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Ceux qui n’en menent pas large

Auteur : Jean-Pierre Martinet

Date de saisie : 15/10/2008

Genre : Romans et nouvelles – francais

Editeur : Dilettante, Paris, France

Prix : 15.00 / 98.39 F

ISBN : 978-2-84263-161-1

GENCOD : 9782842631611

Sorti le : 15/10/2008

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  • Les presentations des editeurs : 14/09/2008

Plus long, plus lourd, cela aurait pu s’appeler Voyage au bout du rouleau, Mort a petit bruit ou encore Les Pourritures terrestres. Cela se nomme Ceux qui n’en menent pas large. Signe : Martinet (Raphael Sorin nous en dit plus, en ouverture, sur cet as du tangage et grand couseur de suaire). En plat de resistance, l’histoire : les rancoeur et decadence d’un rate de l’ecran, Georges Maman. Joli pousse du theatre de pointe, il finit, lamentable, en boute-en-train du X (et sans pouvoir bouter quoi que ce soit), veuf de son grand amour suicidaire pour Marie Beretta. Harcele par Dagonard, ombre morne et vomitive qui acceptera, epuisee, par se dissoudre, il se finit au tout petit matin, frappant a la porte de son frigo qui, grand frere, lui offrira la cle de tous ses problemes. Voila, c’est ainsi : pas de large, pas de depart, de mer au loin. Les eaux pourries du port. Y macerer. A vie. Que le monde est glace, nous souffle Maman.
On avait compris.
En prime, un texte paru dans la revue Subjectif ou Martinet evoque un autre perdant magnifique au grand jeu de la reussite litteraire : Henri Calet.

Ne a Libourne en 1944, Jean-Pierre Martinet fit des etudes de lettres, puis l’IDHEC pour devenir assistant-realisateur a l’ORTF. Critique a Matulu, il publia son premier roman en 1975. Il vecut longtemps a Paris, termina sa vie professionnelle comme kiosquier a Tours et regagna sa ville natale pour y mourir en 1993.

  • Les courts extraits de livres : 14/09/2008

Maman regardait le ciel mais, de la-haut, personne ne le regardait, lui, Maman, il le sentait bien. Il etait incollable sur la question. L’instinct du vrai professionnel. Aucune lumiere sur lui, pas le moindre petit projecteur, rien. Personne ne bougeait derriere les nuages. Les machinos etaient silencieux, pour une fois. On n’entendait meme pas le bruit de la camera, ou le grincement du travelling. Ni clap de depart ni clap de fin. Un vrai desert, la-haut. La scripte s’etait barree. Le metteur en scene aussi. Le chef operateur avait renonce a diriger la lumiere, c’est pourquoi le paysage donnait une telle impression de debacle, d’inacheve. Il avait beau essayer de se raisonner, ca l’angoissait, Maman, cette absence de mise en scene. Il eut envie de s’engouffrer dans un cinema, n’importe lequel, histoire d’oublier un instant combien la vie etait moche et mal foutue, mais il etait tellement fauche qu’il prefera garder le peu d’argent qu’il lui restait pour s’envoyer quelques bieres. Entre deux drogues, il fallait bien choisir. Vers la fin de novembre, a Paris, au moment des premiers froids, il ressentait presque toujours cette atroce sensation d’abandon, mais, cette annee, c’etait pire que jamais. Vraiment la merde. Il poussa la porte du premier bistrot venu et s’accouda au comptoir. Comme le garcon tardait a venir, il ecrasa un oeuf dur sur le zinc, juste pour faire un peu de bruit, ou se calmer les nerfs, il ne savait pas trop bien. Il se sentait bizarre, en tout cas. Encore plus bizarre que l’hiver dernier a la meme epoque. Cette paire de tenailles a machoires courbes qui se refermait lentement sur sa nuque. Pas mal de temps qu’elle ne l’avait tourmente, cette saloperie. Plusieurs mois au moins. Il l’avait presque oubliee, a vrai dire. Il n’aurait sans doute pas du rester enferme aussi longtemps chez lui apres le tournage de ce film porno. Cette solitude avait fini par le rendre un peu plus timbre que la moyenne des gens, probablement.