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1515 et les grandes dates de l’histoire de France

Auteur : Alain Corbin

Date de saisie : 14/01/2008

Genre : Histoire

Editeur : Points

Collection : Points. Histoire, n 388, n 388

Prix : 10.00 / 65.60 F

ISBN : 978-2-7578-0690-6

GENCOD : 9782757806906

Sorti le : 03/01/2008

  • Les presentations des editeurs : 15/01/2008

Maurice Agulhon
Francoise Autrand
Pierre Bauduin
Jean-Jacques Becker
Bartolome Bennassar
Yves-Marie Berce
Jean-Paul Bertaud
Patrick Boucheron
Jacques-Olivier Boudon
Alain Boureau
Monique Bourin
Pierre Cabanes
Alain Cabantous
Jean-Pierre Chaline
Christophe Charle
Bernard Chevalier
Philippe Contamine
Joel Cornette
Denis Crouzet
Jean Favier
Marc Ferro
Janine Garrisson
Claude Gauvard
Jean-Noel Jeanneney
Christian Jouhaud
Philippe Joutard
Andre Kaspi
Francois Lebrun
Jacques Le Goff
Regine Le Jan
Emmanuel Le Roy Ladurie
Francoise Micheau
Pierre Nora
Michel Parisse
Michelle Perrot
Natalie Petiteau
Claude Petitfrere
Antoine Prost
Jean-Pierre Rioux
Rene Remond
Francois Roth
Maurice Sartre
Robert Sauzet
Jean-Claude Schmitt
Jean-Francois Sirinelli
Michel Sot
Jean Tricard
Michel Vovelle
Francois Walter
Michel Winock

De Marignan a Valmy, de Bouvines a Fontenoy, de Vercingetorix a la victoire de 1918… : cinquante et un historiens redessinent et commentent, a la lumiere de la recherche historique la plus recente, le grand recit de l’Histoire de France racontee naguere aux enfants.

  • Les courts extraits de livres : 15/01/2008

600 : ce chiffre rond – d’une rondeur qui masque une approximation qu’archeologues et historiens s’accordent a trouver correcte – marque, de facon symbolique, les noces de ce qui sera la France et de la Mediterranee. Ou plutot, de facon plus precise, l’union des peuples venus du Nord avec la plus brillante des civilisations mediterraneennes, celle dont chacun se plait a se declarer l’heritier, la civilisation grecque. En passant allegrement par-dessus plusieurs siecles de presence romaine, a dire vrai longtemps sujet de discorde dans l’historiographie francaise : qui saura jamais si la conquete romaine a brise les ailes d’une civilisation gauloise en plein essor ou si, au contraire, elle a permis a la Gaule d’echapper a sa barbarie originelle et d’entrer de plain-pied dans la civilisation ? Pour l’arrivee des Grecs a Marseille, nul debat de cet ordre : les noces de Gyptis et de Protis (d’apres les noms que leur donne Justin, mais Aristote, dans la Constitution des Massalietes, les appelle Petta et Euxenos) ne provoquent ni la colere des indigenes delaisses ni l’arrogance de l’etranger vainqueur.
Dans l’imagerie de la France du XIXe siecle, l’episode fut maintes fois repris, et il vaudrait la peine d’en analyser les images diverses. Celle qui est proposee ici oppose les indigenes blonds et moustachus, tout semblables a l’image que l’on se faisait alors des Gaulois, aux Grecs bruns a la barbe soignee, faisant ainsi cohabiter dans une heureuse harmonie deux composantes de la nation francaise. Double illusion qui aide sans doute a fonder l’identite nationale, mais qui ne correspond pas aux realites de l’histoire. D’une part, parce que les indigenes de la cote provencale n’ont, a cette date, rien a voir avec les Gaulois venus plus tard et, d’autre part, parce que l’element grec dans le peuplement de la France meridionale reste d’une extreme modestie. Mais cela n’empeche pas la fondation de Massalia par les Grecs de representer un moment important de l’histoire nationale : Marseille la Grecque jouit ainsi d’une anteriorite sur toutes les autres, y compris sur Lyon la Romaine.
L’arrivee des Phoceens, des Grecs d’Asie Mineure chasses de chez eux par l’exiguite et l’aridite du sol (Justin), se situe sans doute autour de 600, vers la fin d’une periode commencee vers 770 et qui a vu de nombreux Grecs quitter le bassin egeen pour trouver des terres nouvelles autour de la mer Noire, en Thrace, en Italie du Sud, en Sicile, sur les cotes mediterraneennes de la Gaule, de l’Espagne, de la Libye. La fondation de Marseille s’inscrit donc dans le mouvement general de ce que l’on nomme la colonisation grecque. Le choix du site ne se fit sans doute pas au hasard et rappelle, d’une certaine maniere, le site de Phocee meme, une baie fermee par quelques ilots. Bien que nombre d’auteurs anciens placent cette fondation en relation avec la conquete perse de l’Asie Mineure en 546, il est assure que la ville est plus ancienne, et les Phoceens qui fuirent alors fournirent au mieux un renfort a la cite occidentale fondee vers 600.
Mais Marseille differe a bien des egards de la plupart des autres colonies grecques de cette epoque. Alors que partout ou presque les colons cherchent des terres a cultiver, a Marseille la nouvelle fondation ne fut longtemps qu’un comptoir isole, sans territoire etendu, concu comme un relais favorable au commerce.
Le lieu choisi n’est pas sans avantage : un promontoire rocheux au nord d’une profonde crique (l’actuel Vieux-Port) ou se jettent deux minuscules fleuves cotiers, le Lacydon et la Frache. L’ensemble de l’arriere-pays n’est que faiblement occupe par de petites communautes d’agriculteurs-eleveurs dispersees, occupant de preference des sites en hauteur a quelque distance de la mer, des Ligures peut-etre en partie melanges a des populations alpines.