Skip to content Skip to sidebar Skip to footer

Alice dans les livres

Couverture du livre Alice dans les livres

Auteur : Jean-Marie Gourio

Date de saisie : 21/12/2005

Genre : Romans et nouvelles – francais

Editeur : Julliard, Paris, France

Prix : 17.00 / 111.51 F

ISBN : 978-2-260-01690-8

GENCOD : 9782260016908

  • Les presentations des editeurs : 14/05/2006

Un dechirant defi a la mort ; un vibrant hommage aux livres.

Nous sommes a l’hopital. Chaque jour depuis des mois, un homme lit pour sa petite fille endormie Alice au pays des Merveilles, de Lewis Carroll. Ce Livre sauvera-t-il sa petite fille, Alice, de la maladie ? Alice du pays des Merveilles sauvera-t-elle la petite Alice du pays des Souffrances ? Il faut croire aux histoires, disent les Livres. Alors Alice au pays des Merveilles quitte son royaume pour venir a la rencontre de la petite Alice a l’hopital. Sortant du livre de Lewis Carroll, traversant les autres livres de la bibliotheque pour apprendre la vie, Alice au pays des Merveilles et le lapin blanc entrainent la petite Alice dans leur reve, loin de ses souffrances.

Jean-Marie Gourio aborde ici avec delicatesse et virtuosite un sujet des plus durs, l’agonie d’une enfant, et parvient a en faire, sans jamais trahir ses personnages, pretant la parole aux objets et heros de papier, un extraordinaire chant choral qui nous emmene au-dela du reel.
Ce livre est un hommage rendu aux livres. A la vie secrete des livres entre eux. A cette diffusion permanente d’une intelligence humaine, d’une ame. Immuable.
Les livres sont toujours la, pres de nous, a attendre. Ils vivent pendant que nous vivons, et pas seulement quand nous les ouvrons. Nous les croyons immobiles mais ils bougent avec nous dans le sens ou notre mouvement modifie leur situation dans notre geographie intime.
Les livres ont ce pouvoir-la : de nous renvoyer une pensee toujours vivante, mouvante, parce qu’ils bougent pour nous montrer que nous bougeons.
Jean-Marie Gourio.

Jean-Marie Gourio a publie, entre autres : Chut !, les fameuses Breves de comptoir et L’Eau des fleurs. Son dernier roman, Apnee, marque un profond tournant litteraire dans son oeuvre et lui confere une nouvelle dimension.

Debut du livre :

– Qui parle ?
– Moi.
– Moi, c’est qui ?
– Moi, c’est moi, bien sur ! Tu ne savais pas ? Moi, c’est moi ! Qui veux-tu que ce soit ? Ici, tout le monde parle. Tout le monde est Moi.
A cet endroit du pays, la riviere fait une boucle et s’ecoule, lourde et verte, ralentie par les branches et les barques amarrees sous les tours du vieux rempart. D’un cote de la riviere, c’est la ville, mais de l’autre cote, s’etalent en larges zones les enclos a vaches et les pres humides d’ou s’envolent avec lourdeur les grands herons. Une fois passe le pont principal, les eaux filent droit entre les facades de pierre et les jardins pour se jeter dans la cascade du moulin. Les canards y nidifient sur des iles minuscules formees de branchages qui emprisonnent la vase. De nuit, les familles de ragondins remontent le courant en longeant ses berges sans faire de bruit. La lune transforme les pres noyes en un disque argent. C’est une cite medievale entouree d’eau. Un village dresse sur la plaine comme un carton decoupe. Une architecture de conte.
Moi, je suis une fleur. Une fleur d’eau, comme il en existe des milliers dans ces courants. Je suis minuscule. Jaune vif. Citron. C’est avant la cascade que je vis accrochee par ma tige a la berge. Pour mieux situer, c’est juste en face du chemin des pecheurs. C’est la qu’ils viennent parce que c’est un coin a truites. Les plus jeunes ont des gestes lents et precis, lancent bas, effleurent l’eau de leur mouche, pivotent, tracent un grand arc de cercle au-dessus de leur tete pour relancer aussitot en aval, touchent a peine le miroir, relancent en amont, puis en aval, autant de fois qu’il faut.
Les plus anciens lancent, laissent deriver, donnent par moments quelques coups secs du poignet pour faire revivre le leurre. Les lignes se deroulent et la mouche se pose doucement, les nylons accrochent la lumiere, traversent le monde, le separent en parties inegales. Certains dimanches, toute la riviere se trouve prise dans un filet irise. Je parle mieux que les fleurs ordinaires…