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Ce que Tunis ne m’a pas dit

Auteur : Kaouther Khlifi

Date de saisie : 29/02/2008

Genre : Essais litteraires

Editeur : Ed. Elyzad, Tunis, Tunisie

Collection : Eclats de vie

Prix : 13.90 / 91.18 F

ISBN : 978-9973-58-008-5

GENCOD : 9789973580085

Sorti le : 22/02/2008

  • Les presentations des editeurs : 17/09/2008

Entremetteuse Tunis, avec son Avenue vaste a contenir nombrils a l’air et chevelures voilees, laisses-pour-compte, intellectuels, pietons insolents, fonctionnaires, amants anachroniques, corps qui se frolent ou se cognent. Confusion des sens et des desirs. Desirs que la narratrice cultive sur fond de rue pour celui qu’elle finira a la fois par aduler et braver, jusque dans un rapport de force permanent et irreductible.

Dans le paysage litteraire tunisien, une voix qui s’eleve avec audace.

  • Les courts extraits de livres : 17/09/2008

Le ciel se teint de couleurs pastel mais qui n’annoncent aucune clemence. De rose pale et de violet fade, enchevetres a l’instar d’une aquarelle incidemment diluee avec plus d’eau qu’il n’en faut. Les couleurs migrent l’une dans l’autre et s’arretent aux confins de la beaute, la ou le plus sensible des pinceaux n’aurait jamais ete a meme de les emmener. De grosses masses de nuages gris clair viennent s’apposer bas, comme si en cette fin de journee, comme si en ce debut d’automne, le temps semblait ne pas se decider a afficher les vraies couleurs de la saison.

Quelques grosses gouttes finissent bruyamment sur les pare-brises des voitures et du sol s’echappe une vapeur de poussiere peut-etre due a la douceur de la precipitation. De petits tourbillons de sable s’elevent sur les bords de la route, evasant la chaussee et brouillant la vue. Le vent souffle avec une moderation douteuse et depose sur la peau une sensation de moiteur curieusement agreable.

Je me console de l’irresolution du temps. Le ciel est lui aussi rompu aux errements.

Je me sens soutenue par ce climat indecis en cette fin d’apres-midi. Je me persuade sans peine, a cette lumiere etrangement vive a l’heure du crepuscule, qu’une des rares choses qui porte pleinement son sens est l’incertitude.

Dieu serait-il en train de nous dire : voyez comment l’hiver et l’ete peuvent etre reunis sous le meme ciel. Ce meme ciel sous lequel je suis capable de peindre un arc ou d’activer une foudre. Voyez comment le froid et le chaud peuvent frapper en meme temps sans se resoudre dans la tiedeur, parce qu’a part l’enfer et le paradis, vous n’avez jamais ete en mesure d’imaginer autre chose. Voyez comment le jour rend l’ame a la nuit et emporte avec lui toute sa lumiere, parce que dans l’obscurite, vous n’avez pas besoin d’ombre.

On en est arrive, depuis quelque temps, a ne plus distinguer entre les saisons. Mais peut-etre qu’il serait impropre d’attribuer l’alteration des saisons intermediaires davantage a une malveillance de mere nature elle-meme, qu’a la disparition de l’ensemble des rituels qui ont toujours accompagne l’avenement de chacune de ces saisons.

Peut-etre ne percevons-nous plus l’automne, depuis que le temps ne nous permet plus de s’attarder sur les periples mortuaires de feuilles jaunies qui se detachent de leurs branches pour aller tisser des tapis de rouille dans les allees de nos jardins. Peut-etre que nos jardins n’ont plus d’allees. Peut-etre encore que nous n’avons plus de jardins.