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Beaufort (si le paradis existe)

Auteur : Ron Leshem

Traducteur : Jean-Luc Allouche

Date de saisie : 21/02/2008

Genre : Romans et nouvelles – etranger

Editeur : Seuil, Paris, France

Collection : Cadre vert

Prix : 22.00 / 144.31 F

ISBN : 978-2-02-095965-0

GENCOD : 9782020959650

Sorti le : 21/02/2008

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  • Les presentations des editeurs : 19/02/2008

Beaufort, citadelle construite par les croises au Sud-Liban, est une enclave israelienne en territoire ennemi. Durant les deux annees 1999 et 2000 de la sale guerre du Liban – commencee en 1982 pour s’achever en mai 2000 avec l’evacuation totale des troupes sous les bombardements du Hezbollah -, Erez, officier loyal de 22 ans, commande une section d’une quinzaine de tres jeunes recrues envoyees en premiere ligne.
Beaufort n’est pas le recit d’une guerre, mais celui d’une deroute. Ron Leshem nous entraine au plus pres de l’enfer quotidien, au coeur de l’univers clos de la garnison, ou l’ennemi invisible menace constamment. Il decrit la routine sanglante, triste, de ces soldats, le courage et l’heroisme, l’amitie et la haine, les doutes, le sentiment d’abandon par l’Etat, et la peur contagieuse, palpable, qu’ils doivent vaincre chaque jour pour obeir au seul mot d’ordre : attaquer.
Ecrit dans une langue inventive et nerveuse, Beaufort est le portrait implacable d’une generation perdue de jeunes combattants israeliens, et on le lit dans l’urgence et le rythme de cette guerre sans fin.

Traduit de l’hebreu par Jean-Luc Allouche

  • La revue de presse Andre Clavel – L’Express du 24 avril 2008

Avant de devenir un film, Beaufort est un roman, apre et celinien, sur une guerre manquee contre le Hezbollah…
Au reportage quasi journalistique Leshem ajoute un requisitoire contre une guerre absurde : avec sa prose fracassee, mitraillee d’argot, ce voyage au bout de la nuit est, apres Infiltration, de Yehoshua Kenaz, le recit le plus terrible qu’on puisse lire sur l’aspect militaire du conflit israelo-arabe.

  • La revue de presse Gilles Heure – Telerama du 12 mars 2008

Ce roman pourrait etre celui de toutes les guerres : celle, reelle, du Vietnam, ou celle, fantastique, du Desert des Tartares…
Porte par la traduction de Jean-Luc Allouche, qui a reussi une prouesse en traduisant non seulement de l’hebreu, mais aussi du langage militaire et du slang (l’hebreu de la rue), Beaufort, adapte au cinema par Joseph Cedar (sortie le 25 mars en France), se lit d’une traite. Il parle d’une sale guerre ou toute logique disparait, si ce n’est celle de survivre ou de mourir pour rien.

  • Les courts extraits de livres : 12/03/2008

Un tas de gens ont perdu un tas de gens depuis qu’on a perdu Yonatan. Nous aussi, on en a perdu encore parce que, entre-temps, une nouvelle guerre a eclate, et tout est devenu plus sauvage et aussi plus insensible. Qui va perdre son temps pour savoir ce qui nous est arrive auparavant ? Quand la guerre a commence, on a perdu Bar-Noi. Apres lui, onze de nos gars ont clamse. Et lorsque le bilan general s’est arrete a neuf cent vingt victimes et alors qu’on pensait que tout etait fini, s’est ajoute le frere de Kouka qui s’etait engage dans notre unite pour suivre son exemple. Depuis, on a fait mille fois l’amour, on ne peut pas dire qu’on l’a pas fait, et on a ri mille fois. Mais en silence. On a fantasme notre retour dans la forteresse, sur notre montagne. Il y aurait peut-etre un hotel. Ou un parking, un refuge pour les couples amoureux. Ou alors la forteresse serait restee a l’abandon. Et il y aurait la paix. Et moi, je la guiderais a travers les sentiers, on se baladerait main dans la main. Tu vois, cherie, c’est ici que c’est arrive, je lui dirais. Chaque pierre, je lui montrerais. Peut-etre qu’elle me demanderait si c’etait la toute l’histoire : Comment se fait-il que ce soit ca, toute l’histoire, et pourquoi tu as tant pleure, car, justement, c’est tres beau ici, et calme, tout est si vert, ces arbres, ce silence, c’est vraiment la que tu as craque ?

