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Agir, faire, connaitre

Auteur : Jean Baechler

Date de saisie : 14/03/2008

Genre : Philosophie

Editeur : Hermann, Paris, France

Collection : Philosophie

Prix : 42.00 / 275.50 F

ISBN : 978-2-7056-6723-8

GENCOD : 9782705667238

Sorti le : 15/02/2008

  • Les presentations des editeurs : 17/09/2008

Du Grec de l’epoque classique au Japonais de l’epoque d’Edo, en passant par l’Occidental de la societe contemporaine, l’humanite revet de multiples visages et des identites tres diverses. L’espece humaine se distingue ainsi, dans le regne vivant, par sa nature, toujours virtuelle, qui s’actualise dans et par des formes culturelles particulieres ; et l’actualisation culturelle de sa nature lui pose des problemes dont depend la survie, la perpetuation et la prosperite de ses representants. L’homme est ainsi le resultat des efforts produits pour realiser cette nature virtuelle. L’etre humain est le produit de ses actions, ses factions ou ses cognitions et de celles de ses congeneres.
Etudier les moyens par lesquels l’homme se produit lui-meme est donc d’une importance decisive. Telle est precisement la tache que se donne Jean Baechler dans ce traite de philosophie. En decoule une comprehension originale et neuve de la realite humaine. A partir de la matiere historique, Jean Baechler devoile certaines enigmes propres a la nature humaine. L’analyse qu’il fait de l’agir, du faire et du connaitre permet d’expliquer le regne humain avec une ampleur et une rigueur inedites : il devient possible de lui appliquer les demarches de la science.

Jean Baechler est Professeur emerite de l’Universite de Paris-Sorbonne (Paris IV) et membre de l’Institut.

  • Les courts extraits de livres : 17/09/2008

Remarques liminaires

Une science du regne humain, entendu comme un segment discret du reel, peut partir de deux donnees empiriques peu contestables et incontestees. L’espece humaine appartient, d’un cote, au regne vivant animal et, de l’autre, est productrice d’histoires. La fusion de ces deux propositions en donne une troisieme : l’espece humaine n’est pas programmee. Elle presente cette particularite remarquable d’avoir une nature virtuelle et des actualisations culturelles. On ne nait pas humain, on le devient dans un milieu deja humanise. Chaque milieu humanise a du inventer son mode d’humanisation, en respectant les contraintes et les limites imposees par la nature et la condition humaines. Au sens ou l’humanite n’est pas genetiquement programmee pour produire une ou des formes definies d’humanisation, comme il en advient dans tout le reste du regne vivant, elle doit etre declaree libre.

La liberte

Le concept est delicat a definir, parce que, d’un cote, la liberte a plusieurs dimensions distinctes qui s’expriment en trois definitions legitimes et que, d’un autre, le concept trouve a s’appliquer dans des domaines humains tres differents, comme le psychique, le politique, l’ethique, qui lui donnent chacun une tonalite distincte. Partons de situations de non-liberte assuree, pour definir des sens positifs de la liberte, et procedons a cette analyse a un niveau en quelque sorte algebrique, avant de resoudre les formules generales en formules utilisables dans un domaine determine.
Un contradictoire de la liberte est la necessite. Sa formule generale : Si A, alors B est celle de la causalite deterministe, ou tout evenement est tenu pour un effet necessaire de sa cause et ou, la cause etant donnee, l’effet est entierement previsible dans son occurrence. Une premiere definition de la liberte emerge en contraste, comme la non-necessite et la non-previsibilite, ou encore comme la formule : si A, alors B ou C, ou le ou est decisif. Le sujet acteur est libre, du moins a cet egard, si, excite a une activite quelconque par une impulsion interne ou externe, il peut choisir de son propre chef entre au moins deux activites ou deux modalites d’une meme activite. La liberte est, selon une premiere definition, la capacite de choisir sur une gamme de possibilites, sans que le choix puisse etre rapporte comme effet a une cause interne ou externe au sujet. La non-liberte est, dans cette perspective, le non-choix, qui peut resulter de deux circonstances distinctes, l’une et l’autre egalement liberticides. La premiere est celle ou le choix est l’effet inevitable et previsible d’une cause, interne ou externe, mais echappant au controle du sujet. La seconde est celle qui s’imposerait s’il n’y avait pas pluralite de choix, si les humains n’avaient pas le choix. La nature humaine est libre en un sens double, d’abord au sens ou cette nature est composee de virtualites multiples, entre lesquelles les representants de l’espece ont a choisir pour accomplir leur humanite, et ensuite en celui ou les choix effectues sont le fait des acteurs eux-memes, directement ou indirectement : les humains font leurs histoires. La liberte de choix a encore un autre sens pour l’espece et surtout pour ses representants, elle s’exprime aussi dans la capacite des contraires ou, mieux, des contradictoires. L’homme et les humains ont la capacite de choisir entre le bien et le mal, le vrai et le faux, l’utile et le nuisible ou le nocif, pour ne prendre que ces couples centraux de contradictoires.
La liberte connait un deuxieme contradictoire. Il n’est pas nomme avec l’evidence qui fait de la necessite le contradictoire du choix. Appelons-le, faute de mieux, heteronomie. Admettons la formule generale du choix : Si A, alors B ou C. Il est possible d’abolir toute liberte dans cette formule, en posant que ou = f (X, Y, Z), puis que X, Y et Z sont, a leur tour, chacun de son cote f (O, P, Q), et ainsi de suite, sinon a l’infini, du moins jusqu’a se perdre dans un echeveau indemelable de facteurs. Le choix ne serait pas un choix, mais l’alternative serait indecise et imprevisible, parce que l’actualisation d’une branche plutot que de l’autre dependrait de facteurs, contingents ou necessaires peu importe, mais excedant les capacites de denombrement. L’imprevisibilite des activites ne les soustrairait pas a la necessite, elle signalerait et soulignerait seulement les bornes de nos connaissances. Par definition contradictoire, un deuxieme sens de la liberte peut etre isole, la liberte comme autonomie. La liberte est presente, quand un choix resulte d’une deliberation conduite par le sujet. Il importe peu, pour le moment, que cette deliberation soit bien conduite ou non, qu’elle soit prolongee ou instantanee, qu’elle soit intellectuelle ou quasi-instinctuelle. Le point qui importe est de pouvoir rapporter le ou de l’alternative au sujet lui-meme et non pas a une infinite de facteurs soustraits a sa volonte et a son controle. Au niveau specifique, ou la culture actualise les virtualites de la nature, l’autonomie exprime la latitude qu’ont les societes humaines de chercher, de trouver et d’explorer leur propre interpretation de la nature humaine, la liberte de parler sa langue, de pratiquer sa religion, de developper ses propres moeurs et ainsi de suite. Chaque societe humaine a la capacite d’actualiser a sa maniere culturelle les virtualites de la nature humaine.