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David Golder

Auteur : Irene Nemirovsky

Date de saisie : 18/12/2007

Genre : Romans et nouvelles – francais

Editeur : Grasset, Paris, France

Collection : Les cahiers rouges

Prix : 7.80 / 51.16 F

ISBN : 2-246-15145-7

GENCOD : 9782246151456

Sorti le : 10/03/2005

  • Les presentations des editeurs : 19/12/2007

Ruine, malade, abandonne de tous ceux dont il pensait etre aime, David Golder n’a pas dit son dernier mot. Une occasion s’offre a lui de redevenir riche : il se lance a corps perdu dans cette derniere aventure.
Peinture sans complaisance du monde de l’argent, tragedie d’un vieil homme mal aime, fable morale, David Golder est un roman d’une remarquable puissance.

  • Les courts extraits de livres : 19/12/2007

Non, dit Golder.
Il leva brusquement l’abat-jour, de facon a rabattre toute la lumiere de la lampe sur le visage de Simon Marcus, assis en face de lui, de l’autre cote de la table. Un moment, il regarda les plis, les rides, qui couraient sur toute la longue figure foncee de Marcus, des que remuaient ses levres ou ses paupieres, comme sur une eau sombre, agitee par le vent. Mais ses yeux lourds, endormis d’Oriental, demeuraient calmes, ennuyes, indifferents. Un visage clos comme un mur. Golder abaissa avec precaution la tige de metal flexible qui soutenait la lampe.
A cent, Golder ? Tu as bien compte ? C’est un prix, dit Marcus.
Golder murmura de nouveau :
Non.
Il ajouta :
Je ne veux pas vendre.
Marcus rit. Ses longues dents brillantes, pavees d’or, scintillaient bizarrement dans l’ombre.
En 1920, quand tu les as achetees, tes fameuses petroliferes, ca valait quoi ? demanda-t-il de sa voix nasillarde, ironique, qui trainait sur les mots.
– J’ai achete a quatre cents. Si ces cochons de Soviets avaient rendu les terrains nationalises aux petroliers, c’etait une belle affaire. J’avais Lang et son groupe derriere moi. Deja, en 1913, la production journaliere de Teisk etait de dix mille tonnes… Pas de bluff Apres la conference de Genes mes actions sont tombees d’abord de 400 a 102, je me rappelle… Puis… – Il fit un geste vague de la main – mais j’ai garde… En ce temps-la on avait de l’argent.
– Oui. Maintenant, tu te rends compte que des terrains petroliferes en Russie, en 1926, pour toi, c’est de la merde ? Hein ! Tu n’as pas les moyens ni le desir d’aller les exploiter personnellement, j’imagine ?… Tout ce qu’on peut en faire, c’est gagner quelques points en creant des mouvements de Bourse… Cent, c’est un bon prix.
Golder frotta longuement ses paupieres enflees brulees par la fumee qui emplissait la piece.
Il dit de nouveau, plus bas :
Non, je ne veux pas vendre. Seulement, quand le Tubingen Petroleum aura conclu cet accord pour la concession de Teisk, auquel tu penses, alors je vends.
Marcus prononca une sorte de Ah ! oui etouffe, et ce fut tout. Golder dit avec lenteur :
L’affaire que tu menes derriere mon dos depuis l’annee derniere, Marcus, celle-la meme… On t’offrait un bon prix pour mes actions, une fois l’accord signe ?
Il se tut, car le coeur lui battait presque douloureusement, comme a chaque victoire. Marcus ecrasa lentement son cigare dans le cendrier plein.
S’il dit part a deux, pensa brusquement Golder, il est foutu.
Il inclina la tete pour mieux ecouter la voix de Marcus.