son oncle était en fait son père biologique, que sa mère biologique était morte lorsqu'il avait trois ans, et qu'il avait été élevée par la soeur de son père biologique et son mari. Il a quitté ses parents et est parti avec l'oncle Jay, son père biologique. Ils vivent dans une cabane minable où le seul luxe est l'installation informatique. Ryan ne comprend pas très bien le projet dans lequel ils sont embarqués. Il sait que c'est illégal, une arnaque, mais le véritable but lui échappe.

Lucy, Miles, Ryan trois personnages totalement étrangers les uns aux autres dont les destins vont s'entrelacer de manière vertigineuse.
Un suspens psychologique très réussi par l'auteur de "Parmi les disparus".


Polar ? Roman d'aventures ? Roman de guerre ? Roman d'amour ? À chaque fois la réponse est oui car cette "huitième vibration" englobe tous les genres ; c'est surtout un grand roman.
Janvier 1896 en Érythrée, colonie italienne, "maudit pays brûlé par ce soleil infâme". Massaoua. "L'air immobile et lourd, chaud comme un four. Avec ses bruits et ses odeurs inutiles". À Massaoua, la nuit, les gens dorment dans la rue. L'air "dense en souffles et fort en odeurs vous pèse comme une couverture".
Vittoria Cappa, fonctionnaire du Ministère des Affaires étrangères italien, fait de la Magie : sur ordre de son supérieur direct, il fait "disparaître des choses", des objets enregistrés sur les documents de bord, régulièrement payés par l'administration coloniale mais "qui n'ont jamais existé" ; ce qui permet de gonfler les factures.
Ce jour-là Vittorio arrive en retard pour assister à l'arrivée du troisième bâtiment de la semaine venant d'Italie. La faute à Aïcha, "la chienne noire", qui est venue l'aguicher en dansant nue sous ses fenêtres. Du vapeur descend une jeune femme, Cristina, vingt-deux ans, trop vêtue pour la chaleur, accueillie par son cousin Cristoforo. Elle vient rejoindre Léo, son mari, beau et riche mais "trop pris par son rêve de transformer en jardin la Colonie italienne d'Érythrée pour avoir le temps d'inventer un surnom à sa femme".
Lorsque Vittorio la verra il lui trouvera "une sensualité ingénue, instinctive et troublée, très enfantine".
À côté d'eux tant d'autres personnages ! Le lieutenant de cavalerie Vincenzo Amara, que l'immobilité rend fou, qui, par besoin d'action, a accepté d'assurer la liaison avec les Afars, et qui est le seul à avoir poussé si loin dans le désert de la Dancalie. Sabà, une Bilène au visage rond, très belle, la femme du capitaine Branciamore, qui ne marche plus pieds nus depuis qu'elle est la "madame d'un officier italien". La Colonelle, un crampon incroyable en plus d'être une commère. Pasolini, anarchiste internationaliste, enrôlé dans un bataillon en partance pour l'Afrique plutôt que d'être jeté en prison en Italie, une mesure de clémence due aux relations étroites que son père entretient avec le Président du Conseil. Le brigadier Antonio Maria Serra, qui poursuit un assassin d'enfants et perdra ses certitudes.
Quant à l'action, elle est toujours présente. La défaite d'Adoua, première grande défaite d'une armée blanche face à des troupes africaines, nous vaut, à la fin du livre, des pages épiques et pathétiques sur ces soldats qui "sont partis au casse-pipe sans connaître leurs adversaires, sans les armes et les informations nécessaires, privé du bon matériel trop souvent volé par des fonctionnaires corrompus".
C'est, je le répète, tout à la fois un roman d'aventures, une fresque historique, un roman d'amour, une enquête policière.... Un roman ambitieux riche en histoires, en paysages, en événements, en sensations, racontant les destins croisés de personnages embarqués dans un monde très différent de leur Italie natale.
Par un des maîtres du polar italien.
Magnifique !


