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Cochon d’allemand

Couverture du livre Cochon d'allemand

Auteur : Knud Romer

Traducteur : Elena Balzamo

Date de saisie : 23/08/2007

Genre : Romans et nouvelles – etranger

Editeur : ALLUSIFS, Montreal, Canada

Prix : 16.00 €

ISBN : 978-2-922868-62-3

GENCOD : 9782922868623

Sorti le : 23/08/2007

  • Le choix des libraires : Choix de Clo Brion de la librairie VANDROMME a LES VANS, France – 13/12/2007

Deja cite de nombreuses fois, un premier roman remarquable pour dire une blessure d’enfance avec les humiliations subies. Une autobiographie pleine d’amour et de tendresse pour cette mere allemande ayant fui le regime nazi mais qui, en pays danois, reste “la salope” a vilipender. Remercions les Editions Les Allusifs pour tous ces romans qu’elles nous offrent, des oeuvres denses souvent exceptionnelles, entre autres : “Du mercure sous la langue”, “le Cantique de Memeia”, “Un siecle de Novembre”, “Le bal des viperes” et le fabuleux “Jour des corneilles”. Tous et les autres a decouvrir d’urgence.

  • Le choix des libraires : Choix de Michel Bazin de la librairie LUCIOLES a VIENNE, France (visiter son site) – 30/08/2007

Son pere est danois, sa mere allemande. On est dans les annees 1960, la haine envers l’Allemand n’a pas de limites. Plus le livre avance plus on decouvre la verite sur sa mere, et ca devient franchement insupportable car on decouvre peu a peu qu’elle a participe a la Resistance allemande au nazisme. Au fil de la lecture, tout se retourne sans qu’on s’en rende compte. C’est un grand livre sur l’ironie sadique du destin.

Vu sur le Le Nouvel Observateur du 23 aout 2007

  • Les presentations des editeurs : 04/09/2007

Que signifie etre allemande dans une petite ville danoise, quelques annees apres la fin de la Seconde Guerre mondiale ? Que ressent-on quand on se fait traiter de cochon d’Allemand a chaque recreation ? Quand on est temoin de l’ostracisme permanent a l’egard de sa mere ? Pour avoir ete ce cochon d’Allemand a Nykobing Falster ou il est ne en 1960, KNUD ROMER le sait. A partir de ses souvenirs, il compose un recit dechirant sur l’enfance reduite malgre elle a se fondre dans un conformisme de survie. En evoquant sa famille, l’auteur dresse une galerie de portraits pathetiques et nous fait remonter dans le temps : le roman autobiographique se transforme en une fresque historique, celle du Danemark et de l’Allemagne au cours du XXe siecle. Laureat en 2006 de nombreux prix, Cochon d’Allemand depeint dans un style dense et enleve une epoque teintee de rancoeur et de culpabilite.

Nykobing Falster est une ville si petite qu’elle se termine avant meme d’avoir commence. Quand on est dedans, on ne peut pas en sortir, et quand on est dehors, on ne peut pas y entrer. Dans les deux cas, on se retrouve du mauvais cote, et la seule preuve de son existence est l’odeur qui impregne les vetements : en ete ca sent les engrais, en hiver la betterave a sucre. C’est a cet endroit que je naquis en 1960, et c’etait la facon la plus sure de ne pas exister du tout.

  • La revue de presse Clemence Boulouque – Le Figaro du 13 septembre 2007

Dans les annees 1960 au Danemark, un gamin subit l’ostracisme de ses voisins a cause des origines de sa mere. Un recit autobiographique derangeant…
La famille est ostracisee, les enfants sont des cochons d’Allemands et mis a l’ecart a chaque recreation, des saluts nazis accompagnent trop souvent leurs pas…
…que reste-t-il des enfances quand le monde alentour leur dicte la honte et les charge de culpabilites qui ne sont pas leurs ? Il est mille facons de confisquer l’enfance. Knud Romer nous dit la sienne. Et le coeur y est souvent gros.

