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Clint Eastwood

Auteur : Bernard Benoliel

Date de saisie : 17/01/2008

Genre : Cinema, Television

Editeur : Cahiers du cinema, Paris, France

Collection : Grands cineastes

Prix : 7.00 / 45.92 F

ISBN : 978-2-86642-494-7

GENCOD : 9782866424947

Sorti le : 03/01/2008

  • Les presentations des editeurs : 17/01/2008

Si Clint Eastwood est unanimement reconnu aujourd’hui comme l’un des plus grands cineastes americains, a qui l’on doit des chefs-d’oeuvre comme Impitoyable ou Million Dollar Baby, son parcours vers les sommets du box-office et de la critique est bien loin d’avoir ete un long fleuve tranquille. Il surgit dans les annees soixante en icone du western a l’italienne sous la ferule de Sergio Leone avec la trilogie des dollars. De retour a Hollywood dans les annees soixante-dix, il echange sa panoplie – cigarillo, Stetson et poncho – contre celle de l’inspecteur Harry – badge etoile, Ray-Ban et Magnum 44 -, celui par qui le scandale arrive. C’est au meme moment qu’il fait ses debuts de realisateur avec Breezy et Josey Wales hors-la-loi. De film en film, la figure d’Eastwood s’enrichit de facettes nouvelles a rebours des simplifications dont il est l’objet. Desormais, il va controler tous les films dans lesquels il joue, meme quand il en confie la realisation a un autre. Et il va meme realiser des films ou il ne jouera pas. Le western reste sa terre d’election (Pale Rider), mais il elargit desormais sa palette avec des films noirs (Mystic River), des films de guerre (Lettres d’Iwo Jima), des comedies (Ca va cogner, avec un orang-outang !) des films musicaux (Bird), des road-movies (Un monde parfait), des melodrames {Sur la route de Madison). Eastwood poursuit ainsi une forme de verite originelle de l’etre humain a la maniere des grands cineastes classiques, mais sachant, comme le cinema moderne nous l’a appris, que la mission est impossible et que l’enquete continue.
Ancien redacteur aux Cahiers du cinema et delegue general du festival Entrevues de Belfort de 2001 a 2005, Bernard Benoliel est directeur de l’Action culturelle a la Cinematheque francaise. Il ecrit dans la revue Cinema, a publie un ouvrage sur Anthony Mann {L’Homme de la plaine, editions Cahiers du cinema/Sceren-CNDP, 2004) et a dirige Le Prejuge de la rampe – Pour un cinema dechaine (ACOR, 2004).

  • Les courts extraits de livres : 17/01/2008

Qu’est-ce qu’une image ?
De Pour une poignee de dollars a L’Evade d’Alcatraz

Je suis alle chez Mattson, une boutique de sport sur Hollywood Boulevard, j’ai achete des Levi’s noirs et les ai trempes dans de l’eau de Javel. Les bottes, les eperons et la ceinture a pistolets viennent de Rawhide. J’ai eu le chapeau a Santa Monica et j’ai achete les petits cigares noirs a Beverly Hills. Quant au poncho, je l’ai achete en Espagne.
Dix ans exactement apres l’envol vers l’Italie et le tournage d’un western fauche, Pour une poignee de dollars, ce recit tout en images de Clint Eastwood dit qu’une mythologie est en marche, jusque dans ses fetiches – les cigarillos et le poncho deja presque aussi celebres que la canne et les godasses de Chariot, la robe de Marilyn ou le tee-shirt de James Dean. Si Eastwood s’est assurement change en icone nouvelle maniere, c’est-a-dire une star, la plus importante meme de toute la decennie, il ne vient pourtant a l’idee d’aucun journaliste de l’epoque de le prendre au serieux comme acteur (pourtant plus de quinze films a cette date, sans compter les deux cents episodes de Rawhide…), encore moins comme realisateur. Paradoxes de l’acteur et du cineaste : oblige d’en passer par l’Italie pour devenir prophete en son pays, debutant avec la trilogie des dollars de Sergio Leone un chemin de croix critique dont la virulence dans les annees soixante-dix n’aura d’egale que son revirement jusqu’a l’adulation des annees quatre-vingt-dix et suivantes, plebiscite par l’Amerique silencieuse et meprise par la cote Est, Clint Eastwood a conscience de cet ecart, de cet ecartelement, entre l’image qu’il donne et celle qu’on lui retourne. De ses debuts jusqu’a la fin des annees soixante-dix, c’est cet ecart d’image qui le travaille et qu’il va travailler inlassablement, de film en film, jusqu’a le combler.

Au fil de l’eau

Ne le 31 mai 1930, a San Francisco, Californie, d’un pere d’origines anglaise et ecossaise et d’une mere d’ascendances irlandaise et hollandaise, Clinton Eastwood Jr voit le jour alors que l’Amerique dite de la prosperite vient de basculer dans la Depression, d’abord une crise du credit a la Bourse de Wall Street, les 24 et 29 octobre 1929, qui fait boule de neige : effondrements de la consommation et de la production, stocks en pagaille et degringolade des prix agricoles, faillites et licenciements, soupes populaires et etat de choc. De ce fleau qui s’abat sur l’Amerique anonyme des villes et des campagnes, bien plus tard Clint Eastwood rendra compte a sa maniere dans Honkytonk Man, la derniere balade d’un chanteur de country inspiree, dira-t-il, de choses vues dans ces annees-la et d’albums de photos de famille. Mais les Eastwood ne connaissent pas la grande pauvrete des villes, ni le destin de ces paysans chasses de leurs terres et jetes sur les routes. A la fin des annees vingt, le pere de Clint est vendeur de titres au porteur… Autant essayer, comme dans un film de Laurel et Hardy de la meme epoque Business de James W. Home, 1929), de vendre des sapins de Noel en plein ete… C’est dire que le petit Eastwood nait dans la classe moyenne, desorientee par une crise qui la laisse sans reserves, et l’enfant, pour autant qu’il s’en souvienne ou veuille bien en faire la confidence, n’a paru manquer de rien, sauf a se refugier plus qu’a son tour dans ses reveries et a laisser libre cours a son imaginaire. La aussi, ce trait autobiographique inaugurera nombre des fictions a venir ou un garcon derriere une fenetre (Honkytonk Man, Un monde parfait), une jeune fille dans la foret (Pale Rider) ou une femme esseulee (Sur la route de Madison) regardent au loin, forment un voeu en silence, revent que du mariage de l’horizon et du vent naisse une figure capable de les enlever, de les arracher a l’ennui et de les projeter dans le monde et ses promesses.
Dans la realite, toutes les annees trente sont pour la famille Eastwood une periode de bourlingue en Californie, pas moins de huit ecoles primaires pour le jeune Clint, chaque fois le demenagement du precieux piano de la grand-mere paternelle, des deplacements incessants au gre des boulots provisoires d’un pere present-absent : Piedmont, Oakland, Spokane, Redding (Californie du Nord), retour a Oakland, Pacific Palisades (Los Angeles), Sacramento, Glenview, retour a Piedmont ou la situation se stabilise un temps. Premiere epoque formatrice : Eastwood suit et subit un mouvement qui n’est pas le sien. Sans doute en formera-t-il en son for interieur une vision heureuse et unie de la famille, plus tard du groupe et de la communaute, une vision avertie aussi ou il importe a l’avenir de marcher en tete pour ne pas etre ballotte, mais au contraire en position d’imposer son desir.