  • Jacques Griffault : Le Front russe - Jean-Claude Lalumière - Dilettante, Paris, France - 23/11/2010

Le narrateur pensait avoir trouvé un emploi qui allait lui permettre de réaliser son rêve de jeunesse : parcourir le monde. Ce goût du voyage lui était venu en dévorant les quelques exemplaires du magazine Géo que lui avait offert son oncle Bertrand.
Hélas, adulte, il passe le plus clair - ou plutôt le plus sombre - de son temps dans un bureau aux murs blancs. Depuis cinq ans au ministère des Affaires étrangères, ses rêves de voyages "vont se dégonfler comme les coussins d'air d'un naviplane resté à quai". Il a été affecté à l'administration centrale et plus précisément au Bureau des pays en voie de création/section Europe de l'Est et Sibérie, section qu'entre eux les fonctionnaires des Affaires étrangères appellent "Le front russe". Il s'agit, lui dira Boutinot, son chef de section qui dirige ses hommes comme des militaires, de prendre la suite des services secrets et de préparer, une fois que les pays en cause seront stabilisés, l'arrivée de missions diplomatiques officielles.
Pas très excitant. Mais notre narrateur, qui veut bien faire alors que ce bureau roupille gentiment, s'active en vue de se faire remarquer et de faire carrière. De fait c'est un gaffeur patenté, champion hors catégorie de la bévue, instigateur involontaire de situations cocasses. Entre autres, dans le cadre d'une grande opération de communication visant à redorer le blason du pouvoir exécutif, il va proposer une «pride diplomatique» : la marche des fiertés diplomatiques Imaginez chaque représentation défilant aux couleurs de son pays sur un char décoré et en musique ! L'idée est retenue, le ministre est enthousiaste, la diplomatie va, enfin, sortir de l'ombre. Au départ hésitants, vingt-trois pays confirment leur présence à cette marche. Le grand jour arrive. Mais surgit une torpille dans ce dispositif sans faille...
Quant à ses collègues : Alice éphémère maîtresse ; Arlette l'air blafard qui se vante de travailler à l'instinct ; Philippe, qui a une idée très personnelle du classement ; Marc qui arbore des T-shirts venants de destinations exotiques, ils contribuent à l'ambiance courtelinesque du bureau.
Le narrateur frustré dans son désir d'ailleurs - "Je vis et il ne se passe rien" - aura le mot de la fin : "L'histoire d'une vie c'est toujours l'histoire d'un échec".
Belle réussite que ce premier roman caustique, savoureux, très drôle. On rit de bon coeur et souvent.


  • Jacques Griffault : Olive Kitteridge - Elizabeth Strout - Ecriture, Paris, France - 03/11/2010

Prix Pulitzer 2009, ce roman ample, construit autour du personnage d'une femme a priori peu sympathique mais avec laquelle on ressent progressivement de nombreuses affinités, m'a vivement impressionné.
Treize fragments d'existence étalés sur une trentaine d'années reliés par un personnage principal, Olive Kitteridge. Forte femme au parler franc souvent brutal voire blessant, professeur de mathématiques tyrannique mais respectée, Olive Kitteridge ne tolère pas la bêtise, a peu de patience avec les gens qu'elle ne supporte pas, c'est à dire pratiquement tout le monde. Elle vit à Crosby, une petite ville côtière du Maine, avec Henry, son mari attentionné et patient. Ils ont un fils Christopher pour lequel ils construiront une maison mais qui s'échappera sur la côte Ouest pour fuir la présence étouffante de sa mère. Malgré son caractère peu aimable le lecteur s'attache vite à cette femme dont il découvrira l'humanité dénuée de toute sentimentalité.
Chacune des treize tranches de vie est une histoire complète avec sa propre atmosphère et sa propre tension narrative. Le lecteur est vite embarqué et conquis par le talent de l'auteur qui aborde avec une justesse étonnante et une psychologie très affinée les grands thèmes de l'existence : l'amour contrarié, la déprime, la vieillesse, la maladie, la difficulté de se comprendre même entre proches.
Un formidable livre qui hantera longtemps son lecteur.


