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Confession d’Adrien le colporteur

Couverture du livre Confession d'Adrien le colporteur

Auteur : Elise Fischer

Date de saisie : 03/04/2008

Genre : Romans et nouvelles – francais

Editeur : Presses de la Cite, Paris, France

Collection : Romans Terres de France

Prix : 18.50 €

ISBN : 978-2-258-07371-5

GENCOD : 9782258073715

Sorti le : 03/04/2008

  • Les presentations des editeurs : 27/03/2008

Au XIXe siecle, l’itineraire aventureux d’Adrien, un colporteur d’images poursuivi par la culpabilite et condamne a fuir a travers les routes de l’Est…

Colporteur sur toutes les routes de l’est de la France, Adrien Mangin, au soir de sa vie, ressent le besoin urgent de livrer le secret qui pese sur sa conscience depuis plusieurs decennies…
Ne a Chamagne, le jeune Adrien entre en apprentissage chez un imprimeur d’Epinal. Il y decouvre les secrets de fabrication des images dont le succes a depasse les frontieres et qui sont vendues par les colporteurs de Lorraine. Mais un jour, parce qu’il a voulu defendre la vie de Rose, qu’il aime depuis l’enfance, la vie d’Adrien bascule ; il doit se cacher. Son employeur lui offre une place de colporteur. Commence alors une fuite eperdue qui va durer toute une vie…

Au coeur de la Lorraine, le monde du colportage et de la fabrication des images d’Epinal reprend vie sous la plume tendre et chaleureuse d’Elise Fischer.

Elise Fischer s’est investie dans de nombreux domaines d’action : l’humanitaire, la radio, la presse, et bien sur l’ecriture. Elle est restee fidele a sa Lorraine natale qui lui a inspire de beaux romans : Trois Reines pour une couronne, Les Alliances de cristal, Mysterieuse Manon, Le Soleil des mineurs et aujourd’hui Confession d’Adrien le colporteur.

  • Les courts extraits de livres : 27/03/2008

Je m’appelle Adrien Mangin et, depuis plus de quarante ans, je suis colporteur. Je marche sur toutes les routes. J’arpente tous les chemins, mes foulees absorbent tant de lieues que je finis par me comparer au Juif errant. Mon baton frappe le sol, ma hotte bien garnie frotte mon dos avec vigueur. Elle regorge de tresors culturels. Je suis le Juif errant du savoir. Mon action permettra peut-etre a l’obscurantisme de reculer. Sans doute fais-je rire ces messieurs lettres du second Empire moribond. Je les vois dans leurs vetements bien ajustes, si surs d’eux, drapes dans leurs certitudes comme l’orgueilleux glaieul du jardin de l’eveque de Saint-Die. Colporteur, je suis. Mais pas n’importe lequel. J’insiste, c’est ma fierte. N’en deplaise aux ames trop bien nees, je suis un colporteur de savoir ! Et qu’on ne s’avise pas de jeter le discredit sur notre corporation en glissant, ici et la, que les colporteurs sont voleurs, menteurs, buveurs, ruses et de fieffes chenapans. Je serais capable sous le coup de l’insulte de me redresser et d’agiter mon baton en direction de celles et ceux qui affirment cela. Que savent-ils au fond ? Rien ou si peu de chose.
Je vais et je viens sur les routes du pays. Quand je dis pays, je parle du mien, celui qui s’etend des Vosges a l’Alsace et meme jusqu’a Bale, en passant par la Franche-Comte. Parfois, je pousse un peu mes pas jusqu’a Troyes. Il m’est meme arrive d’accompagner le jeune Charles-Nicolas Pellerin, le fils de Nicolas, jusqu’a Paris. Il etait temps que cette belle maison d’Epinal s’interessat aux nouvelles techniques d’impression. On m’avait demande en echange de quelque recompense d’accompagner le tres jeune homme. J’avais une dette envers lui. Surtout envers son grand-pere, Jean-Charles, et je ne voulais pas qu’il arrivat quelque chose de facheux au petit-fils. Les routes sont si peu sures. J’en sais quelque chose, mes jambes plus que mon dos souvent battu par des maraudeurs qui voulaient s’emparer de mon tresor. Ma hotte de saint Hubert. Mais toujours j’ai resiste. C’est que j’ai le cuir dur et le baton farouche. On ne touche pas a ma hotte, foi d’Adrien Mangin. Au fond, le grand saint Hubert m’aura bien protege. Et chaque soir que Dieu fait, je le remercie de m’avoir garde en vie et lui confie ma prochaine route.
Les voyages, ca me connait ! Mais rien ne me destinait a cette vie. Il a bien fallu que je fasse, comme on dit, contre mauvaise fortune bon coeur. J’ai essaye d’y croire, d’y croire encore et toujours et de me persuader que j’aimerais cette vie itinerante, riche d’imprevus. Avais-je le choix ? Ce n’est pas chamagnon, comme on dit chez nous, que j’eusse aime devenir. Ca non ! Y penser au soude ma vie mouille mon regard de voiles de tristesse. C’est artiste que je voulais faire. J’en revais. Je m’y voyais. Sauf que les fees du dessin, si elles se sont bien penchees sur mon berceau pour me donner le gout du beau, ont probablement ete precedees par une sorciere qui a fait en sorte que crayons, pastels et gouaches restassent a l’etat de reve. Hors de ma portee. Je tendrais la main et toujours les outils se deroberaient…
Je n’aurai eu droit qu’au transport des oeuvres des autres artistes. Mais en y reflechissant bien et pour etre honnete, je n’ai eu que ce que je meritais. Je le comprends aujourd’hui. Je n’en ai pas eu conscience au moment ou les evenements se sont produits. J’etais dans l’affolement total et, sans les directives de Jean-Charles Pellerin, j’eusse du mourir au fond d’une geole ou monter les marches menant a l’echafaud. On coupait encore le cou des bandits en 1814. Les processions n’etaient peut-etre plus publiques dans les venelles d’Epinal, mais le chatiment supreme etait applique. Chatiment merite, en ce qui me concerne, et dont toute la famille eut porte la honte de generation en generation.
La route des chamagnons, comme a dit mon maitre, serait un moindre mal. Je respirerais le grand air, libre. Enfin, presque. Mon patron serait le garant de ma liberte. Il fit de moi un chamagnon lance sur les routes de l’Est. Il reussit a falsifier ses livres et a me faire apparaitre dans ses registres a la place d’un autre chamagnon porte disparu. Il prit soin de m’etablir une carte de colportage datee de la meme annee. Pour lui, j’etais sauve. Au printemps 1815, j’etais sur les routes menant a Montbeliard. Et comme je n’etais pas convaincu, il chassa mes hesitations d’un revers de main.