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Carnets de guerre : de Moscou a Berlin, 1941-1945

Auteur : Vassilij Grossman

Traducteur : Catherine Astroff | Jacques Guiod

Date de saisie : 17/05/2007

Genre : Biographies, memoires, correspondances…

Editeur : Calmann-Levy, Paris, France

Prix : 22.00 / 144.31 F

GENCOD : 9782702137666

Sorti le : 24/01/2007

  • Les courtes lectures : Lu par Charlotte Thomas – 16/09/2008

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Charlotte Thomas – 12/02/2007

  • Les presentations des editeurs : 16/09/2008

La Grande Guerre patriotique, celle qui debuta en 1941 par une deroute dans la confusion et l’incredulite et se termina, apres quatre ans de sacrifices inouis, avec le drapeau rouge frappe de la faucille et du marteau flottant sur le toit du Reichstag, Vassili Grossman l’a vue de pres. Correspondant de guerre pour Krasnaia Zvezda, le quotidien officiel de l’Armee rouge, du debut a la fin de ce conflit, il a ete sur tous les fronts : la defense de Moscou, Stalingrad, bien sur – experience qui lui inspira son inoubliable roman Vie et Destin -, l’Ukraine, la Bielorussie, la liberation des camps de la mort en Pologne, l’entree dans Varsovie reduite au silence apres l’insurrection, la chute de Berlin. Il a couche sur le papier ce qu’il appelle la verite impitoyable de la guerre, constituee d’anecdotes, de details revelateurs, de propos, de gestes ou de comportements saisis sur le vif avec un regard empreint d’une profonde humanite dans cette negation de l’humanite que fut la guerre sur le front russe. Ses carnets, par leur liberte de ton et leur preference marquee pour la verite profonde des hommes plutot que pour les verites officielles, differaient sensiblement de ses depeches publiees dans L’Etoile rouge et auraient pu valoir de gros ennuis a Grossman s’ils avaient ete decouverts. Aujourd’hui, l’historien Antony Beevor les sauve de l’oubli en nous en proposant des morceaux choisis relies entre eux par des indications precieuses sur le deroulement de la guerre, le contexte politique et le cheminement personnel de Grossman, ex-communiste desenchante, juif athee, et avant tout ecrivain, c’est-a-dire chroniqueur a la fois lucide et complice de la condition humaine a une epoque qui ne voulait voir que des heros et des traitres.

Vassili Grossman (1905-1964), ecrivain de langue russe, est un communiste fervent jusqu’a la Seconde Guerre mondiale ou il se detourne du stalinisme. Son chef-d’oeuvre, Vie et destin, ecrit de 1952 a 1960, est tenu pour le Guerre et Paix du XXe siecle. Interdit par le KGB, il est publie en 1980 en Occident. Il faudra attendre 1989 pour qu’il le soit en Russie.

Antony Beevor est l’auteur, entre autres, de Stalingrad (De Fallois, 2001), de La Chute de Berlin (De Fallois, 2004) et de La Guerre d’Espagne (Calmann-Levy, 2006).

  • La revue de presse Gilles Heure – Telerama du 16 mai 2007

Ces carnets de Grossman disent tout de la guerre et des hommes qui la font ou la subissent. A les lire, on comprend mieux les raisons pour lesquelles il sera l’objet des soupcons des censeurs encore staliniens, a une epoque de guerre froide ou l’honnetete du romancier ne peut plus composer avec les imperatifs de la propagande.

  • La revue de presse Georges Nivat – Le Monde du 23 fevrier 2007

Ces Carnets ne contiennent pas tout, Grossman a du se surveiller, ils pouvaient lui valoir le peloton. Mais ils sont impressionnants. C’est le terreau de ses deux grands romans sur la guerre, Pour une juste cause, ecrit pendant la guerre (ed. L’Age d’homme, 2001), Vie et destin, ecrit en cachette, et qui ne vit le jour qu’a l’etranger. Personnages, reflexions, notations qui broient le coeur sont la, et cet inimitable melange de folie et de bonheur qui rend soutenable la lecture des atrocites que rapporte Grossman…
Ces Carnets disent peut-etre encore mieux que les grands romans le chaos, le sacrifice de soi montant comme une fievre dans l’homme, mais s’accompagnant de ferocite, et puis cette inquietude lovee dans toute l’ecriture grossmanienne : comment sauver l’humain ?