Fouad Laroui est un habitué de "Place aux Nouvelles" depuis qu'il a obtenu le "Prix de la Nouvelle du Scribe 2005" pour "Tu n'as rien compris à Hassan II". En raison d'une obligation universitaire il n'a pas assisté cette année à ce festival littéraire que nous organisons à Lauzerte. Dommage car j'aurais bien aimé lui dire de vive voix tout le plaisir que j'avais éprouvé à la lecture de son récent roman "Une année chez les Français", une opinion qui semble largement partagée puisque, entre autres, ce roman a figuré sur la première sélection du Prix Goncourt 2010.
Si, suivant mes recommandations, vous avez déjà lu Fouad Laroui - par exemple son autre recueil : "Le jour où Malika ne s'est pas mariée" - vous savez que cet universitaire qui vit depuis vingt ans à Amsterdam, après avoir dirigé une usine de phosphates au Maroc, son pays d'origine, est un conteur doué.
C'est dans le Maroc de son enfance et de sa période de directeur d'usine qu'il puise l'inspiration de ses livres. Formidable raconteur d'histoires, doté d'un sens aigu de l'observation, il dispose d'un humour impitoyable qui frise l'irrévérence mais n'exclut pas la tendresse. Il dit la vérité la plus grave sur le ton le plus léger dans un style remarquable de concision et de précision.
Identité, tolérance, respect de l'individu sont trois des valeurs qui se retrouvent dans les différentes tranches de vie de ses nouvelles.
Ici il nous raconte le choc culturel éprouvé par Mehdi, jeune élève boursier, lorsqu'il entre au prestigieux établissement français, le lycée Lyautey de Casablanca, en 1969.
C'est évidemment largement autobiographique. C'est émouvant, cocasse, drôle, très finement observé.
Quel talent !


  • Jacques Griffault : Mascarade - Gabriel Chevallier - Dilettante, Paris, France - 14/10/2010

En 1948, dix-huit ans après "La Peur", ce livre poignant, essentiel sur la Grande guerre, quatorze ans après son célébrissime "Clochemerle", Gabriel Chevalier publie "Mascarade", cinq portraits-charge fort réussis.
Vont défiler devant vous :
- le colonel Crapouillot, un dur des durs de la der des ders, sanguinaire, vachard, dont "le sourire avait la même réputation de rareté que l'héritage d'un oncle d'Amérique, à moins qu'il ne fût l'émanation d'une joie cruelle et malsaine".
- la tante Zoé, l'une des cinq tantes du narrateur, qui a "un arrière-train énorme qui conférait à sa virginité un côté ostentatoire et monstrueux. Cet arrière-train se mouvait avec un dandinement d'oie, et c'était toute une affaire de le caser entre les bras d'un fauteuil". Un jour cette tante réputée à héritage surprend dans la cuisine le père du narrateur s'ébattant tout à fait intimement avec la bonne...
- Ernest Mourier, petit escroc qui vers sept heures du soir, dans le XIIe arrondissement tue une vieille femme, s'empare de ses économies sous l'oeil rond d'un perroquet où brille une lueur diabolique. Et dix ans après, rentrant chez lui un soir, il est accueilli par un «Coco, joli Coco» poussé par un perroquet qui ressemble fort à l'autre...
- Jean-Marie Dubois, placier en cirage, écope en 1941 d'un an de prison ferme pour outrage à la force publique. En prison il rencontre un détenu de marque, M. Prosper, entouré de considération, qui a réponse à tout. Il retrouvera M. Prosper à sa sortie de prison qui lui proposera un marché. Noir !
- Le vieux, à soixante-seize ans, décida de se remettre au travail. Il voulait quand même revoir son trésor avant de mourir, le contempler et le tenir dans ses mains. Alors il creuse, creuse, creuse ?
Comme dans "La Peur" - cette "peur qui décompose mieux que la mort" - où le lecteur était au plus près du quotidien des soldats, nous sommes ici au plus près de la vie des personnages de Gabriel Chevalier. Très vite ils nous semblent familiers bien que campés dans une toute autre époque. Ces cinq portraits resteront longtemps dans la mémoire du lecteur qui aura pris un plaisir vif et continuellement renouvelé à déguster la langue goûteuse, délectable, roborative mais toujours très digeste de Gabriel Chevalier.
Merci au dilettante d'avoir redonné vie à ce grand texte et de nous permettre ainsi - après avoir exhumé "La Peur" - de découvrir l'ampleur du talent de Gabriel Chevalier.


