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Cafes de la memoire

Auteur : Chantal Thomas

Date de saisie : 07/02/2008

Genre : Biographies, memoires, correspondances…

Editeur : Seuil, Paris, France

Collection : Reflexion

Prix : 20.00 / 131.19 F

ISBN : 978-2-02-067744-8

GENCOD : 9782020677448

Sorti le : 07/02/2008

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  • Les presentations des editeurs : 19/02/2008

Avec legerete et melancolie, ironie et emotion, Chantal Thomas met en scene sa jeunesse, ses etudes, ses errances. C’est a Nice, par une nuit de Carnaval, qu’elle commence son recit. Quelques huitres, un verre de vin. L’oeil aux aguets pour observer ses voisins. Et tous les cafes de la memoire resurgissent, cafes-vitrines, cafes secrets, cafe des spectres et cafe des artistes… Entre le temps de l’enfance a Arcachon, Bordeaux, puis Paris, se raconte l’histoire d’une jeune fille qui, exaltee par l’exemple de Simone de Beauvoir, veut devenir philosophe, s’inventer une vie nouvelle. Mais, tres vite, c’est dans le grand livre du monde qu’elle va faire son apprentissage. Alors elle accorde aux rencontres de hasard et aux ivresses qu’elles lui procurent l’entiere confiance qu’elle accordait au savoir. Cette autobiographie librement menee se situe entre 1945 et 1969, entre la liberation de la France et la demission du general de Gaulle, c’est dire qu’elle est aussi le tableau d’une generation, le recit du triomphe de la jeunesse, de son eclat d’insouciance et de fete.

Chantal Thomas, prix Femina 2002 pour Les Adieux a la Reine, est directrice de recherches au CNRS. Elle a ecrit sur Sade, Casanova, le XVIIIe siecle. Essayiste, romanciere, auteur de pieces de theatre, elle a notamment publie Thomas Bernhard (Seuil), Souffrir (Payot) et Comment supporter sa liberte (Payot).

  • La revue de presse Olivier Le Naire – L’Express du 7 mai 2008

Les souvenirs de la jeune Thomas croisent ceux de toute une generation. Avec une rare finesse, elle les partage dans ses Cafes de la memoire…
L’auteur des Adieux a la reine (prix Femina 2002), essayiste et romanciere comptant parmi les plus brillantes intellectuelles de sa generation, aime les cafes, ces lieux propices au reve, ou l’on apprend a vivre. Rien d’etonnant, donc, a ce que son dernier ouvrage – libre flanerie retracant sa jeunesse – s’intitule Cafes de la memoire. De l’enfance sur le bassin d’Arcachon aupres d’un grand-pere adore a la rencontre, a Paris, avec Roland Barthes, en passant par Bordeaux, ou elle fit ses premiers pas en amour comme en philosophie, Chantal Thomas tisse la memoire a sa maniere, tres personnelle. Et s’invente un double – Lisa – afin de reconstituer la trame fine du souvenir, de reinventer les bruits, les odeurs, les gestes, qui se sont perdus a jamais.

  • La revue de presse Josyane Savigneau – Le Monde du 28 mars 2008

Chantal Thomas etait alors prete pour ce Cafes de la memoire, “meditation sur le temps perdu et sur la maniere dont on est constitue par ce temps perdu. Comment les experiences, meme tres dures, qu’on raconte peuvent etre vecues pleinement, sans etre du cote du poids qui vous alourdit a jamais”…
Les cafes, pour la petite fille d’Arcachon, etaient des lieux mysterieux, interdits. Seuls les hommes y allaient, dont son grand-pere, surement la personne de la famille qu’elle preferait. Pouvoir aller au cafe a ete “un privilege” et si ce livre “avance de cafe en cafe, si les cafes se sont imposes a moi, precise Chantal Thomas, c’est par gout, mais aussi parce qu’ils marquent la difference entre les femmes de ma generation et celles des generations precedentes”. Elle a une predilection pour ces endroits ou se melangent “les categories sociales et mentales”, “ou l’on peut briser la routine”. “Je les vois comme des lieux d’importance vitale, a la fois de l’ordre du quotidien et de l’ordre de l’ouverture a l’inconnu…
Il fallait reconstituer ce parcours, l’organiser – grace aux cafes -, et surtout savoir qu’on “reconstruit”.

  • La revue de presse Francine de Martinoir – La Croix du 27 fevrier 2008

Presente comme un recit autobiographique, ce beau texte a la profondeur d’une fiction ou s’entrelacent les rythmes de l’Histoire et la duree vecue par la narratrice. Son periple s’inscrit dans la trame de ces annees-la, et aussi dans l’efflorescence du cinema des sixties, contrastant avec l’engourdissement de la societe. Les images des films de Godard, Truffaut, Resnais, qu’elle n’a pas toujours l’occasion de voir mais dont elle entend parler, commentees dans les Cahiers du cinema, se superposent a celles, plus pauvres, de son quotidien. Et dans les cafes, parfois, surgissent des apparitions – Sartre et Simone de Beauvoir a la Coupole -, ou glissent des ombres, comme celle de Djuna Barnes, la romanciere de Nightwood. Mais le plus souvent, ce sont des silhouettes mediocres qu’elle parvient a retenir ou a suivre, inconnus de passage, amours sans lendemain, et la quete de lieux ressemblant a ceux de son enfance devient derive libertine vers l’enfer du present.