  • La revue de presse Marc Semo – Liberation du 15 fevrier 2007

C’est la guerre a ras de terre. Un melange d’horreur et d’absurde, de routine et d’heroisme, decrit dans une langue sans fioriture…
D’abord reforme pour raisons de sante alors qu’il s’etait porte volontaire des le debut de l’invasion nazie, cet ecrivain juif binoclard et rondouillard a finalement reussi a convaincre le redacteur en chef de Krasnaia Zvezda (l’Etoile rouge), le quotidien de l’armee rouge, de l’accrediter comme reporter. Ses chroniques le rendirent rapidement tres populaire aussi bien parmi les frontoviki (ceux du front) qu’a l’arriere. A la difference de nombre de ses collegues, il reste en effet en premiere ligne. Il parle avec les soldats et il raconte ce qu’il voit, meme si souvent la censure caviarde ou rajoute quelques declarations patriotiques a la gloire de Staline. Il est a Stalingrad et ensuite de toutes les grandes batailles. Il suivra l’armee rouge jusqu’a Berlin. Il evoque l’opposition muette entre le peuple victorieux et l’Etat victorieux, car, pour lui comme pour nombre des combattants, il y avait l’espoir qu’apres la guerre le regime changerait…
Matrice de l’oeuvre future, ses carnets de guerre ont ete trouves dans les archives russes par l’historien britannique Antony Beevor et Luba Vinogradova, qui les ont choisis et annotes pour les remettre dans leur contexte (…). Ce sont des notes eparses et des brouillons dont certains passages auraient pu valoir de serieux ennuis a leur auteur, notamment pendant les premiers mois de l’offensive allemande ou il raconte la debacle.

  • La revue de presse Delphine Peras – L’Express du 25 janvier 2007

La parution des Carnets de guerre de Vassili Grossman permet de decrypter l’oeuvre du grand ecrivain russe… /… le plus eprouvant, dans ces Carnets de guerre, ou les commentaires de l’historien britannique Antony Beevor eclairent systematiquement les citations de Grossman au point de composer une sorte de narration illustree, c’est l’article intitule L’enfer de Treblinka – un texte qui sera cite devant le tribunal de Nuremberg. En 1944, Grossman accompagna les forces sovietiques qui libererent ce camp d’extermination ou environ 800 000 personnes avaient peri en treize mois. Il recree leur martyre, apres avoir interroge quelques survivants, avec une puissance qui terrifie. Le devoir de l’ecrivain est de rapporter l’horrible verite, le devoir civique du lecteur est d’en prendre connaissance, ecrit Grossman. Un credo exemplaire.

  • Les courts extraits de livres : 16/09/2008

SUR LE FRONT DE BRIANSK Septembre 1941

Ortenberg ne laissa pas le temps a Grossman et Troianovski de se reposer a Orel apres leur retraite. Ils furent rappeles pour aller travailler sur le front de Briansk, qui devait bientot supporter de plein fouet l’operation Typhon, durant laquelle le Groupe d’armees centre commande par le general von Bock declencha son offensive contre Moscou.
Route vers le front. Deux soldats de l’Armee rouge dans un jardin vide et somptueux. Matinee claire et tranquille. Ce sont des agents des transmissions.
Camarades officiers, je vais vous faire tomber des pommes, la, tout de suite. Chocs lourds et etouffes des pommes qui tombent dans le silence du jardin abandonne. La triste maison blanche du proprietaire : elle est abandonnee pour la deuxieme fois, son deuxieme maitre est parti, un nouveau est en route. Et le visage joyeux et sale du soldat tenant un tas de pommes dans les mains.
Une vieille femme : Qui sait si Dieu existe ou pas ?, je le prie, ca n’est pas un travail bien difficile, vous vous prosternez deux fois devant lui, peut-etre qu’il vous acceptera.
Dans les isbas vides, tout a ete emporte, ne restent que les icones. Ca n’est pas du tout comme chez les paysans de Nekrassov qui arrachaient au feu les icones et laissaient l’incendie devorer tout le reste.
Toute la nuit un gamin pleure, il a un abces a la jambe. Sa mere lui parle tres doucement a l’oreille pour le calmer tandis qu’a l’exterieur gronde la bataille nocturne.
Temps affreux – obscurite, pluie, brouillard -, tous sont trempes et glaces, et pourtant tous sont contents : il n’y a pas d’avions allemands. Tout le monde s’exclame ravi : C’est un temps ideal !
L’approche des Allemands poussait les paysans les plus prevoyants a transformer les betes en jambons et en saucisses, qu’il etait plus facile de dissimuler.
On tue les cochons. Hurlements terribles qui font se dresser les cheveux sur la tete.