Viviane Lancier est commissaire à la 3ème division de la police judiciaire de Paris. Son équipe est composée de six hommes. "La gentille, la teigneuse, la bosseuse, c'est elle. Elle, la commissaire : Viviane tenait beaucoup à ce la, et se moquait des bons usages". Elle a trente sept ans et tout lui fait mal. Son corps lui fait mal - avec ses huit kilos de trop - ses régimes lui font mal, sa vie lui fait mal, à commencer pas son célibat. Il n'y a que son boulot qui ne lui fait pas mal.
Lorsque commence ce livre elle vient de commencer un régime dissocié, ce qui n'arrange pas son caractère, déjà bien trempé.
Un clochard, fan de Victor Hugo, est assassiné alors qu'il s'apprêtait à remettre à l'académie française la photocopie d'un sonnet brûlant que des spécialistes attribueront à Baudelaire. Tous ceux qui sont en contact avec ce sonnet sont menacés, attaqués. Viviane Lancier entre en scène flanquée d'un nouveau venu dans son équipe, le lieutenant Augustin Monot, ingénu, craquant, à qui elle va mener la vie dure. Faut dire qu'il est encore un peu vert l'Augustin avec son air de premier de la classe et qu'il fait des écarts à la procédure, par exemple en s'empiffrant d'un élément du dossier, un pancake qui était dans la besace du clochard, ou encore en prenant des initiatives avec la presse qui n'ont pas l'heur de plaire à la commissaire.
C'est du grand Flipo. Flipo - Ben oui l'auteur de "La Diablada" (Anne Carrière) qui a obtenu le "Prix de la Nouvelle du Scribe - Lauzerte 2007", de "Qui comme Ulysse" (Anne Carrière), de "Le film va faire un malheur" (Castor Astral). Georges Flipo porte un regard distancié et ironique sur les situations et ses personnages. L'humour en demi-teinte, piquant et caustique, le ton persifleur, l'intrigue bien troussée, menée à vive allure, le sympathique et attachant duo formé par Viviane et Augustin, de nombreux personnages secondaires voire tertiaires fort bien croqués, voilà quelques-uns des ingrédients de ce polar qui ne se prend pas au sérieux et grâce auquel vous allez passer un très agréable moment.
Quelques extraits : "La façade du bistrot semblait annoncer la couleur : elle était violette et lie-de-vin" ; ou encore "Entre clodos, on est jamais vraiment très copains. On se met ensemble, c'est juste pour se sentir un peu moins con quand on picole ou quand on parle tout seul" ; et aussi "La vraie nuit avec Fabien commença enfin. Il suffisait de libérer les chambres à quatorze heures : en attendant, ce fut Viviane qui se libéra".


