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Chemins prives

Auteur : Francois Boivin

Date de saisie : 21/08/2007

Genre : Biographies, memoires, correspondances…

Editeur : les 2 encres, Cholet, France

Prix : 22.50 / 147.59 F

ISBN : 978-2-35168-051-3

GENCOD : 9782351680513

  • Les presentations des editeurs : 22/08/2007

A l’origine, un domaine viticole renomme. Un chateau dans un parc, parmi les vignes a flanc de coteaux du Layon. Trois generations d’une famille bourgeoise : d’un cote, les grands-parents paternels et une de leurs filles restee celibataire, de l’autre, les parents d’une fratrie de cinq. Tensions, obscurs blocages des echanges affectifs.
Le quatrieme enfant – l’auteur -, atypique et deconsidere, percoit ces carences des son plus jeune age. Heureusement, il y a la nature, les animaux et la domesticite. C’est d’abord par la et avec eux qu’il eprouve le gout du bonheur et parvient a se construire, fort de sa singularite, une vie d’homme libre. Chemins tortueux et contrastes jusqu’a la maturite. Il devient un medecin apprecie et reconnu malgre une pratique hors sentiers battus, conforme au personnage. Tour a tour drole, insolite, osee, parfois bouleversante, l’expedition, presentee sous forme de nouvelles, foisonne d’anecdotes et se revele riche d’emotions de bout en bout.
Ode a la vie, magnifique message d’humanite, ce livre est une defense forte de tous les enfants decevants.

Francois Boivin est medecin. Eleve a l’ecole libre de Chavagnes-les-Eaux, puis pensionnaire deux ans chez un instituteur efficace, il effectue ses etudes secondaires dans un college religieux. Il fait sa medecine a Nantes. D’abord remplacant dans les Mauges, il s’installe ensuite dans cette region comme generaliste accoucheur. Il finit sa carriere dans le Midi ou il enrichit sa pratique de medecine chinoise et d’homeopathie et se consacre plus particulierement aux patients touches par le sida. C’est son premier livre.

  • Les courts extraits de livres : 22/08/2007

Babeth dans tous ses etats

C’est de la mere Babeth dont il s’agit. Pour bien suivre, il faut en effet connaitre les codes.
Il y avait aussi la petite Babeth qui etait sa fille unique. Meme quand elle fut adulte et mere de plusieurs enfants et bien qu’elle ait presente une surcharge ponderale qui lui faisait voisiner le quintal, cette derniere est toujours restee, pour nous tous, la petite Babeth par opposition a la mere Babeth.
En ce qui concerne ma famille, il y avait aussi des codes tres subtils. Les domestiques appelaient mes grands-parents, monsieur ou madame Boivin. Tandis que mes parents etaient nommes a partir du prenom de mon pere : monsieur Jean ou madame Jean. Nous, les enfants, les domestiques nous appelaient par notre prenom et nous tutoyaient. Nous en faisions autant avec eux, ce qui marquait notre intimite reciproque d’autant que nous employions le diminutif, ici, Babeth; mais nos parents disaient Elisabeth, car il faut savoir garder la distance qui convient avec les gens de maison.
Oui, nous avions une grande familiarite avec eux. Je les ai personnellement souvent sentis plus proches de moi que mes propres parents; ils ne sont jamais tres loin partout ou il y a de l’emotion dans mon enfance.

Elisabeth, elle est forte comme un cheval, disait ma mere.
En effet, elle ne passait pas inapercue. D’assez grande taille, c’etait une noiraude rablee et bien en chair, au cheveu abondant et crepu, dont la levre inferieure proeminente lui donnait l’air de faire la lippe, d’etre fachee. Mais sous le sourcil souvent fronce, derriere des lunettes antediluviennes, se manifestaient de petits yeux noirs, malicieux, ou l’humour etait toujours la et declenchait un rire facilement pret a fuser.
Je pense qu’elle avait des origines negroides, ce qui lui donnait une accentuation des courbures proche de la caricature. Ma mere disait encore d’elle : Elisabeth, elle a la tete a Chandernagor et le derriere a Pondichery.
Pour completer cette description provisoire, il faut ajouter qu’elle etait dotee d’une voix de stentor. Elle pouvait rameuter les vaches dont elle avait la responsabilite du haut de la coulee de prairies qui s’etirait en longueur jusqu’au niveau le plus bas de notre propriete ou se trouvait le douet.
La legende raconte qu’une des vaches s’appelant Victoire, a la fin de la guerre, au moment ou l’Allemagne commencait a perdre pied, on entendit Babeth crier : Victoire, Victoire pour faire venir l’animal. Elle le fit, cette fois-la, avec une telle conviction que certains crurent la Victoire arrivee et se precipiterent avec des drapeaux…