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Belgique : la descente au tombeau

Auteur : Pol Vandromme

Date de saisie : 07/02/2008

Genre : Documents Essais d’actualite

Editeur : Rocher, Monaco, France

Collection : Documents

Prix : 14.50 / 95.11 F

ISBN : 978-2-268-06534-2

GENCOD : 9782268065342

Sorti le : 31/01/2008

  • Les presentations des editeurs : 17/09/2008

BELGIQUE
LA DESCENTE AU TOMBEAU

Qui ne s’est jamais interroge sur la condition belge ?
En effet, il se passe en Belgique des choses si mysterieuses que les observateurs etrangers les tiennent pour absurdes.
Pourquoi une crise d’une duree interminable ?
Pol Vandromme, ecrivain reconnu qui fut longtemps un des editorialistes ecoutes de la Belgique francophone, repond a ces questions, avec le souci de rendre comprehensible aux Francais et aux Belges eux-memes une realite qui les deconcerte sans mesure. La clef se trouve dans le proces du nationalisme linguistique, le flamingantisme. Pour le saisir, l’auteur relie le passe de la Belgique afin de decrypter la source de son imaginaire politique, et les causes de la convulsion actuelle.
Le bilan que dresse Pol Vandromme est le suivant : la Belgique, rongee par une succession des reformes institutionnelles, a fini par n’etre plus qu’une coquille vide. Il la compare au marronnier d’Anne Frank, pourri de l’interieur et maintenu en vie artificiellement.
D’ou viennent donc ces Belges, Gaulois frappes par une singuliere folie ? Que sont-ils devenus ? Vers quoi vont-ils ? La Brabanconne, hymne national, proclame qu’ils sont sortis du tombeau apres des siecles d’esclavage. Aujourd’hui, quasiment au terme d’une longue descente, tout semble indiquer qu’ils sont en train d’y retourner…

Pol Vandromme, ancien directeur et editorialiste du Rappel de Charleroi, est notamment l’auteur de Vagabondages (Rocher, 2007). Il a ete couronne par la bourse de la Fondation Del Duca et le Grand Prix de la critique de l’Academie francaise.

  • Les courts extraits de livres : 17/09/2008

L’esperance et le desenchantement

Les acquets se dispersent a l’encan, les caquets se poivrent et se vinaigrent, les aguets se fixent dans les yeux des marlous, c’est la foire d’empoigne au guignol de Toone et de Tchantches, les deux variantes de l’espieglerie autochtone, la bruxelloise et la liegeoise.
Ce que l’on designe sous le nom de politique belge est un defi permanent au sens commun. On n’a que l’embarras du choix pour definir le triomphe ubuesque de l’irrationnel. Pour quelques-uns, il s’agit d’une chamaille de potaches autour du bac a sable de la cour de recreation. Pour quelques autres, un rebus de constitutionnalistes eriges en maitres de sagesse bourgeoise par des ecerveles a mine d’augures. Devant l’embrouillamini qui humilie la raison la plus humble et detraque l’ordre vital des societes, d’aucuns osent soutenir que cette agitation delirante participe d’une schizophrenie pour asile psychiatrique ou les medecins molieresques ont perdu l’usage securitaire de la camisole de force.
Quelle que soit l’interpretation retenue, la rengaine editoriale dans les journaux du septentrion aussi bien que dans les gazettes de France et de Navarre renvoie infatigablement au meme refrain : ils sont devenus fous ces Gaulois de l’hinterland. Folie douce ou folie furieuse, c’est selon l’accent de l’humeur nihiliste.
Les Belges eux-memes n’y comprennent plus rien. Non parce qu’ils seraient bouches a l’emeri, mais peut-etre parce que plus rien n’est encore intelligible. Alors, vous pensez, les Francais ! Quand on leur parle de BHL (l’arrondissement electoral de Bruxelles-Hal-Vilvorde), ils se demandent ce qu’on veut leur faire entendre avec le Bazar de l’Hotel de Ville. Lorsqu’on evoque devant eux l’orange bleue (une coalition gouvernementale associant les deux partis democrates chretiens et les deux partis liberaux), ils se figurent que l’on cherche a les familiariser avec un poeme inedit de Paul Eluard.
D’ou venons-nous ? Qui sommes-nous ? A notre place sur la carte du monde, au coeur du delta que forment les fleuves d’Europe, le mosan, le scaldeen, le rhenan, la sornette qui flattait en courtisane le sentiment national a peu traine chez nous. La Belgique, territoire en peau de chagrin, est nee au XIXe siecle du consentement des diplomates rivaux, plat pays, Etat tampon a la neutralite garante de la tranquillite europeenne, avec elle Anvers ne serait jamais un pistolet braque sur l’Angleterre. Il etait aise pour Richelieu de se former une certaine idee de la France, pour Cromwell une certaine idee de la Grande-Bretagne, pour Bismarck une certaine idee de l’Allemagne. Cela allait sans dire quand on se faisait une certaine idee de soi et de son instinct dominateur. Mais une certaine idee de la Belgique ne s’imposait pas d’emblee comme une evidence.
Nous nous sommes battus sous tous les drapeaux que promenerent en Occident les armees accoucheuses d’empire, orphelins de l’Histoire sur notre terre disputee et portant le deuil de notre marginalite. Ce n’est pas un sort enviable, un jour espagnols, le lendemain autrichiens, le surlendemain francais, ainsi trimbales, ballottes, condamnes a la debrouillardise et a ses maquignonnages. Dans nos kermesses heroiques a la Feyder, l’illusion empanachee n’accueillait pas souvent le lyrisme qui galope et qui jubile.
Nous n’avons pas fait les guerres pour le compte de notre prestige ; nous les avons faites pour les beaux yeux des reines qui recurent leur diademe d’autres mains que les notres. Nous n’avons pas vu se lever le soleil d’Austerlitz.