  • Jacques Griffault : La guerre du Kippour - Frédéric Chouraki - Dilettante, Paris, France - 16/07/2010

Frédéric Chouraki, auteur, entre autres, de Jacob Stein ou De l'inconvénient d'être juif quand on est blond aux yeux verts (le dilettante, 2002), est féru de mystique juive.
Fred Bronstein est "nègre pour des romans pédés à l'eau de rose". Depuis sept mois il sort avec Popeline, une rousse démoniaque. "Si son faîte est un oriflamme, le reste de son corps tient davantage du gisant. Sa folle séduction naît assurément de ce contraste". Elle a accepté de l'accompagner chez ses parents pour célébrer le Yom Kippour, «jour du Grand Pardon», où les juifs du monde entier jeûnent une pleine journée pour expier leurs péchés de l'année. "Au menu : interdiction de tout (travailler, écrire, baiser, médire, allumer la télé) hormis l'auto-flagellation mentale et penser à Dieu autant que possible". Popeline, qui a été élevée dans une bourgade des Landes, à l'ombre de pins géants et virils, a accepté, non pas par amour pour Fred, ni pour Yahvé, mais "pour perdre des fesses". Elle a souvent rêvé de ce Yalta avec la mère de Fred. «J'espère de tout mon coeur qu'elle va me détester.» Elle arrive chez les parents de Fred avec la chevelure relevée en choucroute, un chemisier en soie outrageusement décolleté, un pantalon en Skaï moulant comme une second peau, d'hétérodoxes cuissardes de Hells Angel et les doigts couverts de bagues fantaisie bon marché. En l'amenant ainsi chez ses parents, Fred a bien l'intention de "régler son compte par rousse interposée avec une ascendance étouffante".
C'est très drôle, les dialogues effilés et corrosifs crépitent, les bons mots valsent à mille temps, l'esprit, surtout le mauvais, souffle en rafales, les traditions sont secouées vertement, les personnages férocement croqués, et la sexualité - merci Popeline - débridée.
Burlesque, loufoque, hilarant. Irrésistible.


Les poètes anglais sont en vogue. Dans l'éblouissant "Bright Star", film de Jane Campion, c'est John Keats (1795-1821) qui est en scène : son amour platonique avec sa voisine Fanny Brawne, leur séparation lorsqu'il va tenter de soigner sa tuberculose à Rome, sa mort dans la ville éternelle à 25 ans.
Un siècle et demi plus tard, toujours en Angleterre, c'est la rencontre, la passion et le destin tragique de poètes anglais que Claude Pujade-Renaud raconte brillamment, en profondeur.
Cambridge, 1956. Sylvia Plath, jeune poétesse américaine rencontre Ted Hughes, poète prometteur. Ils sont beaux, jeunes, plein d'énergie. Vite ils vivent une passion érotique et créatrice qui les emporte. Mariage, naissances, installation à la campagne. Sylvia célèbre "l'équilibre enfin atteint dans le tissage de la création et de la vie familiale". Tout semble leur réussir. Mais l'écriture ne guérit pas Sylvia de ses maux profonds et Ted n'est "pas assez solide pour faire face aux angoisses de Sylvia, l'aider à les métamorphoser par la création". Par ailleurs, Ted, séducteur convoité, ne résiste pas à aller «braconner» sur les terres des autres. Leur rencontre avec un autre couple de poètes, Assia et David Wevill, entraînera le lent mais irrésistible délitement d'un des couples les plus séduisants de la littérature. Cette même Assia qui avait murmuré à David : «J'aime tes poèmes. Et je t'aime»...
Sur cette trame historique, Claude Pujade-Renaud construit son roman en donnant la parole aux principaux protagonistes, à part Ted Hughes, mais aussi aux membres de leur famille, à leurs voisins, à leurs médecins,... Chaque intervenant donne sa propre version du récit, le colore. Le roman est ainsi composé de chapitres courts - de 1 à 6 pages au plus - qui forment une mosaïque rythmée à partir de laquelle le lecteur peut aussi interpréter.
Le premier et le dernier mot du roman est «zoo». À Londres les deux couples de poètes habitent non loin du zoo. Dans les poèmes de Ted et de Sylvia, les désirs, pulsions et fantasmes sont souvent incarnés par des animaux. Le croisement entre l'animalité et la maîtrise du langage, entre mots et animaux, a été - a reconnu l'auteur - essentiel lors de la construction de son roman.
C'est un formidable roman, remarquablement bien écrit et construit, qui emporte le lecteur : comment ne pas être fasciné par la passion violente qui transporte Sylvia et Ted, leur désir ardent de réussir leur vie de couple et leur vie de poètes, leur échec, la mort tragique de plusieurs des protagonistes - Il y a là une matière follement romanesque que Claude Pujade-Renaud a pétri avec bonheur et talent.