  • Les courts extraits de livres : 04/09/2007

J’ai toujours eu peur de mon grand-pere. Pour moi, il etait Papa Schneider. J’ignorais aussi bien son vrai nom que son prenom, ce qui, du reste, n’avait aucune importance, car il ne me serait jamais venu a l’esprit de l’appeler par son prenom. Il n’etait pas du genre a encourager la familiarite.
Papa Schneider avait un visage balafre : des kilometres de cicatrices, uniquement sur la joue gauche. Des souvenirs du siecle passe, il faisait alors partie de quelque Schlagerverein, cercle de bagarreurs. Ces gens-la mettaient leur point d’honneur a se taillader mutuellement la face avec un sabre – debout, sans sourciller, le bras gauche replie derriere le dos.
Il avait des cheveux poivre et sel coiffes en arriere et des tempes degarnies ; le seul fait de rencontrer son regard equivalait a une provocation : Sie haben mich fixiert, mein Herr, vous osez me devisager, monsieur ! Ce regard etait a sens unique, toujours dirige vers l’exterieur ; je me demande si jamais quelqu’un parvint a le soutenir. Hormis ma grand-mere. Elle reussissait cet exploit : regarder Papa Schneider dans les yeux (ma mere en etait incapable). L’unique personne a pouvoir le faire, elle etait son point faible cache ; partout ailleurs il etait cuirasse.
Dans la maison de mes parents, il regnait en souverain depuis le tableau qui ornait la salle a manger. Une scene forestiere dans un cadre dore. Assis dans l’herbe au milieu d’une clairiere, Papa Schneider regardait droit devant lui, un livre a la main ; a ses cotes, on voyait ma grand-mere, un bebe dans ses bras, et ma mere, tres jeune, tenant Bello, leur chien de chasse. Le livre, l’enfant, le chien – les roles se trouvaient ainsi distribues : Papa Schneider representait l’esprit et la culture ; sa femme, la procreation ; les enfants, plus proches de la nature, tout comme les chiens, avaient, comme eux, besoin d’etre dresses.
Pendant les repas, je me tenais droit sur ma chaise, les deux mains posees sur la table, la serviette sous le menton, comme si Papa Schneider faisait partie des convives et me tenait a l’oeil. Si jamais je faisais une gaffe : couper une pomme de terre avec le couteau ou parler sans y avoir ete invite, il m’enfoncerait la fourchette dans la main, j’en etais certain.
Papa Schneider etait l’homme le plus redoutable que j’eusse connu ; tout ce qui etait dur, severe et qui faisait mal, c’etait lui. Il etait le dernier bouton de chemise. Il etait les dents du peigne lorsqu’on etait peigne a l’eau. Il etait les egratignures et la peur d’arriver en retard. Non, je ne le designais jamais par son prenom ; d’ailleurs, personne ne le faisait. A mon avis, nul ne savait comment il se prenommait ni ne cherchait a le savoir. Ma grand-mere etait la seule a posseder cette connaissance, tel un terrible secret et un pari insense, car si un jour il s’entendait appeler par son prenom, il voudrait assurement savoir par qui. Or le seul qui fut au courant, hormis lui-meme, c’etait Dieu.
Ma grand-mere maternelle vola en eclats dans une cave pleine de gasoil, pendant la guerre. Elle s’appelait Damaris Dora Renata Matthes, et elle avait ete l’une des plus belles femmes d’Allemagne. Belle comme une statue grecque – selon ma mere – et dont les photos faisaient penser aux cartes postales de quelque musee. Son premier mari, grand amour de sa vie, Heinrich Voll, etait mort lors d’une operation d’appendicite en la laissant veuve avec une fille. Le moment – 1924 – n’etait pas bien choisi pour etre mere solitaire ; elle devait remercier sa beaute qui lui permit d’epouser Papa Schneider.