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Auteur : Christophe Nicolas

Date de saisie : 10/10/2007

Genre : Romans et nouvelles – francais

Editeur : Ubu editions, La Madeleine-de-Nonancourt, France

Prix : 12.50 / 81.99 F

ISBN : 2-35197-004-7

GENCOD : 9782351970041

Sorti le : 18/05/2006

  • Les presentations des editeurs : 11/10/2007

Et si chacun de nous etait guette par l’absurde dans sa vie quotidienne ? Ou plutot, et si l’ecrivain nous demandait : on peut tous continuer comme ca mais au fond, ni vous ni moi n’y croyons reellement, non ?

Tels sont les personnages de Christophe Nicolas, des gens simples vivant des histoires simples sous la constante menace du reel. Des heros borderline, a mi-chemin entre la folie et l’acceptation du banal. Ce reel qui leur souffle que les petites choses valent les grandes et reciproquement, que Michael Jackson est une anecdote de voyage et l’ambition sociale, un enfantillage. L’enfance justement. Elle est omnipresente dans les nouvelles de Christophe Nicolas. Peut-etre est-ce, en effet, ce moment miraculeux ou s’equilibrent les reves et les revelations, l’instant precieux qu’il faut approcher avec delicatesse et ne jamais quitter tout a fait.

Christophe Nicolas est ne en 1965 vit et travaille a Paris. Il est l’auteur de trois romans Dehors et pas d’histoires, Hamlet, pan pan pan ! et Nom, prenom.
Il est tout entier, a vif, dans un instant qui s’eternise, ce passage scabreux, vertigineux, vers l’age adulte. Christophe Nicolas flirte avec le paradoxe : son ecriture, tenue, presque atone, electrise l’ennui, l’isolement. Et n’est qu’ivresse.

Martine Laval, Telerama

  • Les courts extraits de livres : 11/10/2007

La guerre chimique

Je suis venu a l’ecole en dormant, sans mon cartable. H m’aura fallu deux jours entiers pour remettre la main dessus, deux matins, deux midis, deux soirs, et puis en poussant la porte de la Rotonde, le patron m’a annonce : Monsieur, j’ai trouve une chose qui vous appartient a cote du Machin, il voulait parler du Space Machine.
Je l’ai imagine ouvrant mon cartable puis le petit classeur bleu, lire mon nom sur une feuille ou ne sachant pas tres bien ce qu’on me demandait j’ai invente. Mais il arrive aussi que je me souvienne du cours car j’ai une bonne memoire. La memoire, les neurones, le bulbe rachidien, une grenouille morte avec des reflexes.
Neuf et demi sur vingt, et mon nom a cote.

Devant le 8 a Huit, mon frere m’a dit : Maman te cherche. Frede et Mao etaient a cote de la boulangerie, caches par les voitures au feu. Frede n’a rien entendu, heureusement pour mon frere parce que, elle, quand on la cherche on la trouve. Moi, c’etait comme si j’avais trois jambes et que l’une apres l’autre elles disparaissaient. Je disais : Houps ! Mon frere n’a pas cherche a m’attraper, il m’a juste dit deux ou trois trucs : qu’avec les saloperies qu’on avale, on n’aura plus de memoire, on ne bandera plus, on sera blancs et transparents comme des asticots, on tuera tout le monde de chagrin. H a dit que j’etais trop avec l’autre folle de Frede, laisse tomber cette taree, m’a-t-il conseille, pense a toi. Je lui ai demande des cigarettes, il m’a donne son paquet et il est parti.

Ensuite on a pris tout le trottoir, Frede, Mao et moi.
Tandis qu’on marchait, le decor me faisait penser a un instituteur declarant : Eveil. Puis avec lui nous cherchions comment ca se fait. Notre ville a, comme toutes les villes, mis une maison sur une autre maison en lapant l’eau d’une riviere, mais notre riviere est toute petite, large comme trois cuisses de grenouille. Autour, l’herbe en profite, elle est haute, elle cache presque l’eau qui coule. On retient l’eau a un endroit avec un petit barrage afin qu’elle puisse passer plus majestueusement entre les maisons, puis elle sert a la blanchisserie du pere de Frede et elle va se faire voir ailleurs. Les herbes sont hautes, c’est la qu’avec Mao et Frede on partage les antidepresseurs maous de sa mere, mais on ne les avale pas en lapant l’eau de la petite riviere, on ne veut pas mourir tout de suite, on va a la Rotonde boire quelque chose pour faire passer le gout des medicaments.
On boit des demis. Mao a eu ses seize ans, il n’ira plus a l’ecole. Frede dit qu’elle se tate. La-dessus, Elvis est arrive avec dans l’idee d’ecrire son nom (cinq lettres pile) sur le Space Machine, Ffighest Scores. Frede est premiere depuis que la machine est la. Je n’ai pas vu le mec l’installer.