Les poètes anglais sont en vogue. Dans l'éblouissant "Bright Star", film de Jane Campion, c'est John Keats (1795-1821) qui est en scène : son amour platonique avec sa voisine Fanny Brawne, leur séparation lorsqu'il va tenter de soigner sa tuberculose à Rome, sa mort dans la ville éternelle à 25 ans.
Un siècle et demi plus tard, toujours en Angleterre, c'est la rencontre, la passion et le destin tragique de poètes anglais que Claude Pujade-Renaud raconte brillamment, en profondeur.
Cambridge, 1956. Sylvia Plath, jeune poétesse américaine rencontre Ted Hughes, poète prometteur. Ils sont beaux, jeunes, pleins d'énergie et de projets. Vite ils vivent une passion érotique et créatrice qui les emporte. Mariage, naissances, installation à la campagne. Sylvia célèbre "l'équilibre enfin atteint dans le tissage de la création et de la vie familiale". Tout semble leur réussir. Mais l'écriture ne guérit pas Sylvia de ses maux profonds et Ted n'est pas assez solide pour faire face aux angoisses de Sylvia, l'aider à les métamorphoser par la création. Par ailleurs, Ted, séducteur convoité, ne résiste pas à «braconner» sur les terres des autres. Leur rencontre avec un autre couple de poètes, Assia et David Wevill, entraînera le lent mais irrésistible délitement d'un des couples les plus séduisants de la littérature.
Sur cette trame historique, Claude Pujade-Renaud bâtit son roman en donnant la parole aux principaux protagonistes - à l'exception de Ted Hughes - ainsi qu'aux membres de leur famille, à leurs voisins, à leurs médecins,... Chaque intervenant donne sa propre version du récit, le colore. Le roman est ainsi composé de chapitres courts - de 1 à 6 pages au plus - qui forment une mosaïque rythmée qui laisse au lecteur une marge d'interprétation.
Le premier et le dernier mot du roman est «zoo». À Londres les deux couples de poètes habitent non loin du zoo. Dans les poèmes de Ted et de Sylvia, les désirs, pulsions et fantasmes sont souvent incarnés par des animaux. Le croisement entre l'animalité et la maîtrise du langage, entre mots et animaux, a été - a reconnu l'auteur - essentiel lors de la construction de son roman.
C'est un formidable roman, remarquablement bien écrit et construit, qui emporte le lecteur : comment ne pas être fasciné par la passion violente qui transporte Sylvia et Ted, leur désir ardent de réussir leur vie de couple et leur vie de poètes, leur échec, la mort tragique de plusieurs des protagonistes ? Il y a là une matière follement romanesque que Claude Pujade-Renaud a pétrie avec bonheur et talent.


  • Jacques Griffault : A l'abandon - Laurence Tardieu - Naïve, Paris, France - 20/05/2010

Encore une belle découverte que ce petit livre illustré. Si vous avez aimé "Un temps fou" - de la même Laurence Tardieu -, cet hymne au désir, au bonheur d'aimer, vous vous laisserez emportés par ce texte remarquablement écrit, tout en sensations, en nuances subtiles où à la relecture on trouve des charmes nouveaux.
Une jeune femme est allongée par terre, le visage dans l'herbe. Elle est immobile mais il lui semble pourtant que tout tournoie autour d'elle comme si quelqu'un l'avait prise dans ses bras et lentement la berçait. "Depuis combien de temps n'avais-je plus été bercée, depuis combien de temps l'enfance m'avait-elle quittée, et l'amour, et la douceur des choses."
Un livre agréablement illustré qui réchauffera le coeur de la personne à qui vous l'offrirez.


