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Accidents de parcours

Auteur : Michel Tolkin

Traducteur : Simone Manceau

Date de saisie : 05/03/2008

Genre : Romans et nouvelles – etranger

Editeur : Archipoche, Paris, France

Collection : Archipoche

Prix : 6.50 €

ISBN : 978-2-35287-070-8

GENCOD : 9782352870708

Sorti le : 05/03/2008

  • Les presentations des editeurs : 04/03/2008

Frank Gale a prevu un sejour de dix jours a Acapulco avec sa femme. L’occasion de faire le point sur leur couple qui bat de l’aile.

Avant le depart, il a glisse une lettre dans ses bagages, qu’il lui remettra sur place : Tu m’as demande s’il y avait une autre femme et j’ai dit non. Mais j’ai menti. J’ai eu une liaison avec…

Frank, qui a justement dejeune avec sa maitresse, manque l’avion. A l’aeroport, ou il attend le vol suivant, il apprend que l’appareil ou sa femme et sa fille ont pris place s’est ecrase.

La descente aux enfers de Frank ne fait que commencer. Bientot, la lettre sera retrouvee sur le lieu du crash… intacte.

Parmi les nombreux scenarios qui ont fait de Michael Tolkin, ne en 1950, l’un des auteurs les plus courtises de Hollywood, le plus celebre reste celui qu’il a tire de son premier roman noir, The Player (l’Archipel, 1993), porte a l’ecran par Robert Altman, et qui a valu au film une double recompense au festival de Cannes.

A la fois angoissant, surprenant et caustique.
Bref, une reussite !

The Los Angeles Times

  • Les courts extraits de livres : 04/03/2008

UN LONG DEJEUNER

La nuit qui preceda les evenements, Frank Gale ecrivit une lettre a sa femme. Elle dormait au premier. Il avait beaucoup a lui dire, mais surtout, il voulait trouver les mots justes.
Avant de recourir a la lettre, il avait envisage un diner dans un grand restaurant ou il lui avouerait tout. Ce serait dramatique et elegant, s’etait-il dit. Precision et details exigeraient de lui une telle concentration qu’il se sentirait sans peur ni trac. Rien de ce qu’il dirait ne serait maladroit ou deplace. Et, fortement impressionnee par la grace dont il ferait preuve dans une situation aussi delicate, Anna ne pourrait que lui pardonner. Ils auraient engage une baby-sitter pour Madeleine, et il aurait pense a reserver une table tranquille, ou meme un cabinet particulier. Chemin faisant, il interrogerait Anna sur la facon dont elle avait occupe sa journee. Il se montrerait doux et attentionne. Ces precautions suffiraient a le debarrasser de sa culpabilite, au moment ou sa femme comprendrait qu’il se passait quelque chose d’inhabituel. Bien sur, elle l’interrogerait, et s’il se montrait malheureux, inevitablement, elle ferait preuve de comprehension et de compassion. C’etait la meilleure facon d’empecher une explosion de colere.
Toutefois, une confession dans un restaurant comportait quelques risques. Que se passerait-il s’il perdait son magnetisme, s’il se mettait a hesiter au milieu d’une phrase ? Anna reviendrait a la realite. Elle se rendrait soudain compte de ce qu’il racontait. Peut-etre meme se mettrait-elle a crier. Jusqu’ou pouvait-il repousser les limites du pardon ? Or, il tenait a etre fair play. Si, comme il le prevoyait, elle avait besoin d’exprimer sa colere, il allait lui faciliter les choses, trouver un endroit ou elle pourrait hurler son refus et sa rage sans se ridiculiser, sans gener les autres. Un endroit protege. Quand il avait eu l’idee geniale de ce voyage a Mexico, il avait d’abord envisage de tout avouer au cours d’une promenade sur la plage, ou le sable serait si fin qu’elle ne pourrait prendre ses jambes a son cou. Ou encore au cours d’une baignade, en fin d’apres-midi, tous deux dans l’immensite de l’ocean. Ils laisseraient Madeleine avec une baby-sitter locale, une femme de chambre cherchant a se faire quelques dollars, une grand-mere peut-etre. Frank proposerait a Anna d’aller nager et, le corps abandonne au rythme des vagues, l’esprit et les sens doucement endormis, il lui avouerait ce qu’il ne pouvait plus garder secret. L’eau ne serait guere un avantage pour Anna. Pourquoi la forcer a nager et a ecouter sa confession en meme temps ? Si elle se mettait a etouffer de chagrin ? Si elle se noyait en l’entendant ? D’ailleurs, pourquoi lui accorder un avantage ? Au nom de la justice. De celle qui exigeait qu’il concedat a Anna le droit de le quitter, ou de ne plus jamais le revoir. Quand, enfin, il lui vint a l’esprit qu’il pourrait lui ecrire une lettre, il tint la solution a son probleme.
Quelques jours durant, il la composa mentalement, avant de saisir sa plume. Alors il se sentit envahi d’une paix immense, totalement soulage, comme s’il avait renonce a une mauvaise cause. Depuis combien de temps desormais entretenait-il ce degout de lui-meme ? Lorsqu’il se rappela qu’il avait failli tout avouer dans un restaurant, il eut honte. Il y vit la preuve de son immense faiblesse morale. Comment esperer consolider son mariage en misant sur l’humiliation en public ? Anna aurait ete forcee de se comporter avec dignite, sans cri, sans eclats, meme si elle etait profondement blessee. Cette grace meditative dont il pensait s’envelopper aurait ete sa meilleure defense. Et la promenade en mer ? Non. L’eau etait une autre forme d’emprisonnement. La lettre donc. Il n’y avait rien de plus flatteur, ni de plus respectable pour la dignite d’Anna, et la sienne, qu’une lettre elegamment composee et soigneusement manuscrite.
Une fois la decision prise, il s’inquieta de la facon de la lui remettre. Il pourrait la laisser seule pour la lire, tandis qu’il emmenerait leur fillette de trois ans se promener sur la plage, ou lui acheter un cadeau en ville. Anna serait alors seule dans la chambre d’hotel et pourrait reagir sans contrainte. Partir ou rester, ce serait a elle de choisir. Elle pouvait faire voler les fenetres en eclats, dechirer les draps a coups d’ongles, balancer ses costumes dans le hall, briser les miroirs ou bruler la moquette. Comme il se garderait bien de protester, elle comprendrait qu’il l’aimait et elle pourrait lui pardonner.

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