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Adam ressuscite

Auteur : Yoram Kaniuk

Traducteur : Jean Autret | Robert Fouques Duparc

Date de saisie : 27/02/2008

Genre : Romans et nouvelles – etranger

Editeur : Stock, Paris, France

Collection : La cosmopolite

Prix : 20.50 / 134.47 F

ISBN : 978-2-234-06112-5

GENCOD : 9782234061125

Sorti le : 27/02/2008

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  • Les presentations des editeurs : 17/02/2008

Adam Stein est un clown juif tres celebre dans l’Allemagne des annees trente. Il echappe a la mort grace a ses talents, acceptant de distraire le directeur du camp de concentration ainsi que ses coreligionnaires, afin qu’ils oublient le sort qui leur est promis.
Apres avoir tente de fuir son passe dans une Allemagne ou la frontiere est bien trouble entre coupables et victimes, il s’installe en Israel, ayant appris que sa fille y a survecu.
Mais sa memoire ne lui laisse aucun repit et Adam commet des actes qui lui valent d’etre conduit dans un Institut de Rehabilitation et de Therapie, construit en plein desert du Neguev pour accueillir les survivants de l’Holocauste.
Dans une langue baroque et brillante, Adam ressuscite decrit le fracas d’une conscience dont les acces de folie absolue sont ponctues de grands moments de clairvoyance. Adam Stein tente desesperement de jouir de l’existence et d’en saisir le sens apres que le tragique a brouille tous les reperes. Mais a t-on encore le droit de vivre quand on a laisse conduire a la mort femmes et enfants ? Quel destin peut connaitre un pays, Israel, qui nait de l’agregation de tant de douleurs ? Une vision infernale dont on ne sort pas indemne.

Ecrivain israelien, Yoram Kaniuk est ne en 1930 a Tel-Aviv. Il participe a la guerre d’independance d’Israel, puis il part vivre aux Etats-Unis. A New York, il se forme a la peinture et travaille comme journaliste avant de revenir au pays. Il se consacre alors a l’ecriture sous diverses formes : nouvelles, essai, biographie.

  • Les courts extraits de livres : 17/02/2008

Le clown

De ses doigts delicats, elle frappe a la porte. Ses cheveux, tires en arriere, sont argentes. Son visage est lisse comme de la soie. Elle porte une robe d’ete, un tissu imprime qu’elle a achete recemment, ca se voit. Avec une large cravate de marin. On dirait qu’elle vient de s’echapper d’une vieille photo fanee. Adam, Adam ! dit-elle mais elle se corrige aussitot : Mr Stein ! Et elle ajoute en marmonnant : C’est l’heure, Adam… je suis desolee. Et en effet, la proprietaire de la pension de famille est vraiment desolee.
De ses mains blanches et delicates, sillonnees de veines bleuatres, elle etreint son cou et semble, l’espace d’un instant, sur le point de defaillir, victime d’un etrangleur. Pas plus tard qu’hier, elle a failli mourir etouffee. Maintenant elle salue l’aube, cette porte. Elle s’apprete meme a saluer avec fierte son pretendu assassin. Son coeur bat comme celui d’une jeune fille se rendant a son premier rendez-vous. Tout a l’heure, alors qu’elle n’etait pas tres bien reveillee, encore somnolente… cette matinee lui semblait merveilleuse. Mais, une fois levee, elle s’est souvenue et a tout compris. Elle touche sa gorge et se surprend a la detester, car elle sait que son destin va se decider dans quelques secondes.
Reveille depuis une heure, Adam fait quand meme semblant de dormir, comme un enfant qui se croit cache s’il ferme les yeux. Mais ses paupieres sont legerement entrouvertes. Il peut suivre les jeux d’ombres, celles des voitures, sur les murs. A travers ses cils, il parvient meme a se voir sur le papier use et fletri. Au Heu des fleurs stereotypees, il voit sa propre image, mille fois reproduite. Il sait que la proprietaire doit maintenant etreindre sa gorge. Il la sent qui se tripote le cou avec tendresse. Il se moque de ce qui s’est passe la nuit derniere ; il se moque de savoir que le cou de cette femme reste chose futile en ce monde. Il sait comment parvenir au bonheur, et il sait qu’il le sait. Pourtant, il comprend aussi l’essence de la finalite. Tout doit avoir une fin. Et Dieu n’est pas plus precis que moi, pense-t-il.
De temps a autre, les cedres projettent leurs silhouettes sur les murs, la ou son visage se multiplie. On dirait qu’ils voguent, voguent jusque dans le coin de la chambre avant de disparaitre, hors de sa vue. En entendant la voix frele de Mrs Edelson, de l’autre cote de la porte, en l’entendant se parler a elle-meme, Adam ouvre les yeux. Il entend meme les pensees qu’elle nourrit dans son coeur.
Avec l’air de quelqu’un qui se reveille a peine, Adam se leve et commence a s’habiller. Maintenant qu’il est debout, il voit par sa fenetre un enorme cypres qui ressemble a la mitre du Grand Inquisiteur. Cette nuit, il a reve d’autodafe. Pour une raison qu’il ignore, il n’a pour ainsi dire jamais reve, depuis qu’il s’est installe en Israel, des evenements qui ont marque son existence. En revanche, il a reve d’evenements qui se sont produits il y a des siecles, et qui concernent des personnes dont le destin n’a qu’un lointain rapport avec le sien. La nuit, sa propre vie est censuree. Et, a sa place, il voit des feux de joie. La nuit derniere, le Grand Inquisiteur brulait un livre. Adam avait l’impression que Faust en etait le titre. Mais cet autodafe le peinait, meme s’il etait convaincu de la necessite de detruire ce livre. Bien qu’il ne fit que remplir les devoirs de sa charge, c’etait quand meme Faust que l’Inquisiteur, coiffe de son chapeau noir et conique, etait en train de bruler.
La journee commence comme une Blitzkrieg. De la rue, des voix lui parviennent. Le bruit des voitures qui vont en ville se mele a celui des bouteilles que livre le laitier. Quelqu’un crie : Mrs Epstein, votre journal. Un journal fend l’air tel un projectile et, bang ! atterrit sur le perron. Sur le trottoir d’en face, un enfant hurle. Adam entend la respiration de sa proprietaire, de l’autre cote de la porte. Il est sur que cette femme raffinee le lorgne a present par le trou de la serrure. Il est courbe au-dessus du petit lavabo dont les robinets grincent et gargouillent. Il releve son visage mouille et crie en direction de la porte : Le soleil est noir comme du charbon, Ruthie, et les nuages obscurcissent le coeur !