  • Jacques Griffault : Le reste est silence - Carla Guelfenbein - Actes Sud, Arles, France - 26/04/2010

"Parfois les mots sont comme des flèches. Ils vont et viennent, blessent et tuent, comme à la guerre. Voilà pourquoi j'aime bien enregistrer les adultes". Ainsi s'exprime Tommy, 12 ans, au tout début de ce roman. Caché sous une table avec son MP3, lors d'un grand mariage, il apprend que Solidad, sa mère, n'est pas morte de maladie mais qu'elle s'est suicidée. Un des secrets les mieux gardés de la famille Montes. Ébranlé par cette nouvelle Tommy va mener son enquête et tenter de démêler les non-dits et les mensonges dans lesquels il a été plongé.
Son père, Juan, est un célèbre chirurgien de Santiago du Chili. Il est marié depuis huit ans avec Alma qu'il a rencontrée lors d'un voyage à Barcelone alors qu'elle travaillait dans un restaurant et vivait avec "un de ces types qui font de leur immaturité et de leurs faiblesses un art de vivre".
Lorsque le livre commence, Alma lui a fait promettre de l'emmener passer une nuit à Los Peumos par besoin d'être seuls, mais surtout, comme le dit Alma, qui a mis tous ses espoirs dans cette nuit, pour changer, ne serait-ce qu'un tout petit peu, la routine quotidienne, d'ouvrir un interstice par où ramener le désir. Mais Juan est appelé en urgence pour greffer un coeur sur un gamin de douze ans qui est né, comme Tommy, avec une maladie cardiaque assez rare. Malgré les supplications d'Alma qui l'invite à confier cette opération à son assistant tout aussi compétent, Juan décide, par devoir, de renoncer au projet qui tient tant à coeur à Alma. "Désolé".
Entre Tommy et Alma existe une réelle complicité même si Tommy déteste Lola, la fille d'Alma. Aussi Tommy est-il assez perturbé lorsqu'il surprend une conversation entre Alma et "un très vieil ami d'Alma". Il a peur qu'Alma s'en aille.
Ainsi débute ce roman dans lequel les trois personnages principaux, Tommy, Alma et Juan, racontent, tour à tour, le présent et les évènements importants ou minimes qui les ont menés là. Les souvenirs, comme le dit Alma, "se construisent avec délicatesse avant de se déposer dans la mémoire : mais ils ne se figent pas, ils se transforment au rythme des sentiments qui les accompagnent, jusqu'au jour où il devient malaisé de distinguer la part de vérité qu'ils contiennent".
Tommy, ce tout jeune adolescent très perspicace, note ses "découvertes" sur son ordinateur. Elles résultent d'expérience personnelle - "Avec les amis on partage les mensonges" - mais aussi de réflexions plus intimes - "L'élément de maman et le mien, c'est l'eau". Il sait que le silence, quand on ne le connaît pas, fait peur. Il note que "quand papa ne dit rien c'est comme si soudain quelqu'un éteignait la lumière et laissait tout le monde dans le noir, perdu". Voilà pourquoi les silences de papa sont noirs. Au contraire d'autres qu'il qualifie de blancs qui sont, eux, par contre, pleins de lumière.
Deux personnages marqueront longtemps le lecteur. Tommy, bien sûr, lucide, perspicace, poignant, que l'on a envie de prendre dans ses bras, de réconforter. Mais aussi Alma, à la fois fragile et romantique ? «Mon Amour». "Des mots usés jusqu'à la corde et qui pourtant commencent à me plaire, par la sensation d'irréalité qu'ils suscitent - qui voudrait tant vivre la passion qui a la caractéristique trompeuse de persuader celui qui l'éprouve d'être une exception" mais qui découvrira que les sentiments qui l'ont uni à Juan sont meurtris mais encore vivants.
Un beau titre - et une belle couverture - pour ce superbe roman, attachant, qui raconte comment la vie, qui semblait ordonnée et paisible, dérape : Tommy est confronté à ses origines, à son identité ; Juan à ses non-dits, ses dissimulations ; Alma à ses difficultés d'aimer.

