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D’exil et de chair

Auteur : Anne-Catherine Blanc

« … Ankylosés, glacés, roués par le choc des lames sous la quille, nos corps imprégnés de sel et de nuit n’arrivaient plus à réchauffer la moindre braise d’espoir. Aucun de nous ne savait plus ce qu’il faisait là. Nous n’arriverions jamais ; nous n’étions jamais partis. La nuit marine nous avait engloutis. Le froid, les ténèbres, la houle, l’embrun emplissaient l’univers. J’avais perdu le compte des heures. Le temps ne me paraissait même plus long : il était juste suspendu. Et suspendu, je l’étais aussi, pendule ridicule, détrempé, fessé, ballotté comme au bout d’un élastique dans cet enfer en négatif…» 1938 : Mamadou Diamé, tirailleur sénégalais juste débarqué d’un transport de troupes, affronte le vent et le froid dans une France au bord de la tempête.

1939 : Soledad Juarez, paysanne espagnole, franchit les Pyrénées dans la neige, son fils dans les bras, puis échoue sur une plage, dans une enceinte de barbelés.

2012 : Sur une pirogue de haute mer, puis sur le plateau d’un camion, Issa Diamé, graphiste et graffeur, poursuit son rêve d’artiste de l’Atlantique au désert libyen.

Trois êtres humains marqués dans leur chair, symboles d’un nouvel âge de l’errance, se suivent et s’entrecroisent sur les routes d’une planète d’exil.