Essaie de t’imaginer qu’on te debarque sur un piton eleve, plus haut que le toit du gratte-ciel Azrieli de Tel-Aviv – on dit meme que c’est le plus haut de tout le Proche-Orient. Comment veux-tu ne pas avoir un panorama a couper le souffle ? La, des villages verdoyants niches au coeur de lopins de terre brune et rouge, des cimes enneigees, des eaux vives, des routes comme en Europe, etroites, sinueuses, desertes, et l’air le plus doux qui soit. Zitlawi disait toujours qu’un air comme celui-la, il faudrait l’enfermer dans des bouteilles d’eau minerale et le vendre aux snobs de la Cite Trente du nord de Tel-Aviv. Ah ! Quelle qualite ! C’est quoi, cette idylle pastorale, le con de ta mere ? On peut la decouper au couteau, cette quietude. Et les couchers de soleil sont chez nous les plus beaux du continent, et les levers encore plus beaux, et des crepuscules sereins sur le toit du monde. Amene ici une fille ou deux quand les cieux s’embrasent d’orange, et tu n’as plus a t’en faire. Et l’aube, c’est un cocktail epoustouflant de bleu intense, de turquoise, de bordeaux avec de fines lanieres de rose comme sur une peinture a l’huile. Et un wadi profond serpente sous notre grand rocher. Et c’est la que tu as craque ? Va comprendre…
Mais moi, je me souviens des lumieres de Kyriat-Chmona s’eloignant a l’horizon, cette nuit-la, les battements de coeur de toute la section, je te le jure, je les entends, la premiere fois qu’on gravit la crete. Le froid ne fait que se durcir. Et, a part nous, pas ame qui vive, et presque pas de villages dans le secteur. Le convoi s’etire, l’epais brouillard l’avale, et l’on n’y voit pas a cent metres. Les tanks se deploient pour nous couvrir. Pendant notre trajet, j’essaie de nous reperer a travers l’etroit sabord, detaille dans un murmure la carte des menaces, balance notre doctrine de combat en version abregee. Je marmonne : Interdit de parler. D’ou le coup va-t-il venir ? J’ai envie de crier au commandant qu’on s’eloigne trop de notre axe, mais je me mords les levres et me tais. A partir de ce moment, plus personne ne pourra me dire : Tu n’as aucune idee de ce que c’est, le Liban. Attends d’y mettre un pied. J’y suis, enfin, c’est l’essentiel. Une colonne interminable, une progression a pas de tortue – le Safari des vivres, le Safari des combattants, le Safari des essences, derriere eux, le camion des munitions avec une grosse grue, un Abir avec le medecin et l’infirmier, encore deux Safari de combattants, le Hummer du commandant, le Hummer de l’adjoint, le Hummer des transmissions electroniques. Ochri me demande si j’ai apporte mes dessous fetiches. Ils sont sur moi, je lui fais signe, parce que notre sort depend de mes calecons. Je les porte, meme si ca signifie trente-deux jours de crasse.
Et je revois le portail de la forteresse s’ouvrir devant nous, puis le vehicule stopper dans un nuage. Et chacun de se saisir de ce qu’il trouve a portee de main – sacs, equipements, a lui, pas a lui – et de se ruer comme un hysterique a l’interieur. Les chefs maugreent a voix basse : Magnez-vous le cul ! Filez, filez ! Plus vite que ca ! Des hommes descendent, d’autres montent, interdit de pietiner sur place, il faut s’abriter vite dans l’espace protege. Quand le parking grouille de dizaines de combattants, c’est la que l’ennemi crache ses salves d’obus. Et moi, je fais de mon mieux, a l’aveugle, je ne reconnais personne autour de moi, j’attrape la chemise d’un soldat inconnu et me laisse trainer a sa suite. Je suis jete dans un sas encombre, recouvert de beton brut de tous cotes. De longs corridors sans entree, sans issue. Une piece mene a des escaliers escarpes qui ne debouchent nulle part, une impasse. Puis une serie de salles au plafond bas eclairees d’ampoules rouges. Et des civieres. Un court instant plus tard, je me retrouve dans l’une des pieces de securite : un boyau etroit et long, une sorte de caverne souterraine, des murs bombes aux parois de metal rouille et des lits comprimes de trois etages qui pendent de la voute par de lourdes chaines.