  • Les courts extraits de livres : 19/02/2008

Par un soir de carnaval et de neige…

La bataille de fleurs, je l’avais oubliee. C’est en sortant de chez ma mere que je suis tombee dessus. Si l’on peut dire, s’agissant de carnaval, un evenement qui est tellement plus grand que nous, une celebration qui nous domine de la hauteur de son peuple de geants en carton-pate, gentiment dresses sur leurs chars. Ils sont les sujets du Roi Carnaval. Dociles, ils vivent le temps d’une fete. Ils n’ont aucun souci du lendemain. Ils se laissent exhiber, avec leurs traits grotesques, leur nez comme une cheminee, leur grosse bouche aux levres rouges, leurs enormes mains ouvertes dans le vide. Ils deambulent au gre des chauffeurs de chars. Plus ceux-ci vont lentement, plus ils sont contents. Il est loin le temps ou les chars etaient traines par des chevaux, ou meme par des hommes, comme ce char naval a la fin du XIXe siecle, peu apres le rattachement de Nice a la France. J’en avais longuement contemple la reproduction dans un livre feuillete a la bibliotheque. Cette barque, un pointu comme on dit a Nice, etait montee sur des roues et garnie de fleurs. Tiree par des pecheurs, elle etait pleine a ras bord d’autres pecheurs, les copains des premiers. Ils riaient et sautaient d’excitation. Ils etaient fiers d’etre ainsi promenes sur le chemin du Bord de mer, la strada del Littorale. Autour d’eux, des gens enfouis dans un cache-poussiere, proteges d’un masque grillage, et armes de seaux et de pelles a confettis, attaquaient. Et ils n’y allaient pas de main morte. Les confettis, comme l’eau pendant une tempete, emplissaient la barque. Les confettis etaient en platre. En recevoir une pelletee vous sonnait net. Sur leur char, les pecheurs, etourdis, presque assommes, essayaient de riposter. Certains n’hesitaient pas a debarquer pour administrer sur terre une serieuse raclee aux assaillants. Ils leur faisaient mordre les confettis puis rejoignaient, gaillards, leur equipage. Souvent les batailles tournaient a la rage. Quand elles devenaient trop violentes surgissaient ceux qu’on appelait les Abbes des Fous ou bien les Abbes de la Jeunesse, une force de l’ordre en quelque sorte. Les Abbes des Fous etaient supposes empecher les exces sanglants, les viols nombreux, en particulier dans les ruelles de la vieille ville, mais la plupart de ces Abbes avines, eructant, n’etaient plus en etat de distinguer entre des notions aussi subtiles que l’ordre et le desordre, ni meme entre la victime et son agresseur. La question ou commencent les exces ? leur passait haut par-dessus les oreilles. En vrais cacous, rendus encore plus redoutables par leur deguisement en personnages officiels, ils se jetaient dans la melee, cognaient sur tout ce qu’ils pouvaient et troussaient aussi volontiers. Voila le carnaval d’autrefois, un sacre defoulement, m’etais-je dit, plongee dans la lecture de ce livre pris par hasard et d’ou j’avais recopie la phrase : Quand les musiques partaient dans la nuit, des farandoles immenses s’enroulaient autour d’elles et les accompagnaient. Une phrase belle comme un conte d’Hoffmann. J’avais range le livre, mais le charme avait continue d’agir. Les musiques en partance pour la nuit tintaient en plein soleil. Et je sentais bouger dans l’air les mains chargees de serpentins de tres anciennes jeunes filles. Des vierges couleur d’ivoire qui se tenaient debout sur le char de la Jolie Baigneuse, ou le char du Theatre ambulant, ou celui de la Cuisine renversee, ou sur le char de la Folie. Les plus audacieuses chevauchaient, bien droites et cuisses nues, dans la Cavalcade des Papillons. C’etait le carnaval d’antan… On s’y castagnait sec. Ce n’est pas tous les jours que les puissants sont a la trappe et les malheureux a la fete. Les puissants rigolaient, ca les amusait de s’encanailler. Dans ces temps-la, ils etaient assez surs d’eux pour se payer ce luxe. Les malheureux s’en donnaient a en crever. Ils avaient le pouvoir. Ils n’en perdraient pas une miette pendant les quelques jours ou le monde etait a l’envers. Les affames se goinfraient, les plus laids s’emparaient des plus belles, les morts revenaient s’amuser un peu parmi les vivants, leur faire des farces, histoire de rapporter quelques provisions de rire pour meubler l’abyssal ennui de l’Eternite. Le Prince des fous, Sa Majeste en chiffons, etait hisse sur un brancard par des mendiants en demence…