N.B. Carla Guelfenbein est née en 1959 à Santiago du Chili. Exilée en Angleterre après le coup d'État de Pinochet, elle y étudie la biologie, puis le dessin. De retour au Chili, elle travaille dans des agences de publicité. Le reste est silence, son troisième roman est en cours de traduction dans une dizaine de langues.


La carrière de guitariste de jazz de Coleman Moore s'est brutalement interrompue lorsque ses mains, brisées au cours d'une rixe, ne purent plus jouer les accords voulus. Pour survivre il est chauffeur-livreur de bière, pale caricature de son grand-père Havelock Moore - H.M. - qui, durant la Prohibition, naviguait la nuit sur les eaux noires du lac Huron, la cale chargée d'alcool. Ce même Havelock qui critiquait vivement le bateau en fibre de verre, le «Pequod» - clin doeil à «Moby Dick» - de son fils Dorian. Pour lui, seul comptait le bois, un bateau en plastique était une «baleine blanche»...
Havelock et Dorian mourront dans des conditions dramatiques.
Les doigts perclus et rigides de Coleman lui causent parfois une intense douleur. Bien rude châtiment pour ses fautes de conduite. Il donne raison à H.M. qui disait : «Dieu est injuste. Il n'a aucun sens de la mesure».
Les souvenirs affluent. Sa rencontre avec une légende, le musicien noir Otis Young. Les leçons de guitare qu'il paie en tondant la pelouse d'Otis ce qui lui vaut des raclées des garçons blancs de sa classe. Les longues heures de travail entre les leçons, la certitude qu'apprendre la musique fera de lui quelqu'un de meilleur. Ses plus belles années lorsque avec Brian, un bassiste qui s'avérera être un ami très généreux, et Tom, un batteur, ils formaient le trio CBT, célébré dans les clubs de Chicago. Né Jason, censé devenir un marin comme son père, il avait changé son prénom en Coleman sur la suggestion du directeur d'un club de Detroit, pour faire plus afro-américain. Son enthousiasme pour la musique est authentique, son ambition immense. Sommé de choisir il préférera la musique et perdra Jennifer, son unique et véritable amour.
Sa seule joie, désormais, ce sont les visites que sa fille Heather, très mature et raisonnable pour ses dix-sept ans, lui rend sur le «Pequod», en cale sèche, où il vient régulièrement respirer l'odeur de la toile et boire. Divorcé, il essaie d'être un bon père mais, un jour, il s'emporte brutalement contre un ami de Heather ; s'en suit une mauvaise passe dans ses relations avec sa fille.
Bien qu'affaibli par l'alcool, morose mais parfois drôle - entre autres lorsqu'il évoque sa propriétaire sexy et bigote - Coleman qui se souvient que son grand-père disait qu'«Un Moore ne coule jamais» est déterminé à surmonter sa douleur et à exorciser ses démons.
Avec Joseph Coulson le temps est fluide et circulaire : l'auteur passe du présent au passé sans avertissement, au rythme des allers et retours de la mémoire de Coleman. Ses souvenirs familiaux se tressent subtilement avec ceux de sa carrière musicale. Le roman entier est imprégné de jazz ; les personnages rentrent et sortent de la ligne narrative comme des musiciens venant jouer leurs solos de basse ou de batterie.
Un superbe roman riche, ample, construit avec virtuosité qui entrelace les changements sociaux de la seconde moitié du vingtième siècle avec l'histoire prenante de trois générations de Moore.


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