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Alexis, la vie magnetique

Auteur : Christine Brusson

Date de saisie : 26/06/2008

Genre : Romans et nouvelles – francais

Editeur : Rocher, Monaco, France

Collection : Litterature

Prix : 19.00 / 124.63 F

ISBN : 978-2-268-06618-9

GENCOD : 9782268066189

Sorti le : 25/08/2008

  • Les presentations des editeurs : 27/06/2008

Paris 1837. Quel curieux destin que celui du petit Alexis qui, mordu par un chien, devient somnambule extralucide, comme on dit a l’epoque ! Ce don prodigieux, c’est son magnetiseur et mentor Marcillet qui va le porter au plus haut. Il exhibe le garcon en province, en Angleterre, a Paris. Alexis, roi des espaces, des deambulations merveilleuses, voit tout, devine tout, retrouve tout, resout tout, dans le temps et l’espace. C’est bientot la gloire et la fortune, meme si certains doutent et ricanent. Des femmes passent dans la vie du voyant : Mina, la petite bonne, Eugenie, la cartomancienne, Rose, l’actrice. Il y a aussi Delaage, avec son etrange baignoire. Alexandre Dumas veut rencontrer le prodige. Cela tombe bien : Alexis, las de tant de seances de magnetisme et de voyages entre deux mondes, veut faire du theatre. Mais c’est la maladie qui le guette et les temps changent. La vogue des tables tournantes detrone le magnetisme, Melies invente le cinematographe…

Dans ce premier roman etonnamment maitrise, Christine Brusson nous parle des turbulences de l’ame et des intermittences de l’esprit a travers un destin singulier : qui de nous ne serait pas touche ?

Christine Brusson, nee en 1963 vit dans le Languedoc-Roussillon. Apres des etudes de Lettres et d’Architecture a Paris, elle partage son temps entre l’enseignement des Lettres, l’ecriture theatrale et la renovation de batiments anciens. Alexis, la vie magnetique est son premier roman.

  • Les courts extraits de livres : 27/06/2008

Extrait du prologue :

Un soir de 1875, deux hommes habilles comme des hommes du monde, cravates et gantes, assistaient a un concert a Paris. On y donnait des oeuvres de Berlioz composees pour un choeur.
Le plus petit avait fiche une grosse perle montee sur une epingle d’or dans la soie noire de sa cravate. Sa redingote trop grande pour son corps fluet lui donnait l’allure de ces enfants qui, habilles en homme, paraissent gauches et empruntes. Il portait une moustache qui avait l’air d’un postiche et que des doigts experts avaient rendue aussi fine qu’une virgule. Ses cheveux grisonnants, bien plaques sur son crane malgre une legere ondulation, etaient separes par une raie sur le cote. Ses levres etaient epaisses et bien dessinees, et leur rougeur laissait supposer un caractere nerveux et exalte que ne dementait pas le regard, clair, brillant, ou se lisait une tristesse diffuse, une melancolie dont on n’aurait pu dire si elle etait reelle ou simplement affectee. Le col de sa chemise etait releve contre son menton separe en deux lobes par une fossette. Ses mains qu’il avait simplement posees sur ses cuisses ne bougeaient pas. Il fixait les chanteurs avec une attention hypnotique.
L’ami qui etait assis a sa droite, plus vieux d’une quinzaine d’annees, offrait un saisissant contraste avec son compagnon. Son habit tombait naturellement, avec elegance. Il etait grand et avait du etre athletique dans sa jeunesse. Il appuyait mollement les bras sur les accoudoirs, son dos enfonce dans le dossier capitonne ; il baillait, trainant son regard d’un chanteur a l’autre avec indifference, et son esprit, maintes fois echappe du lieu, de l’instant, courait d’une rive a l’autre de ses pensees sans rapport avec la musique. C’est pourtant lui, Antoine Merlin, qui avait insiste pour qu’Alexis Didier l’accompagne ce soir-la.
Berlioz. Ce nom n’aurait rien dit a Alexis s’il n’avait habite rue Notre-Dame-de-Lorette et n’etait alle tous les jours se promener du cote de Montmartre. Tous les apres-midi, il passait devant le cimetiere du meme nom et avait assiste, un jour, a une scene improbable qui lui donna le sentiment que la mort, comme la vie, accorde parfois aux etres de mysterieux privileges.
Six ans plus tot, en effet, un apres-midi du mois de mars, alors qu’il marchait sur le trottoir, il vit deboucher a l’angle de la rue un imposant convoi funebre. A la foule immense qui suivait le cortege, a la qualite des personnes que revelaient les habits et les visages, a la magnificence de la voiture, des chevaux, dont on avait tresse la criniere et la queue, coiffes de pompons noirs, de grelots et de carillons qui rythmaient leur marche sautillante, a la somptuosite du drap recouvrant le cercueil, brode d’une lyre en fils d’or, Alexis sut qu’on enterrait un homme illustre. C’etait Hector Berlioz.